Date : 12 décembre 2020

Personnages : Shura x Aiolia, pour lepommeverte aka Doudou, et à l'occasion de son anniversaire

Univers : Post-Hadès résurrection, à notre époque et non pas dans les années 80-90

Genre : Romance

Note de l'auteur : Joyeux anniversaire Doudou !

J'espère qu'il te plaira. Bonne lecture.


Paëlla et Bailaor

Aiolia n'était pas connu pour sa patience légendaire.

– Aaaaargh, j'en ai marre. Comment tu veux que j'emballe ça ? Et en plus, c'est nul, mais nuuuuuuul, grognait le lion d'or.

Aiolia s'apprêtait à balancer le plat à paëlla avant de se souvenir que c'était le cadeau de noël pour son chéri, et donc il ne pouvait pas se permettre de l'abîmer. Il enlaça alors l'objet en acier, ayant l'impression de faire un câlin à Shura lorsqu'il porte son armure.

– Non, je vais pas te balancer. Tu mérites d'être manipulé par le meilleur cuistot de paëlla du monde. Celle de Shura est une tuerie, mais son plat commence à être vieux et fatigué, alors il faut passer la relève… ah putain, Aiolia, tu te rends comptes que tu es en train de causer à de la vaisselle ? se dit à lui-même le chevalier blasé.

A chaque anniversaire, à chaque noël, c'était la même chose. Aiolia se prenait la tête pour choisir le cadeau de l'homme qui partageait sa vie depuis plusieurs années. Autant dire que s'il avait hérité de la force, de l'agilité, du courage, il possédait également un gout des plus douteux pour les cadeaux à offrir. Des babioles sans intérêt, des objets empoisonnés qui font trop de bruit ou encombrent étaient sa spécialité. Son grand frère ne s'en formalisait pas, Shura non plus d'ailleurs. Mais quand même, ne pouvait-il pas faire un effort d'imagination pour les deux personnes qu'il aimait le plus au monde ? Surtout que lui était l'homme le plus gâté de la Terre, avec un frère gâteux et un compagnon généreux. Ces deux-là savaient toujours pertinemment ce qui lui ferait plaisir, pendant qu'eux se retrouvaient avec un cadeau tout juste bon pour la poubelle.

Quoique cette année, Aiolos se verrait offrir un voyage au Pérou avec Saga. C'était une idée de Shura, et Kanon participait aussi puisque c'était également pour son jumeau. Au moins, son grand-frère aurait un chouette cadeau cette fois-ci, mais Shura n'avait vraiment pas de chance d'avoir un petit-ami comme lui.

Aiolia geignit en pensant à l'homme de sa vie qui lui manquait. Cela faisait plusieurs jours que Shura était parti en mission avec Angelo en Italie. Même s'ils se parlaient tous les jours au téléphone et se voyaient en appel visio, le cinquième gardien avait besoin de le sentir, de le toucher, de l'embrasser. Oui, il était câlin et tactile, un vrai félin, et Shura le lui rendait bien.

En attendant son retour, Aiolia accaparait l'espace vital de son frère, au grand damne de Saga presque chassé comme un malpropre du lit conjugal du neuvième temple, et qui du coup envahissait lui aussi son frère, éloignant ainsi Rhadamanthe de la troisième maison. Que des réactions en chaîne, Shura devait revenir au plus vite. Surtout qu'Aiolia savait que la mission en question était terminée avec succès. Juste, ça faisait deux jours qu'Angelo traînait son meilleur ami dans la capitaine italienne pour y dénicher le cadeau idéal pour l'exigeant Aphrodite. Ça pouvait durer encore des jours comme ça. Saleté de crabe qui accaparait sans scrupule les mecs maqués !

Aiolia enlaça encore le large plat à paëlla, impatient de retrouver sa biquette.

– Mais ce cadeau, ça ne va pas du tout. Je devrais profiter qu'il ne soit pas là pour lui préparer quelque chose d'unique et de spécial.

A court d'idée, le Lion s'installa à son ordinateur et commença à taper dans le moteur de recherche « idées de cadeau sensationnel pour son homme ».

Parfum ? Shura n'en mettait jamais, et Aiolia aimait tellement son odeur naturelle.

Soin corporel ? Personne ne touchera son Shura à part lui ! Aiolia fulminait à cette idée, son poing prêt à balancer un Lightning Plasma.

Week-end en amoureux ? Il fallait bien plus de deux jours à Aiolia pour visiter et profiter du corps affriolant de son amant sur divers sites historiques et touristiques. C'était un de ses petits fantasmes, mais convaincre Shura qui avait l'impression de profaner ces lieux culte était plus compliqué et demandait du temps. Et Aiolia n'avait pas les moyens de payer seul un long séjour pour deux.

Thalasso ? Même problème qu'avec le soin corporel et le week-end en amoureux.

Bijou symbolique ? Pas assez original. Tous les couples du Sanctuaire s'étaient déjà offerts médaillons, chevalières, gourmettes, bagues de fiançailles voire alliance, comme si un objet prouvait l'attachement entre deux personnes. Son amour pour Shura allait plus loin que ça. Alors oui, Aiolia avait longtemps porté le porte-bonheur d'Aiolos autour du cou, mais c'était différent d'abord ! Alors non, pas de bijoux.

Aiolia continua ses recherches. Il fit un tour sur un site commercial d'objets médiévaux qui ne devaient être que de la camelote. Il acheta deux billets de cinéma avant de réaliser que ce cadeau n'avait rien de romantique. Il réserva une table à un restaurant Athénien, mais encore une fois rien d'original à ça, surtout que Shura et lui avaient pratiquement fait le tour des établissements de la capitale grecque. Aiolia recherchait vraiment un cadeau unique pour son aimé qui le gâtait chaque jour de leur nouvelle existence. Le Lion voulait tellement rendre la pareille à cet homme extraordinaire qui méritait mieux qu'une casserole et une soirée ciné-restau.

Aiolia tomba finalement sur le blog d'un homme qui conseillait d'exprimer ses sentiments avec des gestes plutôt avec des mots, ou plus particulièrement en dansant le flamenco, la danse des émotions d'origine espagnole. Et il y avait un lien pour des cours individuels, plutôt raisonnable niveau prix. Une danse de son pays natal pour son Shura ? Mais il était nul à ça.

– Pas question d'abandonner, clama haut et fort Aiolia en dégainant sa carte bancaire afin de réserver et payer un acompte pour, non pas un cours, mais plusieurs journées entières de leçons.

Le professeur avait visiblement beaucoup de créneaux disponibles. Ce genre de chose aurait dû interpeller Aiolia qui ne prenait jamais le temps de lire les avis des consommateurs. Toujours trop impatient, le Lion.


Aiolia était nul, mais nuuuuul. Il était au milieu de sa deuxième journée de cours et il ne progressait pas du tout. Heureusement, son professeur, un dénommé Ricardo au fort accent latino qui s'amusait à rouler systématiquement les R, était incroyablement patient avec son séduisant élève.

– On reprend le pas de sévillane, Aiolia. Tu as enfin compris comment on tenait les castagnettes. C'est un gros progrès, je te félicite. Je sais que nous avions prévu huit heures de cours aujourd'hui, mais si tu veux, je t'offre les deux prochaines gratuitement. Je sens que tu tiens quelque chose.

Cet homme avait un ton bien trop séducteur pour que cela passe inaperçu, mais Aiolia n'y faisait nullement attention. Il ne cessait de penser à Shura et il se concentrait comme il le pouvait sur ses pas dont il oubliait systématiquement les noms. A aucun moment il ne se doutait que son professeur de danse était juste en train de lui faire de la drague lourdingue, pas même lorsque ce dernier posa ses deux mains sur les hanches du Lion pour guider ses pas.

– Voilà, c'est ça. C'est parfait, Aiolia. Tu tiens enfin de pas de base et tu gères très bien le rythme. Tu as fait des progrès fabuleux. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi doué.

Clairement, ce Ricardo en rajoutait. C'était flagrant à des kilomètres. Son petit élève, qui semblait à première vue frustré, lui plaisait bien. Il était bien gaulé en plus et, comble de son bonheur, il ne le repoussait pas alors qu'il devenait chaque jour un peu plus audacieux. C'était sûr, il plaisait, mais peut-être son élève était-il timide. Quoiqu'il en soit, il aurait Aiolia dans son lit avant la fin de la semaine.

Lors de la troisième journée de cours, Ricardo osa carrément faire un câlin à Aiolia par derrière. Il posa une fois de plus ses mains sur ses hanches et se colla à lui, toujours sous couvert de lui montrer les pas et le rythme.

– Laisse le flamenco te pénétrer, roula-t-il exagérément les R sur la dernière syllabe. Laisse-le te séduire et il sera tout à toi.

– Oh, vous savez, moi je veux juste apprendre une petite danse pour mon homme, répliqua Aiolia qui ne se rendait absolument pas compte des intentions de son professeur, tout concentré qu'il était sur ses pas.

– Si tu poursuis tes leçons avec moi, tu sauras faire bien plus qu'une petite danse.

Il allait lui mordiller l'oreille lorsque la musique d'intro du film Le roi Lion retentit. C'était le portable d'Aiolia qui sonnait. Ce dernier s'éloigna de Ricardo, n'ayant même pas remarqué à quel point ils étaient proches, pour s'emparer de son cellulaire. Il sourit en voyant la photo de son appelant.

– Excusez-moi Ricardo. Je dois répondre.

Il ne manquerait pas une conversation avec Shura, surtout que celui-ci lui annonça enfin une date de retour.

Vendredi sûr, mon chaton, l'informa Shura. Je suis désolé, vraiment. J'aimerai tellement être avec toi en ce moment. Mais Angelo est en train de rafler une boutique de vêtements pour Aphrodite, seulement il doit négocier avec sa banque des autorisations de découvert et des crédits renouvelable, et ça demande parfois un peu de temps à mettre en place. Il se ruine complètement pour faire plaisir à Aphrodite et je n'arrive pas à l'arrêter.

– Il est passionné, tout comme moi. Je le comprends.

J'espère que tu ne prévois pas de faire des folies pour noël. Ça me gêne.

– Je ne sais pas. Tu risques d'être surpris. Bon, je nous réserve une table pour vendredi soir ?

Oui, mais pitié, pas un restau italien. J'en peux plus ! J'ai fait ma rasia de plats ritals pour au moins un an.

– D'accord. De toute façon j'avais plus envie de plats orientaux... épicééééééés, dit Aiolia d'un ton très suggestif qui l'excita lui-même.

Aiolia, si tu me parles comme ça, je ne tiendrai pas deux jours de plus.

– Tiens bon mon amour, je t'attends pour vendredi. Je suis chaud comme la braise. Je pourrais même réchauffer le temple du Verseau.

T'es bête, rit Shura. Bisous mon chaton. Je t'aime.

– Je t'aime mon amour. Bisous.

En raccrochant, Aiolia avait le sourire jusqu'aux oreilles, son esprit débordant d'imagination en pensant au week-end qui l'attendait.

– Ricardo ? demanda Aiolia.

– Oui ?

– Quelles sont vos disponibilités sur les prochains jours ? J'aimerai, si possible, prendre des cours supplémentaires jusqu'à vendredi.

– Mais pour toi, Aiolia, j'annulerai tous mes rendez-vous s'il le fallait.

– N'exagérez rien, sourit grandement Aiolia. Mais c'est gentil à vous.

Le cœur du professeur de danse palpita, et son entrejambe réagit à ce sourire. Son élève était vraiment la perle rare qu'il cherchait depuis des mois. Il lui rappelait un peu cet autre homme à qui il avait donné des cours de tango au printemps. D'un charme redoutable aussi, mais bien moins naïf qu'Aiolia. Il n'avait pas pu avoir son beau brun ténébreux, mais il aurait ce châtain à la crinière féline, aux réactions adorables et au corps affriolant.

Son entrejambe réagit encore lorsqu'il vit Aiolia jouer médiocrement des castagnettes, un sourire de bienheureux plaqué sur son visage.


– Tu pars pour les fêtes ?

Ils étaient vendredi et Aiolia avait pris une heure de pause pour manger entre deux cours de flamenco. Aiolos l'avait rejoint en ville et les deux frères déjeunaient ensemble dans un boui-boui qui ne payait pas de mine mais qui proposait des bons plats à des prix plus qu'abordables. Aiolos était un adepte de la simplicité.

– Désolé de ne pas t'en avoir parlé plus tôt, Aiolia. Je voulais faire la surprise à Saga de ces vacances en Allemagne et tu n'es pas du genre discret. J'avais peur que tu gâches la surprise.

– Soupçons confirmés, sourit Aiolia. T'as raison, mais c'est dur à encaisser quand même.

– On dirait, oui. Tu as l'air anéanti, sourit en retour Aiolos en remarquant l'air guilleret de son cadet. A quelle heure reviennent Shura et Angelo ?

– Ils devraient être au Sanctuaire dans les 18 heures. J'ai tellement hâte. Soirée restau et câlin au programme.

– Je suis rassuré que Shura rentre enfin. Je vais pouvoir partir en vacances tranquille puisque je sais qu'il sera là pour s'occuper de toi.

– Tu sais que je me suis débrouillé tout seul pendant treize ans, lui rappela le cadet.

– Je sais, oui. Je le sais, répondit Aiolos d'un ton plus morose.

– Désolé grand frère. Je voulais pas... c'était pas ta faute. J'aurais mille fois mieux préféré que tu restes avec moi. Je suis vraiment nul, pas juste pour choisir les cadeaux.

Aiolos se redressa sur sa chaise et se rapprocha d'Aiolia pour déposer un baiser sur son front.

– Comment je peux t'en vouloir quand tu me fais ces yeux de chaton ?

– Oh, arrête grand frère, rougit Aiolia. Je suis un homme, un puissant lion rugissant. Par Athéna, pourquoi est-ce que tout le monde me traite comme un chaton ?

– Je suis un peu comme ton parent, Aiolia. Et à mes yeux, tu seras toujours un chaton.

– Mmmmmh... moui, maugréa le cinquième gardien.

– Je t'adore petit frère, sourit Aiolos en embrassant encore le front de son cadet, remarquant soudainement quelque chose qui ne lui plut pas. Aiolia, c'est quoi cette odeur sur toi ?

– Quelle odeur ?

– Y a une odeur d'homme sur toi. Par Athéna, j'espère que la frustration ne t'a pas fait faire de bêtise, s'affola le Sagittaire.

– Hein ? Non mais ça va pas ! Je sais que je suis pas le mec le plus futé, ni le plus finaud de la Terre, mais je suis loyal. Et à Athéna. Et à Shura. Jamais je ne le trahirai, explosa le Lion. Même si c'est toi, Aiolos, je ne peux pas te laisser dire ça.

– Pardon Aiolia, s'excusa le Sagittaire. Bien sûr, ce que j'ai dit était stupide. Les bévues, c'est peut-être de famille finalement. Mais cette odeur ?

– Probablement celle de mon prof de danse. Je galère tellement qu'il se rapproche pour me guider. Mais il n'a aucune arrière-pensée, c'est un professionnel après tout. Et quand bien même, il n'arrive pas à la cheville de mon Shura.

Si Aiolia savait que Ricardo cherchait justement à le séduire. Dans l'après-midi encore, le danseur fut plus que démonstratif. Il se colla dans son dos, rapprocha son bassin de manière à faire toucher son début d'érection contre les fesses musclées du Lion, posa ses mains sur les hanches de son élève, chuchota ses instructions dans son oreille d'une voix suave.

– Oui, continue comme ça, Aiolia. Tu es très doué. Oui, encore.

– Je m'en sors mieux qu'au début, s'auto-critiqua Aiolia définitivement aréactif aux signaux de son débauché professeur. Shura aura une sacrée surprise.

– Et pour te féliciter, beau félin, que dirais-tu d'un dîner ce soir ?

– Ah, navré Ricardo. Ça aurait été avec plaisir de t'inviter pour te remercier de ta patience et des cours gratuits que tu as ajoutés, mais mon homme revient en fin d'après-midi et on a déjà une soirée de prévu.

– Oh... et la semaine prochaine ? Aurais-je le plaisir de te revoir dans ma salle de danse pour un cours particulier ?

Tout dans les paroles et le ton de Ricardo était plus que suggestif, mais Aiolia restait définitivement dans le déni, toute ses pensées tournées vers l'éphèbe brun qu'il pourrait bientôt serrer dans ses bras.

– C'était ma dernière leçon aujourd'hui. Je voudrais garder un peu d'argent pour offrir des cadeaux de noël à mes amis. Je réviserai mes pas à la maison. Merci encore, Ricardo. Je ne manquerai pas de mettre un avis positif sur les prestations que tu offres.

– Mais...

– Au revoir.

Et voilà, c'était fini. Il était parti, sans même une bise, le laissant avec une épouvantable trique. Comment c'était possible d'avoir ignoré tous ses signaux ? Canon mais un peu con, le Lion ! Ou trop amoureux pour regarder ailleurs.


Aiolia avait commencé à creuser une tranchée devant la maison du Bélier lorsque Shura arriva enfin. Lui et Angelo avaient les bras chargés de paquets, mais Aiolia s'en ficha. Il se jeta littéralement sur son homme pour l'embrasser, déclenchant les grognements de protestation du Cancer. Trop heureux et définitivement sur son petit nuage, Aiolia l'ignora superbement et attira son magnifique Capricorne jusqu'au cinquième temple pour le câliner davantage.

– Aiolia, tenta Shura qui avait du mal à réchapper à la bouche affamée de son amant. Laisse-moi respirer.

– Tu m'as tellement manqué. Ne t'en fais pas, je n'ai réservé le restaurant que pour huit heure et demi. On a le temps.

– Mon chaton affamé, j'ai bien fait de dormir dans l'avion du retour. Je sens que tu vas pas me laisser me reposer cette nuit, sourit l'espagnol.

– Soupçons confirmés. Allez, viens là mon amour.

– Je ne peux rien te refuser. Ton odeur m'avait manqué.

Fort heureusement qu'Aiolia avait pris le temps de prendre une douche et de se changer pour se débarrasser de l'odeur de son ancien professeur de danse.


A droite. A gauche. On tourne. Castagnette ? Ou c'était après les castagnettes ? Ah mince, Aiolia les a faites tomber. Tant pis, il continue. A droite, puis les bras, pas de sévillane. C'était quoi après ? Aiolia ne savait plus. Et zut ! Cinq jours de cours intensif de danse pour présenter à son compagnon la représentation théâtrale du mec bourré et défoncé qui sort de boite. Très glamour, vraiment ! Ce n'était pas ainsi qu'il allait montrer ses sentiments à l'homme de sa vie. Et en plus il était très mal à l'aise dans son costume traditionnel de bailaor, le savoir-faire espagnol fabriqué en Chine. Il avait payé les frais de port le triple du prix du costume pour l'avoir avant noël, sans penser que les chinois taillaient bien plus petit, et donc il était tout simplement boudiné.

Crack.

Ben tiens, il avait réussi à déchirer son costume. Il ne pourra jamais le revendre, à moins qu'il ne demande à Aldébaran de le réparer. Non, parce que vu sa prestation, il n'allait certainement pas démarrer une carrière de danseur de flamenco professionnel... aaaargh, mais à quoi était-il en train de penser ?

C'était le soir de noël et il se retrouvait seul avec son chéri puisque tout le monde s'était cassé pour les fêtes. Pas que ça le dérange, mais ne pouvait-il pas se concentrer sur son "cadeau" ? Oui, parce que ce tas de mouvements aussi gracieux qu'un éléphant qui danse le frensh cancan était son cadeau de noël à son homme qui le regardait stupéfait, un léger sourire amusé aux lèvres.

Aiolia se sentait ridicule. Mais à quoi avaient servi toutes ces heures d'entrainement ? D'accord, il avouait que depuis la fin de ses cours avec Ricardo, Aiolia n'avait presque pas révisé sa danse, trop excité qu'il était à rattraper le temps avec Shura.

– Attends, je vais y arriver, dit Aiolia en ramassant ses castagnettes. Je recommence. Un, eux, trois. Un deux, trois. C'était quoi déjà les premiers pas ? Raaaah, je sais plus. Ça me gonfle.

Agacé, Aiolia balança ses castagnettes et son chapeau pour aller s'asseoir sur le canapé, la mine renfrognée, boudant clairement. Shura l'y rejoint et se rapprocha de lui pour lui faire un câlin et l'embrasser tendrement.

– C'était un chouette flamenco.

– Te fous pas de ma gueule. C'était nul, comme tous les cadeaux que je fais.

– Je mentirais si je disais que tu dansais bien. En fait, c'est ton costume qui m'a renseigné sur ce que tu faisais.

– C'est sûr que ça n'a rien à voir avec ce que tu as l'habitude de voir.

–Aiolia, je sais même pas à quoi ça ressemble, le flamenco.

– Pardon ? Mais c'est espagnol pourtant.

– C'est pas parce que c'est espagnol que je m'y connais. T'en as d'autres des stéréotypes comme ça ?

– Désolé, je suis définitivement nul.

– Aiolia.

Shura bougea de manière à placer le chevalier du Lion sur ses genoux, à califourchon en face de lui.

– Je n'aime pas quand tu te dénigres comme ça. Tu es un homme absolument adorable, aimant et sincère. Je ne veux personne d'autre que toi entre mes bras. Je t'aime, quoi que tu fasses de bien, de mal, de mignon, de stupide. Je t'aime quoi qu'il arrive. Et je trouve ton initiative de vouloir me raccrocher à mes racines très touchante. Merci, c'est un beau cadeau que tu m'as fait.

Il rapprocha son visage pour prendre possession des lèvres d'Aiolia qui les lui accorda sans problème. Il était humilié, en colère envers lui-même et ses idées stupides, mais les paroles du sage Shura savaient toujours le remettre en confiance.

– Et pour tout te dire, chuchota Shura à son oreille, je suis content qu'on passe noël rien que tous les deux, car ton costume, comment dire... il me fait vraiment de l'effet.

– Vraiment ? sourire salace d'Aiolia.

– Est-ce qu'il fait aussi partie de mon cadeau ? Car j'ai très envie de te l'enlever... très lentement.

Les respirations devenaient plus amples. Les tensions dans le bas-ventre se réveillèrent. La température monta.

– Et tu veux faire ça ici ou dans la chambre ? demanda Aiolia qui bougea son bassin pour faire sentir son érection naissante à son partenaire. Je te signale que ça me serre un peu et que ça fait mal.

– Alors ça sera ici, là où tu m'as littéralement enflammé avec ton flamenco.

Leurs bouches se retrouvèrent, plus avides cette fois. Finalement, Aiolia n'avait pas tant que ça foiré son cadeau.


Une étreinte passionnée plus tard, ainsi qu'une douche pour nettoyer la sueur et les fluides corporels, les deux hommes revinrent au salon pour y prendre un dernier digestif. Shura en profita pour donner son cadeau de noël à Aiolia, à savoir une montre de bonne qualité et des vêtements de marque qu'il avait achetés en Italie en faisant les boutiques avec Angelo. Les pantalons moulaient bien ses fesses et lui seyaient à merveille.

– Tu sais exactement ce qui me va, sourit Aiolia. Tu sais qu'on risque de me mater le cul avec ça.

– Pas si je fais bien comprendre que tu es à moi.

– J'ai un autre cadeau pour toi.

Aiolia alla dans la chambre et ramena le plat à paëlla qu'il avait enroulé dans un drap en guise d'emballage.

– C'est génial, Aiolia. Le mien est en fin de vie. J'avais l'intention d'en acheter un autre. Et il est de bonne qualité en plus. Merci mon chaton, s'extasia Shura en l'embrassant. Tu m'as vraiment gâté.

– Ça change des autres fois.

– Moi j'adore tes cadeaux empoisonnés, sourit le Capricorne. Ils te ressemblent tellement, mon chaton adorable et maladroit.

Plus tard dans la soirée, alors qu'Aiolia ramassa son costume de bailaor pour le mettre dans la panière à linge, Shura se posa soudainement des questions.

– Au fait, où est-ce que tu as appris à danser le flamenco ? Tu as regardé sur internet ?

– J'ai pris des cours avec un prof de danse à Athènes pendant que tu étais en Italie.

Shura se raidit au moment où Aiolia avait évoqué un "prof de danse".

– A tout hasard, comment est-ce qu'il s'appelait ?

– Un certain Ricardo. Vraiment très bi...

– QUOI ! explosa soudainement Shura. Tu as bien dit Ricardo ? Rue Lada* à Athènes ?

– Euh... oui. Mais Shura, qu'est-ce qui te pr...

– Est-ce qu'il t'a touché ?

– Quoi ?

– Je te demande si ce sale pervers t'a touché.

– Mais non, voyons. Un sale pervers ? Qu'est-ce que tu racontes ? Tu le connais ?

– J'ai pris quelques cours de tango avec lui pour le mariage d'Angelo et Aphrodite cette année. Aphro voulait absolument danser avec moi, donc j'ai cherché un prof particulier qui pouvait m'apprendre rapidement à danser, et je l'ai choisi comme il était pas cher. Mais ce sale vicieux, il a essayé de... – frisson d'horreur de la part du Capricorne au souvenir des mains baladeuses du professeur de danse qui avait touché ses fesses sans scrupule – Je lui ai balancé une droite bien placée. Je pensais pas qu'il enseignait encore. J'aurais dû porter plainte pour harcèlement et lui faire définitivement passer l'envie de tripoter ses élèves.

– Vraiment ? Mais je te jure mon amour, il n'a rien fait de...

Aiolia hésita soudainement. Durant ses leçons, il n'avait pensé qu'à Shura et à ses pas, mais il se souvenait maintenant des mains sur ses hanches, de ce souffle dans son oreille, de certains gestes déplacés sous couvert de taquineries d'un mec sympa. Et aussi la remarque d'Aiolos comme quoi il trainait sur lui l'odeur de Ricardo.

Le silence soudain d'Aiolia était trop long. D'un mouvement de bras, Shura trancha la table basse en deux.

– Hé ! protesta Aiolia. T'es chez moi, je te rappelle.

– Je vais le tuer. Je te jure que j'y vais, là, maintenant ! Je vais lui couper sa bite et ses couilles, et je le laisserai se vider de son sang. Ouais, je vais faire ça. Une bonne petite castration à l'ancienne. Ce sale pervers va gouter à mon Excalibur. Il fallait pas toucher à mon homme !

– Arrête Shura. Il s'est rien passé, je te jure. Stop mon amour. Laisse, ça n'en vaut pas la peine, c'est toi que j'aime.

– Je sais, mais rien que le fait qu'il ait glissé ses yeux sur toi. Raaaaaah, je vais vraiment le tuer.

Shura commençait déjà à quitter le temple du Lion en rage, difficilement retenu à Aiolia qui tentait de calmer le jeu. Sa petite danse, ce n'était pas une si bonne idée finalement.

Définitivement, il était nul pour faire des cadeaux.


* Rue Lada : Cette rue existe vraiment

Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

Et déso pas déso Doudou. C'était trop tentant d'inclure Ricardo au récit (qui est un private joke)