Ohé ? Oui ? Bonjours ? Je suis vivant.
Après ce temps d'attente affreusement long, j'ai le plaisir de vous caler entre la salade et le dessert, l'ultime chapitre de cette fanfiction (askip).
Il est long, oui. 44 pages word. Un peu près 20k. J'aurais pu le découper en deux, mais je pense que je vous ai assez fait attendre, déjà d'une. De deux, ça aurait coupé l'élan de tout ce (drama) bazar à venir. ANYWAY j'espère qu'il vous plaira. J'ai passé deux nuits blanches non-stop à l'écrire.
J'ai galéré, sué du Q et j'en passe. Je crois que c'est la première fois que je suis aussi fier de pondre un truc pareil (et c'est sans vouloir paraître arrogant ?) je dis pas que c'est parfait. Il y a sûrement plein de détails manquants, de trucs qui ne vont pas. Il n'est pas passé par la case relecture, hélas. J'avais trop hâte de vous le montrer (je me sens comme un vieux gars avec son gamin à peine né et ses 6789 photos, ne me jugez pas trop vite, mercé).
Bref, on se retrouve la semaine prochaine pour un DEBFRIEF DE LA MORT. Parce que je sens que c'est un truc dont on va avoir besoin (pour les deux personnes et demies qui suivent encore cette histoire, ha, ha, ha...)
Niveau RàR, rapidement : je suis content que les derniers chapitres aient été à vos goûts malgré les coquilles scénaristique (nota bene : laisser un mec écrire des fanfictions alors qu'il a de gros troubles de la mémoire, c'est pas une folle idée). Savoir que mes textes vous ont émus, m'émeut moi aussi et tout ça. Je peux dire que mon taff d'auteur (hum) est bien fait (parce que c'est le but, je crois non ?)
BREF, je vous laisse à votre lecture.
Résumé : C'est quand on joue les apprentis sorciers, qu'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester couché. Stiles invoque Gaïa, persuadé qu'elle l'aidera à tuer Deucalion et sa meute. Mais comme toujours, rien ne se termine vraiment bien. Le voilà prisonnier de la Déesse Mère – Serviteur à ses heures. Stiles!Mage
Pairing : un poil de tout et n'importe quoi qui pourrait finir sur du Derek/Stiles ou n'importe quel autre couple. Si vous avez des idées, faites péter !
Remerciements : à mes insomnies qui me donnent des coups de fouets de manières tout à fait random pour écrire un chapitre de 20K mot d'un coup alors que je n'ai rien update depuis Mathusalem. Comme on dit dans le milieu : c'est rien, c'est la rue.
Oh et, merci à vous (encore, oui) .
VII : L'ÉTERNEL
Il avait reposé son stylo contre le tableau de bord, soupirant légèrement alors que ses mains s'agitaient devant son visage, histoire d'en dégager les sensations de fourmillements désagréables. Trois feuilles s'alignaient sur le siège passager. Trois feuilles noircies d'encres. Trois feuilles qui se virent bientôt pliées et rangées dans la boîte à gants. Après ça, ses mains vinrent s'enrouler autour de son volant et son front s'écrasa momentanément contre ce dernier. J'ai juste besoin d'une minute, qu'il songea en inspirant longuement. Rien qu'une minute.
Mais son cœur s'emballa et la panique afflua dans son être tout entier. Ses doigts se crispèrent contre leur support, ses muscles se figèrent, le souffle lui manqua. Non. Non, non, non. Stiles, mon pote, ce n'est vraiment pas le moment de faire une foutue crise de panique, hurla-t-il intérieurement. Mais à quoi bon lutter contre son propre corps? Il n'avait jamais eu le moindre contrôle sur ce dernier, sur ses crises de panique, d'angoisses. Pourquoi commencer maintenant, hein ? Des taches sombres se mirent à danser devant ses yeux, et l'espace d'un instant, il crut bien qu'ainsi sa vie se terminerait. Après tout ça, après tous ses efforts, après tout ce par quoi il était passé pour arriver à ce jour précis, à cette heure précise, à cet instant précis. Seigneur que la Vie peut parfois être une grosse conne, se dit-il en un roulement d'yeux. Mourir non pas terrassé par un monstre sanguinaire meurtrier, mais par une vulgaire crise de panique.
C'était tout de suite moins classe.
« — Je ne crois pas me tromper en affirmant que tu es la plus grosse drama-queen de ce siècle, Mieczyslaw, murmura une petite voix à son oreille, comme un souffle moqueur, taquin. Fais-moi donc le plaisir de respirer, maintenant. Il n'est pas question que tu trépasses sous ma garde, d'une vulgaire crise de panique. »
Il leva les yeux au ciel. De la compassion pour les mourants, adressa-t-il mentalement à Eurydice puisque doutant sincèrement pouvoir sortir la moindre syllabe étant donné que l'oxygène ne s'était toujours pas décidé à emplir ses poumons. Il y eut un court moment de silence, entrecoupé seulement de ses pathétiques tentatives de respirations, avant qu'une main faite de feuilles et de branche ne vienne se poser sur sa nuque. Le contact était étrangement chaud, loin d'être piquant ou dérangeant comme il s'était laissé aller à l'imaginer. C'était chaud et rassurant, c'était plein de vie.
« — Ça va aller, dit-elle finalement en pressant doucement sa nuque. Ça va bien se passer, Enfant. Alors respire. Je ne te laisserai pas tomber.
— Je.. je s-sais, parvint-il à bafouiller.
— Ça va aller, répéta-t-elle en resserrant sa prise contre sa peau, ça va aller. »
Il aurait pu lui dire qu'il en doutait très sincèrement. Il aurait voulu lui dire que les choses ne se termineraient pas bien, qu'il était effrayé, que tout. Mais Eurydice savait déjà tout ça. N'était-elle pas constamment présente dans sa tête, après tout ? Dans un sursaut de motivation, il s'autorisa finalement à lâcher le volant de sa voiture, ouvrir la portière et s'extirper du véhicule. Ses jambes tremblaient toujours un peu, sa tête tournait légèrement, mais il respirait. Il respirait et était toujours en vie. Une vulgaire crise de panique ne pouvait décemment pas avoir sa peau, pas vrai ? Pas avant qu'il ait botté les fesses poilues de Deucalion. Comme pour faire écho à ses pensées, un vent à la fois frais et chaud se leva, caressa son visage, ébouriffa sa tignasse et chanta. Pas un chant fait de voix, rien de semblable à une chorale humaine. C'était à coup de sifflements et autres bruissements. Le cœur de la forêt chantait pour lui en un chœur uni. C'était soutien et chaleur et vas-y et bats-toi et nous sommes là.
Et ce fut tout ce dont il eut besoin pour être à nouveau gonflé à bloc. La fatigue accumulée ces dernières semaines s'envola comme par magie, et ainsi put-il pleinement inspirer une fois de plus.
« — Ça va aller, dit-il en avisant le regard soucieux de son amie dryade. Tout va bien se passer. »
Et il le pensait sincèrement. Il crut ses propres paroles, même si au final, rien ne se passa exactement comme prévu.
…
En avisant la grosse chaîne qui avait été passée dans les larges poignées des deux grandes portes d'entrées de l'ancienne Banque de Beacon Hills, Stiles se dit bêtement que, si toute sa préparation magique n'avait pas été faite en vain, la préparation matérielle elle, avait totalement foiré.
« — Oh, c'est parfait ! Manquait plus que ça, qu'il grogna en tirant un peu sur la vieille chaîne rouillée. Me taper tout l'entraînement à la Gandalf, pour finir par ne pas pouvoir pénétrer dans la tanière du loup, parce que j'ai oublié les foutues pinces-monseigneur. C'est une grosse blague et l'univers est en train de se foutre de ma gueule. »
À sa gauche, Eurydice camoufla son large sourire derrière sa main feuillue. Son ricanement lui, c'est pourtant bel et bien fait entendre et c'est sans aucun regret que l'adolescent la foudroya du regard.
« — Tu t'amuses bien j'espère, marmonna-t-il en shootant dans la porte blindée. La douleur qui se répercuta dans ses orteils le fit d'autant plus jurer.
— C'est assez divertissant oui, répondit la dryade en riant plus encore.
— J'en reviens pas que je n'ai pas pensé à apporter des outils. C'est la base quand on s'apprête à forcer un bâtiment, bon sang ! »
Qu'était-il supposé faire maintenant, désormais hein ? Toquer bien gentiment et attendre que Deucalion et sa bande de monstres de foire ne vienne lui ouvrir la porte ? Puis quoi ? Ils prendraient alors le thé en se racontant de petites histoires au coin d'un feu de camp ? Puis ils dégusteraient de la viande grillée goût Erica et Boyd ? D'un geste rageur, il passa ses doigts à l'arrière de sa tête, frottant d'un geste brusque son crâne.
Réfléchis, Stilinski. Trouve un truc pour ouvrir cette foutue porte. T'es un mec malin, nan ?
« — Je crois pouvoir affirmer n'avoir jamais rencontré quelqu'un d'aussi intelligent et stupide en même temps.
Il pivota vers l'esprit de la nature, les narines dilatées par la colère.
— Ne commence pas toi, qu'il gronda avec humeur, mais loin de s'en formaliser, la dryade haussa les épaules.
— N'as-tu pas passé ces dernières semaines à entraîner tes pouvoirs, jeune Porteur ?
— Tu étais là, non ? Tu as bien vu ! Quel est le rapport avec notre situation actuelle, même ? Parce que si tu t'attends à ce que j'ouvre la porte d'un Allohomora, tu vas pouvoir attendre encore un moment, parce que je n'ai jamais mis les pieds à Poudlard, moi. »
Sans un mot, elle croisa ses bras sur sa poitrine fleurie, une moue moqueuse de fichée sur ses lèvres. Le silence s'étira et Eurydice ne cessa de le dévisager en silence. Et plus ça allait, plus le lycéen se mettait à douter, avant de finalement céder d'un : « - Tu te fous de moi ? » incrédule.
« — Idiot, dit-il t-elle.
— Tu n'aides pas du tout, qu'il répliqua en pivotant à nouveau vers la porte. Mais genre, sérieusement ? Je peux... Enfin tu vois, quoi ? »
Parce que, hey ! Qui n'avait jamais rêvé d'être un sorcier à part entière, d'agiter sa baguette et d'aller dans une école de magie, hein ? À part pour la partie où un fou furieux avait attenté à sa vie et celle de ses parents, le petit pote Potter avait eu la belle vie, pas vrai ? Pour Stiles, ça avait des airs de rêve devenu réalité.
« — C'est absolument génial, s'émerveilla-t-il, oubliant momentanément la raison de sa venue en ces lieux précis. Tu vas en prendre plein la vue ma belle, Stiles Potter est dans la place ! »
Et sur ces mots, il ferma les yeux et projeta ses mains vers les chaînes couleurs cuivres avant de beugler un « - Allohomora ! » à plein poumons (mais pas trop quand même étant donné que le but de tout ce cirque était de surprendre le Grand Méchant Loup).
Le vent se leva et... Eurydice se mit à faire d'étranges petits bruits dans son dos. En constatant que rien ne s'était passé, le jeune homme fit volte-face et la dévisagea longuement, confusion marquant les traits de son faciès. À ce moment seulement, remarqua-t-il les joues gonflées de l'esprit de la nature. Ça et son regard fuyant. Puis aussi soudainement que cela, elle ouvrit la bouche et a explosa de rire.
Des larmes roulèrent sur ses joues, elle se courba vers l'avant, pliée en deux, le souffle court tant elle riait. Après une minute ou deux passées à s'étouffer de rire, le fils du Shérif finit finalement par comprendre qu'elle était en train de se payer sa tête et la mâchoire en manqua de d'en tomber.
« — Oh, c'est très mature, siffla-t-il parfaitement vexé. T'as quel âge, huit ans ? »
Elle tenta bien de s'exprimer seulement, à peine eut-elle ouvert la bouche que son rire se fit entendre, résonnant doucement entre elle et l'humain. Si avec ça, Deucalion n'as pas déjà senti ma présence..., songea-t-il distraitement.
« — Tu as vraiment cru que... hahaHahHAAha, c'est trop bon !
— J'arrive pas à croire que t'ai osé faire ça. C'est bas, Eurydice.
— Tu aurais dû voir ta tête, Enfant. À mourir de rire !
— Ravi d'être une constante source de divertissement pour tes beaux yeux, qu'il grommela en croisant ses bras contre son torse.
— Tu n'as pas idée d'à quel point. Par ma Mère, je n'avais pas autant ri depuis des millénaires. »
Voilà donc où ils en étaient rendus. Avec une nana vieille comme le monde en train de se fendre la poire aux dépens de Stiles et ce dernier, incapable d'ouvrir une fichue porte derrière laquelle se trouvaient les deux personnes qu'il était supposé sauver, sans compter celle qu'il avait tout intérêt à éradiquer de la surface de la terre.
« — Je te déteste, qu'il indiqua l'air de rien à la créature qui n'était toujours pas calmée.
— Bien sûr, qu'elle rétorqua avec un sourire en coin, daignant finalement cesser de se foutre de sa gueule. Passons aux choses sérieuses, veux-tu ? »
Il leva les yeux au ciel parce que sérieusement, cette nana avait tendance à le rendre dingue, parfois.
« — Qu'est-ce qu'on fait ? La porte est bloquée et, la chaîne a beau être rouillée, je n'ai pas de super-force lupine pour simplement la briser en deux.
— Pas de super-force, soit, fit Eurydice avec amusement, mais tu t'en reste pas loin porteur de la magie de Gaïa.
— Je pensais que l'on venait d'établir que ce genre de magie ne fonctionnait pas.
— Tu crois vraiment qu'une incantation fumeuse piquée dans un bouquin tout aussi fumeux aurait fonctionné ? »
Stiles ouvrit la bouche, s'apprêtant à défendre corps et âme le petit sorcier à lunettes, avant d'en abandonner l'idée tout simplement. L'heure n'était pas au débat et ils avaient d'ores et déjà perdu bien trop de temps.
« — Donc la magie...
— C'est plus compliqué que cela, Enfant. Mais oui. La magie de Gaïa permet de faire beaucoup de choses. Pas juste faire pousser des plantes.
— Oh. Mais, attends, pourquoi tu me dis ça seulement maintenant ?
— T'apprendre tout ce que je sais de ce monde, aurait pris plusieurs vies. Tu n'avais et n'a toujours pas ce temps devant toi.
— Alors quoi, c'est plus que la Terre ?
— C'est plus que tout ce dont tu es capable d'imaginer, Stiles. C'est la Vie, c'est la Matière, c'est les Éléments, c'est l'Énergie, c'est Tout, c'est Un, ce n'est Rien.
— Je... Woah. Ok. Admettons.. »
Un sourire prit vie à même les lèvres de son amie. C'était empreint de fierté et de douceur. En détournant les yeux, il reporta son attention sur leur fameux problème, A.K.A la foutue chaîne.
« — Donc, j'aurai pu être capable de la déverrouiller ?
— Pas besoin de déverrouiller quoique ce soit, très cher. Je t'accompagnerai pour cette fois, parce que le temps file et parce que tu mérite toute l'aide du monde.
— Oh, qu'il murmura, incapable de savoir quoi répondre à cela.
— Pose donc tes mains sur un des maillons. »
Et le garçon s'exécuta, curieux et impatient. Ses doigts effleurèrent la surface abîmée de la chaîne et, l'instant d'après, Eurydice posa ses mains au-dessus des siennes. En s'efforçant de ne pas penser au corps collé contre son dos, Stiles se focalisa sur l'attache de cuivre et étant donné que leurs mains se mirent à luire faiblement, il n'eut guère plus d'occasion que cela, de s'inquiéter qu'Eurydice puisse saisir son trouble. Plus la lueur de leurs mains était visible, plus la chaleur se dégageait de celles-ci. Sous ses doigts, le métal prit une teinte rouge vive et devint brûlant sans pour autant le blesser. Et, incrédule, il le regarda fondre et couler à ses pieds comme de la lave en fusion.
« — Bordel de merde, lâcha-t-il en reculant précipitamment, manquant de faire basculer la dryade dans sons dos.
— Du calme, tu ne risques rien.
— Je- tu... On vient de faire fondre ce-cette...
— Oui.
— C'était chaud et on aurait dit du...
— Feu.
— Ouais. Je. Woah.
— Ce n'est pas que la Terre, tu vois ?
— Oui, murmura-t-il alors qu'il dévisageait les restes de l'attache amassée au sol.
— Allons-y. »
Il secoua la tête encore un peu sous le choc et se sentant définitivement bête de ne pas y avoir songé plus tôt. La déesse de la Terre n'était pas juste la Terre. Elle était Tout. Tout ce qui se trouvait sur cette dernière. De l'air que les être vivants respiraient, à l'eau qu'ils buvaient C'était... incroyable, juste. Ignorant le sentiment de déception qui commençait à l'envahir à l'idée qu'il n'allait guère être en mesure d'en apprendre plus sur cette fameuse magie, il tira le battant de la porte vers lui et pénétra à l'intérieur du bâtiment, Eurydice sur ses talons.
Le bâtiment était à la hauteur de ce qu'il inspirait aux premiers abords : froid, abandonné, flippant. Stiles était pour ainsi dire certain que sans les présences confirmés de Deucalion, Boyd et Erica, jamais il n'aurait osé mettre ne serait-ce qu'un orteil dans le coin. Et pourtant, il était loin d'être un froussard. Enfin, disons plutôt que sa curiosité savait amoindrir ses peurs. D'où sa proposition à vouloir déterrer des cadavres qui n'avaient rien demandé à qui que ce soit, par exemple. Pourtant, ici, c'était différent. Il y avait quelque chose dans l'air qui faisaient se dresser contre sa nuque, ses cheveux. C'était morbide et étouffant et, en se concentrant un peu, Stiles sut qu'il apprendrait des choses qu'il ne voulait vraiment pas apprendre. Comme par exemple, combien de personnes avaient trouvé la mort ici-bas depuis l'installation de la meute d'Alpha dans les environs. Combien avaient été torturées, combien avaient supplié. Le lierre qui grimpait à même la pierre le lui aurait indiqué qu'il le veuille ou non, aussi décida-t-il de fermer son esprit, de garder ses pensées pour lui-même - pour le moment du moins. Il ne souhaitait pas être parasité, pas dans l'immédiat en tout cas. Il lui fallait, après tout, se concentrer sur sa tâche. Il aurait tout le temps de pleurer les défunts lorsque sa mission serait accompli.
« — Tu penses trop, souffla à son oreille, la voix de la Dryade.
Stiles dû prendre sur lui pour ne pas bêtement sursauter. Son cœur en revanche, ne se fit pas prier pour enchaîner les battements désordonnés.
— Bon sang de bois, est-ce que tu pourrais ne pas faire ça ?
— Faire quoi ?
— Je sais pas, surgir dans mon dos pour me murmurer des trucs à l'oreille par exemple, fit le presque magicien, sifflant entre ses dents.
Il tenait à rester discret d'une certaine manière. Ce qui était compliqué étant donné qu'il était certain que n'importe quel loup coincé aux environs avait dû entendre le boum-boum-boum intempestif de son palpitant hurlant à la mort.
« — Tu es beaucoup trop nerveux.
— Et toi tu ne l'es pas assez, mais est-ce que tu m'entends m'en plaindre ?
— Stiles, dit Eurydice d'un ton implorant. »
L'adolescent fit volte-face. Sur son visage, à même ses yeux, la terreur était incrustée. La dryade poussa un gémissement de pure complainte.
« — Quoiqu'il arrive ce soir, je veux que tu sache que ce fut un plaisir de partager mes connaissances avec toi.
— Non.
— Non.. ?
— On ne vas pas faire ça. Je refuse qu'on commence à s'attarder sur des adieux et ce, même si mes chances de survie sont minces, tu m'entends ?
— Stiles.
— Je refuse.
— Stiles. Ça va aller, d'accord ?
— Je sais. Je sais, mais j'ai besoin que toi aussi tu y crois, d'accord ? Seul je ne pourrais pas Eurydice. Seul je ne suis capable de rien.»
Dieu sait que ça lui arrachait la bouche de l'admettre mais telle était la vérité vraie : il n'était et ne serait toujours que l'humain du tas, même si tout cela était redondant.
« — Oh, fit la Dryade. Comme c'est faux, Enfant. Je me désole de constater que tu continu de penser cela de toi après tout ce que tu as traversé. Après ce rituel que tu a mené de ton propre chef sans avoir la certitude que notre Mère saurait t'écouter, sans avoir la certitude qu'elle ne te punirait pas pour ton audace. Après ce frère que tu as laissé derrière, après ce père pour qui tu te sacrifie sans regret, après cet homme-loup a qui tu a rabattu le caquet. Je pensais que l'on avait dépassé ce stade de l'auto-apitoiement. Tu es encore un Protecteur et ce, jusqu'à ce qu'il en soit autrement. Et au-delà de ça, Stiles Stilinski, tu n'est peut-être qu'un homme, mais parfois, ce n'est pas ce qui définit une personne. C'est ce qui gît dans ton cœur qui fait ta force. C'est les sentiments qui t'animent. Je n'ai fait que te donner des outils, tu a travaillé le reste de toi-même. Alors ne redis plus jamais que seul, tu n'es capable de rien. À défaut de quoi, mes mots auraient put être de vulgaires consignes notés à même un manuel, que cela aurait amené exactement où tu te trouve aujourd'hui.
— Parce qu'il s'agit de ma destiné ?
— Ces histoires de destinés sont des conneries, rabroua-t-elle avec humeur. Avec ou sans moi, avec ou sans Gaïa, ton chemin aurait été le même parce que tu te refuse de vivre dans un monde où tes proches ne sont pas en sécurité. C'est aussi simple que cela.
— Oh, dit-il.
— Parfois, les réponses que l'on cherchent reposent juste sous nos yeux, Enfant.»
Stiles secoua la tête. Eurydice avait raison. Même après tout ça, il continuait de douter de lui-même. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi. Sans doute était-il effrayé, sans doute cherchait-il l'approbation d'un être qui n'était pas humain comme il l'avait cherché auprès des membres de la meute sans réellement l'obtenir. L'être humain était une chose étrange, se dit-il.
« — Pour ce que ça vaut, confia-t-il finalement. T'es mieux qu'un vulgaire manuel et je suis content que ce soit toi qui ai été choisi pour m'apprendre tout ça - ou peut importe comment tu t'es retrouvée embarquée là-dedans.
La dryade rigola silencieusement.
— Reste en vie et je te promet de te raconter comment j'ai obtenu la garde d'un petit gars fort intéressant.
— C'est si mauvais que ça ? grimaça-t-il non sans pouvoir empêcher la malice de s'emparer de ses orbes brunes.
— Tu n'as pas idée. »
Il y eu un moment de silence durant lequel les deux êtres se regardèrent dans le blancs des yeux (plus pour Stiles qu'Eurydice, pour le coup étant donnés que ses yeux n'étaient emprunts d'aucune touche de blanc quelle qu'elle soit) avant que l'un deux finisse par détourner le regard tout simplement.
« — Ok, fit le garçon. Je crois que je suis prêt. Pour de vrai, cette fois.
— Sûr ? Plus de crises d'angoisses, de terreur de dernière minute ?
Son coude vint s'enfoncer dans les côtes fait de branches et de feuilles de la créature.
— Ouais, ouais. Je vais en entendre parler de celle-là, pas vrai ?
— Je ferais de mon mieux pour te le rappeler jusqu'à la dernière seconde. Ce fameux jour où, un pauvre garçon a eu un moment de faiblesse juste avant d'effectuer le plus grand saut dans le vide jamais enregistré. Je me demande comment les gens pourraient trouver ça normal ! C'est si indigne d'être faible, ohlala.
— T'arrêtes ton cirque oui ?
Eurydice lui offrit son sourire le plus féroce.
— Prêt ?
— Prêt, confirma Stiles, ses lèvres retroussés sur ses dents.»
Ils avancèrent, le cœur léger, serein.
Lorsque Deucalion fit finalement son apparition, Stiles songea que les choses n'allaient décidément pas se passer comme il l'avait prévu. Mais est-ce que c'était surprenant au final ? Il se demandait encore pourquoi la question se posait toujours. Ça avait été prévisible. Les choses n'allaient jamais en son sens, ne suivaient jamais la ligne prédéfinie de cette histoire qu'il s'était écrite et imaginé, de cette histoire qu'il avait joué dans sa tête chaque soir avant de s'endormir, comme un fantasme un peu tordu.
« — C'est tout une comédie que tu nous as offerts là, fit l'Alpha des Alpha. J'en ai presque les larmes aux yeux. »
Et, honnêtement ? Stiles ne put que le dévisager, bouche-bée. L'homme se tenait droit et fier, ses mains reposant tranquillement sur le pommeau de sa canne d'aveugle. Un sourire carnassier jouait sur ses lèvres et à ses côtés, comme de bons animaux tenu en laisse, sa meute. Le Protecteur en herbe eut l'impression d'être une fourmi faisant face à une horde d'ours - ou peut importait le nom qui leur était donné. Il nota mentalement de faire ses recherches sur l'appellation si jamais il s'en sortait vivant, seulement, il venait de voir ses chances drastiquement baisser.
« — C'est donc ça que ressent un lapin devant un renard ? Cool, souffla-t-il pour personne en particulier. Cool, cool, cool. »
Il n'arrivait pas à croire (et ça commençait franchement à faire beaucoup, même pour lui) que Deucalion était là, à l'attendre comme on attend un ami à la sortie du travail pour aller boire un coup. Il avait espéré avoir pour lui, l'effet de surprise. Ça n'était pas le cas.
« — Pitié, n'aies pas l'air si surpris jeune homme. Je la sens onduler à même ta peau. À quoi est-ce que tu t'attendais exactement ? À débarquer haut les cœurs pour nous mettre hors d'états de nuire pour ensuite rentrer chez toi tout aussi tranquillement ? »
C'était exactement ça, mais là, la fierté l'étouffait trop pour l'avouer. Il redressa le chef et nia comme il put, en menteur presque expérimenté qu'il était.
« — Bien sûr que non. Je savais que vous seriez là.
— Vraiment ? s'amusa l'Alpha des Alpha.
Et Stiles ne put que grimacer parce que, oui. Les loups-garous étaient de putains de détecteurs de mensonges sur pattes et qu'il avait beau passer sa vie à claquer ses meilleurs bobards sous le nez de son paternel sur ses sorties nocturnes : personne n'avait jamais été dupe.
- Quelque chose comme ça, disons. »
Et c'était déjà un peu plus proche de la vérité. Stiles nota de ne plus jamais rien espérer dans sa vie, parce qu'en général, dès qu'il faisait mine d'adresser un « s'il te plaît ? » à sa bonne étoile, celle-ci l'envoyait littéralement se faire foutre.
« — Je sais pourquoi tu es là. Je sais aussi quels vœux tu as prononcé et je ne te mettrais en garde qu'une seule fois : les forces avec lesquelles tu joues te dépassent. Si tu te décide maintenant, je peux encore te laisser rentrer chez toi. Mais sache que si tu es déterminé à te lancer dans ta petite mission quoiqu'il en soit, je ferais en sorte que ta mort soit la plus lente et la plus douloureuse possible.
Et franchement ? Qu'ils aillent tous au diable, se dit l'adolescent.
— Comme c'est original. Vous me prenez vraiment pour un con ? Comme si je n'avais pas été abruti par Hollywood toute ma vie, les gars. Sans déconner. Le rentre chez toi et il ne te sera fait aucun mal ça ne prends plus. Et si des gens tombent encore dans le panneau à leurs grands âges et bien, franchement ? C'est triste pour eux et peut-être qu'ils devraient commencer à prendre des notes lorsqu'ils s'arrêtent sur un programme où le grand vilain se met à monologuer sur la vie et la mort et le pourquoi du comment il est méchant et sur comment la vie serait plus belle si on le laissait juste être méchant. Et vous savez quoi ? Allez vous faire foutre, vous ne méritez même pas votre statut de méchant, franchement je perd mon temps avec vous. Alors ...
— Quoi..?
- .. voilà ce qu'on va faire. Vous allez gentiment vous rendre, prêter serment auprès de la Grande Dame là-haut de devenir de bons loups bien élevés et de ne plus jamais tuer d'être humain parce que franchement ? Est-ce que vous êtes des putains d'animaux ou des hommes ? Je me pose sincèrement la question parfois et..
— C'est quoi ce bordel-
— .. tout compte fait, je ne veux même pas savoir. Promettez et je serais celui qui vous laissera la vie sauve. »
Et, wow, songea le garçon. Je n'ai pas tremblé un seul instant alors que je viens pourtant de menacer une meute d'Alpha. Stiles mon pote, tu t'améliore.
Un grondement fit écho à ses pensées et il le liquéfia presque aussitôt. Il pouvait voir à l'expression qu'affichaient désormais les loups, qu'il venait de les mettre en rogne, et pas qu'un peu.
« — Comment oses-tu espèce de misérable.., commença la femme du groupe dont Stiles ne parvenait plus à se souvenir du prénom.
— Sale merdeux, je vais t'arracher les tripes avec mes dents, on verra bien si tu tiendra toujours le même discours ! »
Et, ça, vraiment ? Ça changeait des menaces qui touchaient de près ou de loin sa gorge. Il donna à Ennis, un huit pour son originalité avant de se rabrouer mentalement : il était en train de perdre joyeusement les pédales.
« — Allons, allons, temporisa Deucalion. Je crois que notre jeune invité ici présent a fait son choix. Ainsi soit-il. Tu souhaites donc mourir ?
— Euh, honnêtement ? Non. Je préférerais qu'on me rende mes amis et que chacun reprenne sa route sans que l'on ait a déplorer plus encore de morts.
— Je comprend la démarche.
— Vraiment ?
— Bien sûr. Pour qui me prends-tu ?
— J'en sais trop rien, un espèce de type qui tue pour le plaisir de tuer ? Est-ce que vous avez déjà songer à consulter ? »
Deucalion émit un rire amusé alors que sa main, la droite, bougeait pour empêcher l'un des jumeaux de, probablement, lui sauter à la gorge pour lui faire la peau. Stiles était presque perdu dans tout ce bordel. Il essayait de saisir la personnalité de l'Alpha. Il n'y parvenait pas. Il dansait sur deux fils, l'un léger et serein, l'autre tendu et enragé. Ça donnait envie à l'adolescent de hurler de frustration.
« — Tu conviendras qu'il est difficile d'expliquer à un psychiatre cette partie du monde que nous cachons avec tant d'ardeur.
— Euh ? Suivez des études de psychologie, devenez psy et offrez des sessions aux loups en ayant besoin ? J'en sais rien, idée en l'air, je dis ça. Quand au fait de cacher votre existence au monde, laissez-moi émettre des doutes là-dessus, d'accord ? Vous laissez derrière vous, une pile de cadavres qui devient difficile à expliquer. Même les animaux sauvages n'attaquent pas autant d'homme sur dix ans. Alors franchement, votre pseudo discrétion vous pouvez vous la mettre ou je pense.
— Stiles, Stiles, Stiles. J'essaie vraiment, mais tu commence à jouer de ma patience, gronda Deucalion.
Il n'y avait plus de fausse sympathie sous-jacente. Le ton était irrité au possible. Cassant.
— Et qu'essayez-vous exactement ? Je pense qu'on a balancé tous les arguments qu'on avait en stock, non ? Vous voulez continuer à jouer aux chiens enragés, je suis fatigué de devoir assister aux enterrements de gens aux côtés de qui j'ai grandis. Il n'y a pas vraiment d'alternatives. Si vous ne voulez pas vous plier à ma volonté, alors ainsi soit-il. »
Il ne fut pas vraiment surpris d'entendre le rire de l'Alpha résonner haut et fort dans le bâtiment abandonné.
« — Assez ! Hurla le loup-garou. Tu pénètre sur mon territoire et tu penses pouvoir me dicter à moi et aux miens, notre conduite ? Pour qui te prends-tu exactement, toi qui n'a rien à envier aux vers qui grouillent à même la terre ?! »
Il ne répondit pas. Après tout, Stiles ne se faisait pas assez confiance pour ne pas balancer une réplique tirée d'une série DC - ou un truc puant la classe. Il savait parfois garder son sérieux, même si ça le démangeait dangereusement. Les poings serrés le long de son corps, l'adolescent adressa une prière pour personne en particulier. Il avait essayé. Il jurait devant Dieu, qu'il avait essayé de raisonner les loups. Seulement, ceux-là étaient tombés trop loin dans.. dans la sauvagerie pour envisager ne serait-ce que d'en revenir.
« — Tu n'as plus rien à dire ? Plus de répliques intelligentes ? demanda l'Alpha. »
Un sourire jouait sur ses lèvres. Ça n'avait rien de plaisant à voir. Eurydice planquée dans les ombres du bâtiment tira sur le fil qui la reliait aux pensées de l'humain.
Stiles, souffla-t-elle. Stiles.
Le garçon fronça les sourcils. Il demanda quoi et qu'est-ce qu'il y a ? Mais la dryade n'eut pas même le temps de rétorquer que quatre nouvelles personnes faisaient irruptions dans le hall de la banque.
Il y avait une femme qu'on l'on traîna à l'aide d'une chaîne que l'humain devina être de l'argent, parce que celle qui en dépendait, poussait des gémissements douloureux.
Et il y avait un homme large d'épaule et dont la peau paraissait aussi sombre qu'une nuit sans lune qui, agenouillé à même le sol, leva un regard surpris dans sa direction.
Stiles en eut le souffle coupé.
« — Non ! rugit-t-il. Laissez-les partir ! »
Il vit l'espoir qui avait animé pendant un instant, les iris sombres Boyd, mourir comme un feu ravagé par les eaux. Ça fit mal, là, quelque part entre ses côtes et ses poumons. Il n'était pas visage que l'on souhaitait voir apparaître dans des derniers instants. Pas parce qu'il n'était pas un bon ami. Mais parce qu'il n'était qu'un humain face à une meute de loups et Boyd savait. Il savait qu'ils mourraient tous ensemble parce qu'il n'y avait aucune loi sur terre permettant à un humain de surpasser une créature pareille.
« — Tu t'es montré si impoli, Stiles Stilinski. Tu n'as aucune considération pour ta propre sécurité. Peut-être es-tu fou. Peut-être es-tu simplement un autre de ces martyrs.
L'homme fit une pause. Derrière lui, l'autre jumeau traîna Erica (parce que c'était forcément elle) par sa laisse d'argent faite jusqu'à l'Alpha. Ce dernier laissa ses doigts vagabonder sur son visage qu'il releva vers la lumière. Il y avait des contusions vieilles comme récentes, des plaies mal cicatrisés et probablement un tas d'autres infections que Stiles ne savait pas si les gènes de loups seraient en mesure de guérir.
— Je me demande, reprit l'aveugle, si cela vaut pour ces louveteaux auxquels tu semble tant tenir. C'est pour eux, après tout, que tu te tiens ici aujourd'hui, avec tes vœux pieux et tes idées de grandeurs.
— Laissez-les partir.
— Je ne crois pas, non. »
Erica cria lorsque les ongles de l'homme s'enfoncèrent dans ses joues. Le sang coula et Stiles eut l'impression qu'il allait vomir le maigre contenu de son estomac à même le sol.
« — Arrêtez, qu'il tenta de le prévenir - ou supplia : il n'était plus vraiment sûr de rien. Arrêtez ça tant que vous le pouvez encore.
— Ou sinon quoi ? Tu déchainera la magie qui coule dans tes veines ?
Stiles hoqueta.
— Je te l'ai dit. Tu n'es pas le premier misérable à adresser des vœux aux étoiles quelle qu'elles soient. Alors. Qui t'as répondu ? Cette bonne vieille Artémis ? La chasse est son truc après tout. »
Comment peut-il en savoir autant ? demanda Stiles à Eurydice.
Dans son esprit, il l'a sentit paniquer.
Il ne devrait pas, il-
Stiles ne comprenait pas. Il ne comprenait pas de quoi parlait Deucalion, ne comprenait pas la panique soudaine de la dryade partageant ses pensées.
Autour de lui, il eut la sensation que l'air soudainement, devenait plus lourd. Il eut plus de mal à respirer, plus de mal à penser. La lumière du jour fut bientôt éclipsée par une grande ombre.
Hécate, souffla la créature de branches et de feuilles faites, à l'intérieur de sa tête. Il bénéficie de la bénédiction d'Hécate !
Tu te fous de ma gueule ?
Tout ça commençait à faire beaucoup trop pour son pauvre esprit. D'abord Gaïa, puis la magie, puis la faune et la flore, puis la dryade, ensuite venait la mention de Dédale et de son putain de labyrinthe et maintenant Deucalion lui parlait d'Artémis tandis qu'Eurydice lui soufflait des conneries sur une énième déesse ?
Il fut à deux doigts de rendre son tablier, de démissionner et d'abandonner les gens à leur sort.
À quel moment tu comptais me dire que les dieux, c'est pas des conneries ?!
Dit l'Enfant qui a prié Gaïa ?!
Personne ne m'a jamais précisé que j'aurais à faire affaire avec le panthéon Grec pour l'amour de Dieu !
Tu n'aurais jamais dû t'en approcher d'aussi près.
« — Je crois que le petit garçon est en train de se faire dessus, résonna la voix de la femme aux griffes acérées. Je peux sentir sa terreur d'ici. Il empeste !
— En veilleuse toi là-bas, personne ne t'as sifflé ! Rétorqua Stiles avec humeur.
Il évita de justesse la femme qui se jeta sur lui, plus rapide encore que les loups qu'il avait eu l'habitude de côtoyer pourtant. Sa pomme d'Adam fit yo-yo dans sa gorge lorsqu'il se mit à déglutir bruyamment.
— Je vais te faire la peau, crois-moi !
— Du calme ma chère, il s'agit-là d'un met qu'il nous faudra consommer avec la plus grande attention. Après tout, quelqu'un ici gît aussi sous la protection des dieux.»
Okay, c'est quoi le deal avec Hécate ?
Elle incarne la mort dans sa forme la plus obscure.
Rien de bien nouveau dans ma vie j'ai envie de te dire.
Stiles. Elle est mortelle lors des nuits sans lunes-
La pleine lune est pour ce soir, je ne comprend pas. Tout devrait bien se passer, non ?
Mais sans même entendre la Dryade, il savait que non, rien n'irait jamais bien.
Oh, Stiles. Nous n'avions pas prévu que-
Que quoi ?
Qu'une éclipse tomberait ce jour-même.
Laisse-moi deviner. Les nouvelles lunes c'est pas jolies, les éclipses c'est pire ?
Tellement, tellement pire que tout ce que tu pourrais avoir imaginé.
Stiles se sentit mourir de l'intérieur. Il avait la magie et les loups avaient leurs griffes et leurs crocs en plus du soutien apparent d'une déesse mortelle. À ce rythme, il ne voyait vraiment pas ce qui pourrait arriver de pire.
Évidemment, à l'instant où il formula cette pensée, le pire arriva. À même le sol, Boyd comme Erica se mirent à convulser et, involontairement, Stiles recula d'un pas, la frayeur et l'inquiétude se mêlant de nouveau à même son faciès.
« — Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que vous leur avait fait ?!
— Vois-tu, Stiles. Je vais t'expliquer un fait intéressant sur les loups-garous. Lorsqu'ils mutent, ils laissent libre court à la partie animale qui habite leur âme. Le loup prends totalement le relais le temps d'une nuit ou deux et en échange, il accepte de se faire petit le reste du temps. Cependant, lorsque le marché est rompu entre l'homme et la bête, celle-ci se retourne contre son enveloppe corporelle.
— Je ne comprend pas, fit l'adolescent, la détresse palpable dans le son de sa voix.
— Vois cela comme une plante. Lorsque tu n'arrose pas ta plante, celle-ci ne grandis pas, n'est-ce pas ? Elle finit éventuellement par mourir si tu la laisse durant trop longtemps, assoiffée. »
Stiles hocha doucement la tête, ses pensées dérivant naturellement en direction de George le ficus, de Leïa, Anakin et Obi-wan, les orchidées et cactus qui attendaient sagement chez lui, son retour.
« — Les loups-garous sont pareils. Si tu les laisses trop longtemps de côtés, alors ils deviennent fou, sauvage, même.
— Ça n'a pas de sens. Ça ne peut pas leur arriver à eux, dit-il un brin féroce. Ils ont passé la dernière pleine lune à courir avec leur meute. »
Deucalion éclata de rire.
« — Comme je te l'ai dit, tu n'es pas le seul à bénéficier d'un petit bonus. Tu vois, celle qui ploie au moindre de mes désirs (Stiles sentit Eurydice se hérisser furieusement dans sa tête) à le pouvoir.. disons simplement, de jouer avec l'astre qui nous surplombe tous. Après tout, elle représente l'une de ces phrases, n'est-ce pas. Elle est les lendemains. Ça n'a pas été bien compliqué de faire croire à ces deux parodie de loups, que des mois s'étaient écoulés depuis leurs arrivés.
— Non, dit Stiles qui n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Personne ne peut avoir un tel pouvoir.
— Vraiment ? Tu me semble pourtant bien placé pour savoir qu'une telle chose n'est pas possible. Alors, vas-tu me dire qui t'accompagne ? Qui t'as laissé croire que tu pourrais te dresser contre une déesse ? »
Il voulu vendre la mèche. Lui dire que Gaïa était celle qui lui avait accordé une chance, mais sa langue fut soudainement lourde dans sa bouche.
Ne dit pas un mot, supplia Eurydice. Tu peux encore gagner. Hécate est puissante, mais Gaïa est littéralement à l'origine du monde. Sans elle, Rien ne serait. Mais pour se faire, tu dois tenir ton serment. Souviens-toi. Personne ne doit savoir.
Mais Derek-
C'est différent.
En quoi ?!
Je t'expliquerais, un jour. Nous manquons de temps et-
« — Si tu ne veux pas me le dire, alors je viendrais chercher la réponse moi-même. »
Stiles ne le vit pas bouger, mais lorsqu'il put à nouveau poser les yeux sur la silhouette de l'aveugle, ce fut pour le voir lui et sa main profondément enfoncée dans le flanc de Boyd. Il n'eut pas souvenir d'avoir crier, mais le mal de gorge soudain parla pour lui.
« — Allons, allons. Il ne mourra pas d'une si petite blessure. Es-tu disposé à me dire qui te sert ?
— Je n'ai soumis personne à mon service ! Rétorqua l'adolescent avec véhémence. »
Comment aurait-il pu ? Les Dieux étaient.. des dieux. Personne ne pouvait les forcer à accomplir des choses qu'ils ne désiraient pas eux-même.
« — Ne me mens pas ! Quel dieu as-tu emprisonné à même ton âme ! Dis-le moi ! »
Il bougea sa main dans les entrailles de son camarade et ce dernier hurla à pleine gorge. Ses crocs apparurent, teinté de sang et bientôt, il se mit à cracher un mélange grumeleux et carmin à même ses vêtements.
« — Je jure sur tout ce que j'ai, que jamais je n'ai contraint la moindre divinité à se plier à mes désirs ! »
Cela sembla calmer l'homme - pour l'instant du moins. Il extirpa sa main pleine de griffes de l'intérieur de Boyd, pivotant assez pour darder sur l'humain du coin, son regard blanc laiteux. Sur son visage, Stiles fut en mesure de noter une profonde réflexion. Ses sourcils étaient froncés et ses traits tirés, comme si on l'avait posé devant un problème de math particulièrement ardu.
« — Les battements de ton cœur me disent que tu ne me mens pas. Pourtant, c'est bien ma magie qui traîne sur ta peau. Alors dis-moi ? Qu'es-tu ? Un sorcier ? Un mage ? Un druide ? J'ai été en mesure d'en sentir un, à mon arrivé en ville. Mais ce n'est pas la même chose. Les druides sont encore humain, après tout. Toi, j'en doute.
Le lycéen plissa les yeux.
— Non, fit Stiles en agitant sa tête de gauche à droite. Je ne suis rien de tout ça. Juste.. Je suis juste Stiles, d'accord ? »
Il songea à Deaton - parce qu'il n'y avait que lui pour endosser le rôle de Druide sans que personne n'en sache rien même si sa propre théorie était allé directement vers les mages. En revanche, ce qui l'étonnait bien, c'étaient les mots du loup-garou. Comment pouvait-il douter faire face à un humain ? Ses pensées voyagèrent en direction d'Eurydice qui, étonnement, fut silencieuse sur le sujet.
On en reparlera, promit-il sévèrement avant de reporter son attention sur Deucalion, ignorant dès lors la nervosité grandissante de la femme-arbre toujours planqué dans un coin, à l'abri des regards. Stiles s'étonnerait plus tard, que personne ne l'eût l'air de la sentir. Pour le moment, il avait d'autres chats à fouetter.
« — Juste Stiles, répéta simplement Deucalion. Je sais qu'il n'en est rien et pourtant, étrangement, tu semble croire aux mensonges que tu me balances. Curieux. C'est curieux parce qu'alors, cela voudrait dire que tu ne sais rien en réalité, du pouvoir qui coule dans tes veines. Tout homme qui se respecte aurait arraché secrets sur secrets à la divinité qu'il aurait enchaîné, mais pas toi. Comme c'est curieux, dit-il encore, perdu là, dans ses réflexions.
Stiles ne fit rien pour se faire remarquer. Il resta silencieux et minuscule dans son coin, écoutant d'une oreille distraite, le monologue de l'aveugle qui s'était mis à parcourir le hall dans la banque de long en large. Son regard dévia, s'attardant sur ses deux amis (par alliance ?) toujours couché à même le sol. Boyd respirait difficilement mais cela signifiait qu'il était toujours en vie alors le lycéen se laissa respirer à nouveau. Erica endurait toujours la torture des chaînes d'argent de son côtés sous le regard incertain d'un des jumeaux. Stiles se demanda s'il était possible que l'un d'entre eux soit moins.. evil twin que l'autre. En cas de fuite, qui serait susceptible de l'aider à transporter les blessés ? Quand la blonde releva son regard larmoyant vers lui, il lui offrit un discret sourire qu'il voulu encourageant. De grosses larmes coulèrent sur ses joues et Stiles grimaça. Bon, apparemment, il n'était pas doué pour soutenir les gens. À moins que ça soit parce qu'elle était en train de lutter contre les effets de l'éclipse ? Il ne nota dans un coin de son esprit avant de dévier à nouveau vers le chef de meute. Il marmonnait à présent à voix basse. Et si l'ouïe de Stiles s'était amélioré en quatre semaines, ça ne fût toujours pas suffisant pour qu'il puisse comprendre ce que l'autre disait.
« — … À moins que.. »
La voix du loup, haute et claire le fit sursauter. Il nota du coin de l'œil qu'il ne fut pas le seul et ne put empêcher ses lèvres de s'incurver en un quelque chose de moqueur lorsqu'il croisa les regards des autres garous. Ennis gronda, Kali - il s'en souvenait à présent ! - fit crisser ses griffes à même le sol marbré. Elle était toujours en position accroupi depuis qu'elle s'était réceptionnée après avoir tenté de lui arracher la gorge - ou quelque chose du même genre. Ainsi, elle donnait l'impression d'être un chat particulièrement gros sur le point se courser sa meilleure souris. Stiles frissonna malgré lui.
« — À moins qu'il me dise la vérité, repris Deucalion. »
Et franchement ? C'était un peu ce qu'il avait maintenu depuis le début de cette conversation. L'adolescent leva les yeux au ciel sans pour autant interrompre l'homme. Allez savoir si déranger un malade en pleine réflexion avait le même effet que réveiller un somnambule en pleine crise. Ce n'était pas quelque chose que Stiles Stilinski se voulait de découvrir.
« — … Mais ça serait impossible. Personne n'a jamais… ceux qui s'y sont essayé n'ont pas survécu.. Personne.. Comment cela... Si moi je n'ai pas pu..»
Ouais, songea l'adolescent. Il a définitivement perdu la boule. Je propose qu'on chope nos deux prisonniers et qu'on se tire d'ici, lança-t-il mentalement à l'attention d'Eurydice.
Stiles, dit-elle et, le garçon se tendit aussitôt.
Il y avait quelque chose dans le ton de sa voix qui lui disait qu'il n'allait pas aimer ce qu'elle s'apprêtait à lui dire.
Stiles écoutes-moi. Deucalion n'est pas totalement stupide. Il comprendra.
Comprendra quoi ?
Tu te souviens lorsque je t'ai parlé de ces hommes qui ont rompu leurs promesses ?
Celles faites aux Dieux ? Du même genre que celle que j'ai faite ?
Oui. C'est quelque chose d'impensable. C'est pour ça que les Dieux ont arrêtés de répondre aux prières.
J'avais cru comprendre oui, le rapport ? Tu crois que Deucalion a rompu celle qu'il a faite à Hécate ?
Je pense qu'il a fait pire que ça. Je pense qu'il la détient quelque part. Je pense qu'il l'a invoqué en sachant que jamais aucune divinité lui accorderait le moindre souhait. Je pense qu'il a fait le nécessaire pour la piéger.
Quelque chose tilta dans l'esprit de l'hyperactif sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus. Il fronça les sourcils, suivant toujours du regard l'évolution de l'Alpha, quoi qu'en gardant une partie de ses pensées dirigées vers sa conversation muette avec la dryade.
Qu'est-ce que tu veux dire ? N'est-elle pas censée être une déesse toute puissante, la mort et tout ça ?
Même les dieux ont leurs faiblesses, Stiles. Si Deucalion est bel et bien parvenu à faire d'elle, sa servante alors..
Alors quoi ?
Alors.. ce n'est pas bon du tout.
Est-ce que tu pourrais développer pour une fois dans ta vie ?
Stiles,
souffla-t-elle. Stiles, Stiles, Stiles. Elle arrive.
Quoi ?
Un vent de fureur se leva. Stiles la senti avant de la voir. Il eut l'impression que ses entrailles gelaient sur place. Un froid mordant et polaire qui lui donna le sentiment d'être dans la peau de Harry Potter lorsque ce dernier s'était retrouvé à faire face à une horde de détraqueur. Une boule se forma dans sa gorge et il eut envie de vomir, de hurler et de pleurer à la foi.
« — Qu'es-tu ?! hurla finalement Deucalion en bondissant devant lui.
Le mouvement fluide fut si difficilement discernable que Stiles trouva encore le moyen d'être surpris. Pourtant, il savait comme ces bestioles là étaient surprenantes. Il jura intérieurement pour son manque d'attention - un peu l'histoire de sa vie soit dit en passant.
Grand, large d'épaule, Stiles aux côtés de l'homme avait exactement l'air du gamin qu'il était. Chétif, dangereusement sur le point de craquer.
— Dis-moi ! Dis-moi comment as-tu fait pour recevoir la bénédiction des dieux ! gronda le garou. »
Son visage était si proche de celui de l'adolescent que ce dernier pût en sentir l'haleine s'en dégageant. Ce n'était pas une expérience agréable.
« — Je me suis contenté de demander gentiment ! hurla à son tour l'humain à bout de nerf. Vous devriez essayer parfois, plutôt que de prendre ce qui ne vous appartient pas de prendre !
Sa réponse ne sembla pas convenir car il se fit épingler contre un mur particulièrement dur.
— Tu mens ! Personne n'a reçu de faveur depuis l'ancien temps, tu m'entends ? Personne ! Alors qu'a-tu fait ?! Je veux savoir ! »
Et, quoi ? pensa le lycéen, désarçonné.
C'est quoi ces conneries. Tu as dit que c'était quelque chose d'habituel.
Oui. Les hommes ont l'habitude d'invoquer dieux et déesses ici et là. Je n'ai jamais dit qu'ils accordaient nécessairement les vœux des invocateurs. En général, ils se contentent de châtier les curieux. Tant de promesses brisées laisse des marques. Les dieux ont éventuellement arrêté de répondre aux appels. Parfois il décrochent, si tu me pardonne l'expression, juste pour faire perdurer le mythe, pour faire savoir qu'ils sont toujours là, pour que la parole se répande.
Ça n'a pas de sens. On m'a répondu. On m'a exaucé.
Oui, fit-elle simplement.
Et c'est tout ?
Stiles, dit-elle, mais l'adolescent la coupa net.
Non. C'en est assez. Je pense mériter un minimum la vérité non ?
Seul un silence radio lui répondit. Le garçon serra les poings le long de son corps. Il parvint à peine à remarquer l'apparition d'une femme à la chevelure de jais derrière le troupeau de loups. Pourtant, ce n'était pas comme s'il avait été en mesure de passer à côté du fait qu'un froid de mort régnait toujours en maître dans la pièce. Il échappa un souffle tremblant lorsque la figure essaya de se redresser. Seulement, les chaînes qui l'emprisonnaient de toutes part la fit elle aussi gémir.
Ça aussi, ça devenait un peu redondant, songea-t-il en faisant le parallèle avec Erica. Il était partagé entre une envie de se moquer du manque d'innovation de la part de la meute et l'incrédulité de constater qu'ils avaient été en mesure de piéger une putain de déesse, pardonnez son langage, avec des putains de chaines. Distraitement, il avisa d'une fenêtre, se demandant s'il aurait le temps de sauter afin d'abréger ses souffrances mentale là, tout de suite maintenant.
Drama Queen, souffla une voix à son oreille.
Stiles l'envoya se faire gentiment foutre. La colère monta d'un cran.
« — C'est n'importe quoi, laissa-t-il finalement échapper bien malgré lui. Mais dans quel monde vie-t-on, bon sang. Où est-ce que vous vous croyez ? Vous pensez vraiment que ça en vaut la peine ? Tout ça pour quoi ? Le pouvoir ? Vous êtes déjà la chose la plus menaçante qui régit ce putain de monde !
Deucalion gronda contre lui.
— Tu ne pourrais pas comprendre. Tu n'as jamais été chassé simplement pour le simple fait d'être né différemment.
— Peut-être, souffla-t-il. Mais vous faites subir exactement ce que vous avez enduré aux autres. Vous ne valez pas mieux que les chasseurs ou ces types qui se croient supérieur sous prétexte que tout leurs est servi sur un plateau d'argent.
— Bien essayé, mais la psychologie inversée, ça ne prend pas avec moi, gamin.»
Stiles le repoussa de toutes ses forces. Il fut surpris de constater que le loup en manqua de tomber à la renverse et, curieusement, il observa ses mains pendant ce qui lui sembla être, la minute la plus longue de sa vie. Plus loin, les loups dont il avait presque oublié l'existence rugirent de concert.
« — Assez, dit-il. J'en ai assez de jouer.
— Voilà enfin quelque chose sur lequel nous pouvons tomber d'accord. Peu importe au final, que tu ai été choisi par les dieux quels qu'ils soient. Ils ne sont plus ce qu'ils étaient. Ils sont faible et peu importe qu'ils te regardent d'où qu'ils se trouvent, avec Hécate a mes côtés, rien ne saurait m'arrêter. »
Et sur ces mots, l'homme s'élança, griffes sorties. Comprenant que le temps de la discussion était désormais révolu, le garçon joua de ses jambes pour éviter le premier coup de griffes qui, sans ça, l'aurait éventré de haut en bas. Si Deucalion fut surpris de l'esquive, il n'en montra rien. Son visage muta et bientôt, l'homme se retrouva métamorphosé. Moitié loup, moitié homme. Son faciès était aussi horrible que celui de Scott lorsqu'il avait manqué de le tuer par une nuit de pleine lune. C'était une vision dont il se serait bien passé, songea-t-il distraitement.
Lentement mais sûrement, l'éclipse recouvrit l'intérieur de la banque, d'un voile sombre. Stiles plissa d'abord les yeux pour essayer de s'accoutumer au manque de lumière, en vain. Il se savait désavantagé là ou les garous pouvaient y voir comme en plein jour. Sans savoir exactement comment ni pourquoi, un mot lui vint à l'esprit. Il leva l'une de ses main vers son front, écorchant au passage, son pouce contre le marbre fissuré derrière lui pour en faire couler le sang. Il inscrivit cinq lettres sur sa peau, se servant de son propre liquide vital en guise d'encre.
On put y lire órasi, inscrit en lettres grecques. Vision, dans sa propre langue.
Il eut la sensation que l'on venait de forcer sur ses globes oculaires, une paire de lentilles de contact épaisse. Il battit plusieurs fois des cils et fronça les sourcils lorsqu'il constata non sans étonnement, qu'il voyait désormais comme en plein jour. Il n'eut pas besoin d'aller parasiter les pensées de la dryade pour savoir qu'elle venait de lui venir en aide. Ça n'effaçait pas les mensonges et il se surprenait à être toujours aussi remonté contre elle, mais il n'avait pas exactement le loisir de se laisser aller à s'attarder sur ce sujet-là pour le moment. Il se reconcentra sur Deucalion qui pivotait à nouveau vers lui, comme si de rien n'était. Stiles compris de son petit tour de magie avait dû durer qu'une pauvre seconde. Il esquiva le prochain coup avec une grâce qu'il ne savait pas posséder. Ses gestes, ses membres, son être entier n'avait toujours été que maladresse sur maladresses. Qu'il puisse bouger de manière si fluide, c'était.. surprenant. Cette journée n'en finissait pas, se dit-il en reculant à nouveau. Il fit un geste de la main, concentrant sa volonté sur ce point, sous les pieds du garou. Une racine émergea d'entre le marbre craquelé et vint s'enrouler autour des chevilles de Deucalion qui gronda lorsqu'il manqua de s'étaler de tout son long sur le sol gelée.
Stiles ne put s'empêcher de fanfaronner légèrement.
« — Des problèmes d'équilibre mon loup ? qu'il demanda d'une voix chantante.
« — Je te tuerais de mes propres mains ! »
Stiles voulait bien le croire sur paroles.
Ce n'est pas vraiment le moment de jouer, Enfant.
Tu n'est pas vraiment en position de dire quoi que ce soit, je te rappel que toi et moi, après ça, on va avoir une sacrée discussion.
Je te prie de ne pas jouer avec lui. Ceux se sont montré trop confiant ont tous échoué Ô combien leur volonté était forte.
Ça le fit revenir sur terre. Eurydice avait raison. Stiles avait vu suffisamment de films pour savoir que s'il se mettait à jouer avec Deucalion, c'est contre lui que tout se retournerait. Il retrouva son sérieux autant que possible. Ça ne fut pas suffisant.
S'il vit venir la grossière attaque du chef de meute, il ne fit pas attention au jumeau libre de ses mouvements qui surgit dans son dos comme un ombre. Il sentit un bras s'enrouler autour de sa gorge et la panique afflua presque aussitôt.
« — On ne fait plus le malin hein, chuchota l'autre adolescent contre sa joue. »
Stiles ne put qu'émettre un vague gargouillis. Il ne fut pas en mesure d'éviter le prochain coup de l'Alpha et cette fois, il le sentit bel et bien passer. La douleur éclata sur son visage comme une fleur étant ses pétales. Il sentit son propre sang dégouliner contre sa peau, brouillant sa vision du côté droit. Tout n'était que brûlure et douleur. Il hurla lorsque Deucalion pris son menton entre ses doigts, pressant ces derniers contre les estafilades qu'il venait de creuser à l'aide de ses griffes acérées.
« — Peu importe que tu ait reçu l'aide des êtres de la forêt, lui dit-il. Je dévorerais ton cœur et ton pouvoir m'appartiendra. »
Stiles cracha un mélange de bile, de salive et de sang au visage du loup. Il n'apprécia pas du tout la manœuvre et son poing fila contre son estomac, beaucoup trop proches de ses côtes flottantes qu'il sentit craquer sous la force du coup. Il suffoqua pendant quelque instant, autant parce qu'Ethan - à moins qu'il s'agisse d'Aiden - le tenait toujours par le cou en une clé de bras verrouillée, que parce que le sang lui brouillait l'œsophage.
Stiles, souffla la dryade dans sa tête.
Des points sombres dansaient devant ses yeux à présent et il éprouvait des difficultés à aligner deux pensées correcte. Il se demanda comment il avait cru pouvoir mettre un terme aux activités de cette meute par lui seul. Maintenant qu'il constatait que tout ce qui leur avait fallu pour le maîtriser était deux loups, il ne pouvait s'empêcher de se sentir en colère contre lui-même. C'est ce que j'obtiens pour avoir fanfaronné, se dit-il piteusement.
Alors quoi, tu laisse tomber ? résonna une fois de plus la voix d'Eurydice. Elle était furieuse.
Stiles en leva les yeux au ciel.
Bien sûr que non.
Il n'abandonnerait pas. Il n'avait pas le choix après tout.
« — Je suis presque déçu, émis finalement Deucalion. Une si grande gueule pour de si petits.. »
Il ne vit pas venir la racine qui le transperça de part et d'autre de l'épaule. Sa meute hurla son inquiétude dans son dos - à moins qu'il s'agisse d'une colère propre au loup, Stiles n'en savait rien et s'en fichait, pour être honnête. Cela fut suffisant pour qu'il puisse se défaire de la prise du jumeau, trop ébahi qu'il était pour l'en retenir.
Il observa Deucalion essayer de se soustraire à la magie naturelle qui le cloua au sol tandis qu'il migrait désormais vers les deux autres loups retenu prisonniers. Kali et Ennis ne manquèrent pas ses mouvements et bientôt se jetèrent-ils sur l'adolescent. Il esquiva le coup vicieux de la femme pour se voir envoyer bouler plus loin par la montagne de muscle qu'était Ennis. Il roula et roula et poussa un gémissement douloureux lorsque son bras craqua lui aussi en percutant une barre de fer. Il eut une pensée pour ses cours de physique, pour la vitesse et la force qui avaient formé cette étrange équation, par son propre poids pourtant plume, qui avait fait tout le reste. Lorsqu'il se releva, ce fut non sans difficulté. Il dû pourtant rapidement esquiver d'autres coups qui se mirent à pleuvoir sur lui.
Plus loin, il vit Ethan appeler son jumeau toujours auprès d'Erica, à l'aide : plus il se débarrassait des racines qui, comme dotées d'une volonté propre, repoussaient dès qu'elles se voyaient être coupés et/ou arraché, plus celles-ci semblaient se démultiplier. Dans tout ce bordel, il entendit Deucalion proférer un énième chapelet de menaces à son encontre et sut s'en satisfaire comme d'une petite victoire. Il rigola nettement moins lorsque Hécate qu'il avait totalement oublié, se mit à hurler. Ses mains comme celles des loups se portèrent à leurs oreilles afin d'essayer d'étouffer le son. C'était semblable au cri d'une Banshee nota le lycéen, mais avec un je-ne-sais-quoi d'autant plus morbide. La déesse devait être dans d'immense souffrances, se dit-il, pour se contorsionner de la sorte.
C'est parce que Deucalion pompe à même sa vitalité.
Comme c'est étonnant, songea le garçon en réponse.
Néanmoins, la dryade avait l'air plus soucieuse encore, là, en observatrice qu'elle se faisait. Stiles savait qu'elle n'était pas en mesure d'intervenir. Pas directement du moins, se dit-il en remarquant que la banque semblait plus.. feuillue qu'elle ne l'avait été à son arrivée. Il pouvait apercevoir des branches, des racines, des bout de nature ici et là. Il remercia silencieusement son amie. Appeler à lui, la nature depuis les profondeur de la terre était épuisant. Lorsqu'il fallait traverser du marbre, du béton armé et tout le reste, ça devenait légèrement plus compliqué. Ainsi, Eurydice venait de lui fournir de la matière première pour travailler. Ça lui ôta un poids des épaules.
La nature trouve toujours son chemin, chanta-t-elle.
Il voulut bien la croire, seulement, il n'eut pas vraiment l'occasion de s'attarder là dessus. Hécate se tenait désormais en élévation au dessus du sol, dans une position cambrée, les bras écartés de part et d'autre de son corps. Sa bouche était ouverte dans un cri silencieux, de même que ses yeux grand ouverts semblaient fixer un point invisible au dessus de leurs tête. Pendant un instant, il sembla que le temps se suspendit. Puis la déesse bougea. Ce fut juste un mouvement, une simple cambrure qui pourtant, sembla réveiller tous les loups de la pièce. Erica et Boyd furent soudainement sur leurs pieds, courbé à raz du sol dans des postures animale au possible. L'adolescente comme son compère, ne semblait plus souffrir ni de ses plaies, ni de la chaîne enroulée autour de son cou. Lorsqu'ils ouvrirent la bouche, ce fut pour hurler à l'unisson un chat de mort.
Stiles compris que la situation venait de devenir bien plus compliquée pour lui, lorsque, d'un même mouvement, les garous rendu fous par l'illusion de pleines lunes manqués, se ruèrent dans sa direction, tout de crocs et de griffes dégainés.
Bon, se dit-il. Je suis dans la merde.
Il s'en sortait déjà à peine face à Kali et Ennis, si devaient s'ajouter à l'addition, ses deux amis, il ne risquait pas de faire long feu.
Au moins, songea-t-il une fois de plus, Deucalion, Tic et Tac sont occupé avec les racines.
D'un regard, il nota cependant qu'il n'en restait presque plus rien. D'une manière ou d'une autre - sûrement en se servant de la magie fournie par Hécate - ils avaient réussi à se débarrasser du plus gros de la chose.
Stiles manquait de temps. Il le savait. Bientôt, ça serait du sept contre un (et demi). Il ne ferait pas le poids.
Sa théorie fut confirmée lorsqu'il commença à s'épuiser d'esquiver coups sur coups. Kali visait ses jambes et lorsqu'il bondissait pour échapper aux mains pleines de griffes, c'était pour se méfier d'Ennis et d'un Boyd enragé qui tentaient l'un comme l'autre, de le plaquer à même le sol à coup de plongeons digne d'un joueur de football américain. Et lorsque enfin il parvenait à se tenir hors de portée, c'était pour se recevoir une Erica folle de rage sur le dos, ses bras fermement ancrés autour de son cou.
« — Merde, siffla-t-il en évitant un coup de croc d'un mouvement du menton. Erica, c'est moi, Stiles ! Il faut que tu te reprennes d'accord. Le côté agressif a beau être sexy, ne put-il s'empêcher de faire sur un ton moqueur, je préfère encore quand tu y vas de ta langue de vipère !
— Tu perds ton temps, ricana Ennis. Ils ne sont plus que des animaux sauvages.
— On ne t'as toujours pas sonné toi, rétorqua le garçon avec humeur. Allez Catwoman, tu dois trouver un échappatoire. N'importe quoi tant que ça te sors de ta folie. »
Il crut pendant un instant l'avoir atteint, mais en vain. Le calme soudain qu'il perçu dans son dos ne fut qu'une feinte pour que des doigts agiles puissent se glisser sous son vêtement et lui labourer les hanches du bout des griffes.
Avec une force toujours insoupçonnée, Stiles parvint à l'attraper par les haillons lui servant de vêtement pour l'envoyer voler au loin. Elle percuta Boyd de plein fouet et son regard sembla s'éclairer pendant un court moment. Comme si son instinct lui criait de la protéger, plutôt que d'attaquer une presque non-menace apparente.
« — Boyd, mec. Tu peux pas perdre les pédales comme ça, d'accord ? T'es trop bon pour ça. C'est pas toi, toute cette violence quand bien même tu veux te donner de grands airs. Je sais que la meute t'importe désormais plus que tout le reste. Tu n'es plus seul, c'est terminé, mais pour ça il faut que tu m'aide mon grand.
— Tu parles trop ! »
Kali lui crocheta les jambes et Stiles tomba lourdement sur son fessier. Il grimaça dans son mouvement, son bras et ses côtes ramenant à lui, le souvenir de leurs douloureuse expérience. S'il avait eut un doute quant aux fractures qui devaient maculer son squelette, c'était fini. Son bras pendant mollement dans un angle étrange qui faillit le faire vomir une fois de plus.
« — Luttes tant que tu en a envie, Stiles Stilinski, lui vint la voix de Deucalion. Tu ne gagneras pas. Les dés ont d'ores et déjà été joué. »
C'était une chose que Stiles se refusa de croire, même acculé. Sept loups se tenaient devant lui et le garçon était à court de solution miracle. Ils étaient bien plus fort qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant, boosté par la magie de Hécate. Si encore il parvenait à couper la connexion entre la déesse et l'Alpha, se dit-il. Mais il ne pouvait pas se résoudre à blesser la divinité déjà souffrante.
Oh Stiles, souffla la dryade à son oreilles.
Le gamin leva les yeux au ciel.
Ouais, ouais, je sais. Mes conneries sacrificielles.
Pour autant qu'il savait, Hécate était autant une victime qu'Erica et Boyd. Il se refusait à user de sa magie contre elle, non pas par crainte des représailles, mais parce qu'elle avait été forcée dans cette histoire et ça plus que tout le reste, lui laissa comme un goût de cendre dans la bouche.
On dirait qu'on arrive à court de choix, adressa-t-il mentalement pour, vraiment personne en particulier.
« — Abandonnes-tu ?
— Même si c'était le cas - et ça ne l'est pas, vous me tueriez de toutes façon.
— Ça aurait été de manière douce et rapide, fit Deucalion. Tu t'es montré étonnamment résistant, pour de la vermine.
— Ben voyons..
— Rends-toi mon garçon. C'est perdu. Tu as perdu. Ta magie aussi curieuse soit-elle, n'est pas infinie. Tu puisera bientôt dans ta force vitale et alors, tu mourra dans tous les cas.
— Oui et bien, ce sont des choses qui arrivent, répondit de manière distraite, le lycéen.
— Tu trouves encore le moyen de te moquer. Bien. Peu importe, finissons-en. »
Stiles recula d'un pas. Sans le vouloir, Deucalion venait de lui donner une idée. Si toutes les racines, les arbres et les feuilles du monde ne parvenait pas à les enfermer dans une prison suffisamment solide, il trouverait autre chose. Eurydice n'avait-elle pas dit, avant qu'il ne pénètre dans la banque, que la magie était bien plus que ce qu'il voulait bien voir ? Que ce n'était pas qu'une question d'arbres, de fleurs et de fées lui jouant des tours ? Stiles ignora la complainte de la dryade, ignora Deucalion encore perdu dans un de ces monologues sans fin.
Les yeux baissés sur ses main, il scruta le cheminement de veines noirâtres qui avait commencé à apparaître à même sa peau. L'alpha avait répété et répété que dans ses veines coulait la magie. C'était le moment de vérifier si la théorie était aussi vraie qu'il l'imaginait. Toujours vautré à même le sol, il ramassa un tesson de verre qui devait sans doute provenir d'une des fenêtres brisées. C'était sale et boueux et sans doute finirait-il pas choper la mort à cause d'une infection du même genre. C'était le cadet de ces soucis. Contre le dos de sa main, il fit glisser la lame improvisée. La plaie d'ores et déjà présente fut élargie. Plus loin, il entendit la remarque moqueuse de Kali en rapport avec la mort qu'il essayait visiblement de se donner et la façon dont il ne savait même pas s'y prendre pour y arriver.
Le sang goutte de la plaie, rouge. Délaissant son arme ridicule, il glissa ses doigts contre la plaie et tira sur ce bout sombre qu'il pu apercevoir sous l'hémoglobine. La douleur éclata à nouveau, s'ajoutant à la liste d'ores et déjà longue des partie de son corps qui le faisait siffler de souffrance. Il se réconforta avec l'idée que son action n'eut pas été vaine. Quoi que soit le machin noir qui s'était mis à parcourir sa peau comme un chemin ferroviaire géant au cours de ces dernières semaine, il était capable d'y mettre la main dessus.
Il tira. Il tira comme on tire une corde et la chose suivit le mouvement, sortant et sortant et sortant du dos de sa main comme une pelote de laine que l'on aurait extirpé du sac magique de Mary Poppins. Il n'eut pas besoin de savoir quoi faire de l'étrange matière. Il joua de ses doigts contre celles-ci, passant les filins sombre entre ceux-là. D'un œil extérieur, on aurait pu le prendre pour un de ces fameux patient tout droit sorti d'Eichen House et à qui on aurait demandé de démêler le fameux casse tête qu'était le Jeu de la Ficelle. Les observateurs, sans bouger d'un pouce, scrutaient et scrutaient encore les faits et gestes du garçon. D'une manière ou d'une autre, le rendu se faisait suffisamment hypnotisant pour que personne ne songe à l'arrêter dans son mouvement.
Tu ne peux pas.., tenta de l'arrêter la dryade, mais Stiles ne l'écouta pas, trop concentré qu'il était sur le schémas qu'il s'esquintait à produire. Il ne savait pas comment, mais des images apparaissaient dans sa tête, lui montrant la marche à suivre. Il savait qu'Eurydice, pour une fois, n'était pas dans le coup. Il parvenait à saisir des bribes de sa confusion.
Lorsqu'il cessa tout mouvement, tous purent être en mesure d'apercevoir le début d'une figure qu'il venait d'effectuer en entrecroisant des lignes. Il ne s'arrêta pas là.
« — Un, deux, trois, chanta-t-il doucement, je m'en vais au bois. »
Un craquement sourd se fit entendre. Les loups sursautèrent, Alphas comme bêtas. Stiles bougea un fil, le faisant passer d'un doigt à l'autre souplement.
« — Quatre, cinq, six, poursuivit-il sans se soucier de son environnement, trouvons les abysses. »
Un autre fil sombre fut transféré d'une ligne à une autre. Le sol trembla et le bâtiment en bien pauvre état donna l'impression de s'effondrer sur lui-même.
« — Sept, huit, neuf, dit-il encore, dans l'antre du veuf. »
La terre se souleva soudainement. Des murs hauts et forts émergèrent du sol. Bientôt, les garous furent encerclé de tous côtés. Certain réagirent avec un temps de retard mais tous s'élancèrent, même Deucalion qui, malgré le fait qu'il ne pouvait voir le spectacle qui se jouait sous ses yeux, demeurait en mesure de sentir la magie gazouiller tout autour de lui. Il suivit le reste de sa meute lorsqu'il tentèrent d'échapper à la prison de terre et de bois. Les seuls qui restèrent à même le sol fut un Boyd tenant une Erica inconsciente tout contre lui. Stiles avait dû y aller un peu fort en la bazardant au loin. Personne ne fut en mesure de se dresser contre cette force nouvelle. Dès que l'un parvenait en haut d'un mur, celui-ci grandissait encore et encor et bientôt, aucune sortie ne fut visible. Les murs touchèrent le plafond de la banque qui, malgré les années, semblait tenir bon. Au sol, les jumeaux tentèrent de creuser une brèche à l'aide de leurs poings. Ils ne parvinrent qu'à s'écorcher jusqu'au sang. Du sang que la terre s'empressa de boire comme s'il s'agissait d'un millésime. Lorsque Kali et Ennis tentèrent à leur tour de forcer la paroi, celle-ci se rebella en leur infligeant de cuisantes brûlures : la terre s'était gorgée de particule d'argent. Le silence régna de nouveau lorsqu'il cessèrent de crier les uns sur les autres. À présent, il écoutaient la voix de l'adolescent résonner de plus en plus faiblarde.
« — Dix, onze, douze, souffla-t-il, s'abreuve la terre jalouse. »
Les racines jaillirent de toutes part. Comme des sangsues particulièrement résistantes, elle plongèrent à même la chaire des créatures mi-homme, mi-bête. Beaucoup crièrent. Un mélange de terreur, de douleur, de rage. Stiles ne s'en souciait toujours pas. Il était bien trop occupé à réfléchir à la façon dont les mots sortiraient de sa bouche. Certains lui étaient soufflés, d'autre non. Il savait exactement ce qui était en train de se passer. Il savait que même Boyd et Erica étaient victime du sort qu'il avait lancé même s'il avait voulu l'éviter.
Tu ne peux rien pour eux, arrête-toi là avant de ne pas pouvoir faire marche arrière, implora la dryade.
Mais il s'agissait de Stiles Stilinski. Il s'arrangeait toujours pour faire exactement l'inverse de ce qui était attendu de sa personne alors il bougea un énième fil, ignorant la douleur qui transperça son cœur comme une épée de ronces. Il sentit son nez échapper un filet de sang, ses oreilles suivre le même chemin. Il papillonna lorsque ses yeux se mirent à brûler, lorsqu'il se mit à cracher quelque chose qui n'était ni salive, ni bile. Ça avait le goût du fer.
Personne, jamais personne n'a osé.., gronda une voix à son oreille qui n'était pas celle de la de son amie.
Avec ironie, Stiles songea que la vie était faite de premières fois.
Lorsqu'il ouvrit la bouche à nouveau, ce fut pour poursuivre la comptine enfantine dont il avait tant rabattu les oreilles de ses parents lorsqu'il était enfant. Une comptine qu'il avait réarrangé à sa sauce pour des besoins, se disait-il avec humour, scénaristique.
« — Un, deux, trois, reprit-il doucement, revenant sur ses pas.. »
La figure tissée remua entre les doigts du garçon lorsqu'il déplaça une ligne qui n'aurait pas dû être déplacée. Stiles le savait, mais il n'en fit qu'à sa tête. Il parvenait sans mal à visualiser le couple d'ami dans sa prison de terre et d'argent. Ils avaient été torturé par la meute d'Alpha, il ne pouvait pas se permettre de les laisser dans ce piège qu'il venait de créer de toutes pièces.
« — Quatre, cinq, six, fit-il du bout de lèvres, contre un sacrifice.. »
Stiles !
Le garçon l'ignora. La terre trembla et bientôt, il fut en mesure d'apercevoir les deux silhouettes de ses amis. Ils étaient aussi couvert de sang qu'il l'était, respiraient de manière laborieuse, mais il savait qu'ils vivraient. Il le sentait.
En baissant les yeux sur ses main, ils constata qu'elles étaient noire de sang. Il n'en fut pas vraiment surpris. C'était avec ces veines, ce trucs, qu'il avait extirpé de son corps, qu'il jouait. Il laissa échapper un souffle tremblant. Il n'était plus vraiment en mesure de sentir le bout de ses doigts qu'il savait gelés. Son corps refroidissait à vitesse grand V alors qu'il lui restait encore tellement à faire.
Arrête-toi là, je t'en supplie ! Tu es en train de te tuer à la tâche !
Bien sûr que non, tu te souviens ? Tu dois encore me raconter plein de truc. Je ne vais pas claquer maintenant.
Mais il avait l'impression que son corps se préparait déjà à prendre des vacances, loin de lui, de préférence. Il s'agita. Il devait finir son casse-tête. Il lui restait deux strophes pour arranger les choses. Son regard s'attarda de nouveau sur les garous faisant parti de la Team Beacon Hills, puis sur la déesse cambrée quelque part au dessus de sa tête, sa bouche toujours figée en un cri silencieux.
Tu ne peux rien faire pour elle, siffla Eurydice en même temps qu'une autre voix lui susurrait à l'oreille comme il était un humain arrogant, tellement arrogant. Crois-tu pouvoir sauver tout le monde ?
Regardez-moi faire.
Il mêla deux lignes. La figure un trou dans l'arbre devenait de plus en plus discernable bien qu'il l'ait une fois encore, arrangé à sa sauce. Il n'y avait pas quatre boucles mais cinq. Ça pouvait paraître idiot à première vue, que la magie puisse filtrer au travers d'un jeu aussi bête. Mais pas pour lui. Il n'était pas croyant, ne l'avait jamais été, mais la divination l'avait toujours attiré. C'était un de ces trucs mystiques et magique qui avait fait rêver plus d'un homme. Aujourd'hui, il forçait la destinée, ces fameuses conneries auxquelles personnes ne voulait croire, en utilisant cet art qui jadis, avait servi à annoncer des naissances. Ajoutez à cela l'arbre qu'il avait tissé de ses mains et bientôt, la banque verrait naître en son sein, le plus gros spécimen jamais vu. Et tout ça, nourri par le sang de puissantes créatures. C'était réglé comme du papier à musique. Il devait juste s'assurer que Boyd et Erica s'en sortent malgré le fait qu'ils aient été pompé par les racines.. Et Hécate. Il ne comptait pas laisser la pauvre déesse à son sort. Si la chance lui était donné, il ferait même en sorte qu'elle ne se souvienne plus des tortures et de l'humiliation endurée.
Lorsqu'il repris le comptine, ce fut d'une voix quasi éteinte.
« — Sept, huit, neuf, assura-t-il, les voilà comme neuf. »
Il sourit pour lui-même en constatant que pour celle-ci, il n'avait pas eu besoin de trop se creuser la tête. Un coup d'œil en direction de ceux qui étaient revenus sur leurs pas, termina de lui confirmer que la magie faisait toujours effet. C'était un torrent puissant qu'il pouvait sentir, ondulant sous sa peau comme une mer déchaînée. Mais tout allait bien. Il avait le contrôle. Boyd et Erica iraient bien. Leurs blessures n'étaient plus. Les deux se dévisageaient désormais sans savoir s'ils étaient tombés en plein rêve ou s'ils avaient définitivement abusé d'une cigarette magique.
Lorsque leur attention se porta sur l'humain de la bande, leurs yeux s'écarquillèrent. Il observa du coin de l'œil l'adolescent retenir son amie par la taille tandis qu'elle faisait mine de s'élancer vers lui. Il vit ses lèvres bouger, mais aucun son ne parvient jusqu'à lui.
Lorsque ses mains bougèrent, trois fils suivirent.
« — À douze par neuf et trois, grimaça le petit mage en herbe, une chance on lui octroie. »
Stiles songea comme dans une autre vie, il aurait fait un piètre poète. Les mots comptaient certes, mais heureusement, ses intentions plus encore. Il ne sut pas comment il fit son compte, mais lorsque Hécate retomba comme une poupée de chiffon en direction du sol, il fut là pour la rattraper. Enfin, il fit plutôt office de coussin amortisseur compte tenu qu'emporté par le poids de la femme, il s'effondra contre la marbre glacé. La température remonta presque aussitôt que quoi qu'il l'eût retenu lié à l'Alpha, fut rompu. Sa poitrine se souleva et, d'entre ses lèvres bleues, elle échappa un souffle de vie.
Le soulagement se déversa sur Stiles comme une grande vague. Pendant un instant, il crut qu'il allait se mettre à pleurer, parce qu'il y avait une boule dans sa gorge qui ne cessait de grossir et grossir. Erica fut à ses côtés avant qu'il puisse réaliser ce qu'il venait de faire. Ses lèvres bougeaient toujours, mais, sans doute encore trop sonné par les événements, Stiles n'en compris pas un traître mot.
« — Je vais bien, qu'il lui promis. Ça va aller maintenant. Tout ira bien. »
Parce que c'était comme ça que devaient se terminer les choses, non ? Erica et Boyd étaient sains et saufs. Deucalion ne bénéficiait plus de la magie protectrice d'Hécate. Celle-ci semblait d'ailleurs plongée dans un profond sommeil. Tout était bien qui se terminait bien.
Pas vraiment, non, résonna une voix à l'intérieur de sa tête.
Stiles sentit un frisson glacé parcourir son échine dorsale.
C'était bien joué pour un humain. Je dois admettre que je suis plutôt, admirative.
Je ne comprend pas. J'ai respecté vos règles, rétorqua silencieusement l'hyperactif.
Vraiment ?
Vraiment ! Deucalion n'est pas mort. Il fait parti d'un tout. Sa conscience n'est peut-être plus à proprement parler, mais il vit lui et sa meute, au travers de cet arbre et lui, est bien vivant.
Gaïa lui avait interdit de prendre la moindre vie. Stiles avait respecté sa part du marché. Il n'avait jamais été précisé que l'homme en question se devrait d'être encore en plein possession de ses moyens. Il respirait, son cœur battait toujours, mais il ne battrait plus pour le garou en tant qu'individu, mais à l'unisson, pour quelque chose de plus grand encore.
Si tout s'était passé selon ton plan alors, oui, acquiesça la déesse mère.
Stiles fronça les sourcils.
Que voulez-vous dire ?!
N'as-tu pas oublié quelque chose, petit être plein de ressources que tu es ?
Il secoua la tête. La fatigue n'aidait pas. Il n'arrivait plus à se concentrer sur une seule et même pensée. Son crâne se voyait être submergé par ce flot continuel d'informations qu'il ne savait vraiment comment contrôler. De frustration, il manqua de se mettre à hurler.
C'est bien beau de vouloir sauver tout le monde. Je t'en suis reconnaissante pour Hécate. Vraiment. Seulement, un jour tu apprendra que tu ne peux pas sauver tout le monde sans y perdre au change.
Et là, juste là, il vit la scène se rejouer à l'intérieur de sa tête. Il se vit bouger le dernier fil entre ses doigts, se lever à une vitesse qui n'aurait pas dû être possible, tendre les bras pour rattraper Hécate. Et honnêtement ? Stiles eut du mal à trouver l'erreur qu'il avait commise. Il eut beau se repasser le film encore et encore, le détail lui échappait. Puis il baissa les yeux sur ses mains et il la vit. Son erreur, celle qui lui coûterait bien plus que ce à quoi il s'était attendu.
En temps normal, sa parodie de sort lancée, Stiles aurait dû prendre le temps de défaire un à un les fils de ses doigts. Il avait su les emmêler alors tout naturellement, il aurait su les démêler. Seulement, dans sa précipitation, les fils avaient cédés. Lorsqu'il avait tendu ses mains dans l'espoir d'amortir la chute de la déesse, dans l'espoir que ses blessures soient résorbées, il avait arraché le précieux fil auquel il avait lié les cinq vies. Il sentit ses entrailles se déchirer d'horreur. La boule dans sa gorge sembla grossir et il échappa comme un hoquet entre la surprise et la complainte.
Non, souffla-t-il toujours aussi silencieusement. Je n'aurais jamais..
Je suis désolé, fit Gaïa et Stiles sût qu'elle était sincère.
Il ne pouvait pas la voir, mais il pouvait sentir le poids de son regard sur ses épaules. Elle l'était réellement, parce que depuis le début, elle avait essayé de l'entuber et que sans démordre de qui il était, il avait sauvé ces mêmes dieux et déesses à l'origine de beaucoup de souffrance.
Deucalion est mort, reprit sévèrement Gaïa.
Ça aurait pu être n'importe qui, ne put s'empêcher de songer Stiles. N'importe qui entre les cinq Alpha aurait pu trouver la mort à cause d'un simple fil qui n'avait pas su tenir le choc. C'était le plus dangereux des cinq qui en était mort. Stiles y vit, malgré toute l'horreur de la situation, une chance inespérée.
Aucune vie n'aurait dû être prise. C'était là, le marché que nous avions passé, Mieczyslaw Stilinski.
L'adolescent sentit contre sa peau, la caresse du vent. Il sut qu'Eurydice était toujours avec lui, qu'elle le soutenait dans cette épreuve. Elle n'était pas la seule. Soudainement, la banque qui désormais, avait des airs de forêt, fut envahie d'esprits élémentaires, de fées, de bestioles en tout genre. Lorsque le vent se leva, ce fut dans un cri silencieux, ce fut empreint de douleur et de désolation. Stiles se rendit compte que la forêt était en train de compatir à son malheur.
« — Stiles, fit Boyd de ce ton bas et doux qui semblait l'accompagner partout où il allait. Stiles. Tu dois revenir parmi nous. Je ne sais pas comment tu t'y es pris pour nous sauver, mais merci. Merci cent fois.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? disait Erica. Pourquoi est-ce qu'il ne se réveille pas ? Stiles, appela-t-elle. Stiles ! Tu as dis que tu serais mon batman, tu ne peux pas mourir juste après nous avoir sauvé la vie. Ça ne marche pas comme ça ! »
Stiles voulu se mettre à rire. Il n'était pas en train de dormir enfin ! Seulement, lorsqu'il voulu bouger, il se rendit compte qu'il ne le pouvait pas. Ses paupières étaient fermées, mais son âme, elle, voyait tout ce qui l'entourait encore.
Bordel de merde, c'est quoi ce délire ? s'entendit-il penser. Est-ce que je suis mort ?
Il aurait voulu être surpris, mais vraiment, il ne l'était pas. Son corps avait dû le lâcher en cours de route après s'être fait lacérer de toutes part. Le nombre des os qu'ils s'était cassé en cours de route était plus important que ce qu'il avait imaginé et les litres de sang perdu parlaient d'eux-même. Son enveloppe corporelle était une épave et rien n'aurait su la sauver, pas même la magie qu'il avait usé sur Boyd, Erica et Hécate pour les sauver. Ça avait été plus qu'il n'avait été en droit d'user, ça avait été à coup de sacrifices dont il ignorait encore l'existence.
Alors quoi, demanda-t-il à personne en particulier. Je deviens une âme errante et je tape mes meilleurs caméo dans des films d'horreurs ?
Quelqu'un soupira à son oreille.
Même aux portes de la mort, tu es irrécupérable.
Stiles offrit à la dryade un sourire triste.
On fait avec ce qu'on a, lui répondit-il d'un ton pince sans rire.
Eurydice leva les yeux au ciel. Après un temps, elle ouvrit à nouveau la bouche.
Je suis désolée, dit-elle. J'aurais aimé t'apprendre un peu plus que comment faire pousser des plantes. On ne peut pas dire que ça t'ait réellement servit.
Arrête, c'était plutôt cool. Je viens de transformer une banque abandonnée en une forêt enchantée tout droit sortie d'un film d'animation. Qui me peut, exactement ?
Seul un souffle amusé lui répondit. Assis à même le sol, il fut surpris lorsque la dryade vint l'enlacer. En lui rendant l'étreinte, il lui adressa des remerciements sincères au creux de ce qui devait être son oreille - il n'était pas vraiment certain de la manière dont fonctionnait réellement son corps tout de végétaux fait, après tout.
Plus tard, il baissa les yeux sur son corps.
Hécate avait délicatement été repoussée sur le côté et seule le mouvement de sa poitrine laissait entrevoir qu'elle était vivante. Son corps, dans un sale état, reposait entre les bras d'une Erica inconsolable. Les mots qu'elle prononçait étaient désormais comme un bourdonnement à ses oreilles. Il se demande si celles-ci cesseraient un jour de siffler de manière désagréable. Avoir des acouphènes jusqu'à la fin des temps, c'était moyen, même pour un mort, se dit-il avec un brin d'humour qu'il trouva sombre, même pour lui.
Ses doigts volèrent en direction de la tignasse sale et emmêlée de la blonde. Pendant une seconde, elle cessa d'étaler son chagrin pour relever le nez comme l'aurait fait un loup aux abois. Stiles redressés sur ses pieds fantomatique, inclina son buste afin de pouvoir déposer un baiser sur son front.
N'ai pas pitié des morts. Aie plutôt pitié des vivants et de ceux qui n'ont pas eut le loisir de rencontrer ma merveilleuse personne.
La jeune femme hoqueta avant de fondre à nouveau en larme. Stiles fut persuadé que le message, d'une façon ou d'une autre, avait été passé parce que même Boyd secoua sa tête comme s'il venait d'entendre la chose la plus absurde du monde.
« — Même dans la mort il trouve encore le moyen de citer Dumbledore, mais quel enfoiré ! renifla l'adolescente. T'entends Stilinski ? T'es un enfoiré et tu dois te réveiller pour que je puisse te botter ton arrière train. »
La scène s'effaça sous les yeux de l'humain. Il ne sut pas comment, mais il compris que plusieurs jours avaient dû passer. Les corps avaient disparus, celui de Hécate compris. Eurydice lui fit savoir qu'elle avait été transportée ailleurs sans s'attarder plus que nécessaire sur le sujet.
Elle a besoin de repos, avait-elle dit avec un pli soucieux là ou auraient dû se trouver ses sourcils. Elle a très mal vécu ces années aux côtés de Deucalion. Elle refuse de parler à qui que ce soit.. Bref, c'est compliqué.
Stiles avait simplement acquiescé. Il avait vécu peu de temps avec la menace de l'Alpha planant au dessus de sa tête, mais ça avait été suffisant pour alimenter absolument toutes ses nuits de terrifiants cauchemars. Il n'osait imaginer dix, quinze voire vingt ans passés aux côtés de cet être malfaisant.
Elle tient tout de même à te remercier, avait ajouté la dryade. Un jour, elle te le dira certainement de vive voix. En attendant..
Elle avait haussé les épaules avant de baisser les yeux vers un petits coin de verdure, au-delà de l'arbre qui avait subitement vu le jour en plein milieu de la bâtisse en ruine. Stiles ne s'était pas trompé en disant que l'endroit avec des airs de films d'animation. Il y régnait définitivement une aura mystique et magique, mais elle n'était plus malsaine. Il y avait un quelque chose, qui donnait à l'endroit, un côté rassérénant. Un talus plus haut les autres le fit hausser les sourcils. Pas bien haut, mais assez long et large pour recouvrir un..
Vous m'avez érigé une tombe ?
Si on veut.
Mon père va carrément retourner l'endroit pour récupérer mon corps, t'en est consciente ?
Qu'il essaie. L'endroit a été officiellement enregistré auprès du Comité des Lieux Sacrés Érigés en l'Honneur des Héros.
Et Stiles dit quoi et est-ce que t'es en train de te foutre de ma gueule ?
S'en était suivit d'un débat sur le comment fonctionnait exactement l'au-delà et Eurydice s'était contenté de lever les yeux au ciel, une manie piquée chez l'humain qui n'en était plus vraiment un.
C'est pas du tout bizarre, lui dit Stiles lorsqu'un jour, il aperçut la silhouette reconnaissable entre toutes, de son père. Il était agenouillé devant le talus qui s'était vu surmonté d'une pierre joliment décoré. Des bougies avaient été allumés et déposés sur le dessus, avec des peluches et d'autres trucs dont Stiles n'avait pas compris l'utilité mais qui avait été trop poli pour se l'avouer de vive voix.
Les voix humaines ne parvenaient plus jusqu'à ses oreilles. Elles étaient devenues comme un bourdonnement un peu désagréable à l'arrière de sa tête. Il parvenait encore à communiquer via le fil de ses pensées avec Eurydice, mais pour ce qui était du reste, il était devenu comme une chambre forte qui se refusait à laisser passer le moindre bruit. Avec du recule, il avait réalisé que sa subite surdité avait été un sacrifice bien léger à payer en échange des vies d'Erica et Boyd.
Si c'était à refaire, avait-il dit à Eurydice, alors je le referais. Peut-être pas la partie ou je foire mon sort, que les Dieux m'entendent, c'est vraiment du foutage de gueule - et ouais, vous pouvez tonner tant que vous voulez là-haut, qu'il s'était adressé aux Cieux, parce que, sérieusement ? Sa vie était parfois merdique. Mais qu'est-ce que l'ouïe face au reste hein ?
Plus tard, il apprendrait que Hécate avait joué en sa faveur. Il apprendrait que la raison pour laquelle son tribut n'était pas si lourd payé, c'était parce qu'elle s'était querellée avec les Parques, parce qu'elle les avait menacée.
Stiles avait été agréablement surpris et un peu effrayé aussi.
Sérieusement, s'était marré Eurydice. Ton ouïe contre deux vies ? Dans quel monde est-ce que tu vie pour croire que cela puisse peser dans une même balance ?
Stiles n'avait pas relevé. Il avait envoyé une prière muette à l'attention de la déesse qui devait se trouver quelque part à l'autre bout du monde, en train de panser ses plaies. Sa vie dans la mort était plus étrange qu'avant qu'il ne passe l'arme à gauche. C'était une chose à laquelle il ne parvenait pas à s'habituer.
Qu'est-ce qu'il est en train de dire ? Demanda-t-il à Eurydice.
Elle traînait constamment à ses côtés depuis lors. Elle prétendait que c'était parce qu'elle voulait s'assurer qu'il n'ait pas de regrets. Les morts ne pouvaient pas vivre avec des regrets après tout. C'était dangereux, pour les vivants comme pour eux. Stiles faisait semblant de la croire.
Il pleure, répondit doucement la dryade.
Je vois bien, merci.
Il s'excuse. Il te demande pardon de ne pas avoir vu que quelque chose n'allait pas. Il dit que Scott est venu le trouver il y a quelques jours pour lui annoncer la nouvelle. Il dit qu'il n'arrive pas à y croire, qu'il sait, qu'il sent que tu es en vie quelque part dans le monde.
Oh, fit le garçon. Et il eu l'impression d'avoir à nouveau quatre, peut-être cinq ans, pour manquer à ce point d'éteindre l'homme le plus important à ses yeux.
Il dit que tu es un imbécile, que tu n'aurait jamais dû te jeter dans ce truc tout seul. Que tu aurais dû venir le trouver. N'avais-tu pas confiance en lui ? Il promet qu'il aurait fait de son mieux pour croire à ses histoires de magie et de loups-garous parce que tu es son fils et qu'il aurait fait n'importe quoi pour te protéger.
Stiles se retrouva bientôt agenouillé en face de son père avec bien peu d'égards pour sa propre tombe qu'il piétinait.
« — Tu avais toute ma confiance, dit-il plus féroce qu'il ne s'était montré lors de son combat contre Deucalion. Tu as et tu auras toujours toute ma confiance papa, je t'en supplie. Ne pense pas que tout cela soit de ta faute. Je t'en prie. Ça n'est pas le cas, c'était moi. C'était moi du début à la fin !
— Je suis tellement désolé fiston, pleura l'homme. J'ai tellement de colère en moi. Je crois que je t'en veux autant que j'en veux à Scott. Je crois que je m'en veux par dessus-tout. Je ne pense pas être en mesure de me relever après un coup pareil, fils. Tu dois me revenir, tu entends ? Tu dois me revenir. »
Ni l'un, ni l'autre ne furent en mesure d'entendre les paroles qui furent échangés. Eurydice, bien que faisant office d'interprète pour Stiles, n'était plus autorisée à intervenir dans le monde des hommes. Stiles pleura lorsqu'elle refusa d'aller porter ses mots à un Noah Stilinski inconsolable. Il l'insulta, la menaça, promis de déchaîner l'enfer sur terre.
À la fin de la journée, c'est contre son épaule qu'il laissa aller toutes les larmes durement contenues au cours des dernières semaines.
Un soir, six, peut-être sept semaines après, il eut la surprise de croiser Derek Hale sur sa tombe.
Il y avait eu un défilé impressionnant de gens. Enfin, de gens au courant des histoires de loups et de magie. Mélissa McCall avait pleuré pendant de nombreuses heures aux côtés de son fils qu'il avait vu s'amaigrir au fil des semaines. Éventuellement, son père avait fini par s'énerver de voir l'adolescent se laisser dépérir et Scott avait fini par reprendre du poil de la bête. Il lui racontait ses journées lorsqu'il passait. Parfois plusieurs heures par jours, parfois quelques minutes. Parfois il se contentait de s'adosser contre l'arbre magique dans un silence pensif. Allison Argent était venue s'excuser auprès de lui. Pour ne pas avoir remarqué qu'elle s'était mise entre lui et Scott, pour ne pas avoir cherché à l'aider dans sa folle quête. Parfois, elle et Scott s'arrêtaient, mains dans la mains, pour discuter avec un fantôme incapable de les entendre, incapable de leur parler. Lydia vint aussi. Elle lui raconta comme elle n'arrivait à effacer de sa mémoire, sa mort qu'elle avait vu en rêve. Comment elle s'était réveillé en sursaut, comment elle avait appelé Scott et le reste de la meute. Comment ils étaient venu au pas de course pour trouver son corps sans vie dans les bras d'une Erica qui ne semblait pas pouvoir s'arrêter de sangloter.
« — Je crois que tu as réussi à faire pleurer Boyd, lui dit-elle alors qu'Eurydice se chargeait de lui transmettre le message via le fil qui reliaient leurs pensées. Je ne sais pas si je dois être impressionnée ou vraiment contente de constater que ce n'est pas qu'une brute sous ses airs de brutes. »
Stiles avait levé les yeux au ciel avant de répliquer à l'attention de la dryade que c'était du flan parce que ce gars-là était d'un douceur sans nom pour un peu qu'on la laisse s'exprimer.
« — J'ai reçu ta lettre. Enfin, la lettre que tu as écrite à Scott et qui a fait le tour du groupe, pour le coup. Je ne sais toujours pas si je suis vexée de ne pas avoir reçu ma propre lettre d'adieu ou si je suis soulagée. Mais ça, c'est sans doute mon côté garce qui parle. Tu étais un type bien Stiles Stilinski, bizarre, mais bien. Je n'oublierais jamais ce que tu as fait pour moi. Je ne sais pas si toi et moi ça aurait fonctionné. Peut-être que dans un univers alternatif, tu es toujours vivant et nous filons le parfait amour. Ou peut-être que tu prend ton pied avec Scott pour ce que j'en sais. Votre relation est bizarre, enfin était. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, je ne sais même pas si je peux prétendre au titre d'amie. C'est un peu tard pour les regrets de toutes façons. »
Stiles avait juré, après ça, qu'il n'avait jamais eu de pensées déshonorantes pour son presque frère. Eurydice avait hurlé de rire pendant de très longues minutes après ça. Enfin, jusqu'à ce qu'Isaac Lahey et sa bouille de chiot abandonné ne fasse son apparition.
Eurydice avait retranscrit les excuses du garçon. Il ne pleurait pas, mais son visage était pâle et il apparaissait amaigri lui aussi. Ça avait donné envie à Stiles de lui foutre un coup de pied au cul.
« — Je regrette tellement, avait gémit le loup. Si tu savais comme je regrette. Je me dis que si je n'avais pas ouvert ma bouche cette nuit-là, tu ne te serais pas senti obligé d'aller sauver Boyd et Erica. Je me sens tellement responsable. Je crois que tu as tort, Stilinski. Certain sont voués à devenir les parfaites copies de leurs parents. Ce que j'ai fait.. Ce que j'ai fait est impardonnable. »
Je vais tellement lui démonter l'arrière train, s'était dit Stiles en le foudroyant de ses orbes brunes.
Le vent s'était mis à souffler un peu plus fort et Isaac avait émit un bruit de gorge entre le choc et la terreur.
Arrête ça, avait lancé Eurydice. Tu est en train de lui foutre les jetons.
J'espère bien ! Ce type n'a rien compris ! Il est loin d'être comme son père. C'est juste un môme terrifié. Ça m'énerve qu'il ne voit pas ça.
Qu'est-ce que t'en sais après tout ? Est-ce que tu le connaissais tant que ça ?
Non, mais j'ai toujours eu du flair pour les gens. Et puis, s'il était réellement mauvais, Hale ne l'aurait jamais mordu.
Je pensais que ce type aussi était un con.
Le roi des cons, mais à part ses tendances pro-violences, menaces et .. ouais, soupira Stiles. Je vois ou tu veux en venir. Fais-moi confiance. Isaac est un bon gars. Je le sais.
Si tu le dis.
Isaac n'était pas revenu, mais de ce qu'il apprit de la bouche de ceux qui passaient pour lui raconter les derniers potins, son état s'était légèrement amélioré. C'est déjà ça, songea l'humain qui n'en était plus vraiment un en s'attardant sur ses souvenirs. Tout ça pour se rappeler la présence du chef pas vraiment chef de meute - c'était un point qu'il n'avait pas compris dans tout ce bazar.
Et donc, Derek Hale était là, ce qui n'était pas le cas de sa dryade préférée. Elle s'était éclipsée pour un soi disant boulot qu'elle n'avait même pas pris la peine de lui expliquer.
Tu es une dryade, lui avait-il fait remarquer. J'ai du mal à t'imaginer en serveuse chez Starbucks.
Elle lui avait fauché les jambes à coup de racines magique. Il l'avait mise en veilleuse après ça. Pendant au moins trois minutes.
Est-ce que t'es en train de me tromper avec un autre sauveur du monde magique ? Je pensais que j'étais l'élu ?
Tu es vraiment l'humain le plus étrange sur lequel je suis jamais tombé, avait-elle dit.
Étrange comment ? Étrange sympa, ou étrange pas sympa ?
Étrange avec quelques cases en moins.
Oh. Merci, j'imagine ?
Ce n'était pas un compliment.
Stiles lui avait adressé un sourire charmant et elle s'en était allé non sans jurer contre sa hiérarchie et le fait qu'on lui refilait toujours les cinglés de service. Plus tard, il s'était promis de lui conter les aventures du sorcier à lunettes parce qu'il estimait que c'était un savoir qu'elle se devait d'avoir pour le bien de son monde magique à elle.
Tout ça pour dire que sans elle, il était dans la merde. Il avait beau avoir commencé à "apprendre" à lire sur les lèvres, Stiles s'était rendu compte qu'il s'agissait-là, d'une science plutôt inexacte lorsqu'il avait malencontreusement tenté de traduire Scott et son "J'ai dîné avec ton père l'autre soir," qui s'était transformé en un "J'ai couché avec ton père dans le noir".
Ça se passait de commentaires.
Pourtant, lorsque la bouche de Derek Hale s'agita devant sa tombe, Stiles n'eut aucun mal à traduire le je te l'avais dit qu'il n'entendit pas.
Oh, vas te faire foutre Derek Hale, dit-il.
Il eut l'impression que le loup l'avait entendu lorsqu'il inclina la tête dans la direction où il se trouvait et que leur regards se croisèrent. Il se dit qu'il avait dû l'imaginer parce qu'après ça, Derek tourna les talons et s'en alla.
Quand il se pointa à nouveau, ce fut pour lui répéter ces exacts mêmes mots.
Je te l'avais dit.
Stiles n'eut bientôt plus besoin de se concentrer sur le mouvements de ses lèvres pour en comprendre le sens.
Change de disque, mec, lui dit un jour, un Stiles à bout de nerf.
Le jour d'après, l'Alpha se contenta de rester silencieusement devant sa tombe. C'était d'une étrangeté sans nom mais Derek avait toujours été un peu chelou sur les bords alors Stiles laissa couler. Ce n'était pas comme s'il pouvait le virer de là. Tant qu'il ne levait pas la patte contre sa jolie pierre tombale, s'était-il dit, c'était déjà pas mal. Il avait ricané à sa propre blague pendant de longues minutes avant de se rendre compte qu'il était bien le seul à en rire.
Derek ne pouvait pas l'entendre.
Eurydice paraissait constamment occupée.
Il ne parvenait pas à saisir le son de sa propre voix.
Stiles commença à se sentir seul.
Il était comme un âme en peine, vouée à hanter une banque en ruine ayant des airs de forêt enchantée. Parfois, les gamins de la ville venaient taper leurs meilleurs photoshoot devant l'arbre magique, inconscient du fait qu'un cadavre, là dedans, était en train de pourrir et, par extension, de nourrir la végétation du coin.
Son père continua de passer le voir. Éventuellement, il finit par laisser courir le bruit qu'il avait eu un accident de voiture en allant rendre visite à des proches dans l'état voisin.
« — Ce n'est pas comme si je peux expliquer à ces gens que le fils de shérif est mort en combattant fièrement un monstre qui n'existe que dans les fables, n'est-ce pas ? »
C'était les moment où Noah Stilinski n'arrivait pas à être autre chose qu'en colère. Si seulement le monde avait su.
« — Le monde entier devrait savoir. Savoir ce qu'ils risquent quand la nuit tombe et que la lune s'arrondit dans le ciel. »
Stiles avait compris à demi-mot, les yeux baissés sur ses lèvres qui s'agitaient. Il avait voulu hurler, mais aucun mots n'avait su franchir ses lèvres parce qu'au fond, il se demandait lui aussi comment les choses se seraient déroulés si les gens avait été au courant pour cette partie du monde qui n'était fait que de mythes pourtant bien réels.
« — Je comprend, avait dit Chris Argent en surgissant de l'ombre. Le problème, c'est que les gens réagissent mal lorsqu'ils ont le sentiment d'être acculé, plus encore lorsqu'il sont effrayés. Si demain le secret est levé, alors ces êtres qui parfois, n'ont jamais fait de mal à une mouche, seront traqués, militarisés, épinglés dans des centres de recherches. De Scott en passant par Lydia et ce gamin que Madame McCall garde chez elle. Isaac, je crois ?
— Ce n'est pas juste. Ce n'est pas juste pour Stiles. Pour mon garçon qui n'avait rien à voir avec ces histoires et qui pourtant, en est mort.
— Stiles savait ce qu'il faisait. Il l'a fait en connaissance de cause. Il l'a fait pour protéger ces gamins auxquels il tient, l'a fait pour vous protéger vous. Si ça s'ébruite, alors tout ce qu'il a entrepris n'aura servit à rien.
— Ce n'est pas juste, pleura le Shérif. Ce n'est pas juste. »
Ça ne l'était pas, non. Mais parfois, c'était mieux que rien du tout. Lorsque son père quitta la banque/forêt/cimetière, Christopher Argent lui fit face. Son visage perdit de ce sérieux qu'il traînait toujours avec lui. Il eut l'air vieux, plus vieux que l'âge qu'il devait réellement avoir.
« — Je suis désolé, dit-il. »
Et ce fut tout. Il n'y eut pas de grandes effusions. Pas de larmes. Chris Argent avait déjà trop perdu, trop donné. À un moment, Stiles perdit le compte des gens qui vinrent lui présenter des excuses. Ce n'était pas par méchanceté. Il était mort, qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire que les gens puissent être désolé ?
Eurydice l'observait de ses grands yeux sombres et tristes.
Éventuellement, il la chassa. Éventuellement, le temps passa, les gens cessèrent de s'arrêter devant sa tombe pour parler du bon vieux temps. Ils avaient d'autres chats à fouetter, d'autres menaces à arrêter. Deucalion n'était qu'un vilain parmi tant d'autres.
Vas-t'en ! Casses-toi Hale ! N'as-tu pas d'autres chats à fouetter ? D'autres choses à foutre que de te planter devant la tombe d'un gosse ?
Mais Derek Hale restait silencieux et son loup se contentait d'émettre des son plaintifs qui ne parvenaient jamais à ses oreilles. Il continua de se pointer comme une fleur lorsque plus personne ne le fit. Noah Stilinski passait les Week-end, lorsque sa charge de travail voulait bien s'amoindrir. Les excuses fleurissaient en nombres au bout de ses lèvres.
« — Elle a besoin de mon aide, j'espère que tu sauras me pardonner. Je ne pourrais sans doute pas venir de la semaine. Je dois lui trouver un foyer. Un bon foyer. »
« — Tu restes dans la moindre de mes pensées, Stiles. Mais là dehors, ces jeunes.. Ces jeunes qui n'ont plus rien. J'aimerais pouvoir les aider. »
Avant qu'il ne puisse s'en rendre compte, Stiles ne fut plus qu'une masse colérique et amère. La solitude était venu à bout de son optimisme et il fut bientôt un de ces fantômes vindicatifs que l'on mettait en scène dans les films d'horreurs.
« — Alors c'est ça le châtiment de Gaïa, hurla-t-il un beau jour à vraiment personne en particulier. Il n'entendit pas sa voix se répercuter jusqu'aux cieux et au-delà. Il n'entendait plus rien depuis bien longtemps. Une vie contre une autre ça n'était pas suffisant hein. C'est tordu. Vraiment tordu. »
Parce qu'il avait toujours l'impression d'être vivant. Sauf qu'il ne dormait, ni ne mangeait, ni ne souffrait qu'aucun maux physique propre à l'être vivant. Il était juste.. seul. Seul et en colère. Il arpentait sa forêt qu'il connaissait sur le bout des doigts chaque jours, de chaque semaine, de chaque mois, de chaque putain d'année. Il était certain d'avoir perdu sa santé mentale entre le rocher en forme de fesses et l'arbrisseau au delà du trou d'eau.
Tu prend conscience de l'importance d'une vie, alors ? fit la voix familière de Gaïa à même sa tête.
Je prend conscience que vous êtes tous de sacrés connards, surtout.
La divinité supérieure ne pris même pas la peine de relever l'insulte. Les hommes étaient insultants lorsqu'ils perdaient leurs moyens. C'était quelque chose qu'elle voulait bien pardonner parce qu'un beau jour, celui-là avait décidé de mettre sa vie en jeu pour sauver celle d'une "gamine" à laquelle elle tenait, malgré les constantes querelles au sein de son étrange famille.
Je veux en finir Gaïa, dit-il finalement.
Tu abandonne au bout de trois pauvres années ? C'est triste.
Ce qui est triste, c'est de m'avoir confiné ici, seul, avec moi et mes pensées pour seule compagnie.
Tu es le seul responsable de la punition qui t'a été infligée.
Peut-être, dit-il. Peut-être que je n'aurais jamais dû essayer de sauver qui que ce soit.
Est-ce que ce sont des regrets ?
Stiles soupira.
Non. Non, je ne pense pas que je saurais un jour regretter d'avoir sauver des gens qui finiront de toute façon par oublier jusqu'à mon prénom.
Ça sonne comme des regrets à mes oreilles.
Ça n'en est pas. Je suis.. C'est la colère. Je suis en colère.
Parce qu'ils t'ont oubliés ? Parce qu'ils tournent la page en vivant leurs vie ?
L'adolescent baissa les yeux.
Parce que je n'en suis pas capable. Ça fait mal. Je suis là, encore et toujours. Les jours se ressemblent, mais eux sont en train de changer. C'était divertissant au début. Ça ne l'est plus. Parfois, il faut savoir s'arrêter, non ?
Parfois, dit-elle simplement.
Alors ?
Alors quoi ?
Est-ce que vous allez arrêter de me torturer ?
C'est ce que tu souhaites ?
Oui. Non, je ne sais pas. Je veux juste que ça s'arrête.
Et que sacrifierais-tu en échange d'un repos éternel ?
Stiles se mit à rire. Ça n'avait rien de drôle, pourtant. Ça dura de longues minutes. La Mère de Toutes Choses ne sourcilla pas, pas même durant un instant.
Tu as un problème avec ces histoires de sacrifices, non ? Un trauma lié à l'enfance peut-être ?
La déesse ne releva pas, mais son regard se fit plus sévère. Stiles leva les yeux au ciel.
Qu'est-ce que tu veux que tu n'as pas déjà ? Tu as ma vie et un peu tout ce qui va avec entre tes mains, non ?
Ta servitude.
Je te demande pardon ?
Je veux que tu me promette ta servitude éternelle.
Ma servitude éternelle. Ça fait.. beaucoup. Ça sonne comme un "tu n'es pas prêt de le trouver, ce repos éternel".
Un sourire naquit sur le visage de Gaïa.
C'est quitte ou double. Je m'engage à effacer toute la douleur que tu ressens, en échange.
Sans déconner ? Rien que ça ? Qu'est-ce que tu sais de la douleur, même ?
Je sais qu'elle te ronge. Je sais qu'elle te pousse vers une grande falaise. Un précipice. C'est comme une vieille musique, comme un chant que tu continue d'entendre malgré ta surdité.
Stiles frissonna.
C'est un bourdonnement à l'arrière de ta tête qui, sans discontinuer, te pousse vers l'avant. Et bientôt, dit-elle, bientôt tu succombera. Tu succombera assez pour ravager tout ce qui se trouve sur ton passage. Ça ne sera pas beau à voir.
Parce que vous voyez l'avenir.
Parce que tu n'es qu'un homme parmi tant d'autre et qu'éventuellement, ils se tournent tous vers la facilité. Et tu te rendra compte un jour, qu'il est plus facile de blesser, que d'aimer.
L'adolescent (mais l'était-il encore ?) pris la décision de ne pas s'arrêter sur le psychologie à deux balles d'une nana qui avait dû avoir sa dose de déception en matière d'homme pour voir le monde sous un si triste jour. Il failli l'envoyer bouler. Puis il se souvient qu'il n'avait pas eut le loisir de converser avec qui que ce soit depuis des mois et qu'au point où il en était, elle pouvait bien lui prendre ses jambes et ses bras si ça pouvait lui faire plaisir, tant qu'elle le sortait de son enfer.
C'est d'accord, dit-il finalement.
Les lèvres de la femme s'incurvèrent vers le haut. Son sourire monta jusqu'à ses yeux et pendant un instant, Stiles jura avoir vu un quelque chose de calculateur dans son étrange regard. Il se dit qu'il dû rêver. Gaïa lui avait fait un sale coup, mais n'avait-elle pas aussi essayé de réduire sa peine ? Ne le faisait-elle pas une fois de plus en lui offrant ce marché ?
Vraiment ? s'enquit-elle faussement.
Le garçon leva les yeux au ciel avant de tendre une main devant lui.
Oui. Allez, je signe où ?
La main de la femme vola à sa rencontre sans s'arrêter devant la poignée de main tendue. Il sentit ses doigts froids d'abord contre sa nuque, puis dans sa tignasse. Lorsque le choc passa, ce fut pour réaliser que la déesse venait de plaquer ses lèvres contre les siennes. Il hoqueta contre sa bouche, jura peut-être même un peu. Ça ne dura pas, mais il eut l'impression que son âme même fut aspirée durant l'échange.
C'est comme ça que vous scellez tous vos marchés, vous les dieux ?
La plupart seulement, répondit-elle avec une pointe de malice.
Stiles secoua la tête.
Vous êtes tous plus allumés les uns que les autres.
Allons, ce ne sont pas des mots à avoir en présence d'une déesse, Serviteur.
Un frisson coula contre son échine. Stiles frotta nerveusement ses bras.
Tellement déplacé, murmura-t-il à personne en particulier. Tous autant que vous êtes.
As-tu fini de te plaindre ?
Ouais, ouais, maugréa-t-il.
Puis, il fit une pause, jeta un coup d'œil autour de lui, sourcils froncés tous qu'ils étaient.
Mmh, rappel-moi ce que l'on fait ici, déjà ?
Gaïa gloussa. C'était un son étrange, décida le garçon. Étrange et peu plaisant, d'une certaine manière.
J'étais venu offrir mes respects, si on veut.
À qui une déesse, Mère de Toutes Choses qui plus est, pourrait-elle offrir ses respects ?
À un gamin qui, jadis, fut amusant à embêter.
Oh, dit-il. Pas du tout louche tout ça.
Gaïa s'en amusa d'autant plus.
Je sens que l'on vas bien s'amuser toi et moi.
Si tu le dis. Est-ce qu'on peut manger quelque chose avant d'aller.. Ou est-ce que l'on vas déjà ? Attends.. D'où est-ce que je viens ?
Viens, j'ai des tas de choses à t'apprendre, dit-elle simplement.
Ça sembla être suffisant.
Sans se poser plus de question, le garçon suivit la femme et tout deux prirent la direction de ce qui fut, des années auparavant, l'entrée principale de l'ancienne Banque de Beacon's Hills. Ils quittèrent l'endroit sans se retourner. Puis après ça, ils quittèrent la ville de la même façon.
Éventuellement, un homme qui ne l'était vraiment qu'à moitié, se réveilla en sursaut durant la nuit. Son corps moite de sueur, il porta une main contre ses tempes douloureuses. Il n'était pas certain de la raison qui l'avait poussé à se réveiller de la sorte. Peut-être un cauchemar. il y avait toujours été sujet et ce, depuis tout petit. Pourtant, il eut le sentiment que ce n'était pas tout à fait ça, la vraie raison et ce, quand bien même il ne parvint pas à se l'expliquer avec exactitude.
Quelque part au fond de sa tête, il entendit son loup se mettre à gémir piteusement. Il lui sembla qu'il pleurait la perte de sa moitié. C'était étrange, se dit-il. Une telle chose n'existait pas.
