Date : 11 décembre 2020

Personnages : Dégel du Verseau x Io de Scylla pour ReineTardigrade

Univers : Post-Hadès résurrection, résurrection des chevaliers du XIIIe siècle (ceux de The lost Canvas) et du XXe siècle

Genre : Romance

Note de l'auteur : Un sacré challenge que voilà, mais je dois dire que j'ai été bien inspirée. En plus, Io fait partie de mes marinas favoris.

Je précise qu'un des personnages évoqué apparait dans le gaiden de Dégel.

Bonne lecture


Premier noël du reste de ta vie

Dégel finit de décorer la pierre tombale qui serait bientôt recouverte par la neige mordante et impitoyable de Blue Graad. Mais qu'importe, ses amis disparus Unity et Séraphine avaient droit à un monument commémoratif, et lui-même ressentait le besoin de venir se recueillir sur ce lieu.

Ses amis étaient morts depuis bien deux siècles. Leurs sépultures avaient disparu depuis longtemps. Séraphine en avait-elle eu une ? Qu'avait fait Unity après avoir livré l'Orichalque au sanctuaire ? Dégel n'avait pas de réponse à ces questions, et les nouveaux habitants de ces contrées nordiques ne pouvaient le renseigner. Les évènements étaient juste trop anciens pour qu'ils sachent. Deux siècles, il s'était passé plus de deux siècles depuis sa mort dans le temple de Poséidon. Ce constat le déstabilisait encore.


Subitement, Dégel avait rouvert les yeux au même endroit où il avait péri. Il se croyait victime d'une illusion à cause de sa souffrance éternelle au Cocyte. Il était resté allongé par terre, jusqu'à ce qu'on vienne le soulever pour l'amener dans une chambre, un lit confortable, une voix calme qui lui disait qu'il devait se remettre, qu'il ne devait pas se laisser aller, qu'il devait profiter de cette vie.

Cette vie ? Dégel était sûr pourtant sûr d'être mort. De douces odeurs le firent saliver et le forcèrent finalement à ouvrir les yeux. A ses côtés se trouvait un jeune homme à la très voyante chevelure rose. Il avait le teint halé, les yeux en amande et un regard affable. Il ne semblait même pas avoir vingt ans. Lorsqu'il remarqua le réveil de Dégel, il sourit à pleine dent.

– Ah, enfin tu es réveillé. Je suis soulagé. Personne ne résiste à l'odeur d'une bonne soupe. Tu en veux ? C'est aux légumes, avec un peu de riz et des morceaux de viande.

– Euh... oui, merci. Mais... s'interrogea Dégel en regardant autour de lui.

– Tu es dans le temple de Poséidon. Je m'appelle Io, général de Scylla, gardien du Pacifique sud. Et tu es ?

– Dégel, chevalier d'or du Verseau.

– Un chevalier d'Athéna !

– Athéna et Poséidon sont-ils en guerre ?

– Non, plus maintenant, répondit immédiatement le dénommé Io. Détends-toi, tu n'es pas mon ennemi. Et quand bien même, pour le moment, tu es mon patient.

– Tu es soignant ?

– Pas vraiment, non, sourit Io en se frottant l'arrière de son crâne. Je suis plus doué pour cuisiner que pour soigner. Mais tu n'as aucune blessure physique, je pense que tu as juste besoin de te remettre et de reprendre des forces. Les Enfers, ce n'est agréable pour personne.

– Les Enfers ?

– Moi aussi j'y ai fait un séjour, et crois-moi que je ne suis pas pressé d'y retourner, même si apparemment, c'est bien moins abominable maintenant. Il semblerait que le Seigneur des ténèbres soit devenu plus indulgent.

– Le Seigneur des Ténèbres... Hadès ! s'exclama Dégel en se redressant. Je dois partir, je dois retourner auprès de ma Déesse.

– Hé, on se calme. Tout va bien, l'arrêta Io.

– Laisse-moi partir, je dois retourner dans mon camp. La guerre sainte a commencé. Vous me retenez prisonnier ici en fait ?

– Pas du tout. Calme-toi, le monde est en paix. Athéna a vaincu Hadès.

– Athéna a gagné ? Elle a gagné la guerre sainte ?

– Oui, et par la suite les Dieux ont signé un traité de paix.

– C'est une blague ? Athéna pactiser avec Hadès ? C'est quoi cette mascarade ? Laisse-moi partir.

– Ecoute, tu vas te calmer, boire ta soupe et je reviendrai quand tu seras plus détendu, d'accord ? Mais tout va bien, tu n'as plus rien à craindre. Tu dois reprendre des forces, c'est tout ce qui compte pour le moment.

– Mais...

– J'ai compris, tu veux rentrer au Sanctuaire. C'est légitime. Mais tu dois d'abord reprendre des forces, répéta Io d'un calme olympien. Tu ne vas pas te présenter titubant devant ta Déesse, non ? Alors ne fais pas ta forte tête. Personne ne te veut du mal ici.

– Je pourrais m'enfuir pendant que tu as le dos tourné.

– Tu arrives à peine à te redresser dans le lit, fit remarquer le marina. Tu n'iras pas loin.

Il avait raison, le bougre. C'était tout juste s'il parvenait à tenir assis.

Le Marina sortit, non sans lui faire un clin d'œil charmeur. Vraiment, pourquoi était-il aussi aimable avec lui ? Même si Athéna et Poséidon ne se faisaient pas la guerre, ils n'appartenaient pas vraiment au même camp.

Dégel était un érudit. Il aimait apprendre des choses, mais là sa tête explosait. Il se sentait vaseux, perdu. Pourquoi était-il vivant ? Est-ce qu'il était le seul ? Et Kardia ? Dégel essaya de sentir l'essence de ses compagnons, mais il n'arrivait pas encore à se concentrer. En plus, chaque domaine appartenant à un Dieu possédait des barrières qui l'empêchaient de sonder les énergies au-delà de leurs frontières. Et il n'avait effectivement pas la force de fuir. Que faire alors ? Il n'avait visiblement pas d'autres choix que de se plier aux soins de ce marina et lui déroger des informations.

Son ventre gargouilla. Il était affamé. Il était donc bien vivant, et non pas un esprit errant. Il avala la soupe laissée sur le chevet avec appétit. Elle était vraiment délicieuse, et elle lui rappelait les soupes qu'il mangeait à Blue Graad pendant ses années d'entrainement. Un met réchauffant pour ces contrées glaciales.

Blue Graad, Séraphine, Unity. Si Athéna avait gagné la guerre, alors son ami d'enfance avait dû réussir sa mission et ramener l'orichalque au Sanctuaire. Quel soulagement. Il savait qu'il pouvait compter sur lui. Est-ce qu'il était encore vivant ? Si les marinas de Poséidon existaient finalement en cette époque, peut-être avait-il une chance de le revoir. N'était-il pas le Dragon des mers après tout ? Dégel ressentait le besoin de croiser un visage familier.

Il inspecta la chambre dans laquelle il se trouvait. Luxueuse et impersonnelle, la présence d'objets qu'il ne connaissait pas l'interpella. Il se leva péniblement et analysa chaque objet, ouvrant chaque tiroir, chaque placard. Qu'est-ce que c'était que ces choses ? Dégel tira un livre de la bibliothèque, tremblant. C'était dans ces moments-là qu'il regrettait de savoir si bien comprendre les choses. En ouvrant la couverture, ses jambes le lâchèrent. 1957, année d'édition du livre qu'il tenait dans ses mains, plus de deux siècles après son époque. Mais qu'est-ce qui se passait au juste ?

Paniqué, Dégel sortit plusieurs livres pour en vérifier la date. Certaines étaient plus récentes encore. Mais en quelle année étaient-ils au juste ?

Le dénommé Io revint avec une tasse fumante. En le voyant au sol, il s'empressa de venir l'aider, mais Dégel le repoussa, continuant de vider la bibliothèque.

– C'est pas vrai, c'est pas vrai, paniquait Dégel.

– Calme-toi, tout va bi…

– Non, ça ne va pas ! Toi là, dis-moi, en quelle année sommes-nous ?

– Chut, calm…

– REPONDS ! ordonna Dégel à la fois bouleversé et agacé que cet homme ne lui ait pas de suite révélé une telle chose. A quel siècle sommes-nous ?

– … Au vingtième, finit par révéler Io après une hésitation. Nous sommes en 1988.

– C'est pas vrai, c'est pas vrai. Je suis mort il y a plus de deux siècles. Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi suis-je là ?

– Laisse-moi t'aider à te recoucher et je vais t'expliquer, d'accord ?

– Est-ce que je suis le seul ?

– Non, tu n'es pas le seul.

– Vraiment, où sont les autres ? Je veux les voir, ordonna le chevalier qui hyperventilait.

– En sécurité…

– Est-ce que le Scorpion est là aussi ? coupa le Verseau. Il s'appelle Kardia, il a de long cheveux bleu ondulés. C'est mon ami, mais il est malade, il a besoin de moi pour refroidir son cœur. Est-ce qu'on l'a trouvé ? Où est-ce qu'il est ?

Io saisit subitement le visage de Dégel entre ses mains, plaquant ses paumes sur les joues du Verseau en panique.

– Chuuuuuuut, soufflait le chilien en posant son front sur celui du chevalier. Tout va bien. Tout le monde va bien. Calme-toi. Inspire lentement.

D'un tempérament calme et froid, Dégel n'avait pas l'habitude de s'affoler comme ça. C'était la première fois qu'il était victime d'une crise d'hyperventilation. Loin de s'impatienter, Io le coacha plusieurs minutes jusqu'à ce qu'il retrouve une respiration normale, lui susurrant des mots réconfortants. Paralysé et tremblant, incapable de raisonner pour le moment, Io finit par prendre son protégé dans ses bras pour le ramener au lit.

Dégel s'accrochait solidement à son cou, comme si ce garçon qu'il venait de rencontrer était son seul ancrage dans ce monde qui n'était plus le sien.


Dégel rougit en repensant à son retour sur Terre. Des mois après, il avait encore tellement honte, même si, apparemment, il faisait partie de ceux qui avait eu la réaction la plus retenue. Chaque chevalier avait été retrouvé sur leur lieu de mort, et donc pour lui c'était au temple de Poséidon.

Après une ultime guerre sainte ayant causé beaucoup de dégâts au corps originel d'Hadès, mais également au royaume des morts, rompant ainsi l'équilibre du monde, il y eut de longues négociations et une paix enfin déclarée entre les différents camps. Au départ, ce devait être juste un pacte de non-agression, mais progressivement, les hostilités entre les différents Dieux s'allégèrent et ils s'entendaient plutôt bien maintenant.

La chevalerie de cette époque s'était vue le droit à une seconde vie, mais également celle du siècle précédent, engendrant un sacré foutoir au départ. Les armures reconnaissant leurs anciens et nouveaux porteurs ne savaient pas vers qui aller. Beaucoup de ses anciens confrères continuaient de considérer Sasha comme Athéna, alors que l'Athéna actuelle était Saori Kido. Sasha n'était plus qu'une jeune fille normale sans aucun pouvoir divin. Libérée, elle pouvait enfin couler des jours heureux avec son frère Alone, qui était rentré au séminaire, et son ami Tenma. Ils vivaient à Rodorio. Impossible pour eux de revenir en Italie à cette époque. Sisyphe la surveillait de loin, s'assurant qu'aucun garçon n'ennuie sa protégée, cette petite qu'il aimait presque comme un père. Tenma le taquinait d'ailleurs à ce sujet, laçant des « v'la le daron » à tout va, faisant rire Sasha qui donnait à l'ancien Sagittaire des étreintes digne d'une fille à son père. Son ami Kardia chambrait pas mal Sisyphe, mais quand il s'agissait d'incarner le grand frère protecteur, il n'en était pas moins possessif avec Sasha.

Kardia, Dégel avait été heureux de le revoir. Il s'était laissé enlacer par le scorpion que personne ne pouvait approcher au départ. Retrouvé à Blue Graad, il avait rejeté tous ses soignants. Heureusement que sa maitrise du cosmos était encore désordonnée, sinon ses bienfaiteurs auraient été victimes du Scarlet needle. Seul Dégel avait pu l'approcher pour lui expliquer la situation. Grande nouvelle, le nouveau corps de son ami ne souffrait pas d'une maladie cardiaque. Un cœur en pleine santé qui aurait dû le réjouir, mais ce fut en vrai bien compliqué pour le Scorpion qui avait l'habitude de son sang bouillant depuis sa naissance. Il avait l'impression de ne plus avoir de vie en lui, et donc il s'était mis en quête de retrouver la personne qui l'avait poussé à son paroxysme pour retrouver cette incandescence à la fois douloureuse et délicieuse : Rhadamanthe de la Wyverne.

– Mon cœur s'emballe quand je pense à lui. A croire que même guéri, il se souvient du lien que j'ai avec lui.

– Kardia, je crois que c'est autre chose, tentait de lui faire comprendre Dégel, mais le scorpion restait dans le déni.

– Et il y a cet autre gars aussi. Le second gémeau, Kanon. Il lui tourne autour comme un vautour, mais ça se passera pas comme ça. Rhadamanthe est à moi. M'en fous que c'était son adversaire à cette époque, je l'ai vu le premier.

En vrai, Kardia et Kanon étaient plutôt complices quand il s'agissait de faire sortir la Wyverne de ses gonds.

Chaque chevalier de l'ancienne et la nouvelle génération avait fini par s'accommoder l'un à l'autre, et chacun avait trouvé sa place. Par exemple, Rasgado et El Cid préféraient laisser leurs anciennes armures et ils se concentraient sur la formation des apprentis.

Les Gémeaux Aspros et Deutéros s'étaient retirés du Sanctuaire qui avait été le lieu de tant de souffrance entre eux. Mais ils vivaient toujours en Grèce, en paix l'un avec l'autre, apprenant à vivre de nouveau ensemble dans l'amour qu'ils se portaient.

Manigoldo et Deathmask se disputaient l'espace dans leur temple et enchainaient les coups bas pour faire fuir l'autre.

Aiolia et Aiolos avaient adopté Régulus, s'en occupant comme des grands-frères lors des absences de Sisyphe. Mais le jeune Lion aimait surtout passer des heures assis devant Shaka et Asmita qui méditaient. Observateur, il s'amusait à relever leurs différences – et il distinguait le moindre ballonnement ou bouton de moustique – et il guettait chaque petit mouvement de sourcil. C'était devenu son jeu préféré, et Kiki, l'apprenti Bélier, l'avait rejoint, mettant les nerfs des deux Vierges à rude épreuve. Pour le plus grand malheur de Mû et de Sisyphe, ces deux chenapans s'entendaient à merveille.

Albafica passait la plupart de son temps aux Enfers, soi-disant pour accompagner l'âme de son maître dans l'éternité... ou plutôt pour tenir compagnie à Minos du Griffon qui gardait jalousement son beau poisson près de lui.

Quant à lui, pour certaines raisons, il avait élu domicile dans le domaine sous-marin. Déjà parce qu'il avait un accès presque direct à Blue Graad et sa vaste bibliothèque mise à jour avec les années, mais aussi parce que Io, son bienfaiteur, était devenu son nouveau souffle de vie.

Dégel avait été heureux de retrouver ses anciens comparses, même ceux qu'il côtoyait moins, mais il avait laissé des gens à son époque, notamment Unity. Le Verseau avait eu du mal avec le deuil de son ami, et depuis sa résurrection, il explorait chaque écrit de Blue Graad dans l'espoir de trouver une trace écrite de lui. Une lettre, un journal, n'importe quoi pour lui assurer que Unity avait retrouvé ses terres natales. Blue Graad et sa vaste étendue de connaissance, même pour Dégel, ça paraissait mission impossible. Souvent désespéré, Io avait toujours été là pour le soutenir dans sa démarche et même l'aider.

Les premiers jours, Dégel n'avait vu que Io. Il buvait ses paroles, laissait le jeune marina lui raconter l'histoire du monde. Des horreurs comme des progrès miraculeux, médicaux et industriels, le climat qui se dégradait, les températures qui augmentaient, mais l'espérance de vie aussi, ainsi que les droits dans bien des pays. Des choses bonnes, des moins bonnes. Il n'y avait rien à faire, rien qu'il ne puisse changer. Il devait juste accepter.

– Pourquoi est-ce que je ne vois que toi ? Il n'y a pas d'autre marina ? avait un jour demandé Dégel à son bienfaiteur.

– Si, nous sommes au complet, mais les autres sont occupés.

– A soigner ?

– Non, à vivre. La plupart d'entre nous sommes morts pendant la bataille contre Athéna. Chacun d'eux se sont donnés des objectifs dans cette nouvelle vie. Quant à mon Seigneur Poséidon, il partage son corps avec un hôte humain et ils font un tour du monde avec Sorrente de la Sirène pour aider les sinistrés du déluge.

– Et toi ?

– Moi je souhaite aider, c'est tout.

– Tu es bien altruiste. Tu as toujours été comme ça ?

– Non, mais j'ai rencontré une personne au cœur pur. Il était mon ennemi, et pourtant il ne me voulait pas de mal. On va dire que j'ai été touché par la grâce, avait souri Io.

Ce sourire amical, sincère, contagieux, Dégel en était devenu très vite accro, de même que ces lèvres, cette bouche, cette personne. C'était sur l'un de ces sourires que l'ancien Verseau s'était jeté à l'eau et avait embrassé son bienfaiteur quelques semaines après sa résurrection. Bien que surpris, Io avait répondu. Ça faisait maintenant six mois qu'ils partageaient une relation tendre et fusionnelle. Io était intéressé, ouvert, et c'était un excellent cuisinier. Dégel aimait apprendre la gastronomie et cuisiner avec lui entre deux séances de lectures. Lui, un lecteur assidu, ne se lassait pas de rattraper son temps, dévorer les nouvelles histoires écrites entre sa mort et aujourd'hui. Il était ravi de constater qu'on donnait plus d'opportunités aux amateurs talentueux et même aux femmes. Il s'était découvert un petit faible pour les romans féminins, mais ça, Kardia ne devait JAMAIS l'apprendre.

Dégel avait aussi longtemps cherché les écrits de Fluorite, cette petite française espiègle et courageuse qu'il avait rencontré pendant une mission et qui souhaitait terminer le roman de son père décédé. Mais à son époque, une femme ne pouvait pas devenir écrivain, et il se peut qu'elle n'ait jamais eu la possibilité de se faire publier. Avait-elle abandonné ? Dégel ne le saura jamais. Voici la principale contrainte des sauts dans le temps. Les anonymes étaient simplement et purement oubliés.

Dégel parcourait la vaste bibliothèque de Blue Graad et se décida à prendre un dixième livre. Io riait beaucoup au départ avant de se rendre compte que sa vitesse de lecture et sa capacité de compréhension se trouvaient bien au-dessus de la normale. L'heure tournait et Dégel ne devait pas trainer. Ils étaient le 24 décembre et les deux amants avaient prévu une soirée du réveillon cocooning, avec un bon repas préparé par le chilien, des cadeaux et de l'amour. C'était les premières fêtes que passait Dégel depuis sa résurrection. Demain, ils avaient prévu de se rendre au Sanctuaire pour la fête organisée par Athéna, visant à rapprocher encore plus les différents domaines. Ce serait l'occasion pour Dégel de voir si Kardia avait enfin mis le grappin sur son dragon.

Son ami lui manquait souvent. Ne plus le soigner lui donnait encore plus cette impression de vide, mais à présent, Io affirmait qu'il avait besoin de lui.

– Tu es devenu mon oxygène dans ce domaine aquatique. Je t'aime Dégel, avait-il dit récemment.

Dégel, lui, n'avait pas encore exprimé ses sentiments à voix haute, mais lui aussi aimait tendrement le marina.


– Tu es rentré, mon bibliophage. Tu as trouvé ton bonheur ? demanda Io tout sourire, attelé aux fourneaux.

– Je te dirais ça lorsque je les aurais lus.

– Je suis presque jaloux des livres. Tu les dévores avec plus d'appétit que mes plats.

Deux bras vinrent enlacer le cuistot par derrière et des dents s'attaquèrent à la chair tendre de son oreille.

– Tu sais bien que tu es mon met favori.

– Garde ça pour le dessert, mon chéri. On va passer à table.

Io ne ménageait jamais ses efforts pour faire oublier sa mélancolie à Dégel. Il avait sorti les chandelles et mis le paquet sur ce repas de fête traditionnel. Foie gras et confiture de figue. Saumon farci. Dinde rôtie. Poêlée de pommes de terre, de marrons et de haricots vert. Fromage. Arrivés au dessert, n'ayant plus de place pour avaler une quelconque buche, Io ramena à Dégel un verre contenant une boisson blanchâtre, visiblement à base de lait.

– Qu'est-ce que c'est ?

– Un cola de mono.

– Un quoi ?

– Un cola de mono. C'est un mélange de lait sucré, de café, de clou de girofle, de cannelle et d'eau de vie.

– Je ne connaissais pas.

– On boit ça pendant les fêtes en Amérique du Sud. Je suis content de constater que je connais une chose que tu ne connais pas.

– Io, arrête de te dénigrer comme ça. Tu possèdes des qualités que je n'ai pas. Tu es un homme en or, et tu es mon homme à moi, dit Dégel en prenant la main de son compagnon.

– C'est toi l'homme en or. Moi je suis en écaille, répliqua le marina de son large sourire.

Comme à chaque fois, Dégel n'y résista pas. Posant son verre sur la table basse, il vint s'installer sur les genoux de son amant pour l'embrasser. Io ne possédait surement pas autant de connaissance que Dégel, mais l'ancien Verseau était toujours impressionné par sa grande générosité et sa dextérité en cuisine.

– On s'offre nos cadeaux ? demanda Io quand ils se séparèrent enfin.

– Oui, répondit Dégel avec ce même sourire.

La gaité de son compagnon était contagieuse. Malgré son deuil qu'il avait un peu de mal à faire, Dégel ne pouvait nier qu'il était heureux dans cette nouvelle vie.

Il offrit à Io une marmite en fonte afin que son cuisinier attitré lui prépare des délicieux plats mijotés, ainsi que des livres de recettes de célèbres figures de la gastronomie française, comme Paul Bocuse ou Joël Robuchon.

– Merci mon bibliophage, sourit encore Io en l'embrassant. Je suis impatient de tester tout ça.

– Désolé, ce n'est pas très original.

– C'est ce que j'aime faire, donc c'est parfait. Tu n'as pas besoin d'en faire trop, Dégel. Et tiens, voilà pour toi.

Dégel déballa un livre, visiblement très ancien, en français, s'intitulant "Le prince des glaces" de Florent Lacour. Le nom de cet auteur ne lui disait rien. Pourquoi Io avait-il choisi ce livre en particulier ? Il ouvrit la page pour y lire l'année d'édition. 1750. Après la guerre Sainte donc. En continuant à tourner les pages, l'ancien Verseau tomba sur la page des remerciements.

« Au mystérieux chevalier qui m'a donné le courage d'affronter mon deuil et poursuivre mes rêves, mon beau prince des glaces qui garde une place importante dans mon cœur, je te dédie cette histoire.

Je remercie mon père qui me laisse utiliser son nom pour publier mes récits. Papa, je t'aime.

Fluorite »

Mais alors, c'était elle ? Dégel n'y croyait pas. Tout ce temps, il avait cherché un ouvrage à son nom, sans penser à un pseudonyme.

– Où l'as-tu trouvé ?

– Dans un magasin d'antiquité de la ville où tu avais effectué cette mission. L'homme qui tient la boutique semble en savoir beaucoup sur l'histoire de la ville. Il m'a même conté l'histoire de madame Grenat et semblait connaître bien des choses sur cette auteure. Si ça t'intéresse, je t'y amènerai.

– Oui, j'aimerai beaucoup.

– Alors nous irons, sourit Io.

En ouvrant une page au hasard, Dégel reconnu son propre nom, ainsi que celui de Séraphine, et même de Krest. Fluorite aurait-elle conté cette aventure ? Dégel avait envie de dévorer son cadeau à l'instant.

– Je me fais passer devant par une histoire, dit ironiquement Io.

– Euh non… merci mon amour, je suis très touché que tu aies cherché et trouvé ça. Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir, dit Dégel en refermant le vieil ouvrage et en embrassant son compagnon.

– Ouvre l'autre, l'incita le marina. Attention, c'est fragile.

Le deuxième paquet avait aussi la forme d'un livre, mais Dégel en sortit quatre cahiers, visiblement anciens eux-aussi. Il ouvrit le premier et reconnut immédiatement l'écriture soignée, encore visible même longtemps après.

– Mais…

Les larmes coulèrent immédiatement. Par reflexe, Dégel éloigna les cahiers pour qu'elles ne tombent pas sur l'encre, pour ne pas effacer ces mots qu'il avait si désespérément cherchés depuis sa résurrection.

« Mon ami Dégel, d'où que tu sois, regarde Blue Graad devenir plus magnifique encore »

Il posa les journaux de son ami disparu et pleura plus vivement, son visage dans ses mains. A ses côtés, Io se rapprocha doucement et passa un bras autour de ses épaules. Il embrassa chastement sa tempe en caressant ses cheveux, plein d'amour et de bienveillance, aidant silencieusement son compagnon à décharger sa peine suite à cette surprise.

– Pardon, finit par articuler Dégel entre deux sanglots.

– C'est normal, pleure tout ce dont tu as besoin.

– Où ?

– A Blue Graad, bien caché dans le bureau du chef actuel. Je suis désolé de t'avoir caché ça, mon amour, mais je voulais vraiment te faire la surprise.

– Ça fait longtemps ?

– Un mois. Tu m'en veux ?

– Non, jamais. Merci de les avoir trouvés, Io. J'avais besoin de savoir ce qu'il avait fait après ma mort. Je m'inquiétais tellement.

– Je sais que c'est important pour toi.

– Je sais pas comment te remercier, dit Dégel en reniflant et en acceptant un mouchoir de la part de son partenaire.

– Vis pleinement cette nouvelle vie. C'est probablement ce qu'aurait voulu ton ami Unity, ou Séraphine. Vis-la avec tes compagnons d'autrefois et ceux d'aujourd'hui. Vis-la avec moi. Je t'aime Dégel. Je ne te laisserai plus partir vers une quelconque époque. C'est ici qu'est ta vie maintenant.

– Je sais. Je t'aime aussi Io. Je t'aime, je ne veux pas partir.

Spontanément, Dégel passa ses bras autour du marina pour l'embraser avidement à travers les vestiges de ses larmes. Io ne tarda à répondre à cette embrassade, non sans passer une main sous le pull de son amant, le faisant soupirer.

– On va dans la chambre ? proposa le Verseau contre ses lèvres.

– Oui. Joyeux Noël Dégel.

– Joyeux Noël Io. Le premier noël du reste de ma vie.

Car sa vie serait désormais longue et lumineuse comme un sapin le jour de noël.


Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

Je tiens à dire que le Headcanon de Io roi des fourneaux et touché par la grâce (grâce à Shun, vous l'aurez compris) devrait revenir dans une autre de mes histoires.