Date : 16 décembre 2020

Personnages : Mime & Alberich, pour Aeter

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Amitié (un peu ambigüe), réflexion

Note de l'auteur : Avant d'écrire cette histoire qui m'a beaucoup inspirée, je détestais Alberich, et maintenant j'adore écrire sur lui.

Mention de personnages de Soul of Gold

Bonne lecture


Réapprendre à vivre

La neige tombait dehors en gros flocons, rien d'étonnant pour ces contrées nordiques soumis à un rugueux climat une grande partie de l'année. En cette nuit de noël, Mime était sûr de ne pas être dérangé. Il avait trouvé refuge dans la maison de son enfance, abandonnée depuis la mort de son père. La gouvernante, apeurée, avait mis les voiles, et lui avait laissé le cadavre de son tuteur à la merci des loups affamés pour se rendre au palais de Valhalla situé à un jour de marche. Là-bas, il s'était présenté comme le fils du légendaire Forkel et informa la princesse Hilda de son décès, affirmant cependant qu'il avait reçu un dur entraînement et qu'il était apte à entrer dans l'armée d'Asgard pour lui faire honneur. A l'époque, son véritable objectif était de démanteler l'armée de l'intérieur et détruire ce royaume qui avait fait la guerre à son domaine natal. Bien qu'il y eût vécu toute sa vie, Mime haïssait ce royaume en apparence pacifique, mais qui pourtant s'en prenait à des petits pays voisins et en exterminait les habitants. Mime avait haï Asgard de tout son être.

Mais peu de temps après, il fut appelé pour servir le Seigneur Odin en recevant son armure divine. Sa puissance avait décuplé et l'attitude malsaine qui se dégageait désormais d'Hilda n'était pas pour lui déplaire.

Mime se croyait être le seul à prévoir un coup d'état, à tenir Hilda et Asgard en hostile, mais il fut étonné de trouver parmi les élus un autre homme à l'aura malfaisante et aux ambitions immorales. Alberich de Megrez n'était pas tellement un opposant d'Asgard, mais il souhaitait prendre le contrôle de ce pays pour le diriger bien mieux que son actuelle souveraine.

– Toi, tu n'es pas d'ici, avait un jour balancé Alberich au détour d'un couloir. Comment un type comme toi a pu être choisi par Odin ?

– Je ne suis effectivement pas né ici, mais j'ai grandi dans ces contrées depuis que je suis bébé. Je mérite au moins autant que toi le titre de guerrier divin. Je n'ai pas de jugement à recevoir de quelqu'un possédant une aura aussi néfaste. Tu me donnes la nausée, vraiment.

– Oh, mais je vois qu'il n'y a pas des gros bras sans cervelle parmi les élus. Merci du compliment en tout cas.

Ils s'étaient regardés en se toisant, jusqu'à étendre leurs lèvres en un sourire satyre. Alberich et Mime s'étaient détestés, mais étrangement, ils se comprenaient. Et de conversations aussi inamicales qu'ingénieuses sur le futur d'Asgard, ils avaient fini par… comment dire… se tolérer. Ces deux têtes de lard refusaient de reconnaître l'admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre.

Enfin, tout ça c'était du passé. Entre temps, Mime et Alberich étaient morts sur des pensées totalement opposées. Alberich était resté fidèle à lui-même, alors que Mime avait cessé de se fourvoyer. Il n'avait plus de haine envers Asgard. Au contraire même, il chérissait cette patrie et il endossait fièrement son armure divine pour défendre ces terres où il avait grandi avec son père. Hilda lui accordait sa totale confiance, tandis que son ancien acolyte, rendu coupable de trahison, croupissait actuellement en prison dans des conditions insalubres, bien difficiles pour lui qui avait toujours vécu dans le confort. On lui avait scellé un artefact divin à son poignet, un bracelet magique qui bridait son cosmos et l'empêchait d'utiliser ses pouvoirs. Alberich restait un bon escrimeur, mais il était inutile de tenter quoique que ce soit contre un guerrier divin. Les servants qui lui apportaient ses repas et du linge étaient systématiquement escortés par l'un d'eux, et Mime s'était souvent porté volontaire.

Attendre, tourner en rond, manger des repas d'une qualité douteuse, souffrir du froid et de l'humidité, ne voir personne, Alberich devenait fou. Du palais de Valhalla, on l'entendait hurler qu'il voulait être libéré, qu'il reconnaissait ses torts, qu'on n'avait pas le droit de le traiter de la sorte.

Au bout de trois mois, il commença enfin à voir d'autres personnes. Mime s'était encore porté volontaire pour escorter ses visiteurs. Même privé de cosmos, il fallait se méfier de cet homme ingénieux. Tapi dans un coin, Mime se tenait prêt à intervenir au moindre dérapage, et il put constater de lui-même la dégénérescence de son ancien confrère qui n'avait plus rien de noble.

Hilda fut la première à venir le voir. La souveraine essayait de comprendre ses actes. Elle-même se remettait beaucoup en question sur sa façon de gouverner Asgard.

– C'est tellement dommage, Alberich, lui avait dit Hilda. Un potentiel comme le tien ne devrait pas croupir ici…

– Alors libérez-moi ! enrageait le guerrier divin au bord de la folie. Comment osez-vous me traiter de la sorte ? Moi, un Megrez ?

– Les lois sont les même pour tout le monde, Alberich. Tes conditions de détention ne dépendent pas de ton nom mais de la nature de tes crimes.

– Je n'ai agi que pour le bien d'Asgard. J'étais sûr d'être le plus apte à dominer ces terres. Vous n'avez pas les épaules, vous, faible femme. C'est la raison même de mon existence et je ne cesserai jamais de vouloir donner à Asgard la grandeur qu'elle mérite.

– Ta dévotion envers nos terres est tout à ton honneur, mais tes méthodes sont mauvaises. Je ne peux pas te laisser sortir tant que tu auras ce discours. Asgard sort tout juste d'une crise, nous n'avons pas encore besoin de conflits.

– La faute à qui à votre avis ? Hilda, sortez-moi de là, ordonnait-il avec rage, ses yeux verts furibonds, ses poings enserrant les barreaux. HILDA.

Les visites d'Hilda accentuaient ses crises de folie, si bien que la souveraine abandonna momentanément le dialogue. Alberich devait d'abord se débarrasser de ses ressentiments et ses ambitions, et seule une force divine pourrait l'aider à s'exorciser et se repentir. Ce fut donc la prêtresse Lyfia, nouvelle représentante d'Odin, qui prit le relais, mais Alberich restait complétement indifférents aux prières de la jeune femme. Encore du sexe faible au pouvoir. Les Dieux étaient décidemment bien moqueurs.

Mais bon, Alberich n'avait rien contre cette gamine pleine de bonne volonté qui s'efforçait de le faire revenir sur le droit chemin par la prière et les bonnes paroles, soi-disant celles d'Odin. Elle l'amusait plus qu'autre chose.

– Te fatigue pas, ma ptite, avait dit un jour Alberich qui n'écoutait rien, nonchalamment installé sur son lit, ne prêtant nullement attention aux interventions de Lyfia. Je suis trop intelligent pour me détourner de mes ambitions. Je sais que j'avais pas tord.

– Le Seigneur Odin pardonne. Seigneur Alberich, acceptez de vous repentir. La princesse Hilda souhaite tellement retrouver son guerrier divin et son conseiller.

– De biens grands mots tout ça. Cesse donc ces mièvreries, je sais qu'Hilda me déteste et que je ne sortirai jamais d'ici à moins de devenir son petit chien. Non seulement ça n'arrivera jamais, mais aussi, il faut être stupide pour penser qu'Hilda me refera un jour confiance.

– L'amure divine de Delta attend son porteur. Vous êtes toujours un élu de notre Seigneur. La princesse Hilda peut douter de vous mais pas d'Odin. Vous avez d'énormes capacités et une opportunité de donner à Asgard la grandeur que vous souhaitez pour elle.

– Mes capacités sont en train de foutre le camp. Le cerveau, c'est comme les gros bras, il faut le faire travailler pour qu'il garde ses acquis et se développe. Et comment veux-tu que je fasse ici ? Je n'ai rien pour me stimuler l'esprit. J'ai compté au moins mille fois les pierres et les barreaux de ma cellule. Et après ?

– Ce genre de demande se négocie. Laissez-moi faire, Seigneur Alberich. Je saurais convaincre la princesse Hilda que, pour le bien d'Asgard, il est important de vous apporter de quoi vous stimuler.

– Hum, t'es peut-être pas si inutile que ça finalement, gamine… oh pardon, Dame Lyfia, s'inclina faussement Alberich.

Les premiers livres qu'Alberich eut la chance de récupérer furent des textes religieux, des prières et encore des prières qu'il connaissait déjà par cœur pour les avoir récités depuis sa plus tendre enfance. Bah, c'était déjà ça. Remarquant la vitesse à laquelle il engloutissait les livres qu'on lui rapportait, Hilda accepta qu'on lui en procure beaucoup plus. Et ce fut encore une fois Mime qui les lui rapporta, allant et venant plusieurs fois dans la journée. L'humidité de la geôle ne permettait pas à Alberich de conserver les précieux ouvrages avec lui.

Mime les lui passait à travers les barreaux avant de s'installer sur un siège et jouer de sa harpe.

– T'es obligé de faire du bruit ? grognait Alberich.

– Ça fait musique d'ambiance. Le grand Seigneur Alberich n'est donc pas capable de lire avec le doux son d'une harpe.

– Pfff, bien sûr que si. C'est ta tronche qui me déconcentre.

– Ça fait plaisir de voir que tu n'as pas perdu ton sens de la répartie. Fort bien, je me serais ennuyé sinon.

– Vraiment ?

– C'était agréable de parler avec toi. Avec les autres, j'ai juste l'impression que mon niveau intellectuel est en chute libre. Dépêche-toi d'expier tes péchés que nous puissions reprendre nos passionnantes discussions et nos parties d'échec.

Après des mois d'enfermements, Alberich fut autorisé à sortir de sa cellule. Quoiqu'on en dise, ses capacités intellectuelles étaient utiles au royaume. Mais il n'était pas complètement libre. Au début, ses poignets étaient retenus par des cordes, et c'était chaperonné par Siegfried et Mime qu'il assistait aux réunions de maintien du royaume. Au grand étonnement de la souveraine, Alberich jouait le jeu, si bien qu'elle permit à son conseiller de se détendre un peu dans la bibliothèque, au chaud pendant quelques heures, avant de revenir dans sa prison.

Plus tard encore, Alberich fut condamné à effectuer des travaux d'intérêt généraux afin d'expier ses erreurs. Ces tâches ingrates lui faisaient grincer des dents. Franchement, il préférait croupir dans ses geôles glaciales que de s'humilier de la sorte. Lui, un noble, déblayer la neige, faire la lecture au sanatorium, réparer des toits, faire des courses pour les personnages âgés, couper du bois, s'occuper des chevaux, dépoussiérer la bibliothèque du palais, mais pour qui le prenait-on ?

– Pourquoi c'est presque toujours toi qui me surveilles, demanda un jour Alberich avec rage à Mime qui effectivement s'était encore et toujours porté volontaire pour le chaperonner.

– Je te l'ai dit, ta compagnie m'est agréable.

– Oh arrête ! Tu aimais bien ma compagnie lorsqu'on discutait art et politique, pas quand je me casse le cul à faire le larbin pour tout le monde. Tu te fous juste de ma gueule, c'est ça, monsieur le patriote ? Mourir, ça ne t'a pas rendu meilleur.

– C'était ma réplique ça.

– Oh, ta gueule !

– Tu préfères que ce soit les autres qui te surveillent ?

– Pff, certainement pas. Je supporte pas ta tronche, mais la leur c'est encore pire. Surtout ce blanc-bec de Siegfried qui a pris le cœur d'Hilda.

– Si tu avais su faire la même chose, tu aurais pu l'épouser et régner avec elle sur Asgard.

– T'es pas bien, oui ? Epouser Hilda, non merci ! L'idée de toucher une femme me rebute.

– Tu es de l'autre bord ?

– Aucun bord, j'en ai rien à foutre de ça. Je n'ai pas de temps à perdre à m'occuper de bas instincts.

– Tu dirais peut-être pas la même chose si tu essayais.

– Tu veux me faire croire que t'es expérimenté peut-être ? Laisse-moi rire.

– Du tout, mais je suis curieux. Tu le dis toi-même, il faut être curieux.

– La culture de la fesse, ça n'a rien d'intéressant.

– Et pourtant, le miracle de la vie en est lié.

– Bon, t'as décidé de me tenir le crachoir toute la journée ? railla Alberich. Je bosse, moi.

– Et moi qui te permettais simplement de lever le pied. Puisque c'est comme ça, je te laisse à ton travail et je vais jouer un peu plus loin.

Les discours d'Alberich étaient surprenants de mauvaise foi. Il ne cessait de pester contre la déchéance d'Asgard, l'incompétence d'Hilda, la bêtise du peuple, ces benêts de Siegfried et Hagen qui tournaient autour des princesses de Valhalla, la vétusté du pays qui mériterait un bon coup de neuf. Les rares jours où Mime n'avait pu se charger de sa surveillance, la déléguant à quelqu'un d'autre, Alberich avait fortement soûlé ses autres chaperons, si bien que presque plus personne ne souhaitait s'occuper de cette tâche dite ingrate.

– Tu le fais exprès pour n'avoir que ma compagnie. Avoue-le, tu m'adores, le chambrait Mime.

– Tu vaux pas mieux que les autres, cloporte.

– Moi je t'aime bien. Sache que tu n'es pas prêt de te débarrasser de moi.

– Tu sais que je pourrais dénoncer le meurtre de ton père à Hilda ?

– Oui, bien sûr. Elle te croira surement.

– Tu me sous-estimes. Je sais me montrer convaincant. J'écoute docilement les directives qu'on me donne, mais qui te dit que je ne suis pas en train de mettre en marche la révolution ?

– Alberich, Alberich, soupira Mime en levant les yeux au ciel. Le plus gros problème avec toi, c'est que tu te crois clairement au-dessus de tout le monde. Il n'y a pas que toi qui sais te servir de ta tête. La princesse Hilda est loin d'être stupide, et je suis son complice. Je te surveille de près et je lui rapporte tout, y compris ce que tu viens de me dire.

– Quoi ?

– Mon pauvre ami, je crois que tu n'as pas fini d'entendre les prières de Dame Lyfia. Et en passant, Hilda sait que c'est moi l'assassin de mon père. Seulement, contrairement à toi, je me suis repenti en jurant de vouer ma vie au royaume d'Asgard.

– Tu me balances à cette sotte ! explosa Alberich. Tu fais le mielleux avec moi pour jouer les bons toutous auprès de notre incapable dirigeante ! Et moi qui pensais que tu étais différent, que tu savais réfléchir, mais tu ne vaux pas mieux que les autres.

– C'est toi qui n'arrives plus à réfléchir correctement, Alberich.

– Comment oses-tu ? Tu sais qui je suis ? Je suis un Megrez, et toi tu n'es rien, même pas un Benetnash, juste un orphelin de faibles, d'un pays complètement insignifiant. Tu n'es RIEN, Mime ! Arrête de la ramener, je suis au-dessus de toi dans ce royaume. Tu n'es rien de plus qu'une crotte sous ma botte. Je te hais, sale gueux ! Hors de la vue. Je te ha… Argh…

– Tu vas retourner te reposer dans ta cellule. Fini les travaux pour aujourd'hui, le soleil t'a tapé sur la tête, dit calmement Mime qui venait de donner un coup de poing dans l'estomac d'Alberich.

Suite à cet incident, Alberich fut de nouveau enfermé dans sa prison sans possibilité ni d'en sortir, ni de lire, avec pour seule visite celle de la prêtresse qui ne désespérait toujours pas. Frodi avait pris le relais pour l'escorter. Mime, lui, était occupé à préparer le royaume aux festivités de fin d'année.

Alberich n'écoutait plus Lyfia. Il n'avait plus aucun répondant, aucun entrain. Il restait prostré sur sa couche et n'avalait même plus rien. Il avait arrêté de jouer les révoltés et semblait se laisser mourir.


Mime déposa son instrument pour s'occuper de la cheminée et remuer la marmite qui contenait un bouillon. Un repas simple et frugal, comme ceux qu'il consommait les jours où son père rentrait bredouille de la chasse. Même pour le légendaire Forkel, se nourrir convenablement en ces terres hostiles était une tâche ardue, et il n'était pas rare qu'il lègue ses proies à des familles démunies, des personnes âgées ou des veuves qui pouvaient à peine nourrir leurs progénitures. Malgré la haine qu'avait pu éprouver Mime envers son père à cause de ses actes et de sa rigidité, il ne pouvait nier qu'il était un homme bon envers la population, dévoué à Asgard. Il avait même mis un point d'honneur à lui instruire les arts de la guerre mais également en lui finançant une instruction plus que convenable, alors que lui-même n'était pas très bon en lecture et écriture.

Mime avait vraiment eu de la chance. En faisant des recherches, il avait appris que Forkel faisait preuve de beaucoup de compassion et de respect pour ses ennemis, alors que d'autres soldats envoyés dans son pays natal avaient ignoblement tué les femmes et les enfants sans même leur offrir la moindre sépulture. Si ça n'avait pas été Forkel, probablement que Mime aurait été tué avec ses parents.

Le musicien se réinstalla dans le fauteuil et pinça les cordes de son instrument pour entamer un nouveau morceau. Un hymne funéraire en hommage à son père, tout en récitant des prières à voix basse. Son morceau fut brusquement interrompu par des coups donnés à la porte.

– Siegfried ? s'étonna Mime en voyant son frère d'arme se présenter devant sa demeure. Il y a un problème au palais ?

– Non, sauf cet énergumène qui n'a rien trouvé de mieux que de tomber malade justement aujourd'hui.

Mime n'avait pas tellement fait attention à cause du manque de lumière, mais Siegfried soutenait une personne en grande partie dissimulée sous une cape, la tête basse, semblant plutôt mal en point. De la capuche, Mime reconnut cette chevelure rosée qui dépassait.

– Alberich ? Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Vous l'avez laissé sortir de sa cellule ?

– Je te l'ai dit, il est malade. Les servants affirment qu'il souffre d'une importante toux depuis quelques jours et plus personne ne veut lui apporter ses vivres par crainte d'être contaminé. Du coup, c'est Bud qui s'est porté volontaire, et voyant qu'il ne réagissait pas du tout, il est entré dans la cellule et a remarqué qu'il avait une forte fièvre. Ça devait arriver tôt ou tard. Il a fait vraiment très froid ces derniers jours. Le docteur Andreas l'a examiné et a préconisé plus de confort et de chaleur, avec des tisanes de thym et du bouillon d'os.

– Et pourquoi tu me le ramènes au juste ?

– C'est pourtant évident, le palais de Valhalla fête noël et aucun de nous ne souhaite rater ça pour veiller sur un sale traitre. Alors puisque tu es seul, on a décidé de te le confier. Allez, tiens, conclut Siegfried en balançant le corps d'Alberich sur Mime.

Mime le réceptionna avant qu'il ne sombre par terre. Alberich chancelait sur ses jambes. En passant son bras autour de sa taille, il remarqua immédiatement combien il avait maigri. Mais ce n'était pas le plus choquant. Être balancé de la sorte, comme un vulgaire sac, et ne pas réagir, Alberich devait vraiment être au plus mal.

– Tu peux le garder ici jusqu'à sa complète guérison. Ça serait bien si on pouvait passer les fêtes sans penser à ce cafard qui nous gâche bien la vie.

Eh bien, Siegfried semblait bien remonté contre Alberich. Bon, rien d'étonnant étant donné les sentiments évident qu'il portait à la princesse Hilda et la façon dont le prisonnier la traitait.

– Ouvre l'œil et le bon. Si jamais il parvient à s'enfuir, tu seras accusé de complicité.

– Comme s'il allait s'échapper dans son état, en plein hivers, sans nulle part où se réfugier. Il n'est pas stupide à ce point

– Je me méfie de lui. Il est fourbe et dangereux. Il faut s'en méfier comme la peste.

– D'accord, d'accord. Merci du cadeau, vraiment !

– La princesse Hilda te récompensera grandement pour ce service que tu nous rends.

– Pas la peine. Mon père n'était pas toujours tendre, mais il m'a appris à ne pas tourner le dos aux gens dans le besoin.

– C'est une bonne leçon, mais il y a des gens qui ne méritent pas qu'on les aide.

– Bon, si tu n'avais que ça à me livrer, tu ferais mieux de rentrer au palais. Même à cheval, ça fait une trotte, et tu ne voudrais pas rater la soirée de noël.

– Bonne soirée, Mime. Prends soin de toi et fais attention avec cet énergumène.

– Mais oui, mais oui. Rentre bien, répliqua le musicien en refermant et verrouillant la porte.

Eh bien voilà, il se retrouvait avec un sacré fardeau sur les bras.

– T'es dans un sale état. C'était bien la peine de te la jouer supérieur, Messire Megrez !

Seule une quinte de toux lui répondit. Mime portait complètement le corps du traitre à bout de bras. Il le traina jusqu'à la chambre, constatant effectivement qu'il était devenu plutôt léger. En soupirant, il retira sa cape, ses bottes et son épaisse veste, ne lui laissant plus que sa chemise et son pantalon. Alberich se laissait faire, à semi-conscient, son teint rougi par la fièvre qui l'accablait, son visage crispé par l'inconfort de son état. Vraiment plus rien de noble, juste un homme victime du climat rugueux d'Asgard. Mime le couvrit sous plusieurs couche couvertures et déposa un linge frais sur son front. Il n'y avait plus qu'à attendre qu'il se réveille pour lui proposer du bouillon qu'il avait préparé.

Il pouvait dire adieu à ses instants de solitude.


– Jai chaud, grogna Alberich d'une voix enrouée, à peine réveillé, en repoussant la masse de couvertures sur lui.

– Et bien ça te change. Ça fait des mois que tu te plains du froid et maintenant que tu as chaud ça ne va pas non plus. T'es vraiment lunatique comme gars.

– Ta gueule Mime !

– Ah, tu jures, c'est que ça doit aller mieux. Tu m'en vois rassuré.

Alberich se tourna sur le côté, pris d'une nouvelle quinte de toux. Mime le regardait d'un coin de l'œil froisser le draps dans son poing, geindre et serrer les dents. Son état était douloureux, et ce n'était pas à cause de la fièvre ou de la toux, mais bien de sa dignité bafouée.

– A quoi j'en suis réduis ? Moi, un Megrez, l'homme le plus intelligent d'Asgard. Me laisser moisir dans un cachot jusqu'en m'en rendre malade, puis m'isoler dans un bled, dans une bicoque en forêt avec un ménestrel à deux ronds.

– Merci du compliment. Et je te signale que si tu t'étais mieux nourri, tu ne serais peut-être pas tombé malade. On peut savoir à quel moment ta logique a foutu le camp ?

– Mais ferme ta putain de gueule, Mime.

– Tu n'as plus que cette insulte à la bouche. Il a l'air fier allure le savant d'Asgard.

– Tais-toi, par la grâce d'Odin, tais-toi.

Mime avait encore envie de répliquer que s'il en venait à prononcer le nom de leur divinité, c'est qu'Alberich devait avoir perdu la foi en ses propres capacités, mais il s'abstint. Son invité semblait au plus mal. La tête enfoncée dans le matelas, les épaules tremblotantes, Mime devinait qu'il sanglotait de rage. Vraiment au plus mal, mais le réconforter était une mauvaise idée. Sa fierté en prendrait encore un sacré coup.

– T'as faim ? Y a du bouillon. Ça t'aidera à guérir.

– T'as rien de mieux à me proposer ?

– Non.

– T'es vraiment un gueux. Sers-moi donc s'il n'y a que ça.

Il ramena un plateau contenant une grande assiette fumante ainsi qu'une tasse, mais attendit avant de la lui donner, se tenant à deux mètres du malade. Alberich continuait de le regarder comme une bête sauvage, encore affalé sur le lit.

– T'attends quoi pour me le donner ? T'es vraiment un mauvais hôte.

– Je ne veux pas que tu salisses les draps. Commence par t'installer correctement. A moins que tu n'en sois pas capable.

– Pour qui tu me prends ? Bien sûr que… Alberich forçait sur ses bras en grimaçant. Je vais y arriver. J'ai peut-être pas de gros bras, mais je reste un guerre divin.

Après plusieurs tentatives non concluantes, Mime soupira et se résolut à aider son invité à s'asseoir dans le lit, le calant contre les oreillers avant de poser le plateau sur ses genoux.

– C'est quoi ça ? demanda Alberich en prenant un sachet qui était déposé sur le plateau.

– Un reste de médicament qu'il y avait ici. Quand j'étais enfant, je suis tombé gravement malade et le médecin nous avait vendus ça. C'est efficace contre la fièvre.

– Si ça se trouve, c'est périmé.

– Ecoute, c'est toi qui es malade, pas moi. Et vu comment tu me casses les oreilles, j'aimerai que tu guérisses au plus vite. Tu es encore plus imbuvable que d'habitude. Alors bois ton bouillon, ta tisane que je viens de faire, prends ton médicament et arrête de faire chier. Et si tu me sors encore « pour qui tu te prends ? », tu vas le regretter. Contrairement à toi, je peux encore mer servir de mes pouvoirs.

Cette fois, Alberich ne répliqua pas. Il mangea calmement et ingurgita la poudre médicamenteuse en faisant la grimace. Cette mimique ne manqua pas de faire sourire Mime qui reconnaissait bien un fils de bonne famille qui devait avoir l'habitude qu'on adoucisse les remèdes. Mais il ne fit aucune remarque et débarrassa le plateau lorsqu'il eut terminé.

– C'était bon, merci, dit tout bas Alberich.

– Tu vois quand tu veux.

– Ça va, hein ! grogna cette fois le malade. Et toi, tu ne manges pas ?

– Tout à l'heure quand tu dormiras. C'est la nuit sainte et j'ai envie de manger avec plaisir, pas en te surveillant.

– Je m'enfuirai pas. J'ai même pas la force de me lever.

Mime soupira avant de rapporter le plateau à la cuisine, puis il revint dans la chambre avec un livre qu'il tendit à Alberich, des récits héroïques d'anciens guerriers asgardiens.

– Tiens, pour t'occuper. C'était mon livre préféré quand je vivais encore avec mon père. C'est sûr que ce n'est pas aussi savant que ce que tu as l'habitude de lire…

– C'est très bien, coupa Alberich en prenant l'ouvrage. Merci. Je vais prendre mon temps pour le lire.

– J'en ai d'autres, mais pas beaucoup. Je peux toujours me rendre chez mon ancien professeur pour t'en trouver plus. On va rester là tous les deux pendant plusieurs jours.

– Merci, dit encore Alberich qui avait commencé sa lecture.

– Est-ce que ta fièvre remonte ? Non, parce que je te trouve bien poli d'un coup.

– Ferme ton clapet, d'accord ? nouveau regard mauvais du guerrier de Delta.

– J'aime mieux ça, je te retrouve.

– J'ai pas envie de subir ta technique, mais ma patience a des limites.

Le silence s'installa entre les deux hommes, juste interrompu par le son de la harpe de Mime qui s'était assis sur une chaise à proximité du lit. Cette fois, Alberich ne fit aucune remarque, se contentant de lire. Ses yeux semblèrent même s'illuminer à mesure qu'il tournait les pages, détail qui n'échappa pas à l'hôte de la maison.

– Ça te plait ?

– Pour des gros bras, ils sont pas mal. Et même la fille, elle n'est pas mauvaise pour du sexe faible.

– Alberich, soupira Mime, pourquoi est-ce que tu t'obstines comme ça ?

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Les gros bras, le sexe faible, les gueux, tu te crois vraiment au-dessus de tout le monde. Seulement regarde où ça t'a mené. T'es juste un prisonnier que tout le monde méprise et ignore. Ça fait des mois que tu es en détention et tu n'as toujours rien appris. Tu clames ton nom sans même savoir que ton père t'a déjà déshérité et nié ton existence parce qu'il a trop honte.

– Comment ?

– Désolé de te l'apprendre comme ça, mais comme personne ne se décide à le faire, je m'y colle. Je préfère te le dire cash, je sais que tu n'aimes pas qu'on tourne autour du pot.

– Mon père… comment… grincement des dents d'Alberich, suspendant sa phrase.

– Tu sais très bien pourquoi. Tu n'es pas stupide, Alberich. Tu ne l'es même pas du tout. Tu as la tête bien faite, seulement tu t'en sers mal.

– Je vais le tuer, ce bâtard, explosa le traitre. C'est moi qui donnais leur grandeur aux Megrez. C'est moi qui ai donné plus de prestige à cette famille de bouseux en devenant conseiller et guerrier divin. Je vais le tuer.

– Tu es en colère et c'est normal. Mais Alberich, tu es assez intelligent pour ne pas te laisser dominer par elle. J'ai tué mon père sur le coup de la colère sans même le laisser s'expliquer et je le regrette bien aujourd'hui.

– Tais-toi, qu'est-ce que tu y comprends ? Ton cas n'a rien à voir avec le mien. J'étais du prestige depuis ma naissance, et maintenant je ne vaux pas mieux qu'une bouse de cheval. J'ai tout perdu à cause d'Hilda qui nie mes capacités. Je les hais, elle et mon père. Qu'ils crèvent, QU'ILS CREVENT.

– Alberich, stop, calme-toi, essaya de tempérer Mime qui s'était rapproché et le secouait par les épaules.

– Je les hais, je les hais. Et je hais ce royaume qui bride mes capacités. Je vaux mieux que ça. Je vaux mieux que d'être traité comme ça. Pourquoi personne ne voit ma grandeur ?

Une nouvelle quinte de toux interrompit son monologue de martyr. Alberich s'était remis à pleurer des larmes de rage. En touchant son front, Mime remarqua qu'il était bouillant. La fièvre remontait malgré le médicament, et cela amplifiait son état délirant. D'un mouvement brusque, il dégagea la main de Mime.

– Lâche-moi, sale mouchard. Ça aussi tu vas le rapporter à sa majesté Hilda, hein ? Et je te fais chier à être là, n'est-ce pas ? Bah vas-y, jette-moi dehors, dans le froid, à la merci des bêtes sauvages. J'en ai plus rien à foutre de crever. Je préfère encore mourir que de voir ma propre déchéance un jour de plus.

– La fièvre te fait dire n'importe quoi.

– Non, je suis parfaitement lucide. Laisse-moi crever, tu m'entends. LAISSE-MOI CREVER.

– Tu délires complètement, Alberich. Il faut faire tomber ta fièvre.

– Lâche-moi, laisse-moi, pleurait le prestigieux guerrier divin qui tomba littéralement du lit en essayant de se relever. Je pars… je veux pas… dépendre de toi. Rends-moi ce qui reste de ma dignité.

Alberich rampait par terre, décidé à quitter le foyer, mais il n'irait pas loin. Il avançait très lentement et difficilement, et il frissonnait, signe de sa fièvre. Mime eut tout le temps pour sortir et se rendre à l'écurie. Cela faisait longtemps qu'il n'y avait plus de cheval, mais l'eau croupie de leur bac était toujours là, ou plus exactement l'eau gelée. Il brisa la glace et récupéra plusieurs morceaux qu'il ramena à l'intérieur et enferma dans une serviette. Dans la chambre, Alberich avait cessé d'avancer. A plat ventre par terre, il reprenait difficilement son souffle et toussait régulièrement en frissonnant. Mime le releva autoritairement sans lui demander son avis pour le remettre sur le lit et il déboutonna sa chemise pour la lui retirer.

– J'ai froid, gémit Alberich.

– Il faut te refroidir, tu as trop de fièvre.

– J'ai froid, j'ai froid, répétait Alberich désespérément en quête de chaleur, se collant contre Mime. J'ai froid.

– Courage Alberich. Souviens-toi, tu n'es pas n'importe qui. Tu es un homme très intelligent, un élu de notre Seigneur, et tes capacités ne doivent pas s'évanouir comme ça. Et j'ai pas non plus envie que tu y passes. Allez, tiens le coup.

Alberich ne répondit plus mais resserra ses bras autour de Mime, se blottissant toujours plus contre lui pour se réchauffer. Le musicien profita de cette position pour lui passer un chiffon d'eau fraiche dans son dos, puis il le réinstalla sur les oreillers, une serviette de glace derrière sa nuque, d'autres sur ses aines, et il le recouvrit légèrement. Il savait que c'était inconfortable pour le malade qui grelottait, mais c'était le meilleur moyen pour faire baisser sa température au plus vite.

A son tour, Mime se déshabilla partiellement. Quitte à devoir veiller constamment sur l'état d'Alberich, autant se mettre à l'aise. Il se glissa à ses côtés dans le large lit, non sans vérifier le poêle une dernière fois. A ses côtés, Alberich semblait à semi-conscient. Pas complètement endormi, mais pas complètement réveillé non plus. Mime récupéra le livre que son invité avait commencé et repris la lecture à voix haute, berçant Alberich des récits de héros.


Le jour réveilla Alberich, de même que l'inconfort de se retrouver dans une literie humide. Sérieusement, il n'avait quand même pas eu un accident à son âge, non ? Le guerrier divin de Delta se redressa pour remarquer qu'il ne s'agissait que de sa transpiration et des serviettes de glace qui avaient fondu dans la nuit. Encore heureux, il avait eu son quota d'humiliation la nuit dernière.

Ce matin, Alberich se sentait beaucoup mieux. Sa fièvre était visiblement tombée pour le moment. Bon, il reconnaissait que son hôte n'était peut-être pas des plus agréable, mais au moins il était efficace. D'ailleurs, où était-il ?

Quelque chose bougea à ses côtés dans le lit. Alberich remarqua avec horreur que Mime avait dormi avec lui. Immédiatement, il se leva, non sans se tenir au chevet pour soutenir ses jambes encore faibles.

– Toi ! Mais qu''est-ce que tu fais là ? Tu n'as pas honte ? Sors de mon lit immédiatement, protesta Alberich.

– Je te signale que c'est MON lit et que tu te trouves sous MON toit, répliqua Mime en se redressant. Si ça ne te va pas, tu peux encore dormir sur le tapis.

– T'as pas une autre chambre ?

– Si, mais elle n'est pas chauffée et pas question que j'y allume le poêle parce que tu fais ton pudique. Le bois, c'est pas illimité.

– Misère, maugréa Alberich.

– Oh ça va, on est deux hommes. Je vois pas ce qu'il y de si dérangeant. Disons que nous passons les fêtes entre amis.

– J'ai connu de meilleures fêtes que ça.

– Tu préfères retourner dans ton cachot ?

– J'y retournerai après le nouvel an de toute façon.

– Justement, profite de ta petite liberté conditionnelle.

– Je suppose que tu ne vas pas me lâcher.

– Je te laisserai un peu seul quand j'irai faire une course ou chasser. D'ailleurs, c'est noël aujourd'hui, et comme j'ai un invité de marque, je vais essayer d'aller débusquer deux lièvres.

– Pourquoi deux ? Je mange pas tant que ça.

– J'en échangerai un contre des légumes à la ferme d'à côté ? Le troque, c'est pas une notion qui te parle ?

– Pas vraiment, non. Là où j'ai grandi, pas besoin de se casser le cul pour se nourrir.

– Pauvre petit noble qui ne saurait pas se débrouiller par lui-même.

– N'en rajoute pas. J'ai été éduqué comme ça, je n'y peux rien.

Mime sourit largement, ce qui fit davantage grimacer Alberich qui n'appréciait pas qu'on se foute de lui.

– Te fous pas de ma gueule, d'accord ?

– Non, pas du tout, en fait je suis content. Tu sembles un peu différent par rapport à hier.

– Comment ça ?

– Et bien, l'ancien Alberich m'aurait déjà traité de gueux avec un ricanement moqueur. Alors que là, tu ne fais que me raconter ta jeunesse et ta vie de famille.

– Hmphf, je n'ai plus de famille, dit Alberich avec un rire jaune en se souvenant de la révélation de Mime. J'ai régressé au même niveau que tous ces gueux que je méprisais, et même plus bas. Je n'ai plus de foyer, et je suis sûr que le centre social ne voudrait pas d'un type comme moi.

– Tu as encore ta chambre au palais.

– Mime, tu es naïf ou stupide ? Hilda me chante ses beaux discours, mais je sais déjà qu'elle ne me fera plus jamais confiance. A quoi bon tenter de me racheter, ça ne m'apportera presque rien, sauf une liberté où je n'ai nulle part où aller. J'aurais juste à me trouver une bicoque abandonnée et mourir de froid parce que je ne suis ni capable de m'occuper d'une cheminée, ni de couper du bois, encore moins de chasser ou copiner avec les voisins. Et mendier, ça jamais de la vie !

Le sourire de Mime ne disparaissait pas. Non, il ne me moquait pas de ce fils de bonne famille qui savait très bien se servir de sa tête mais pas de ses dix doigts. A vrai dire, le Alberich démuni et perdu le touchait, et en tant que fils de Forkel, il ne pouvait pas le laisser comme ça. C'était encore le meilleur hommage qu'il pouvait rendre à son père : aider un Asgardien dans le besoin.

Mime s'approcha et déposa sa main sur l'épaule de son invité, lequel ne le repoussa pas cette fois. Le musicien se rendit compte que sa peau dénudée était glacée, Alberich ne portant toujours que son pantalon.

– Je vais te montrer, ce n'est pas compliqué, dit affablement Mime. On va passer plusieurs jours ensemble ici après tout, et pas question que je m'occupe de l'intendance tout seul. Il faudra que tu y mettes du tien et que tu te salisses les mains.

– Ai-je le choix ?

– Avec tes capacités intellectuelles, je suis sûr que tu serais plus rusé qu'un renard et un excellent chasseur. Et puis, tu n'es pas un faible homme, non ? Tu es un guerrier divin et un bon escrimeur. Ton cas n'est pas désespéré, il faut juste te donner quelques directives et je suis sûr que tu t'en sortiras rapidement tout seul.

– Moi, chasser… keuf keuf.

– Rassure-toi, je ne t'emmènerai pas dehors tant que tu ne seras pas complètement guéri. Mais je pense que tu peux déjà m'aider à changer les draps du lit pour les laver et à préparer le repas. Je vais te donner des vêtements, on doit faire la même taille. Oh, et ne compte pas sur moi pour chauffer une autre chambre. Ma réserve de bois est limitée. Où tu dors ici avec moi, où tu te les gèles ailleurs.

– Ça va, maugréa Alberich. Comme s'il allait se passer quelque chose entre nous.

– Ce serait cocasse en effet, rit un peu Mime.

Il avait beau dire ça, le musicien s'étonnait tout de même de la fine musculature de son invité, et encore que celle-ci avait dû en partie fondre à cause de son emprisonnement. Alberich n'était pas aussi musclé que ne pouvait l'être Thor ou Siegfried, mais ses entrainements à l'épée avaient dû forger un peu son corps tout de même, le rendant plutôt attrayant en soi. Il pourrait avoir du succès auprès de ces dames, ou même des hommes. Enfin, Mime était peut-être un peu jeune pour penser à ça. Il ne s'y connaissait pas tellement en relation d'adultes. Son père était un guerrier dans l'âme qui n'avait jamais eu d'amante.

– Tiens, enfile ça.

– Merci, dit tout bas Alberich en prenant la tunique et le pantalon propre.

Ça semblait encore difficile pour lui de faire preuve de reconnaissance, mais ça viendrait, se dit Mime en le laissant s'habiller tranquillement. Il en était sûr, Alberich n'était pas un cas désespéré. Il pouvait changer et il mettrait tout en œuvre pour cela.

– Je te laisse, je vais sortir chasser. La nuit tombe tôt à cette période. J'ai un peu de pain si tu veux. Il doit avoir durci mais tu peux le tremper dans le reste bouillon.

– Et toi, tu ne déjeunes pas ?

– Les gueux ont l'habitude d'avoir le ventre vide, sourit Mime en lançant un regard entendu.

– Désolé de t'avoir insulté, détourna la tête Alberich qui semblait honteux de ses propres paroles.

– Je te pardonne. Et ne t'inquiète pas, je préfère chasser sans être alourdi par la digestion. On a l'esprit plus vif quand notre corps se purge.

– Vraiment ? yeux d'Alberich s'illuminant à cette révélation.

– Essaie donc.

Mime mit une cape sur ses épaules et se saisit d'un arc avant de se retourner.

– Alberich ?

– Hum ?

– Sois le bienvenu chez moi. Je ne sais pas ce que l'avenir te réserve, mais tu pourras toujours te réfugier ici si un jour tu te retrouves à la rue. Si tout le monde te tourne le dos, moi je ne laisserai pas tomber un ami. Alors ne stresse pas, d'accord ?

Clin d'œil avant de quitter la maison, laissant un Alberich pantois qui n'avait pas tellement l'habitude de ce genre de discours. Depuis son enfance, son entourage faisait l'éloge de son intelligence, de ce qu'elle pouvait apporter au royaume, mais Alberich n'avait pas le souvenir que quelqu'un se soit réellement soucié de ce qu'il ressentait. On mettait tellement de pression sur ses jeunes épaules, mais plus d'une fois l'enfant qu'il était craignait de ne pas être à la hauteur de ce qu'on espérait pour lui. Il se souvenait des angoisses qu'il avait le soir. Seule sa vieille peluche qu'il serrait fort contre lui le réconfortait.

De nouvelles larmes coulèrent le long de ses joues et tombèrent sur le parquet, vite suivies par le guerrier de Delta qui se recroquevilla sur lui-même, à la fois anéanti par sa chute et heureux qu'une personne soit là pour l'aider à se relever. Pendant plusieurs minutes, il pleura bruyamment, comme jamais auparavant, expulsant ses démons.

En ce jour de noël, Alberich devint un autre homme.


Mime rentra plusieurs heures plus tard les bras chargés. La chasse avait été bonne et il avait pu piéger non pas un mais trois lièvres. Il avait pu en échanger deux contre des légumes, mais également du lait et du miel qui serait utile pour soigner Alberich. Il était même passé chez son ancien professeur pour lui emprunter quelques livres. Qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour son petit noble d'invité.

La nuit était déjà tombée lorsqu'il pénétra chez lui. Il fut ravi de constater que l'ancien noble n'avait pas mis le feu à son habitacle en s'occupant de la cheminée. A son grand étonnement, il retrouva la maisonnée balayée, la vaisselle de la veille visiblement nettoyée, et son invité affalé sur la table, une tasse vide devant lui, surement de la tisane qu'il s'était préparé lui-même. Il dormait sur le livre qu'il lui avait donné la vieille. Son teint rougi signalait que sa fièvre remontait, et il toussait encore à intervalle régulier.

Mime sourit, il semblait tellement innocent comme ça. Le musicien déposa sa cape, son arme, ses vivres et il se rendit à la chambre pour constater que les draps avaient même été changés. Bon, les anciens n'étaient pas lavés, mais c'était déjà bien pour un premier jour. Il aurait bien aimé voir ça. Alberich avait assurément mérité son ragoût de lièvre, mais ça serait pour demain maintenant.

Mime revint à la cuisine pour réveiller son invité et l'aider à se coucher.

– Mime ? demanda Alberich d'une voix endormie. Tu es rentré ?

– Tu aurais dû aller au lit si tu étais fatigué. Tu es encore malade, n'en fais pas trop.

– T'étais où ? Il est tard et tu rentrais pas.

– La chasse, c'est pas si simple tu sais. Mais ça valait le coup que je m'éloigne et insiste.

– Je me suis inquiété.

– Tu ne devrais pas.

– Ne crève pas avant de m'avoir appris ce que je dois savoir.

– Mais oui, mais oui. Allez, repose-toi. Tu vas prendre un médicament avant de dormir, et du lait au miel.

– Du lait au miel ? les yeux d'Alberich s'était subitement illuminé, à moins que ça ne soit la fièvre qui les lui rendait brillants.

– Tiens, mets cette chemise de nuit, je te rapporte ça.

Les yeux doublement brillants du guerrier de Delta lorsqu'il but sa tasse ne s'échappèrent pas à Mime. Même l'amer remède passa beaucoup mieux.

– Tu aimes ça ?

– C'est la meilleure chose que j'ai avalé depuis que je suis ici… en fait depuis qu'on est revenu à la vie.

– J'imagine qu'en prison, les repas n'étaient pas fameux.

– Ton bouillon d'os est assez fade. J'ai plus l'impression de boire de l'eau aromatisée mais, je sais pas, il est chaleureux.

– C'est le bouillon des pauvres, dit affablement Mime. Quand on n'a plus rien, on a toujours ça.

– C'est pas si mal, sourit Alberich. Je pense que je pourrais m'y habituer.

– Mais demain, tu as bien mérité un festin, messire Alberich.

– Ne m'appelle plus comme ça, grogna à nouveau l'ex-noble.

– Je plaisante. Allez, bonne nuit, demain on cuisinera ensemble, dit Mime en remontant les couvertures.

– C'est bon, objectiva Alberich en s'arrangeant dans le lit. Je suis pt'être un fils de bonne famille mais je peux encore me border tout seul.

– Tu es plutôt dégourdi en fait. Ça sera plus simple que ce que je croyais de t'apprendre.

– Tu me prends pour qui ? grommela le guerrier de Delta enfoui sous les couvertures.

Mime sourit. Alberich changeait mais restait lui-même. Malgré tout, il sentait qu'il n'avait pas finir de découvrir tout ce que cachait cette personne. Cet ancien noble qui avait grandi dans l'opulence avait-il eu une jeunesse si heureuse ? Mime en douta lorsque dans le nuit, Alberich vint se serrer contre lui, l'enlaçant dans son sommeil comme s'il était une peluche.