Date : 10 décembre 2020 bis
Personnages : Rhadamanthe x Kagaho, pour xBaskerville aka Nelly
Univers : Post-Hadès résurrection
Genre : Romance
Casser la voix !
Kagaho du Bénou n'était pas réputé pour être le plus patient, ni le plus doux des spectres.
– Dix livres sterling.
– Mais vous plaisantez ! s'insurgea un anglais à l'allure bourgeoise et au fort accent. Vous savez de quoi il s'agit ? C'est une pièce d'une grande rareté et vous souhaitez m'en donner une misère ? Et je pense vous avoir déjà dit qu'elle n'était pas à vendre.
– … Quinze livre sterling, suggéra le spectre après une brève réflexion. C'est mon dernier prix.
– Sortez d'ici, malotru ! Vous ne savez même pas de quoi vous parlez. Et j'aurais aimé ne pas être dérangé la veille de noël par un escroc de votre genre.
– Non, je crois que c'est vous qui ne savez pas à qui vous parlez. Je vais vous le résumer, si vous me permettez. Où vous me vendez pour quinze livres sterling cette bouteille vide de Whisky apparemment ancien et précieux, pour moi c'est juste une saloperie de morceau de verre, ou bien je vous éclate votre crâne avec et je fais cramer votre barraque. Alors, quinze livres sterling ? Alright Sir ? Or fire ! menaça Kagaho en émettant une aura des plus menaçantes et en faisant apparaître une boule de feu dans sa main.
L'homme d'âge mûr urina littéralement dans son pantalon et fuit à toute enjambée en poussant des cris peu virils. Le ridicule de sa voix nasillarde fut accentué par son accent britannique. Kagaho trouvait que cette intonation était l'une des plus hilarantes au monde. Fort heureusement que son compagnon de vie ne lui parlait pas avec un tel timbre, quand bien même il possédait également des origines anglaises.
Rhadamanthe possédait une voix forte, autoritaire, grave, mortellement virile, qui forçait le respect même des plus rebelles. Des intonations puissantes et musclées qui ne le laissaient pas indifférent, et qui lui donnaient même envie de répliquer avec un écho similaire.
Sa relation avec le juge avait commencé sur de nombreuses joutes verbales des plus violentes, des désaccords, des conflits de fierté. La brutalité physique eut d'ailleurs vite fait de s'ajouter aux flatteries verbales. Rhadamanthe et lui s'étaient mortellement haïs, battus, querellés sur le moindre bousculement au détour des couloirs. Caïna, le tribunal, certaines prisons, et surtout les arènes avaient déjà été le théâtre de leurs nombreux différends. De leurs altercations étaient nées une sorte de dépendance à l'adrénaline qu'elles provoquaient. Alors qu'ils avaient ordre d'éviter de se croiser, les deux spectres avaient commencé à provoquer volontairement ces affrontements. Leur rictus dédaigneux évolua, se modifia, changea progressivement. La commissure de leurs lèvres se détendit, passant de la colère à l'admiration, à l'excitation, jusqu'à finalement les sceller l'une avec l'autre.
Kagaho se remémorait cette bouche qui parlait, ce timbre qui emplissait ses oreilles, ces lèvres qui bougeaient. Chaque détail chez Rhadamanthe provoquait des réactions en chaine dans son corps. Sa Wyverne, si majestueuse, si digne, puissante, colérique aussi, sans doute trop. Enfin, Kagaho n'était pas des plus retenus non plus.
Le Bénou ne s'expliquait pas ce phénomène. Comment ils avaient pu passer de la haine à une attraction inévitable, presque vitale ? Du jour au lendemain, il s'était retrouvé à dormir tous les soirs à Caïna, dans le même lit que le juge, ou presque. Malgré un semblant de relation, le caractère respectif des deux hommes ne s'en était pas retrouvé apaisé. Il n'était pas rare, mais pas rare du tout, que des disputes, plus ou moins violentes, éclatent entre eux. Pourquoi est-ce qu'ils revenaient toujours l'un vers l'autre malgré tout ? Et pourquoi Kagaho était-il en train de se faire chier pour se faire pardonner. Oui, PARDONNER ! Une connerie qui n'était pas que sa faute d'abord !
– Bon, il en manque une mais je la chercherai plus tard, pensa Kagaho en consultant une liste. Y a plus de place dans la boîte de toute façon, et j'ai perdu assez de temps avec ces conneries. Enfin, si l'autre zouave veut bien que je revienne dans ses draps, je sais pas si j'aurais l'opportunité de chercher la dernière. Ça fait deux mois, merde ! J'en peux plus moi.
Oui, deux mois ! Deux mois qu'une énième querelle couta à Rhadamanthe la perte d'un inestimable trésor : sa collection de bouteilles de Whisky anglais. Mais attention, pas la pisse d'âne de la supérette du coin. Noooon. Des grands crus anciens et de renommés qu'il avait mis des années à dénicher. Toutes étaient soigneusement rangées dans une vitrine, vitrine que Kagaho avait littéralement éclaté de son poing. Pour sa défense, ce n'était pas elle qu'il visait, mais bien Rhadamanthe qui avait souplement esquivé son attaque.
Ce sale rat venait encore de lui rappeler sa supériorité dans la hiérarchie de l'armée d'Hadès. Kagaho ne supportait pas d'être pris de haut, même par un des juges qui n'était pas spécialement meilleur que lui au combat. Est-ce que cela plaisait à Messire Rhadamanthe de le rabaisser, hein ? Pas question de se laisser marcher sur les pieds. Kagaho se jugeait au moins au même niveau que les trois juges.
Il en avait voulu à Rhadamanthe. Oh oui, il lui en avait voulu. Des cris, des insultes, des coups, et subitement, une montagne de bouteilles en verre qui s'écroule. Toutes vides en plus ! Pas de quoi en faire tout un plat, non ? Il n'avait pas sali le magnifique tapis de Messire Rhadamanthe, juste éparpillé du verre partout par terre. Mais visiblement, l'anglais y tenait à son famous treasure. Vous connaissez un cliché plus énorme que ça, seriously ?
En constatant avec horreur les débris au sol, la rage de Rhadamanthe avait explosé. Il avait hurlé si fort que même Elysion avait dû trembler. Et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, Kagaho s'était retrouvé à la porte de Caïna, sans même pouvoir récupérer ses affaires laissées là-bas. Tout ça pour ça, franchement !
Et depuis, le juge le boudait, like a child !
Ça n'avait pas dérangé Kagaho les premiers jours, la première semaine. Il avait juste repris son quotidien sans faire tripler sa pression artérielle. C'était mieux ainsi, beaucoup mieux même. Sauf qu'au dixième matin, le manque commença à se faire sentir. La voix imposante de son ancien amant résonnait dans sa tête, le suivait dans ses rêves, et tout était là pour lui rappeler que Rhadamanthe était bien plus qu'un partenaire passager. Et merde ! Il était déjà tombé amoureux.
Et donc, Kagaho, s'était mis en quête de retrouver chacune des précieuses bouteilles brisées, une par une. Comme s'il n'avait que ça à faire ! Comme s'il avait une tête à côtoyer des gens, pour la plupart des anglais. Par Hadès, il ne supportait plus cet accent. Ce pays était juste une vaste blague. Mais il l'avait fait, pour les beaux yeux de sa Wyverne. Damn feeling !
Cette corvée lui avait pris deux mois de recherche, si bien qu'il dut demander un congé exceptionnel à Pandore, laquelle le lui accorda sans le moindre problème. La chef des armées d'Hadès souffrait de migraine à force d'entendre résonner les disputes des deux spectres jusque dans sa chambre. Elle aurait accepté n'importe quoi mais qu'ils arrêtent de crier !
Satisfait de son butin, Kagaho arrangea soigneusement toutes les bouteilles dans un carton, ou plus exactement l'emballage du téléviseur qu'avait acquis Rhadamanthe dans l'espoir qu'ils puissent passer des soirées films tranquilles à Caïna, sans grand risque de se disputer. L'unique et ultime règle était de la boucler et juste regarder sans rien commenter. Et miraculous, ça marchait ! Comme quoi, ce n'était pas impossible qu'ils partagent quelque chose ensemble sans tout démolir par derrière. Probablement qu'ils devraient mettre en place plusieurs règles comme celle-ci, et prévoir un large stock de benzodiazépines lorsque la soupape commençait doucement à siffler.
Kagaho referma le carton et l'entoura d'un papier cadeau sobre et simple. Pas d'artifice inutile pour sa Wyverne qui n'aimait pas les choses colorées, et il avait bien raison.
Voilà, c'était bon, il avait terminé à temps. Le hasard faisait que la fin de ses recherches correspondait également à l'arrivée des festivités de fin d'année. En temps normal, Kagaho n'accordait aucune importance à ces futilités, mais cette année serait différente. Il avait un couple un sauver. Il ne voulait pas rater cette occasion.
Par Hadès, Athéna et tous les Dieux de l'Olympe, il était vraiment addict ! Surtout de la voix de Rhadamanthe. Elle retentait dans sa tête et lui provoquait des picotements dans sa colonne vertébrale et son ventre. L'intonation masculine et assurée du juge était ce qui lui avait le plus manqué pendant ces deux mois. Kagaho ne pouvait pas attendre une minute de plus. Son présent dans ses bras, direction Caïna, il dut se maîtriser pour ralentir son rythme et ne pas paraître pressé en passant devant les autres spectres.
Il devait surtout faire attention à son paquet. Le carton n'était pas si solide, et le poids des bouteilles menaçait de l'éventrer. Il ne s'était quand même pas fait chier pour tout perdre si près du but. Par mesure de sécurité, Kagaho soutint le bas de l'emballage avec sa main.
Lorsque Rhadamanthe l'accueillit, les cernes immenses sous ses yeux furent la première chose qui frappèrent Kagaho. Il s'en inquiéta presque. Il savait que son homme – oui, il se permettait de l'appeler comme ça – était un bourreau du travail. Mais quand même, il n'avait jamais vu Rhadamanthe dans un tel état. Le juge semblait complètement épuisé.
– Euh... salut. Ça va ?
Hochement de tête de Rhadamanthe.
– T'as l'air fatigué. T'es malade ?
Haussement d'épaules. Kagaho avait pourtant bien remarqué le teint quelque peu rougi de l'anglais, significatif d'une légère fièvre. Il s'en inquiéta davantage mais ne fit aucune remarque pour le moment.
– Je peux rentrer ? J'ai quelque chose pour toi.
Rhadamanthe s'écarta et fit un mouvement de tête pour inviter le Bénou à passer la porte. Est-ce qu'il allait enfin se décider à lui dire bonjour ? Ça voulait dire quoi toutes ces mimiques ? Alors ils en étaient là, hein ? L'anglais ne voulait même plus lui adresser la parole. Hé, y avait des limites à sa patience !
– Si j't'emmerde, tu le dis !
Froncement de sourcil cette fois, puis Rhadamanthe fit non de la tête. Ses lèvres étaient définitivement scellées. Aucun son ne sortait la bouche tentante de la Wyverne. Cette bouche qu'il rêvait s'embrasser depuis des jours.
Kagaho inspira. Il devait se calmer. Il n'était pas venu chercher querelle mais pour se réconcilier. Ce n'était pas le moment de surréagir au moindre pet de travers.
Il déposa son fardeau sur la table basse, content qu'il ait résisté au poids des bouteilles. Derrière lui, le juge avait commencé à lui préparer un verre de Gin tonic, son alcool favori, lui-même se servant un whisky. Toujours la même chose. Ce que ce mec était prévisible ! En même temps, Kagaho aimait le soufflé boisé de son amant juste après l'ingestion d'un verre. Il s'en enivrait avant de l'embrasser à perdre haleine.
Rhadamanthe lui tendit sa boisson, toujours sans piper mot. Kagaho la prit et le remercia d'un signe de tête. Il ne comprenait pas cette mascarade, mais autant jouer le jeu. Les deux hommes levèrent leurs verres comme pour célébrer leurs retrouvailles.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux pendant environ… dix secondes. Putain, c'était encore plus chiant que de travailler dans le tribunal silencieux.
– T'as perdu ta langue ? s'agaça Kagaho. Tu joues au roi du silence ? Tu couches avec Rune ou quoi ?
Rhadamanthe s'empressa de démentir sa dernière question en affichant un regard courroucé et en ébréchant son verre entre ses doigts. Comment osait-il ? En plus, Rune était le compagnon de Minos, il ne se serait jamais permis de le courtiser. Il avait des principes et Kagaho le savait parfaitement.
– Bon alors, t'as encore tellement les boules contre moi que tu veux même plus me dire bonjour ? C'que t'es immature, Rhada. J'aurais pas cru ça de toi. I'm totally disapointed. Mais pourquoi je te côtoie en fait ? Je vais de déception en déception, rit jaune Kagaho en faisant tomber sa tête dans sa main.
Il n'était même pas énervé, juste profondément déçu. C'était de ce type-là qu'il était tombé amoureux ? Mais qu'est-ce qui lui avait plu chez cet homme ?
– J'ai envie de te traiter d'abruti, mais c'est moi l'imbécile ici. J'ai mis ma fierté de côté en venant te voir avec un cadeau pour qu'on oublie notre dernière dispute. Pourquoi j'ai fait ça ? Ah oui, je crois que tu me manquais. Ça me fait tellement chier d'éprouver ça ! Qu'ai-je donc fait au Seigneur Hadès pour mériter pareil châtiment ?
Face à lui, Rhadamanthe avait laissé tomber son masque de froideur et de colère. Son visage n'exprimait rien. Il l'écoutait simplement.
– Je suppose qu'on en guérit, continua Kagaho, ou je pourrais toujours demander à Pharaon de m'arracher le cœur. C'est probablement ce qu'il y a de mieux à faire. J'me casse, pardon de vous avoir dérangé, Seigneur Rhadamanthe, s'inclina grossièrement et sarcastiquement le Bénou. Pas la peine de me raccompagner, je connais le chemin de la sortie.
Merde, il avait envie de pleurer. Impossible, il ne pouvait pas. Pas ici, pas devant lui, pas pour lui. Il ne devait pas.
Kagaho sentit qu'on lui agrippait fermement le bras. D'un tour de force, il fut tiré en arrière. Le temps de se retourner et ses lèvres étaient déjà prises d'assaut par celles de Rhadamanthe. La main du juge appuyait sur l'arrière de sa tête, ferme, presque abrupte. C'était bien sa Wyverne, possessive, limite tyrannique. Il l'oppressait, s'imposait sur ses lèvres, dans sa bouche à la recherche de sa langue. Kagaho n'était pas un gentil subordonné dévoué, mais il aimait Rhadamanthe et sa langue avait irrésistiblement envie de danser avec celle de son partenaire. Ses bras passèrent autour de son cou et il répondit enfin au baiser avec la même fougue que celle du blond. Il n'y avait plus de dominance, mais un équilibre parfait entre eux.
Par la toute puissante du roi des Enfers, ce baiser était divin. Une explosion de sensations se déversa dans le corps frustré de Kagaho. Ses bras se raccrochait fermement au cou de son partenaire. Il n'était plus question de se séparer.
– Je t'aime idiot, souffla Kagaho contre les lèvres de la Wyverne. Putain, tu m'as manqué. J'veux plus qu'on se dispute comme des cons. J'veux que ça marche entre nous. Réponds-moi, connard. Mais dis quelque chose, merde. Pourquoi tu ne me parles pas ? Je veux entendre ta voix.
Ses yeux s'étaient embués, mais il s'empressa de les essuyer. Face à lui, Rhadamanthe faisait non de la tête.
– Pourquoi ? cracha Kagaho.
– …, haussement d'épaules.
– Tu ne ressens pas la même chose pour moi, c'est ça ?
– …, négation de la tête une fois de plus.
– Je comprends rien à ton petit jeu, Rhada. Je veux pas jouer, moi. Je pars. Je reviendrais quand tu auras fini de faire ton jerk. Fool Wyvern !
– No, stay, finit par enfin dire Rhadamanthe d'une voix assez particulière.
Il n'avait sorti que deux mots, mais l'intonation bien plus aigüe que la normale ne manqua pas d'interpeller Kagaho, et même l'élocution typiquement anglaise qui l'exaspérait tant. Le Bénou regarda son amant comme on regarde un spectacle impressionnant de cracheur de feu ou de magie. Face à lui, Rhadamanthe, fier juge des Enfers, rougit et se retourna, mais Kagaho n'avait pas l'intention d'en rester là.
– Rhada, qu'est-ce qu'il est arrivé à ta voix ?
Pas de réponse, juste un signe de main lui intimant de laisser tomber, de ne pas poser davantage de question. Il devrait portant savoir que Kagaho n'en démordrait pas. Sans prévenir, le Bénou pinça subitement les flancs de Rhadamanthe par derrière, lequel réagit immédiatement en se raidissant et en poussant une onomatopée aiguë des plus ridicule.
– Stop that ! Je déteste ça et tu le sais, aboya Rhadamanthe en articulant bien chaque syllabe et en poussant davantage cette voix aiguë, complètement cassée, un timbre qui ne correspondait pas du tout au visage qui parlait.
– Mais… t'as vendu tes cordes vocales ou quoi ?
– Oh, mais tu m'agaces à insister comme ça !
– Et tu causes avec l'accent british en plus ! Mais qu'est-ce qui te prend ?
– Oh ta gueule ! J'arrive pas à contrôler mon accent quand je suis fatigué, c'est tout. Et j'ai cette voix parce que je me suis choppé une angine. Satisfied ? T'es content maintenant ? Tu peux bien te foutre de ma gueule. Fais-toi plaisir, et après je te luxe la mâchoire, menaça le juge. J'ai peut-être la voix cassée mais mes poings sont en parfait état.
– Ah ben voilà, ça c'est ma Wyverne, sourit Kagaho. On te reconnait quand même plus avec une voix nasillarde et un accent ridicule que lorsque tu joues les muets.
– Shut up ! Or I beat you.
– Moi I bite you, dit Kagaho en se jetant sur la gorge de Rhadamanthe pour mordiller sa carotide.
Rhadamanthe gémit malgré lui et laissa faire son amant qui l'entraîna sur le canapé.
– Puisque tu es malade, je vais prendre soin de toi, dit le Bénou en commençant à déboutonner sa chemise. Tu n'as pas besoin de parler, laisse-moi faire.
Les soupirs s'élevèrent dans Caïna, mais Kagaho, trop heureux de retrouver son compagnon de vie, ne fit plus tellement attention à l'intonation émise par Rhadamanthe. Il aimait, appréciait de cajoler son juge, et même ne serait-ce que de se retrouver là, dans ses bras toujours aussi puissants. N'était-ce pas le signe qu'il l'aimait malgré tout, même sans sa sublime voix ?
– Je t'aime. Et joyeux noël, Rhadamanthe.
– I love you, and merry christmas, répondit l'anglais. I miss you, Kagaho.
– Moi aussi tu m'as manqué. On arrête de jouer au plus fier et on oublie ?
– Oui.
– Au fait, tu n'as pas ouvert mon cadeau.
– Merci, mais tu n'étais pas obligé. C'est énorme en plus.
– Tu vas être surpris.
Rhadamanthe écarquilla les yeux en découvrant le contenu du paquet. Il inspecta quelques bouteilles comme pour vérifier leurs authenticités, et renifla l'intérieur de certaines, s'enivrant des effluves laissées par la boisson qu'elles contenaient autrefois.
– Où les as-tu trouvées ?
Oh, par Hadès ! Kagaho devait se retenir de rire chaque fois que Rhadamanthe ouvrait la bouche. Ça serait difficile de rester maître de lui jusqu'à qu'il retrouve sa voix habituelle, mais il devait se contrôler pour le bien de son couple.
– Un peu partout. La plupart chez des riches bourgeois anglais.
– Tu les as obtenues comment ?
– Marchandage.
Rhadamanthe fronça les sourcils, visiblement peu convaincu. Il connaissait suffisamment son amant pour savoir qu'il avait surement plus utilisé la menace que de vraies négociations. Mais bon, l'idée de vouloir réparer leur bêtise tout seul, faire des recherches, aller au contact des gens, lui qui était si peu sociable, cette attention le touchait beaucoup. Oui, même le sévère juge Rhadamanthe pouvait être touché.
– Merci, ça me fait très plaisir. Je te félicite. Je vais les ranger dans mon bureau en attendant d'acquérir une nouvelle vitrine.
Délicatement, Rhadamanthe referma la boite. Tout aussi soigneusement, il la souleva sans mal malgré son poids. Il était l'un des plus puissants guerriers d'Hadès après tout. Lentement, il fit un pas, deux pas, trois pas en direction de bureau, puis…
BAM !
Le bas du carton céda et l'intégralité des bouteilles s'esclaffèrent par terre dans un vacarme assourdissant. Les premières éclatèrent littéralement. Les suivantes s'ébréchèrent, se fissurèrent, répandant à nouveau des débris de verre partout par terre dans le salon.
Quelques secondes de silence où les deux hommes regardèrent éberlués le désastre, puis Kagaho se leva et dit sobrement et calmement à Rhadamanthe qu'il allait chercher un balai au premier tribunal. Pourquoi au premier tribunal alors qu'il y en avait un dans le temple de Rhadamanthe ? Tout simplement parce qu'arrivé à destination, le Bénou laissa enfin éclater son hilarité.
Il explosa de rire, libéra ses cordes vocales et sa poitrine de ce rire qui lui grattait la gorge depuis l'instant où Rhadamanthe avait commencé à lui parler. Et en plus ça ! Mais c'était le pompon ! Kagaho n'était même pas énervé que Rhadamanthe avait accidentellement réduit à néant deux mois de recherche. La situation était tellement drôle, mais à mourir de rire. Kagaho en avait mal au ventre tellement il riait.
Il riait si fort qu'on devait l'entendre jusqu'à la surface. Il riait si fort que Rune finit par sortir du premier tribunal en beuglant « Silence ! Mais silence, jævla det* ! » tout en agitant son fouet.
Sauf que Kagaho était un spectre explosif. Il n'aimait pas le silence. Il préférait lorsque les gens se cassaient la voix.
* jævla det : « Bon sang » en norvégien.
