Date : 9 décembre 2020

Personnages : Saga x Minos, pour Kitsu34

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Réflexion, romance légère, un peu famille

Note de l'auteur : Cette histoire est plus une longue réflexion entre deux hommes ayant des points de vue différents, une sorte de duel verbal. En conséquence, il y a beaucoup de dialogue. J'espère que vous aimerez. J'ai essayé de jouer sur la psychologie d'un des personnages, mais je ne suis pas une experte dans ce domaine.

Bonne lecture


Introspection

Saga progressait à pas de loup, se faisant le plus discret possible pour ne pas réveiller son hôte parti se reposer dans sa chambre. Il était arrivé à Toloméa le matin même, invité par Minos, spectre du Griffon et juge des Enfers, qui lui avait proposé de venir passer les fêtes "en famille".

Le frère jumeau de Saga, Kanon, avait une liaison avec Rhadamanthe de la Wyverne et il squattait Caïna depuis des mois maintenant sans remonter à la surface. Saga avait été bien triste qu'il ne rentre pas au Sanctuaire pour les fêtes. Le premier gémeau se retrouvait seul pour le réveillon puisque les autres chevaliers se rassemblaient en couple ou en famille. Pas qu'il soit très attaché à ce genre d'évènement, mais bon, c'était tout de même un peu triste de passer la soirée en solitaire pendant que ses voisins festoyaient. Ça lui mettait carrément le cafard. L'invitation de Minos tombait vraiment à pic.

Les trois juges des Enfers partageaient des liens fraternels datant des temps mythologiques. Ils aimaient penser qu'ils étaient encore de la même fratrie, quand bien même ils étaient nés dans des contrées différentes. Ils avaient prévu de passer noël tous les trois avec Kanon. Il semblait donc tout à fait naturel d'inviter également Saga.

A la grande déception de Saga, cette suggestion ne venait pas de son jumeau mais de son hôte. Bah, il pouvait comprendre. Kanon et lui n'étaient pas en conflit. Ils s'aimaient beaucoup mais… ce n'était pas tellement ça leur relation. Ils avaient encore un peu de mal à retrouver leur lien fusionnel d'autrefois, surtout que Rhadamanthe était rentré dans l'équation.

Saga avait été quelque peu curieux de la relation entre son frère et le juge, un peu trop même. Il avait clairement agacé Kanon avec toutes ses questions, certaines déplacées, à tel point que son double avait quitté le troisième temple en claquant la porte. Le second gémeau ne voulait surement pas l'avoir dans les pattes et le voir empiéter sur sa vie de couple pendant les fêtes. Bien sûr, c'était compréhensible. Saga avait compris qu'il était allé trop loin. Il ne voulait pas s'imposer, juste passer un bon moment avec Kanon. C'était son petit frère. Il l'aimait, il souhaitait vraiment que ça se passe bien entre eux. Et surtout, Kanon lui manquait atrocement. Saga voulait aller le saluer, le prendre ses bras et lui demander de le pardonner, de lui donner une autre chance d'être un meilleur grand frère. Voilà pourquoi il avait quitté Toloméa pour se rendre jusqu'à Caïna.

A l'extérieur de la demeure du Griffon, l'aîné des Gémeaux prit le temps de regarder son environnement. Le monde souterrain était bien moins terrible que ce qu'il imaginait, et l'ambiance ne paraissait plus aussi oppressante qu'autrefois. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'endroit était loin d'être désagréable. Une bonne surprise !

Franchement, Saga se réjouissait de passer les fêtes ici. Minos lui promettait un programme intéressant en attendant le jour de noël. Le juge tenait à lui présenter le monde souterrain, lui faire visiter son tribunal, les archives, les bibliothèques, les arènes, les légendaires fleuves, les prisons, lui expliquer les jugements. Que de choses à découvrir, et puis cette expédition l'éloignait également du Sanctuaire où l'ambiance n'était pas celle qu'il avait espérée. Elle n'était pas mauvaise. Au contraire même, elle était plutôt légère et chaleureuse, mais Saga ne s'y sentait pas à sa place parmi les autres. Il y avait comme un décalage. La faute à son âge ? A son passé ? A son attitude quotidienne sérieuse, limite rigide ? Quoiqu'il en soit, Saga n'arrivait pas tellement à s'intégrer, à communiquer avec les autres, ni même avec Aiolos, son meilleur ami autrefois. Et le pire, c'est qu'il ne savait même pas ce qui clochait exactement. Prendre du recul ne lui ferait pas de mal, et ce serait l'occasion de créer des liens avec leur nouveaux « alliés ». En plus, on lui offrait le gite et le couvert. Quoi demander de plus ? Le bon plan, n'est-ce pas ?

Bon plan oui... sauf que Saga n'avait juste pas prévu que son hôte, en plus d'être incroyablement sexy, le tenterait comme le diable.

Il n'était là que depuis ce matin et le Gémeau avait vraiment l'impression d'avoir été victime de plusieurs attentats. Des explosions hormonales s'étaient manifestées dans son bas-ventre. Ça n'était pas arrivé depuis... il ne saurait même pas dire, tout comme il ignorait s'il appréciait ou non ces sensations qui lui échappaient complètement. Minos était-il un magicien ? L'avait-il drogué avec des aphrodisiaques ? Ou bien Saga était-il simplement attiré par lui ? Mais juste comme ça, sans raison ? C'était possible ça ?

Enfin, cette peau laiteuse très certainement divine au toucher. Cette taille svelte, moulée dans son pantalon, qui lui donnait furieusement envie de déposer ses mains sur ces hanches pour tâter du bout des doigts la fermeté de ces muscles abdominaux. Ces yeux d'or curieux qui roulaient dans leurs orbites pour le détailler des pieds à la tête. Ce sourire mutin, à la fois moqueur et séducteur, et ces lèvres ô combien attrayantes. Cette cascade de neige absolument magnifique, sans fourche, probablement soyeuse, qui se balançait dans son dos à chacun de ses mouvements. Saga aimerait glisser ses doigts dans cette majestueuse crinière, la soulever pour révéler la nuque, la chute de rein qu'il caresserait du plat de la main jusqu'à arriver à son fessier... Saga secoua la tête. Son imaginaire s'égarait un peu trop loin. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il n'avait jamais fantasmé de la sorte sur quelqu'un. Minos lui plaisait clairement, du moins son physique était des plus attirants, mais Saga n'allait certainement pas céder à de basses pulsions sexuelles. Pour lui, s'unir avec quelqu'un avait beaucoup plus de sens et de valeur. Ce n'était pas juste "se vider les couilles". Et par Athéna, il n'était pas venu pour se trouver un partenaire sexuel, juste pour passer un agréable moment... Oui bon, avoir des rapports seraient des expériences plutôt jouissives, mais non, non, et non !

Renouer avec Kanon et pactiser avec les spectres, voilà la raison de sa venue aux Enfers. Saga devait se sortir la délicieuse physionomie de Minos de la tête. Et puis, rien ne disait que son attirance était réciproque. Non, c'est vrai, ce n'est pas comme si le Griffon essayait de le séduire... du moins pas intentionnellement...

D'accord, ok, Minos le tentait clairement, mais d'une manière très subtile. Il ne faisait pas grand-chose, mais tous dans sa gestuelle, son timbre de voix, ses paroles, tout semblait pensé pour le charmer. Saga avait déjà parlé avec le spectre par le passé, notamment lors du traité de paix, mais à l'époque, il n'avait pas enflammé son désir comme aujourd'hui. Cette fois, il y avait quelque chose en plus. Minos attisait son envie. C'en était presque tortueux pour lui et il ne savait pas comment contrôler sa libido qui s'éveillait brutalement après des mois d'inactivité.

Saga n'avait eu aucune relation depuis sa résurrection. Il s'en passait bien, n'était pas intéressé, tout occupé qu'il était à reconstruire le Sanctuaire et s'entraîner davantage pour mieux défendre Athéna. Seul son devoir comptait à ses yeux. Il était consciencieux, sérieux, probablement ennuyeux mais cela lui était égal. Sa Déesse et son frère étaient les seuls qui avaient de l'importance dans sa vie. Même Aiolos s'était retrouvé exclu de son cercle privé étant donné qu'il n'était pas parvenu à renouer avec lui. C'était dommage mais comme ça.

Simplicité, efficacité, ce quotidien lui convenait parfaitement. Puis subitement, atterrissage d'un majestueux rapace qui avait fait exploser son univers minimaliste. Tel un pauvre homme qui goûte à la richesse, maintenant Saga avait envie de bien plus, mais son esprit s'y refusait. Consacrer du temps à une relation, c'était abandonner sa dévotion totale à Athéna. Leur Déesse si bonne avait certes émis le souhait que chacun trouve son bonheur, mais Saga était tout de même un cas à part étant donné ses actes passés. Il voulait consacrer cette nouvelle vie à servir la veuve et l'orphelin, pas à conter fleurette. Minos n'allait certainement pas remettre en cause toutes ses convictions, aussi désirable soit-il. Non, Saga ne cèderait pas et il avait de la ressource. La réflexion était terminée, sa décision irrévocable.

Fort de cette nouvelle détermination, Saga descendit les quelques marches devant Toloméa lorsqu'il se sentit soudainement tiré en arrière par une force invisible. En quelques secondes, il se retrouva vautré sur un large lit en compagnie de Minos qui bougea ses doigts pour l'installer correctement.

– Pardon pour la secousse, mais il fallait que je t'attrape avant que tu ne files trop loin.

– Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Cosmic marionation, expliqua Minos en faisant disparaitre ses fils pour libérer Saga. Où comptais-tu aller comme ça ?

– Ne me demande pas ça avec ce ton suspicieux. Je voulais juste aller dire bonjour à Kanon.

– Ton frère est aux arènes avec les hommes de Rhada. Tu le verras plus tard. Pourquoi ne restes-tu pas un peu avec un moi ? dit Minos d'un ton très suggestif et en prenant une grappe de raisin posée sur le chevet qu'il porta à sa bouche d'une façon bien lubrique, sidérant Saga. Tu n'aimes pas ma compagnie ?

Face à lui, Minos étirait ses bras derrière sa tête, courbant l'échine, poitrine en avant, accompagné d'un long soupir qui sonnait comme un appel au viol pour Saga. Sans compter ce sourire graveleux qu'affichait le spectre. On aurait pu croire qu'il n'y avait rien de suspect dans sa manœuvre, qu'il était juste un homme qui déverrouille son corps après le repos, mais Saga n'était pas dupe, et son bas-ventre réagit au quart de tour. Il n'était arrivé que depuis quelques heures et Minos avait déjà multiplié les tentatives. Ça ne pouvait plus durer, il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme. Il devait mettre les choses au clair dès maintenant.

– Arrête ça immédiatement, Minos du Griffon.

– Quoi donc ?

– Je ne suis pas stupide. Je ne sais pas à quoi tu joues, mais je te demande d'arrêter.

– Mais je veux simplement être un bon hôte, répondit innocemment le Griffon. Moi aussi je me réjouis que nos deux camps aient fait la paix.

– Ta réponse sonne fausse.

– Et pourtant c'est vrai. Tu sais ce qu'on dit ? Faîtes l'amour, pas la guerre.

Sourire malicieux qui s'étira encore. Saga sentit une chaleur se répandre de ses orteils jusqu'à ses oreilles. Ce n'était pas possible d'être aussi aguicheur tout en frôlant les limites du raisonnable. Concrètement, Minos ne faisait rien de préjudiciable. Est-ce qu'il avait conscience de son sex-appeal ? Oh oui, très certainement.

– Je ne suis pas intéressé, Minos.

– Vraiment ? Pas intéressé par quoi ?

– Je vois clair dans ton jeu.

– Précise ta pensée.

– Je ne le dirais pas.

– Si, tu le diras.

– Tu ne gagneras pas à ce jeu, le prévint Saga.

– Tu sais à qui tu as affaire, mon cher ? Je suis le premier juge des Enfers, celui en charge du premier tribunal. Je sais très bien tenir la joute verbale, alors j'espère pour toi que tu es bien armé, car je ne suis pas prêt de lâcher le morceau.

– Tu me défies ?

– Peut-être, tu sembles plus joueur que tu n'en donnes l'air.

– Je veux simplement qu'on termine cette conversation que je puisse aller voir Kanon.

– Mais ton ticket de sortie, ce sera seulement si tu parviens à remporter ce duel de... langue de fer.

Minos avait ponctué sa dernière expression d'un large mouvement de langue qui sortit sa cavité buccale. Saga déglutit en le regardant faire. C'était presque encore pire que de le voir déguster langoureusement un esquimau. Mais dans quel merdier s'était-il fourré ? Minos ne lâchait pas le morceau, et quoiqu'en dise sa raison, Saga ne pouvait nier qu'il lui plaisait et qu'il l'attirait.

– Alors ?

– Je n'ai pas envie de jouer, Minos, se ressaisit Saga. Je te le redis encore une fois, arrête ça.

– Et si je te dis que moi, je ne joue pas. Je suis on ne peut plus sincère.

– Je te demande pardon ?

– Bon, puisque le langage non-verbal, ça fonctionne pas, je vais utiliser des mots, et des mots simples pour que tu ne fasses pas semblant de ne pas comprendre.

– Tu sais que ce genre d'outrage peut coûter cher, même pour un spectre de haut rang comme toi.

– Oh je t'en prie, comme si j'avais été insultant. Ton frère avait raison quand il disait que tu étais sérieux et tendu. Les fesses encore plus serrées que celles de Rune. Je pensais pas trouver pire que lui.

Saga aurait dû être outré, mais au lieu de ça, son expression sérieuse changea pour une autre plus chagrinée.

– Kanon a réellement dit ça ?

– Fais pas cette tête de chien battu. Ça ne signifie pas qu'il ne t'aime pas. Avec mes frères, on passe plus de temps à se quereller qu'à nous faire des câlins. D'ailleurs, on se fait pas de câlin du tout. Je suis un homme tactile moi, ça me manque un peu.

– C'est pour ça que tu me fais du rentre-dedans ? Pour combler ton manque de câlin ? Je suis pas ta peluche, Minos du Griffon.

– Je ne souhaite pas faire de toi ma peluche, mais bien mon amant.

– Enfin tu mets des mots sur tes intentions.

– Tu l'avais très bien compris, visiblement.

– Et en quel honneur, je te prie ? demanda impartialement Saga nullement troublé par cette déclaration.

– Tu me plais, Saga des Gémeaux, dit alors Minos sûr de lui. Tu possèdes tout ce qui m'attire chez quelqu'un. La beauté, l'intelligence, la loyauté, le sens des responsabilités, la sagesse, et tu n'es pas avare d'amour. Il n'y a qu'à voir les sentiments que tu portes à ton jumeau. Tu es mon idéal masculin, alors n'ai-je pas le droit de tenter ma chance ?

– Tu ne pourrais pas simplement parler au lieu de midiner comme tu le fais ? C'est insupportable.

– Ennuyeux ! – sourire élargi du Griffon.

– De toute façon, tu perds ton temps. Je n'ai pas envie d'avoir ce genre de relation. Ni avec toi, ni avec personne.

– Si tu n'avais pas envie, pourquoi avoir accepté de venir ?

– Descends de ton piédestal. Tu te prends pour le Dieu de l'amour ? Je ne suis pas venu pour copuler avec toi mais pour saisir l'occasion de renouer avec mon frère, répondit Saga sûr de lui.

– Et tu as besoin d'une invitation pour ça ? Ça fait des mois que Kanon est ici et tu n'es pas venu lui rendre visite une seule fois.

– C'est compliqué entre nous.

– Non, je vais résumer ça en un seul mot, Saga des Gémeaux. Lâcheté.

Le mot était tombé comme une bombe, paralysant Saga de stupeur. Lui, un chevalier d'Athéna, prêt à risquer sa vie pour sa Déesse et la paix dans le monde, être traité de lâche ? Il ne pouvait pas laisser passer ça. C'était faux, entièrement faux.

– Je ne te permets pas.

– C'est pourtant vrai, et tu te prétends être l'un des plus vertueux guerrier de ton camp, un modèle pour les futures générations ?

– Je ne prétends rien du tout.

– C'est ce que disent les habitants de ce bled au pied du Sanctuaire. Tu parles d'une référence ! Ils sont juste aveuglés par ta belle gueule. Remarque je les comprends, tu es à tomber, faut se l'avouer. Les mamies doivent retrouver leur libido en te voyant.

Saga rougit malgré lui en détournant la tête. Il n'était pas comme son compère Aphrodite. Il ne cherchait pas à être spécialement beau, encore moins à tromper les gens avec son apparence. Il était un chevalier d'Athéna ! Tous ces aspects superficiels lui passaient largement au-dessus.

– Je ne cherche pas à les séduire.

– Bien sûr, tu es victime de ton charme. Je ne crois pas du tout que tu veux les manipuler.

– Tais-toi !

– Sujet sensible.

– J'ai conscience de mes erreurs passées, de ma faiblesse face à cette âme maléfique qui me dominait et manipulait la plupart des chevaliers qui croyaient combattre au nom d'une fausse Athéna. Je reconnais que choisir le suicide plutôt que d'affronter la vie était la solution de facilité. C'est justement pour racheter ces fautes que j'ai décidé de consacrer cette nouvelle vie à la Terre et à Athéna. Je ne pense pas que je mérite d'être traité de lâche aujourd'hui. T'es juste frustré que je ne réponde pas à tes charmes. Je n'ai pas le temps de conter fleurette. Je te le répète, je suis venu ici pour passer du temps avec Kanon.

– Ah, ce pauvre Kanon. Il a cru que tu l'avais oublié. Il en était bien triste d'ailleurs.

– Oublier mon jumeau ? Mais enfin, c'est absurde. Kanon fait partie de ce j'ai de plus précieux.

– Surement, surement, dit Minos d'un geste de la main comme si ce que venait de dire Saga n'avait pas tant d'importance. Tu peux me chanter tous tes beaux discours sur l'amour fraternel et le lien gémellaire, il n'empêche que tu ne sais pas faire la part des choses avec lui. Ça fait des semaines qu'il attend un signe de ta part. Un message, une visite, ne serait-ce qu'un appel par télépathie. Si je ne t'avais pas invité, serais-tu venu passer noël avec lui ?

– Je t'ai dit que c'est compliqué entre nous en ce moment. Nous nous sommes disputés avant qu'il vienne ici. On s'est littéralement hurlé dessus. On s'est dit des mots durs qui ont probablement dépassé notre pensée. On a sorti les vieilles rancunes. Il est parti en claquant la porte et en me traitant d'emmerdeur, de démon, et Athéna sais-je encore. J'ai été un bon moment choqué et en colère contre lui. Mais c'est mon petit frère. Je l'aime, il me manque. S'il-te-plait Minos, laisse-moi aller le voir.

– Mais tu vas le voir, ne t'inquiète pas. Tu as bien attendu des mois, tu peux bien attendre quelques minutes de plus, non ? C'est moi qui t'aie invité, alors tu pourrais me montrer un peu d'attention et de gratitude. Ou bien tu comptes te comporter avec moi comme tu le fais avec tout le monde.

– Comment ça ? Comment je me comporte ?

– Tu gardes en systématique cette position droite et neutre, peu engageante. T'es constipé ou quoi ? Ah, je savais tu tirerais une tête pareille si je disais ça, ricana Minos face à la stupeur de son invité. C'est hilarant.

– Tu m'as invité pour te foutre de moi ou quoi ?

– Mais non, mes intentions sont on ne peut plus pures.

– Permets-moi d'en douter. Tu recommences à jouer les allumeurs. Et tu trouves ça digne d'aguicher ton monde ? Laisse-moi te répéter que ça ne m'intéresse pas.

Minos s'allongea à plat dos sur son lit, les mains à sur son front, ses doigts fins emmêlés dans sa frange, ses yeux d'or cachés par ses paumes. Il poussa un long soupir de lassitude, puis inspira plusieurs fois avant de se redresser.

– Je te sauterai pas dessus sans ton accord si ça peut te rassurer.

– Je ne te laisserai pas faire de toute façon.

– Tu sais que je ne suis plus ton ennemi. Tu n'as pas besoin de te montrer méfiant comme ça avec moi. Quoique, tu fais la même chose avec tes proches, alors je ne suis pas tellement étonné.

– Qu'est-ce que tu en sais ?

– Je t'ai observé à chaque réunion entre le Sanctuaire et les Enfers. Sans vouloir te manquer de respect, on dirait vraiment que tu as un bâton dans le cul. Ça t'arrive jamais de relâcher la pression ? Pète un coup, ça te fera du bien.

– Où est le mal à se montrer sur ses gardes ?

– Le mal c'est que tu es devenu invivable. Tu es toujours tendu, buté, c'est pas si facile pour les autres de venir te parler. On a dû t'apprendre ça pendant ton entraînement, mais ça marche avec des ennemis, pas avec des alliés, encore moins avec des amis, et surtout pas avec des membres de ta propre famille. Tous les autres ont bien compris qu'il fallait relâcher la pression en ces temps de paix. T'es le seul à la ramasse. Non seulement tu fais fuir ton entourage, mais en plus tu ne fais pas l'effort de te rapprocher. Pire encore, tu ne comprends même pas que c'est toi le problème.

Saga se tendit sur le lit, ne croyant pas ce qu'il était en train d'entendre. Il avait du mal à accepter ce fait, et surtout il encaissait mal l'idée de se faire faire la leçon par un type plus jeune que lui et à la morale douteuse en plus.

– Tu te venges parce que je refuse de me donner à toi ?

– Décidément toujours suspicieux, dit Minos en levant les yeux au plafond. Contrairement à ce que tu peux penser, mon opinion est totalement neutre et objective. N'oublie pas que je suis un juge des Enfers. Que tu sois à mon goût, mon beau-frère ou un chevalier d'un autre camp n'influence nullement mon discernement. J'observe, j'analyse, je juge.

– Tu n'as rien de mieux à faire que d'observer ton monde comme ça ? pesta Saga. T'es bien indiscret. Tu ne peux pas te mêler de tes affaires ? Je ne suis pas une âme que tu es en train de juger.

– Déformation professionnelle, dit Minos en levant les mains au ciel. C'est un réflexe. Lorsque je t'ai remarqué, pauvre choupinet seul dans son coin, je ne t'ai plus quitté des yeux. Tu ne passes pas inaperçu, mon cher.

Par Athéna, que ce large sourire pouvait le mettre hors de lui. Et cette bouche qui crachait ses vérités difficiles à entendre et à intégrer. Saga n'avait pourtant pas le sentiment de mal faire les choses. Ferait-il fausse route depuis le début ?

– Continue, l'incita Saga non sans serrer les dents.

– J'ai bien vu que tu étais relativement isolé pendant les rencontres entre nos déités. Seul Kanon venait te voir de temps à autre. Pour un type qui est resté isolé quasiment toute sa vie, ton jumeau est bien plus sociable que toi. C'est surprenant.

– Je suis pas bavard de nature.

– Tu te cherches encore des excuses.

– Et qu'est-ce que je devrais faire selon toi ? explosa cette fois le gémeau, ne faisant nullement sursauter Minos qui resta de marbre face à cette montée de colère. Tu connais mon passé peut-être ? Ce que j'ai fait ? Comment j'ai vécu ? Pourquoi j'en suis là aujourd'hui ?

– Oui, j'ai lu dans le récit de ta vie.

– Quoi ? Tu n'avais pas le droit ! Je suis vivant. VIVANT. Les juges des Enfers ne sont-ils pas censés inspecter seulement les actes des morts ? Tu n'avais pas le droit d'épier ma vie de mon vivant.

– Tu m'as intrigué. Je voulais en savoir plus, et je me doutais que te le demander directement serait inutile, expliqua simplement Minos, ne se sentant nullement coupable d'un quelconque outrage.

– Tu n'es qu'un sale fouineur, Minos ! Les autres spectres sont-ils pareils ?

– Non, seul moi me suis permis de regarder. Personne hormis les juges et Rune ne peut accéder à ces récits.

– Mais pour qui tu te prends ?

– Je m'intéresse à toi.

– Ce n'est pas réciproque. J'en ai assez de cette discussion. Finissons-en ! Donne-moi ton verdict. Démolis-moi, ça ne m'atteindra pas. Je suis un chevalier d'Athéna, mon mental est autant entrainé que mon physique. Alors fais-toi plaisir, déverse tout ton venin que je puisse sortir d'ici et aller serrer mon frère dans mes bras. Je veux voir Kanon. MAINTENANT !

Le calme, pesant, et deux paires de yeux qui se fixaient sans sourciller. Hostile pour Saga, neutre pour Minos qui s'inclina pour s'appuyer sur ses bras et balancer encore sa tête en arrière. Probablement un rituel pour l'aider à rester maître de lui-même dans cet échange houleux.

– Je ne suis pas là pour te descendre. Je ne t'ai pas invité pour te violer non plus, mais juste pour échanger avec toi, apprendre à te connaître autrement qu'à travers le récit de ta vie.

– Pourquoi ?

– Je te l'ai dit, parce que tu me plais. Tu m'as marqué lorsque je t'ai vu. J'ai senti un petit quelque chose, tu vois ? Une attirance, un ptit crush quoi. Ça t'ait jamais arrivé ?

– Je ne crois pas, non.

– J'ai le sentiment que nous pouvons nous entendre. Nous sommes des grands frères tous les deux, et j'ai cru comprendre que tu aimais bien la lecture et débattre sur des sujets corsés, et que tu es un épris de justice. Nous avons des choses en commun. Et ma parole, tu es divinement beau, l'admira sans retenu le norvégien.

– Ça aussi, tu l'as lu dans le récit de ma vie ?

– Non, c'est Kanon qui me l'a dit. Enfin, plus exactement, il nous a dits qu'il ne comprenait pas la moitié de ce que tu racontais et qu'il répond « c'est pas faux » quand ça le dépasse.

– Je me disais aussi, soupira Saga blasé. Il pourrait être honnête et dire qu'il ne comprend pas.

– Il veut pas que tu le prennes pour un idiot. T'es son grand frère, il veut que tu sois fier de lui. Tu sais, il parle souvent de toi. Tu lui manques beaucoup.

– Vraiment ? Alors pourquoi il ne rentre pas au Sanctuaire, ne serait-ce que pour dire bonjour ?

– Il croit que tu lui en veux à mort.

– Mais c'est faux ! C'est lui qui est parti en claquant la porte.

– C'est toi qui l'as énervé avec ton inquisition, comme si tu le jugeais coupable de quelque chose.

– Je suis pas le seul à avoir vidé mon sac ce jour-là. Il était en colère, je l'étais aussi.

– Il parait que la dernière fois qu'il t'a sérieusement mis en rogne, tu l'as sévèrement puni.

– La dernière fois ? Attends, il faisait référence au Cap Sounion ? Mais c'était il y a longtemps.

– Tu sais, si les traumatismes disparaissaient à chaque lever de soleil, le monde n'aurait pas besoin de psy. Peu importe que ça se soit passé hier ou il y a plus de dix ans. Ce genre de chose, ça reste. Et par Hadès, toi quand tu sévis, tu fais pas semblant. J'ai intérêt à faire gaffe.

Effectivement, Saga avait été radical cette fois-là, sans doute trop. Punir atrocement son petit frère de la sorte. Choisir encore une fois la facilité en l'enfermant au lieu de l'aider. Franchement, Saga n'avait fait qu'enchainer les erreurs dans sa jeunesse, et ça continuait encore aujourd'hui. Plus il échangeait avec Minos qui lui ouvrait progressivement les yeux, plus il se décomposait.

– Vous avez un sérieux problème de communication tous les deux. Et c'est pareil avec tes autres confrères. Tu restes en retrait et tu te trouves des excuses parce que tu as peur que ça se passe mal.

– C'est bon, j'ai compris, abdiqua Saga, tête basse.

– A la bonne heure ! Tu m'as donné du fil à retordre, sans mauvais jeu de mot, rit Minos de sa propre blague.

– Tu vas me dire que tu t'en sors mieux avec tes propres frères, peut-être ? Ça m'étonnerait, fouineur comme tu es.

– Ne change pas de sujet. On ne parle pas de ma relation avec Rhada et Eaque mais de la tienne avec Kanon. J'aime bien Kanon, c'est un gars sympa. Ça n'a pas été évident pour lui au début quand il est arrivé ici. Tu sais qu'il a créché un moment chez moi.

– Comment ça ?

– Tu veux je te raconte ?

– Oui, s'il-te-plait.

– Je croyais que tu voulais le voir au plus vite.

– S'il-te-plait, Minos. Je t'écoute.

Minos sourit, sentant qu'il avait cette fois bien réussi à capter l'attention de son invité. Eh bien, ce ne fut pas une mince affaire, même pour un orateur comme lui.

– Kanon est venu aux Enfers pour vivre son idylle avec Rhadamanthe, agacé que tu te montres si soupçonneux envers l'homme qu'il a choisi, mais il était aussi amusé par certaines de tes questions osées. Il attendait un signe de ta part, mais rien. Tu es son grand-frère, tu dis l'aimer, et pourtant tu as juste disparu sans nouvelle. Il en était malade. Ça et aussi le fait que mon petit frère Rhadamanthe est un peu comme toi. Strict, tendu, méfiant, y compris avec nous et même avec Kanon.

– Quoi ? Il lui a fait du mal ? s'inquiéta subitement Saga.

– Hé, calme-toi ! Rhada aime Kanon, il ne va pas le toucher, du moins pas physiquement. Et quand bien même, ton frangin ne se laisserait pas faire. Je ne me ferais pas de soucis pour les fesses de Kanon si j'étais toi, mais pour son moral.

– Kanon a toujours été fort mentalement, bien plus que moi.

– Kanon était fort dans certaines circonstances. Avant le Cap sounion, il tenait grâce à toi, son frère, qui lui donnait tant d'amour. Puis ses ambitions pendant qu'il se cachait chez Poséidon. Sa nouvelle dévotion à Athéna, votre Déesse qui lui a remonté la tête hors de l'eau, dans tous les sens du terme. Puis l'adrénaline liée à la guerre sainte contre Hadès, tout ça faisait qu'il a toujours bien tenu le coup. Mais après, la résurrection, la paix, et la chute.

– Je ne comprends pas.

– On glorifie la paix, et elle est une bonne chose. Mais au final, cette paresse soudaine fait ressortir nos vieux démons, et Kanon s'est fait avoir. Oh, je te rassure, il va mieux maintenant. Sa relation avec Rhada l'aide à garder un bon équilibre, mais au début, c'était pas gagné entre eux. Ah, ils s'aimaient, y a pas à douter là-dessus, mais il fallait sérieusement faire quelque chose avec le comportement de mon petit frère. Rhadamanthe rendait fou Kanon avec ses crises de colère, son indisponibilité à cause de son travail, son manque d'empathie envers Kanon qui était blessé de s'être fâché avec toi. Kanon avait grandement besoin de soutien et d'attention de son homme suite à votre dispute, et Rhada l'ignorait complètement. C'était une épave, mais il n'osait pas rentrer au Sanctuaire à cause de votre différend.

Saga laissa tomber sa tête dans sa main, en proie à de violentes émotions. Bon sang, mais s'il avait su. Kanon avait souffert tout seul, encore une fois, et lui, son frère aîné, l'avait complètement délaissé. Un sanglot le submergea. Encore une autre, et bien vite des larmes coulèrent de ses yeux. Son frère, son petit frère, déprimé, abandonné par les deux personnes qu'il aimait le plus au monde. Comme il s'en voulait. Comme il se sentait stupide.

Devant lui, Saga vit Minos lui tendre un mouchoir qu'il prit sans protester.

– Il fallait faire faire quelque chose pour eux, continua Minos. Et devine qui s'y est collé ? Et bien oui, c'est bibi ! Eaque, ça le gonflait. Il était plus occupé à apprendre à jouer de la guitare et à pousser la chansonnette. C'est son nouveau hobby. Il est pas mauvais d'ailleurs. Remarque, normal, c'est mon petit frère après tout.

Minos eut un rictus de fierté non dissimulé en pensant à son cadet. Et pendant un instant, Saga se demanda s'il avait déjà eu ce genre de sentiment pour son jumeau.

Oui, bien sûr, pendant la guerre sainte, en remarquant Kanon se ranger aux côtés d'Athéna, se battre pour la justice, mourir dignement en emportant avec lui l'un des plus puissant spectre d'Hadès. Oui, il avait été fier de son petit frère en temps de crise, mais depuis la paix, rien, nada, le néant. Aucun encouragement, aucune gratitude, même sur des choses plus que banales du quotidien. Kanon était un homme qui avait diablement besoin de reconnaissance. Saga le savait, et pourtant il n'avait rien fait pour lui. Il ne lui avait même pas suggéré de porter Gemini pendant les réunions officielles du Sanctuaire, alors que l'armure l'avait reconnu comme son porteur au même titre que lui.

Mais qu'est-ce qu'il avait foutu ? C'est son frère, son jumeau à lui, et il s'était montré aussi impartial qu'un étranger. Subitement, Saga réalisait toutes ces petites choses que Kanon et lui avaient partagées depuis la résurrection. Un brioche maison trop sèche. Un câlin matinal lorsqu'il venait le rejoindre dans son lit. Une proposition de sortir ensemble. Qu'est-ce qu'il avait foutu ? Mais qu'est-ce qu'il avait foutu depuis la résurrection ?

– Besoin d'un autre mouchoir ?

– Ça ira, renifla Saga. Merci pour Kanon. J'ai merdé sur ce coup-là.

– Mais c'est tout naturel. Je n'ai fait que remplir mon devoir d'aîné, s'enorgueillit Minos en exagérant sa pose, faisant froncer les sourcils à Saga. Je te l'ai dit, j'aime bien Kanon, et Rhada avait incontestablement besoin de son grand frère adoré pour l'aider à gérer sa vie. Ça n'a pas été facile de lui faire entendre raison. Il a la dent dure, la Wyverne, mais je dois dire que tu le bas. Kanon n'a pas de chance d'avoir deux bourriques dans son entourage entre son frère et son homme. Pauvre de lui, je le plains.

– Tu en fais trop, là. Tu ne sais pas rester sérieux plus de cinq minutes ? rit Saga plus épuisé par toutes ces émotions qu'amusé.

– Je pourrais, si. Mais pas envie. C'est bien plus amusant comme ça, sourit le juge.

– Et après tu nous fais la leçon sur nos comportements.

– Ce n'est pas moi qui ai des problèmes relationnels. Mais toi, tu as tout intérêt à te remettre en question. Sinon, à terme, même tes nobles convictions ne porteront plus ta solitude et le manque de tes proches, surtout en ces temps de paix. Contrairement à ce que tu penses, je ne te juge pas, je constate. Je ne veux que t'aiguiller vers un autre chemin. On peut toujours changer d'itinéraire de son vivant, mais une fois mort, il y a plus de route possible sinon celle du jugement final.

– Et que me vaut l'honneur que le grand premier juge des Enfers m'accorde une séance de psychanalyse privée ?

– Parce que lorsque tu te seras libéré de ce fardeau imaginaire que tu as décidé de porter tout seul comme si tu n'avais aucun compagnon, j'ose espérer que tu te laisserais enfin aller à.… certains plaisirs, dit Minos d'un ton langoureux.

– Tu lâches pas l'affaire, toi, soupira Saga. Et c'est nous que tu traites de bourrique.

– Nuance, je suis opportuniste. Je saisis les choses qui m'intéressent au vol, et si je sens qu'elles sont accessibles, je ne les lâche plus jusqu'à vraiment les obtenir.

– Qui te dit que je suis accessible ?

– Mon instinct. Je ne suis pas infaillible, mais je me débrouille pas mal.

Effectivement, Minos pouvait tromper son monde avec son attitude désinvolte, mais il était loin, très loin d'être stupide. Il n'était définitivement pas le premier juge pour rien.

– Tu m'as beaucoup interpellé, Saga des Gémeaux. Je te l'ai dit, tu me plais beaucoup. Mais si je n'avais ressenti aucune réaction de ta part à mes tentatives de séduction, j'aurais laissé tomber. A mon plus grand regret, mais c'est comme ça, dit Minos en croquant encore quelques grains de raisins qui venait d'une coupelle sur son chevet. Mais mon intuition me dit que je ne te laisse pas complètement indifférent. Comme tu as pu le constater, je sais très bien observer. Et pour tout t'avouer, j'adoooore t'observer.

Minos avait dit ces derniers mots en diminuant progressivement son débit de voix. Il s'était rallongé sur le matelas, se maintenant sur ses coudes, et croisant subtilement ses jambes. Sa cascade de neige s'étalait sur les draps. Sa frange tombait en arrière, révélant l'or de ses yeux. Son sourire... est-ce qu'il avait toujours été bienveillant comme ça ? Où était passé le spectre espiègle, le casanova des Enfers ? Saga ne voyait plus qu'un homme intelligent, empathique et charmant, totalement désirable. Il déglutit, et serra ses cuisses pour masquer son trouble. Cette fois, il n'allait pas résister. Son cœur qui s'allégeait lui disait de céder à cet homme, de se laisser aller. Son mur d'intransigeance se brisait, volait littéralement en éclat, et de nouvelles voies s'ouvraient devant lui. Sa vision changea brusquement.

Minos était magnifique, et il était là, tout offert à lui, comme un joli paquet cadeau de noël.

– Ton regard a changé, dit son hôte toujours aussi souriant. Tu m'en vois ravi. J'ai fini avec ton introspection. Que comptes-tu faire maintenant ? Tu veux aller voir Kanon ou bi...

Minos ne put finir sa phrase. Sa bouche fut assaillie par celle de Saga qui s'était furtivement approché et s'allongeait maintenant de tout son corps sur le sien. Leurs lèvres se scellaient l'une contre l'autre, leurs langues se trouvèrent. Minos passa ses bras et ses jambes autour du cou et des hanches de Saga pour se suspendre à lui, à la façon d'un paresseux.

– J'espérais que tu me répondrais ça, sourit Minos entre deux soupirs.

– Je sais pas si tu m'as ensorcelé ou quoi que ce soit, mais je veux bien te donner une chance d'essayer quelque chose avec toi, dit Saga qui s'était attaqué au cou de son partenaire et commençait déjà à glisser une main sous sa chemise.

– Aaaaaaah, ça se présente encore mieux que ce que j'espérais.

– Vil séducteur ! Tu vas voir de quoi est capable un type qui a un bâton dans le cul. Et je te prierais de ne pas faire une métaphore salace en réponse.

– Tu m'as percé à jour toi aussi, rit Minos qui basculant sa tête en arrière pour laisser le champ libre à Saga pour bécoter son cou.


Saga soupira de bien-être, la tête posée sur un oreiller, un drap recouvrant le bas de son corps dénudé. Il se sentait vidé, dans tous les sens du terme, mais heureux, ou presque. Malgré son imperceptible envie de dormir, il n'était pas question d'attendre un jour de plus pour voir Kanon.

A ses côtés, Minos, en robe de chambre de satin, mais ce que cet homme pouvait être attrayant, rapporta de l'eau qu'il déposa sur le chevet avant de se pencher pour embrasser l'épaule de Saga.

– Tu arrives encore à marcher ? demanda Saga.

– Tu étais doux. Je m'attendais à plus de vivacité après notre discussion.

– Je ne veux plus faire du mal aux gens. Ça ne t'a pas plu ?

– Oh que si. On recommence quand tu veux.

– Plus vite que tu ne le crois, le prévint le chevalier et redressant la tête pour réclamer un baiser.

– J'en frémis d'avance, sourit Minos en répondant à sa demande. Tu vas voir Kanon ? Il doit être rentré à Caïna maintenant.

– Oui.

– Faudrait que je travaille un peu quand même. Rune va encore me sermonner.

– C'est pas toi son supérieur ?

– Le problème, c'est qu'il a raison quand il dit que je me repose un peu trop sur lui.

Minos se releva et ouvrit le tiroir de son chevet pour y chercher quelque chose.

– J'ai quelque chose à offrir à Kanon. Tu veux bien le lui amener ? C'est un peu mon cadeau de noël en avance.

– Pourquoi tu lui offres maintenant si c'est pour noël ?

– Ah, voilà. Tiens.

Minos noua simplement un ravissant nœud sur la tête de son nouvel amant qui le regarda incrédule.

– Tu m'expliques ?

– C'est toi mon cadeau. Kanon n'est pas au courant que je t'ai invité.

– Ah bon ? Et les autres ?

– Mes frères savent, oui. Je leur ai faits jurer de garder le secret.

– Mais s'il ne veut pas me voir, paniqua Saga. Je croyais qu'il savait que j'étais là.

– Le maximum que tu risques, c'est un coup de poing dans la mâchoire. Pour le reste, je peux te garantir que ton frère t'adore et qu'il sera heureux de te voir. Allez, vas-y.

– Tu m'as bien eu.

– Je ne rate jamais une occasion de faire courir mon entourage. Tu es prévenu, sourit Minos.

– Tu me tueras avant l'heure.

– Comme ça tu pourras passer l'éternité ici.

– Canaille, blasphéma Saga en se jetant sur Minos pour le chatouiller. Tu sais pas à qui tu as affaire.

– Aaaaah, arrête… hahaha… Attention… hahaha… ça peut se… retourner contre toi çaaaaa hahaha.

– Essaie donc !

Quand était-ce la dernière fois que Saga avait joué comme ça ? Probablement avant qu'il ne commette la pire erreur de sa vie et n'enferme son frère au Cap Sounion. Il n'avait plus envie de faire d'impair avec son jumeau. Il devait définitivement se réconcilier avec lui, s'excuser, se racheter. Il ferait n'importe quoi pour Kanon.


En frappant à Caïna, son jumeau lui-même vint lui ouvrir avant de se figer de stupeur.

– Saga ?

– Salut Kanon… on peut parler ?

Le visage de Kanon passa de la surprise à la colère. Subitement, il saisit Saga par le col et arma son poing, prêt à le frapper. L'aîné ne chercha même pas à se défendre, ni à fermer les yeux, pas maintenant qu'il revoyait enfin son petit frère. Kanon semblait en bonne forme s'il en jugeait la fermeté de sa prise sur son col. C'était plutôt rassurant.

Le coup ne vint pas. Le cadet hésitait. Son poing tremblait, sa poigne se fit plus ferme sur la chemise de Saga. Qu'il le frappe ou non, Kanon n'avait pas l'intention de le laisser filer.

Puis son corps bougea, non pas pour cogner Saga mais pour l'attirer frénétiquement dans ses bras. Kanon s'accrocha à nouveau à lui, toujours aussi fermement, froissant sa chemise de ses poings. Immédiatement, Saga rendit son étreinte. Il avait oublié comme c'était agréable d'étreindre son jumeau. Les larmes coulèrent des deux côtés.

– C'est quoi ce nœud ridicule ? demanda Kanon entre deux sanglots.

– Demande à ton nouveau beau-frère, répondit Saga dans le même état.

– Qui ça ?

– Je t'expliquerai. Je suis content de te revoir, Kanon. Pardonne mon silence. Tu m'as manqué.

– Moi aussi. Je t'aime grand frère.

– Je t'aime petit frère.

– Tu viens passer noël ici ?

– Oui.

– C'est tout ce que je souhaitais. Mon vœu s'est réalisé.

Kanon pourrait aisément remercier Minos pour ce cadeau.