Salutations distinguées !

Tout d'abord, je tiens à vous souhaiter une bonne année 2021. En espérant qu'elle puisse être en tout point meilleure à celle que nous avons eu. J'espère que vous allez bien. J'espère que vous tenez le coup, que les études se passent aussi bien que possible, que vos séries préférées sortent de nouvelles saisons malgré tout, que VOUS AVEZ LA SANTÉ tout simplement. Perso, je profite d'une convalescence (et du fait d'être littéralement bloqué au lit) pour écrire mes chapitres et ce, à votre grand bonheur j'en suis sûr.

Vous pensiez l'histoire finie ? Et bien détrompez-vous, elle ne fait que commencer ! (insérer ici, un rire de méchant). Bah oui, j'allais pas vous laissez sur une histoire ou Stiles et Derek échangent même pas un bisous ? Jsuis pas méchant à ce point (quoique). Enfin, retenez vos souffle tout de même parce qu'il va leur falloir encore au moins 200 chapitre avant d'y arriver (je déconne, sinon en 2593 on y est encore and I won't live THAT long). Bref. Vous les vouliez : Les aventures de Stiles au service de Gaïa arrivent enfin dans nos librairies les plus proches (ou presque).

Pour ne pas trop vous perdre (parce que je sais et vous savez et nous savons qu'il s'agit-là de ma passion : je vous met là un petit récapitulatif :

- Stiles meurt en 2011 à Beacon Hills oú il est enterré etc.

- Le chapitre qui vient prend place en 2020.

- Il y a donc un bon timeskip de 9 ans qui vous serons détaillés (ou pas) dans des éventuels chapitre à venir.

Et parce que je ne veux pas vous spoiler de qui va apparaître ou, je vous laisse aller lire et me dire ce que vous en pensez. J'ai essayé de ne pas faire trop de mystère et outre me prendre pour l'inspecteur gadget, normalement, c'est plutôt facile de comprendre qui est qui (une recherche google plus tard, moi je dis ça, je dis rien).

Niveau RàR : Merci une fois de plus à celles et ceux qui ont commenté. Vraiment, ça me fait chaud au coeur et ça me motive d'autant plus pour écrire (donc spammez moi de reviews, voilà, bisous)


Résumé : C'est quand on joue les apprentis sorciers, qu'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester couché. Stiles invoque Gaïa, persuadé qu'elle l'aidera à tuer Deucalion et sa meute. Mais comme toujours, rien ne se termine vraiment bien. Le voilà prisonnier de la Déesse Mère – Serviteur à ses heures. Stiles!Mage

Pairing : un poil de tout et n'importe quoi qui pourrait (et FINIRA) finir sur du Derek/Stiles ou n'importe quel autre couple. Si vous avez des idées, faites péter !

Le chapitre n'est pas corrigé, veuillez de pas frapper l'auteur, merci beaucoup.


VIII : DANSE MACABRE


Perchée sur le toit d'un bâtiment, l'ombre scrutait les environs. La ville en contrebas était encore nimbée de lumière, bien qu'à chaque minute qui passaient, celle-ci se voyait amoindrir irrémédiablement. D'un mouvement fluide, l'ombre jeta un coup d'œil à la montre ceignant son poignet droit. Elle émit un bruit de bouche sonore, quelque chose entre l'agacement et l'ennui — probablement les deux à la fois. Lorsque son bras retomba finalement le long de son corps, ce fut pour se laisser tomber à son tour, fessier s'écrasant lourdement sur la pierre dont était faite le rebord de l'immeuble. Ses jambes pendaient désormais dans le vide, agitées qu'elles étaient d'un léger balancier, bougeant à un rythme connu d'elle seule. L'ombre apparaissait indifférente à la vue des trois cent cinquante mètres qui séparaient sa silhouette du sol. Une chute aurait été plus que mortelle — probablement même qu'elle n'aurait rien laissée d'identifiable sur sa carcasse, pour un peu que celle-ci daigne ne serait-ce que basculer par dessus bord.

Parfois, la silhouette s'agitait, gesticulant sur elle-même afin d'ôter de l'une de ses poches, un smartphone dernier cri sur lequel son attention disparaissait pendant une dizaine de minutes. C'est juste pour regarder l'heure, se disait-elle. Indubitablement, elle terminait par faire défiler le fil d'actualité des divers réseaux sociaux qu'elle suivait avec la ferveur d'une personne qui n'avait vraisemblablement rien de mieux à faire de ses journées. Ça n'était pourtant pas le cas. Enfin, pas toujours. Parfois, son quotidien était tellement rempli qu'elle trouvait à peine le temps de s'installer pour avaler quoi que ce soit de consistant. Parfois, elle n'avait tellement rien à faire pour s'occuper, qu'elle passait ses journées comme ses nuits, à vagabonder ici de là, ou emmitouflée dans un plaid épais, un ordinateur portable posé sur les genoux et une série quelconque défilant à l'écran. Aujourd'hui n'était pas un de ces jours. Il n'y avait pas de promesse de repos à l'horizon, pas alors qu'elle était en pleine mission. Une mission qui durait depuis plusieurs semaines, une mission qu'elle espérait vivement achever avant que le jour se lève à nouveau. D'ici là, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était attendre. Attendre que le soleil se fonde dans l'horizon jusqu'à qu'il n'en reste plus rien. Alors et à ce moment-là seulement, se lèverait sa consœur la lune, brillante et pleine.

« — Ça va prendre des plombes, geignit une voix dans son dos. Pourquoi j'ai accepté de t'accompagner déjà ? »

L'ombre ne se retourna pas. Pas avant que l'apparition ne s'avance pour venir effleurer son épaule. Il n'y eut pas de sursaut, pas de surprise marquant son faciès. L'ombre inclina simplement sa tête sur le côté, comme un animal aux aguets, comme si elle était en mesure d'entendre jusqu'au moindre déplacement de poussière.

Ça n'était pas le cas, pourtant.

L'ombre bougea finalement. Ses mains laissèrent tomber le smartphone dans l'espace entre ses cuisses, pour signer quelque chose de ses mains. Dans la pénombre, il était difficile d'en saisir le sens. Enfin, cela aurait dû. Ça ne sembla pourtant poser aucun problème à l'apparition. Celle-ci roula des yeux, agitant à son tour ses mains et ses doigts, en une suite de signes maladroits. Cela étira à l'ombre dont les jambes pendaient toujours dans le vide, un rire rocailleux.

« — T'es un idiot, fit l'ombre, le son de sa voix résonnant doucement comme un instrument désaccordé. »

L'apparition n'en pris pas offense. À la place, elle vint s'asseoir lourdement à côté de ce qui devait être son compagnon de fortune à moins qu'il s'agisse d'un ami proche ? Une connaissance plus ou moins éloignée ? Un partenaire de mission ? Allez savoir.

Le silence s'installa, même s'il ne dura qu'un temps. Pas tant parce que le nouveau venu ressentait le besoin de meubler la conversation en banalité affligeante que parce qu'il ne savait tout simplement pas fermer sa bouche plus de quelques instants. L'ombre était habituée, pour être honnête. En fait, ça ne la dérangeait en rien et ce, pour la simple et bonne raison que les mots qui étaient prononcés ne parvenaient jamais jusqu'à elle. C'était comme si son entière personne avait été enfermée à double tour dans une pièce parfaitement insonorisée. Entendre ses propres pensées (et celles qui osaient parasiter sa tête, de temps à autre) était une chose, percevoir le reste du monde, en était une autre. Elle ne parvenait pas à se remémorer comment c'était arrivé. Son plus vieux souvenir lui-même étalait à sa mémoire comme un rappel constant, qu'elle n'avait jamais été en mesure d'entendre quoi que ce soit. Sans doute était-elle née ainsi. Ce n'était pas quelque chose qui l'avait perturbé outre mesure, ni au point d'en perdre le sommeil, alors elle n'avait jamais posé la question à qui que ce soit susceptible de lui fournir une réponse. Ça ne l'intéressait tout simplement pas. De toute façon, elle avait bien trop de choses à faire pour s'appesantir sur le sujet. Et puis, elle avait passé un marché. Elle n'était pas censée poser des questions sans aucun rapport avec le travail qu'elle était supposé effectuer. Ça lui allait très bien comme ça.

Alors tandis que son voisin se laissait aller à une séance de verbiage intensif, elle leva le nez en direction des étoiles qui, lentement mais sûrement, commencèrent à apparaître en nombre. Elles ne brillaient pas de mille feux. Pas avec la pollution lumineuse de Las Vegas. Ça aurait été trop beau bien qu'évidemment, le spectacle en lui-même n'était pas hideux. L'ombre en avait vu, des ciel étoilés au cours de ces dernières années. Autant parce que la plupart du temps, elle devait attendre que la nuit tombe pour effectuer ses missions, que parce qu'elle aimait l'ambiance magique et mystique d'une nuit passée sous un ciel piqué d'éclats étincelants. Elle se souvenait alors qu'elle n'était qu'un être de poussière, parmi toutes les autres particules de poussière. Elle n'était pas à proprement parler, en haut de la chaîne alimentaire sur cette étrange terre. Ça aurait été un mensonge que d'affirmer une telle chose. Elle avait beau être capable de renverser l'immeuble sur lequel elle était perchée, d'un mouvement du poignet, dieu sait qu'il y avait des choses qu'elle-même n'aurait pu nommer, tapis là, dans l'obscurité, capable de bien plus encore. Ça avait un quelque chose de cathartique, que de se remettre en question de temps en temps.

Lorsqu'un coude s'enfonça dans ses côtes, l'ombre échappa à ses pensées. Elle inclina la tête en direction de son compagnon de fortune, détaillant son faciès à la recherche de la moindre micro-expression susceptible de lui donner une réponse avant même que celle-ci ne puisse venir sous forme de signe. En face d'elle, l'homme paraissait sans âge. Vingt ans ? Trente ? Quarante-cinq ? Elle aurait été bien incapable de le situer exactement. Il était doté d'une masse impressionnante de cheveux presque aussi sombre que sa peau. Des dreadlocks s'échappaient de l'amas rassemblé à l'arrière de sa tête, tombant sur ses épaules de manière éparse et coulant dans son dos comme un long fleuve tranquille. Son regard s'attarda sur une breloque d'argent entourant une lock rebelle. Un grelot y était rattaché. L'ombre se demanda comment l'homme était parvenu à rester aussi longtemps en vie compte tenu que la discrétion ne semblait pas être dans la liste de ses préoccupations premières. Elle secoua la tête et releva les yeux vers le faciès de son interlocuteur. Les yeux de l'homme étaient sombres et surlignés d'un trait rouge vif. Ils renvoyaient une expression amusée, là, entre deux mouvements de sourcils moqueurs. Les lèvres, pleines, se déformèrent sous une grimace et l'ombre dû tendre la main et pincer le bouc de son coéquipier pour que celui-ci daigne rester tranquille.

« — Continue de bouger et je t'arrache ton anneau de vache, fit l'ombre.

La séance de je devine ce qu'il te passe par la tête venait à priori de se transformer en je m'assure que tout vas bien sans te donner plus d'explications que ça.

— Tu as vraiment besoin de faire ça à chaque fois ? répondit l'homme en cessant de s'agiter dans tous les sens.

L'ombre n'eut pas besoin de l'entendre pour être en mesure de le comprendre. Son regard s'était fixé sur les lèvres de cet ami d'un soir — ou de plusieurs. C'était une notion qui était à revoir, apparemment —, découpant chaque mouvement, associant chacun d'entre eux, à une syllabe. Elle haussa les épaules.

— T'as vraiment besoin de t'agiter sans arrêt ? demanda-t-elle à la place.

— J'aimerais te faire remarquer que tu es toujours particulièrement politiquement incorrect, rétorqua le basané sans vraiment s'attarder sur la petite pique.

Lorsque l'ombre fronça les sourcils, il soupira, et arrangea son phrasé de manière concise et moins prise de tête :

— Tellement d'insolence.

Ou presque.

L'ombre réprima un sourire moqueur.

— Par ailleurs, ce n'est toujours pas un anneau de vache. Tu le sais, tout le monde le sait. Sois gentil pour une fois. C'est notre dernière chasse après tout.

— Dieu merci.

— Tellement d'insolence, répéta l'homme à personne en particulier. Mietek le roi de l'insolence.

Il cessa de bouger lorsqu'une paire de doigts s'attarda sur son visage. C'était une expérience inconfortable. Dieu sait que ce type sans âge n'aimait pas être malmené de la sorte. Seulement, le dénommé Mietek était un homme — à défaut de n'être qu'une ombre parmi les ombres — de nature minutieuse. Il aimait être certain que tout soit en ordre, avant de partir Dieu sait où risquer sa vie pour Dieu sait quoi. Après tout, il était hors de question que l'un deux passe l'arme à gauche sous prétexte que certains n'aimaient pas passer par la phase de vérification.

— Mec, sérieusement. Je vais bien.

— C'est ce que tu as dit la dernière fois. Puis tu t'es écroulé misérablement sur le sol, avant de te mettre à vomir des litres et des litres de sang. Ça a duré dix minutes. Au moins. Et alors tu m'a appelé papa.

Il y eut un court silence. Mietek savait exactement comment s'y prendre pour clouer le bec de l'autre homme. Il le faisait sans inquiétude pour sa dignité.

— Tu as dit que tu oublierais ce passage. Que tu l'effacerais de ta mémoire à jamais et pour toujours, l'accusa le grand noir en prenant soin d'articuler convenablement ses mots.

— Je l'ai tellement effacé de ma mémoire que j'ai encore des croûtes de ce sang que tu a rendu, sous la semelle de mes chaussures Sumar.

— Coup-bas, victoire par K.O, commenta le suscité Sumar les bras levés vers les cieux comme s'il espérait ainsi recevoir l'aide d'un dieu quelconque. »

Ses prières restèrent sans réponse.

Il cessa néanmoins de s'agiter. Mietek put terminer ses vérifications. Lorsqu'il s'attarda un peu trop longtemps sur le côté gauche du visage de son ami, là où le grain de peau passait d'un envoûtant caramel à un brusque beige, ce dernier le repoussa. Ses sourcils étaient froncés et son faciès renvoyait un quelque chose de sauvage.

« — Je n'ai rien dit, fit remarquer Mietek avant même que Sumar puisse ouvrir la bouche.

— Ça a guérit, pas la peine de s'y attarder plus que nécessaire. C'est une perte de temps, dit-il avant de poursuivre, usant de la langue des signes cette fois : la lune est levée, nous ne devrions pas traîner. »

Mietek soupira. L'autre homme avait raison. Il détestait quand l'autre homme avait raison. Ça lui laissait comme une étrange impression à l'arrière de sa langue. Comme un goût de cendre, un goût…

Je te l'avais dit.

… de déjà-vu. Alors plutôt que de s'attarder sur l'étrange blessure de Sumar, l'homme se redressa, quittant son perchoir mortel et ce, non sans oublier le smartphone abandonné plus tôt sur la pierre froide. L'appareil retrouva le confort du fond d'une poche et Mietek s'étira un court instant. Après quoi, il pivota face au vide. À la lumière de la lune, pleine et blanche, sa peau apparue plus pâle que jamais, seulement contrastée par la myriades de tache de son disséminés ça et là. Ses orbes s'attardèrent sur l'astre lunaire avant de s'en détacher. Il sembla au basané que les lèvres de son compagnon remuèrent, articulant des paroles qu'il ne fut pas en mesure de saisir. Il se demanda si Mietek était du genre à prier avant une Grande Aventure (ça sonnait toujours mieux qu'un Ordre de Mission, s'était-il un jour dit) avant de se souvenir que non, vraiment pas. Il ne l'avait jamais vu prier, après tout. Pas comme le faisaient les humains, en tout cas.

Mietek quant à lui, imperturbable, écarta les bras de part et d'autre de son corps.

« — Puisse Éole bénir nos pas, dit-il.

Et il bascula dans le vide.

Sumar secoua la tête.

— C'est un tel frimeur, dit-il à personne en particulier. »

Puis il avança d'un pas et laissa la gravité faire le reste du travail.

Il n'y eut pas de grand fracas, ni de cris, ni d'effusions grotesques de sang lorsqu'ils heurtèrent le sol, quelque trois cent mètres plus bas. Les deux carcasses étaient en aussi bon états qu'elles l'avaient été avant le grand saut et, éventuellement, les sans-abris les plus proches se demandèrent s'ils ne venaient pas d'être frappés d'une hallucination collective, parce que deux mec louches en tenue de combat — ou ce qui s'en rapprochait plus ou moins ces derniers temps — venaient de tomber du ciel aussi simplement que ça. Pire encore, aucun d'eux n'avaient trouvé la mort lorsqu'ils avaient mis le pied au sol, genre, littéralement. Mietek avait atterri comme une espèce de super héros tout droit sorti d'une célèbre franchise de films. Rapidement, Sumar l'avait suivi. Les mains dans les poches, aucun d'eux ne s'étaient attardé sur la petite foule nocturne — les parieurs endettés jusqu'au cou, les mariés de dernière minute, les soulards habituels, les étudiants, le reste du monde. C'était Las Vegas. Un dragon passerait sans doute inaperçu tant tout ce qui arrivait dans le coin avait tendance à sortir de la norme.

« — Donc, fit Sumar. Prêt pour une nuit de folie ? »

Mietek ne lui accorda aucune attention lorsqu'il s'élança vers l'imposante bâtisse.

Le Stratosphere Las Vegas était une des attractions principales de la cité pour et bien, ses nombreuses attractions en plus du casino, de l'hôtel et de tout ce qu'il abritait d'autre.

Dans son dos, son compagnon poussa un profond soupir.

« — Tu sais, dit-il encore et, il dû marcher à reculons pour s'assurer que l'homme a ses côtés comprenne bien chacun de ses mots, dû-t-il les signer ; on aurait tout aussi bien pu emprunter la sortie sur le toit. Je veux dire. Crois-moi, j'adore les montées d'adrénaline, et ta tendance à mettre inutilement ta vie en danger te rend diablement sexy et tout ça, mais hé, mec ? Un saut à un presque demi kilomètre du sol ? Non. Nein. Not.

Un sourire étira les lèvres de son interlocuteur. Il y avait un quelque chose de malicieux et de joueur, comme un fou rire retenu dans des orbes noisettes.

— T'as raison, rigole. Tu sais ce qu'on dit pas vrai ? Qui fait le malin, tombe dans le..

Mietek haussa les sourcils. L'autre homme ne put aller au bout de sa petite tirade. Les pieds pris dans une mauvaise herbe, il manqua de s'étaler de tout son long à même le sol. Devant sa mine furibonde, l'homme a l'ouïe défaillante ne pu que ricaner.

Attention ou tu marches, signa-t-il avant de venir égarer l'une de ses mains contre l'épaule de son partenaire afin de l'aider à se redresser.

— Vraiment ? La magie ? Qui êtes-vous et qu'avez vous fait de monsieur-il-ne-faut-user-de-la-magie-qu'avec-parcimonie-et-bla-bla-bla ? Sautes trois fois sur toi-même, si un djinn a pris possession de ton corps. »

La claque qu'il reçut presque gentiment à l'arrière de son crâne eut le mérite de le faire taire. Le regard faussement larmoyant, Sumar signa faux frère et tu me brise le cœur avant de daigner reprendre un tant soi peu de son sérieux lorsqu'une tierce personne dut se racler la gorge pour les rappeler tous deux à l'ordre. Sans se défaire de son sourire en coin, Mietek inclina la tête en guise d'excuse tandis que Sumar lui, se contentait de lever les yeux au ciel. Leur faisant face, une femme d'âge mur tenait contre sa poitrine, un épais dossier. Elle était vêtue d'un tailleur impeccablement cintré, coiffée de manière impeccable. Elle donnait l'impression à Mietek d'être une prima ballerina reconvertie en maîtresse d'hôtel : tout en grâce et élégance mêlée d'une froideur à toute épreuve. L'expression de son visage ne renvoyait rien. L'homme se dit qu'une porte de prison aurait été plus expressive encore avant de se rabrouer : il n'était pas là pour juger les gens. Il laissait ce plaisir à Sumar en général. Ce dernier qui, dans son poing sembla tousser quelque chose qu'il ne parvint pas à saisir. Dieu sait que s'il devait pourtant ouvrir les paris, son choix s'attarderait sur une histoire de balais dans un quelconque fondement.

« — Vous êtes en retard, nota la Maîtresse d'hôtel.

— Nous avions rendez-vous à vingt-et-une heure tapante et il est, oh, regardez-moi ça. Il est vingt-et-une heures passées de huit, non, neuf, dix, onze secondes.

Une ligne d'agacement vint creuser le front de la femme. Mietek enfonça aussi discrètement qu'il le put, son coude dans les côtes de son ami.

— Arriver cinq minutes en avance à un rendez-vous, c'est arriver en retard, se contenta de répondre sèchement l'hôtesse avant de tourner les talons. »

Elle ne s'arrêta pas pour s'assurer qu'elle était suivie et bientôt, les deux hommes durent se mettre en marche afin de pouvoir suivre la cadence. Une fois de plus, sans même faire cas de la présence ou même, de l'attention de ceux qu'elle semblait avoir convoqué à même ces lieux, repris :

« — Il y a eu un autre incident pendant que vous étiez trop occupé à être à l'heure, claqua-t-elle. Un de nos portier. Un peu plus de la vingtaine. Il apparaît comme ceux qui avant lui, ont trouvé la mort : aucune trace quelles qu'elles soient de coup, de quelconque violence. Rien ne laisse entrevoir la présence de poison non plus, je m'en suis personnellement assurée.

Sumar prit le temps de retranscrire les paroles de l'hôtesse pour Mietek qui, les sourcils froncés, échangea un regard lourd de sens avec son coéquipier. Il ne fit même pas l'effort de lever les yeux au ciel lorsque le basané articula silencieusement KGB le tout, à grand renfort de yeux exorbités et expressions émerveillées inutilement exagérées.

— C'est le quatrième corps donc, fit Sumar. Ça n'a rien d'une coïncidence, on en est maintenant sûr. Quatre morts, sans aucune blessure apparente, indemne à première vue, si ce n'est le fait, et bien, qu'ils sont morts. Définitivement notre rayon.

— Votre rayon, répéta la femme d'une voix sans émotion.

— L'étrangeté, la bizarrerie, le non-explicable, tout ça. Il y a des choses de ce monde qu'il vaut mieux pour le commun des mortels d'ignorer, Mrs. Banks.

La susnommée renifla.

— Ne prenez pas ce ton avec moi, jeune homme. C'est de Las Vegas dont il s'agit. J'ai vu plus de choses au cours de mes années passées dans cette ville, que vous ne pourrez en voir en toute une vie.

— Je n'en doute pas ma très chère madame. »

Elle avait affirmé n'avoir détecté aucune trace de poison après tout. C'était suffisamment étrange pour que cela puisse être relevé, non ? Quel genre d'hôtel pouvait bien rechercher des employés dotés de telles capacités autrement ?

Mrs. Banks ne releva pas. Son regard se fit plus pénétrant encore lorsque d'un coup de coude, Mietek attira son attention. Ses mains s'agitèrent rapidement et Sumar haussa les épaules en guise de réponse.

« — Il me semble qu'ils étaient tous des hommes.

— Des hommes de tout âge et de toutes origines, confirma l'hôtesse. La première victime était un homme d'affaires de presque cinquante ans. La seconde, un de nos hommes à tout faire, âgé quarante deux ans. La troisième était un simple père de famille, trente cinq ans et.. Mr. Lloyd, notre portier, a fêté son vingt-huitième anniversaire il y a trois jours.

— Ugh, fit Sumar. Des ressemblances ?

— Hormis le fait qu'il s'agisse d'hommes ? Rien de notable. Rien de ce que l'on voit dans ces séries télévisées en tout cas.

— Donc notre mystérieux tueur n'a pas l'air d'être difficile en matière de goût.

— Tueur ?

— Ou tueuse, vous marquez un point.

Mietek signa encore. Son faciès faisait écho à la gravité de la situation : sombre et inquiétant. Sans que Sumar n'ait besoin de jouer les interprètes, Mrs. Banks répondit, surprenant légèrement les deux hommes :

— Non. Pas pour nos premières victimes en tout cas. Notre homme d'affaire était un divorcé de longue date, et notre homme d'affaire, et bien. Personne n'a signalé sa disparition. Quant au père de famille et bien, il séjournait dans notre hôtel avec sa femme et ses deux filles. Pour ce qui est du jeune monsieur Lloyd, aucune petite amie n'est venue, une fois de plus, pleurer sa disparition.

— Donc, fit Sumar en pivotant vers son compère, nous n'avons pas de pistes. Pas de possible tarée s'en prenant à des mari ou petit amis infidèle, pas de malade ciblant uniquement l'homme blanc et riche (il pivota vers la matrone :) leurs états financiers ?

— Chacun d'entre eux semblait faire avec ce qu'ils avaient.

— Il va nous falloir un peu plus que cela, Mrs. Banks, soupira le basané.

La femme d'âge mûr l'ignora.

— L'homme d'affaires se portait bien, malgré qu'il n'était qu'un employé parmi tant d'autre, monsieur Fritz savait gagner sa croûte.

— Comment pouvez-vous le savoir ? demanda encore Sumar tandis qu'il échangeait un nouveau coup d'œil avec un Mietek bien agité, pour ne pas dire, préoccupé.

Le mot KGB fut encore sur les lèvres de cet homme bien trop bavard pour son propre bien, du moins, jusqu'à ce que Mrs. Banks ne s'agaçât de la situation.

— Rien de tel, siffla-t-elle, paraissant offensée outre mesure. J'ai pratiqué ce même métier toute ma vie durant. Pensez-vous une seconde que cet hôtel, ces casinos, ces attractions puissent tourner de leur plein régime sans moi ? Je m'informe sur toutes celles et ceux qui osent pénétrer mon domaine. Telle est la charge qui m'a été donnée et que entendez-moi bien lorsque je vous dis que je mourrais avant de devenir incompétente.

— Vous recevez des milliers de visiteurs par jour, comment..

— Je ne passe pas mes journées à sourire bêtement et à m'amuser de tout et d'un rien. Voilà comment l'on gère un hôtel. Je vous conseille d'en prendre de la graine, qui ou quoi que vous soyez.

— Nous ne sommes rien de moins que des enquêteurs freelance, Mrs. Banks.

— À d'autres. Je suis peut-être vieille, mais pas encore sénile. Maintenant, pouvons-nous revenir à cette affaire ? Quand bien même ma hiérarchie est parvenue à l'étouffer, le temps que je passe à vous aider à jouer aux petits détectives, est du temps que je ne mets pas à profit pour cet hôtel.

— N'avez-vous donc pas une vie à l'extérieur de votre hôte-aie, hé !

Assez, souffla Mietek en relâchant le bras de son comparse dont il venait, apparemment, de pourvoir d'un bleu.

— Allons donc. Vous parlez finalement ?

Le plus jeune des trois inclina la tête, présentant de silencieuses excuses.

— Bien-sûr, s'outra à son tour Sumar. Pour qui le prenez-vous ?

— Pour un petit malin qui, de toute évidence, se complaît à l'idée de me faire perdre mon temps. Pourquoi signer, lorsque vous pourriez me faire gagner du temps en me disant tout simplement ce dont vous avez besoin plutôt que d'utiliser votre.. (son visage se teinta d'un profond dédain) ce clown en guise de porte parole ?

— Hé ! gronda le basané. Je ne vous permet pas !

— Grand bien m'en fasse. »

Mietek soupira. Voilà une soirée qui prenait un tournant des plus étranges. Pour changer, songea-t-il en levant les yeux au ciel. Il adressa une prière muette à l'attention de la personne qui l'avait envoyé là, à cet endroit précis, afin de régler ce qui était apparu être un mystère d'ordre surnaturel. Se crêper le chignon avec une femme plus âgé qu'aurait pu l'être sa propre grand-mère, ne faisait pas parti de ses plans.

« — Assez, répéta-t-il. »

Il ne haussa guère le ton, ni ne modula sa voix pour paraître effrayant voire menaçant. À dire vrai, ça n'avait été qu'un simple murmure. Et pourtant, Mrs. Banks comme Sumar s'étaient tu. La première par surprise, le second par habitude. Les mains dans les poches, son compagnon avait relevé le chef et détourné les yeux avec un quelque chose de coupable dansant en leur fond. Désolé, articula-t-il silencieusement. Puis à nouveau, il laissa son insouciance habituelle venir recouvrir son faciès.

De son côté, Mrs. Banks ne l'avait pas lâché des yeux. Elle observait Mietek comme un scientifique aurait observé un petit homme vert offert à la vue de tous, à même une table d'examen. C'était calculateur, c'était intéressé, c'était saupoudré d'une touche de frayeur. Il émanait de ce jeune homme, quelque chose qu'elle n'était pas capable d'identifier. Loin de se laisser abattre pour si peu, l'hôtesse se racla la gorge.

« — Peu importe, dit-elle après une courte pause. Je disais donc : Notre homme à tout faire n'était pas à plaindre niveau salaire. Il ne gagnait pas des millions, mais il était bien mieux payé que ce que sont payés la plupart des gens dont les métiers ne sont pas considérés comme de "beaux" métiers.

— Est-ce que quelqu'un aurait pu vouloir sa mort ? Que ce soit pour son salaire ou sa personnalité ?

— Et bien, monsieur Winger n'était pas nécessairement un visage amical. Mais de là à vouloir le voir mort.. Qu'en sais-je après tout. De pauvres gens meurent chaque jour pour bien moins. Je doute que quiconque l'aurait tué pour sa paie en tout cas.

— Pourquoi pas ? Vous venez de dire que d'autres mouraient pour bien peu.

— Parce que tant qu'à s'en prendre à nos employés, certains gagnent bien plus que feu monsieur Winger.

— Une idée de pourquoi les victimes ont été retrouvées ici ?

— N'êtes-vous pas l'enquêteur ?

— Quatre victimes qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, qui trouvent pourtant tous la mort au Stratosphere Las Vegas pour des raisons que l'on ignore, dont deux étant vos employés.

Sumar souffla.

— Ça n'a aucun sens. À moins que le bâtiment ait été maudit d'une quelconque façon ou que vous ayez construit cet empire sur un ancien cimetière..

Mrs. Banks permis à ses lèvres d'échapper un seul et unique rire. Un son entre la moquerie et l'agacement.

— Nous sommes en Amérique, mon cher. Nous évoluons chaque jour sur les vestiges d'une histoire plus vieille que le sont nos ancêtres. À mon sens, le pays est un cimetière à lui tout seul.

Sumar inclina la tête, puis soupira.

— D'accord. Qu'en est-il du père de famille ? Monsieur Varez ?

— Valèz, corrigea l'hôtesse. Et bien lui, sa femme et ses deux filles sont arrivés un dimanche. Le père a été retrouvé mort dans son lit trois jours plus tard. Pas de signes d'effractions.

— Sa femme ?

— Mise hors de cause. Elle n'était pas présente au moment des faits. Nos caméras ont su retracer sa journée et elle et ses filles étaient occupées à faire du lèche vitrine.

— Donc la seule personne qui aurait pu avoir commis ce meurtre, n'était pas là.

— À première vue, monsieur Valéz n'était qu'un homme parmi tant d'autres. Quelques problèmes financiers, mais n'est-ce pas là, le quotidien de la plupart des gens ?

— Donc, l'argent n'était pas le mobile, l'ignora une fois de plus le basané. Il nous reste.. votre portier ?

— Lloyd. Un bon garçon pour ce que j'en ai vu. Poli, souriant, serviable. Il n'a jamais fait d'histoires, pas de scandales à son actif. Il n'a même jamais demandé une augmentation ou de jours de congés. Un élément vraiment impeccable.

— Pas un seul ?

— Pas le moindre.

— Est-ce que je suis le seul à trouver ça étrange ? Demanda Sumar en pivotant légèrement vers son coéquipier. »

Mietek s'était refait discret, tout en silence et observation. Il haussa pourtant les épaules pour toutes réponses. En soit, que certaines personnes n'éprouvent pas le besoin de demander plus de jours de congés que ce qui était donné ne lui paraissait pas si étrange que cela. Peut-être que ce Lloyd était juste un type sans histoire.

« — Les gens ne sont jamais sans histoire, tu sais bien.

Mietek détourna les yeux. Lui était sans histoire. Sans passé. Il n'avait que les mots d'une patronne un peu trop calculatrice sur les bords et la promesse de ne pas chercher à en savoir plus comme ancre, comme passé, comme background.

— Si tu le dis.

— Avons-nous fini ? Demanda Mrs. Banks. Quand bien même vous voir jouer aux apprentis détectives est fort distrayant, j'ai d'autres affaires bien plus urgentes à régler.

— Vous ne trouvez pas que la présence de quatre cadavres sur votre lieu de travail est une affaire urgente ?

— Je n'ai pas de temps à accorder aux morts monsieur.. ?

— Juste Sumar.

— Monsieur juste Sumar. Je dois m'occuper des vivants et croyez-le ou non, ce sont eux qui causent le plus de problèmes. Et puis, vous êtes les.. enquêteurs, n'est-ce pas ? Vous n'espérez tout de même pas que je vous mâche tout le travail ?

— Ben voyons.

— Merci pour votre temps Mrs. Banks, fit Mietek, sa voix résonnant faiblement à la manière d'un instrument brisé encore et toujours. »

L'hôtesse se contenta de lui adresser un mouvement du chef avant de tourner les talons. Durant leurs conversations, elle les avait menés vers les sous-sols de l'hôtel ou, jusqu'à nouvel ordre, les corps avaient été conservés. Peu, pour ne pas dire presque personne, n'avait été mis au courant bien évidemment. C'était ainsi que les choses fonctionnaient dans le monde des deux étranges hurluberlu qu'étaient Mietek et Sumar. La Grande Patronne s'arrangeait toujours pour dégager de leurs passage, les curieux, ceux qui ne faisaient pas partie de ce monde plus étrange encore, peuplé de créatures terrifiantes et assassines. Mrs. Banks, sans en avoir conscience, devait être dans les bonne grâce des Hautes Sphères pour se voir ainsi confier la charge de tout de bazar. Pas étonnant qu'elle nous ait accueilli plutôt sèchement, songea Mietek. Elle doit avoir une tonne de travail si ce qu'elle dit est vrai.

« — C'est tellement bizarre, marmonna soudainement Sumar.

Mietek redressa le chef pour lui adresser un curieux empreint de curiosité. Son ami ne tarda pas à développer le fond de sa pensée.

— Je veux dire, à part que l'hôtel semble avoir sa propre morgue pour des raisons qui m'échappent.

Il y a énormément de visiteurs, je suis sûr que ce n'est pas si étrange que cela, que d'avoir un mort de temps en temps, signa l'homme.

— Tu parles. Je trouve ça juste effrayant.

Le Grand Sumarsverð, effrayé ? On aura tout vu.

— Comme toujours, monsieur est hilarant. »

Sourire aux lèvres, Mietek dépassa son ami pour s'approcher des armoires réfrigérées dans lesquelles avaient été stockés les corps. Il ouvrit le premier tiroir, découvrant un homme grand, quoique rondelet, rendu pâle par le manque de vie elle-même et ce, malgré son grain de peau tanné, aux cheveux noirs et ondulés.

« — Monsieur.. Valéz, je crois.

L'autre homme acquiesça avant de relever ses manches. Sur sa peau, pâle et constellées de taches de son, étaient tatouées de nombreux symboles et autres dessins dans une palette de couleur aussi diverse que variée allant du rose le plus doux, au noir le plus sombre. Pendant un instant, Sumar cru apercevoir la silhouette épaisse d'une créature bouger derrière la forêt tatouée à même les bras de son coéquipier. Lorsqu'il cligna des yeux, la bête en question avait disparu tant et si bien qu'il se demande s'il venait de l'imaginer.

— Je pensais qu'ils avaient déjà autopsié les corps ? dit-il comme pour reprendre contenance.

Je suis presque certain que ce n'est pas un Augmenté qui a fait l'autopsie. Et même si c'était le cas, je préfère être sûr.

Sumar s'en amusa. C'était bien le genre de la maison que de ne faire confiance qu'à lui et ses capacités.

— On n'est jamais mieux servis que pas nous-même hein.

— N'est-ce pas ? »

Les heures qui passèrent furent relativement calmes et emprunt d'un silence léger et ce, malgré l'effroi de la situation. Mietek, passant d'un cadavre à l'autre, s'assura qu'aucune plaie, aucune blessure ou autre n'était passée au travers des mailles du filet. Il dû se rendre à l'évidence : la personne qui s'était occupée des corps avait fait du bon boulot. Lorsqu'il se débarrassa une fois de plus des gants de protections qu'il avait dû enfiler afin de pouvoir joyeusement fouiller extérieur comme intérieur, ce fut pour s'emparer d'un stylo qu'il trouva niché à l'intérieur de sa veste qui, plus tôt, avait été abandonnée sur le dossier de la chaise sur laquelle son coéquipier avait fini par s'endormir. Ce dernier sursauta lorsqu'il perçu dans son espace personnel, la présence du malentendant.

« — Alors ? demanda-t-il, ses mains s'agitant maladroitement afin de retranscrire ses mots dans le langage des signes. Tu as trouvé quelque chose.

Mietek soupira lourdement.

Non, c'est exactement comme l'hôtesse nous l'a dit : aucun signe de quoi que ce soit. Rien, nada, des clous.

— Merde. Plan B du coup ?

— Hum ?

— Utilisation de ton super mojo pour nous sortir de là ?

L'homme eut un sourire désabusé.

Ben voyons. Toujours les même qui font tout le boulot ici, j'ai l'impression. »

Il fit de son mieux pour ne pas voir l'air scandalisé qu'afficha le basané. Les yeux baissés sur la feuille de papier qu'il tenait entre ses doigts, Mietek alla jusqu'à appuyer l'une de ses fesses contre l'un des tiroirs réfrigérés afin de pouvoir compléter ses notes. Lorsque ce fut fait, il glissa la feuille entre deux de ses doigts et la laissa s'embraser comme par magie. Les flammes et autres braises moururent avant même de toucher le sol. Pas la moindre cendre ne fut en mesure d'être découverte ça et là après ça.

— Corrige-moi si je me trompe, mais j'ai comme l'impression que l'on n'est pas prêt de finir cette mission.

Mietek soupira.

Il y a quelque chose qui me dérange avec toutes ces histoires.

— Tu veux dire, au-delà des morts sans raisons apparentes et de l'état impeccable des cadavres ?

L'homme balaya la remarque d'un mouvement de la main.

Non. C'est une impression. Comme un genre de déjà-vu. J'en sais rien. C'est juste ça. Ça me pèse sur les épaules mais je n'arrive pas à savoir ce dont il s'agit. Je l'ai sur le bout de la langue. Cette affaire, ce n'est pas juste une ghoul qui fait des stocks, ou une sorcière qui a décidé de décimer au compte goutte la population d'un hôtel. C'est plus. Je le sais. Je le sens.

— Oh, fit Sumar sans savoir que faire de cette information là en particulier.

Il savait sans avoir eu le droit au grand tour détaillé ainsi que la visite guidée, que Mietek était un mystère en lui-même. Ils étaient deux être diamétralement opposés et ce, pas uniquement parce que l'un était humain (plus ou moins) et que l'autre n'était qu'un outil, lui trop bavard, Mietek ne livrant des informations qu'au compte goutte. Lui insouciant et toujours prompt à jouer de petits tours ici de là, Mietek trop sérieux, trop soucieux, trop strict avec lui-même. Et pourtant, il n'arrivait pas à s'ôter de la tête que le garçon ne pouvait qu'être plus. Plus que ça, plus que ses chaînes, plus que les promesses qu'il avait faites. Il le voyait lorsque ses iris se perdaient dans la contemplation de l'autre être, il le voyait lorsque les sourires que l'autre homme retenaient, explosaient en une myriade d'étincelles et de rires au fond de ses yeux. C'était frustrant. Mietek était un homme frustrant au possible. Et pourtant, les Dieux savent qu'il n'aurait échangé sa place avec personne d'autre et ce, contre tout l'or du monde. Il affectionnait sinon aimait beaucoup trop le jeune Serviteur de Gaïa pour cela.