Date : 17 décembre 2020
Personnages : Saga x Mû pour SaintEvilCat aka Cheshire
Univers : post-Hadès résurrection
Genre : Romance débutante, humour
Note de l'auteur : Je m'excuse en avance parce que j'ai manqué d'idées pour cette entrée. Elle est l'une de celle qui m'a donnée le plus de mal et je trouve qu'au final, c'est tout sauf bien. Et qu'est-ce que je fais quand je manque d'idées ? De l'humour nul. En espérant qu'elle vous distrait tout de même.
Bonne lecture
Balade musicale
– Joyeux noël mon frère.
Saga, le nez plongé dans un livre, releva la tête et fronça les sourcils en voyant Kanon lui tendre un paquet.
– Heu... merci. Mais Kanon, noël ce n'est que dans trois semaines.
– Je tenais à t'offrir ton cadeau maintenant. Allez ouvre-le, s'impatienta Kanon en sautillant comme un enfant.
– Kanon, attends, ne me dis pas que tu comptes partir au Sanctuaire sous-marin plus tôt que prévu ? Tu m'as dit que tu ne partirais pas avant le 20 décembre.
– Mais non, et je te rappelle que je ne passe que le réveillon avec Poséidon et les marinas. Le vingt-cinq, tu sais qu'Athéna rassemble tous les sanctuaires ici.
– Mais je vais passer le réveillon seul, moi, se lamenta l'aîné.
– Ou pas. Ouvre ton cadeau, tu vas comprendre.
Le petit paquet contenait un livre intitulé « Arrêtez de réfléchir et vivez ».
– Kanon, réagit immédiatement Saga sur un ton de reproche.
– Ça ne peut plus durer, grand frère, répliqua plus vigoureusement le cadet.
– Mêle-toi de tes affaires.
– Mes affaires vont très bien. J'ai un amant adorable et sensible que je comble à la perfection.
– Quand je te dis de te mêler de tes affaires, je ne te demande pas de tout me raconter. Je sais que tu as une vie de couple PARFAITE.
– T'es jaloux ?
– Non, je suis content pour toi et tu le sais, se renfrogna l'aîné.
– Saga, reprit plus calmement Kanon en lui prenant les mains. Ce n'est pas pour t'embêter. Je veux vraiment que tu trouves ton bonheur, et il est deux temples plus bas.
– C'est pas possible.
– Tu rabâches ça depuis notre résurrection.
– J'ai tué son maitre, son père de cœur, j'ai été complice de son exil, j'ai...
– J'ai manipulé Poséidon et toute son armée, le coupa le second gémeau. La plupart des marinas sont morts à cause de moi. Et pourtant, ils me considèrent aujourd'hui comme un confrère, et mon Sorrente m'a pardonné. Et j'ai aussi obtenu le pardon de mon grand frère chéri que j'ai tant fait souffrir. C'est pas impossible, Saga. Tu te mets des barrières tout seul.
– J'ai peur qu'il me rejette.
– Il te rejettera pas, lui assura Kanon.
– Qu'est-ce que t'en sais ?
– Bon, écoute. On a eu cette discussion au moins cent fois et ça ne mène jamais à rien. Tu veux me faire plaisir pour noël ? Tu ne refuserais rien à ton adorable petit frère, hein ?
– Tu en fais trop, Kanon répliqua Saga blasé.
– Bref, demain, rends-toi à Athènes au marché de noël. Plus exactement, poste-toi à proximité des balades en calèche. Mû devrait normalement t'y rejoindre.
– Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
– Regarde ça, dit le second gémeau en donnant un flyer à son aîné.
– Venez vivre la plus romantique des balades, lut Saga. Promenade en calèche tirée par un lutin de noël au travers des rues illuminées d'Athènes. Pensez à réserver.
– Mon intuition me dit que Mû arrivera avec une place réservée pour vous deux.
– Mû aurait réservé ça ? demanda l'aîné suspicieux. Pourquoi j'ai le sentiment que c'est encore un de tes plans foireux. Ça fait des mois que t'essais de m'arranger le coup.
– On s'en fiche, tu y vas et c'est tout.
– Ça sent le complot à plein nez.
– Saga, si tu fais faux bond à Mû, je partirai plus tôt que prévu au sanctuaire sous-marin.
– Tu me fais du chantage ! s'outra l'aîné.
– Pour ton bien, grand frère, tu me remercieras. Oh, et je vais te prêter des affaires. Les tiennes sont ringardes.
– Sympathique, répliqua Saga vexé comme un pou.
– Et je vais te peigner aussi, faire un effet à tes cheveux.
– Non mais ça va, je peux me préparer tout seul.
– Mais tu vas enfin te jeter à l'eau et te déclarer à ton âme-sœur. Faut pas que t'ais l'air pouilleux. C'est le genre de souvenir que tu gardes toute ta vie.
– J'ai dit que j'irai faire la balade si Mû a effectivement une réservation. Mais j'ai pas parlé de me déclarer.
– Merde Saga, c'est ta chance là. S'il-te-plait, je veux te voir heureux. S'il-te-plait.
Argh, ces yeux de chaton, Saga ne pouvait pas y résister. Maudit Aiolia qui lui avait appris cette technique redoutable.
– Je... je vais y réfléchir.
– Parfait ! Enfin on avance. Et lis bien ce livre, tu as toute la nuit pour t'ôter ta culpabilité désuète. Pète un bon coup, ça te fera du bien.
– Kanon, répliqua Saga outré. Je le lierai plus tard. Il faut aller faire des courses pour le repas de ce soir.
– Je commande des pizzas.
– Encore ! On a mangé chinois à emporter cette semaine, kebab, fast-food, crêperie, c'est pas très sain tout ça. Tu veux me faire engraisser ?
– T'as peur que ça ne plaise pas à Mû ? T'inquiète, si t'es en couple en lui, tu vas maigrir. Les moutons, ça broute de l'herbe, non ?
– Je vais lire dans ma chambre, ça vaudra mieux que de t'entendre dire des sottises.
– Je t'appelle quand les pizzas sont arrivées. Des sottises, se moqua Kanon en parlant à lui-même, tout en cherchant le flyer de la pizzéria. Mais quelle façon solennelle de parler. Il vit à quelle époque, sérieux ? Même les dinosaures ont un langage moins vieillot. Avec Mû, ils font vraiment la paire.
– Joyeux noël maître Mû.
– Kiki, je t'ai déjà dit que noël, ce n'est que dans trois semaines ! Tu n'auras pas tes cadeaux maintenant.
– Allons Mû, intervint Shion qui était arrivé en même temps que Kiki, le petit veut te faire un cadeau en avance. Accepte-le.
– Vous êtes là aussi, maître ? Mais qu'est-ce qui se passe ?
– Ouvrez maître, s'excitait le bambin.
Le cadeau qui n'était qu'une enveloppe contenait deux billets pour une balade en calèche romantique, à faire en couple. La réservation était prévue pour le lendemain.
– C'est très gentil, Kiki. Mais tu sais bien que je suis célibataire.
– Pour le moment, mais saisissez cette opportunité pour vous déclarer à Saga. Il viendra vous rejoindre là-bas. Et c'est vrai, je ne mens pas.
– Quoi ? Mais qu'est-ce que tu sais de Saga et moi ?
– Mais vous l'aimez, c'est évident, dit simplement le garçonnet avec toute la franchise propre aux enfants.
– Hein ? Mais... rougit le Bélier. Non, je...
– C'est effectivement évident, Mû, dit alors Shion. Tout le monde le sait, ça saute aux yeux.
– Je... bon d'accord, vous m'avez percé à jour. Mais oubliez ça, ce n'est pas réciproque, dit tristement Mû en posant la réservation.
– Pourquoi il voudrait pas de vous ? Vous êtes beau et gentil. Vous êtes parfait, maître, s'exclama l'enfant en se serrant contre son tuteur. Si j'étais grand, je serais amoureux de vous.
– Ce n'est pas si simple, Kiki, rit malgré tout le Bélier en frottant la tête rousse de son apprenti.
– Bon Mû, je ne voulais pas en arriver là, mais cette histoire traîne trop en longueur. Tu vas aller à ce rendez-vous, et je peux te garantir que ton chevalier charmant y sera aussi, foi de grand papa qui en a marre de voir son fiston malheureux.
– C'était très embarrassant, maître, rougit Mû.
– M'en fous.
– Je crois que Dohko qui a retrouvé la fougue de sa jeunesse à une mauvaise influence sur vous.
– Si ça se trouve c'est moi qui ai une mauvaise influence sur lui, répliqua malicieusement le patriarche.
– Je ne veux pas savoir en fait, répondit le Bélier sans entrain.
Kiki resserra encore plus son étreinte et Shion passa ses bras autour des épaules du Bélier en titre. Ils se turent pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que Shion brise le silence.
– Tu sais comment Athéna surnomme ses chevaliers ?
– Les chevaliers de l'espoir, répondit Mû.
– Exactement, et si l'un d'eux perd cet espoir, tout le monde s'effondre.
– Une pierre en moins ne fait pas s'effondrer un mur.
– On s'en fiche que le mur tienne encore debout, il ne sera plus le même. Beaucoup de gens tienne à toi, Mû. Aldébaran, Aiolia et Milo sont venus me demander de t'aider car ils s'inquiètent. Et Shaka m'a donné ça, dit Shion en tendant un flacon.
– C'est quoi ?
– Un mélange d'épices ayurvédiques apparemment très aphrodisiaque.
Mû qui allait ouvrit le flacon suspendit subitement son geste.
– Maître, enfin ! rougit encore l'atlante aux cheveux lilas. Je vous signale qu'il y a des enfants dans cette pièce.
– Je sais comment on fait les bébés, répliqua Kiki fier de lui, et c'est pas dans les choux comme vous me l'aviez dit.
– C'est bien mon petit, le congratula Shion. Tu retiens bien mes leçons.
– Quoi ? Non mais je rêve. Bon allez, dehors tous les deux. Kiki, tu vas aller courir autour du sanctuaire en punition, et maître, je ne veux plus vous voir aujourd'hui. Vous me gênez affreusement. Allez, oust.
– Aphrodite viendra te chercher demain matin pour faire les boutiques, dit Shion tout sourire qui se faisait pousser vers l'extérieur. Tu dois être classe pour ton rendez-vous.
– Je n'irai pas.
– Tu veux poser un râteau à Saga ? Oh, mais il sera tellement triste.
– Je vous renie en tant que maître, vil manipulateur, explosa Mû en claquant la porte.
Jetés dehors comme des malpropres, le vieil homme à l'apparence jeune et l'enfant se sourirent, complices. Il savait que Mû ne voudrait jamais rendre Saga triste, surtout par sa faute. Shion avait pincé la bonne corde. Maintenant, ils étaient sûrs qu'il se rendrait à ce rendez-vous.
– Il va être sur les nerfs ce soir. Tu veux venir dormir au palais ? proposa Shion.
– Il y aura des frites ?
– Des frites, des pâtes, des gâteaux, ce que tu veux. Et laisse tomber la course, dit le patriarche d'un geste de la main.
– Mais c'est un ordre de maître Mû.
– Et moi je suis ton Grand Pope et je t'ordonne de ne pas aller courir. Viens, on va plutôt jouer à des jeux de société avec Dohko.
– Génial !
Pour Shion qui avait raté les meilleures années de la vie de Mû, il se rattrapait bien avec Kiki, le gâtant trop, et le garnement en profitait largement.
Assis l'un à côté de l'autre dans un silence plus que gênant, Saga et Mû regardaient chacun de leur côté tandis que le faux lutin poussait la chansonnette. Il en faisait clairement trop, à croire qu'il avait été payé pour leur tenir la chandelle.
– Il fait froid, vous ne trouvez pas ? Moi j'ai un plaid, mais vous, vous devriez vous serrer, sinon vous allez attraper la mort. Vous êtes bien sapés, dis donc, mais ça tient pas chaud vos vêtements là.
Aucun des deux ne répondirent. Saga se risqua à jeter un œil à Mû qui ne semblait pas dérangé par les températures basses. Mince, c'était l'occasion pour lui de faire un geste, lui offrir sa veste, mais le Bélier avait passé des années dans les montagnes de l'Himalaya, dans l'austère région de Jamir. Il avait dû connaitre des hivers bien plus rudes qu'en Grèce, et tout ça par sa faute. Comment Saga pouvait-il prétendre obtenir l'amour de cet homme dont il avait gâché une grande partie de sa vie ? Impossible, juste impossible. Il avait bien lu le livre de Kanon, mais entre la théorie et la pratique, il y avait une grosse différence, et Saga ne se sentait pas capable d'effacer sa culpabilité, pas quand Mû se montrait si distant avec lui.
Une autre calèche suivait de près celle du duo silencieux. Trois personnes s'y trouvaient, jumelles en main, observant sans vergogne Saga et Mû.
– C'est une catastrophe, ils ne se parlent même pas, se lamenta Shion. Kanon, tu as offert le bon livre à ton frère ?
– Ben évidemment. Je sais lire quand même, railla le second gémeau.
– Pourquoi ils ne se déclarent pas puisqu'ils s'aiment tous les deux ? Je comprends pas, demanda Kiki assis entre eux.
– Parce que cet imbécile de Saga est pas foutu d'avancer.
– Comment tu parles de mon grand frère !
– Hé dis donc, les interrompit le conducteur de la calèche lui aussi déguisé en lutin, vous êtes sûrs que vous êtes en couple.
– Ben évidemment, répondit Shion. Regardez, on a même eu un enfant ensemble.
– Je tiens à préciser que ce n'est pas moi la mère, s'empressa de dire Kanon.
– J'ai hérité du physique de papa Shion et de la personnalité de papa Kanon, rajouta Kiki qui se prenait au jeu de ses « papas ».
– Heu… mais vous êtes deux hommes ?
– Et alors, vous savez pas comment on plante la graine ?
– Euh…
– Je vous ai donné un gros pourboire pour que vous suiviez de près la calèche de votre collègue. Alors avancez sans poser de question.
Les mètres défilaient, et toujours aucun avancement du côté de Saga et Mû. Il était temps de passer au plan B. Discrètement, Shion rampa le long de la calèche de son disciple pour héler le chauffeur et lui donner à lui aussi un gros pourboire ainsi qu'un poste cassette qu'il enclencha.
– Mise en place de l'atmosphère, chuchota Kanon lui aussi collé à la calèche telle une araignée, que tout le monde voyait de l'extérieur mais pas les amoureux du cul tourné.
La musique monta. Des percussions, cordes et cuivres et une ballade grave s'éleva.
– Regarde-le. Doux et robuste à la fois, chanta doucement Kanon en se rapprochant subrepticement de l'oreille de son jumeau. Il ne dit rien, il se tait, mais ton cœur brûle en secret. Tu ne sais pas pourquoi mais c'est plus fort que toi, t'aimerais bien l'embrasser.
Saga tourna brusquement la tête en sentant un souffle dans son oreille, mais Kanon s'était déjà retiré pour revenir se coller sur les côtés de la calèche.
– Tu as entendu ? demanda-t-il à Mû.
Le Bélier tourna la tête dans sa direction, tandis que Shion s'élevait dans son dos. Il ouvrit la fiole épicée confiée par Shaka et diffusa les odeurs aphrodisiaques entre les deux hommes avant de chanter à son tour.
– Tu rêves de lui. Tu l'attends depuis toujours. Si c'est un roman d'amour, faut provoquer l'étincelle. Et les mots, crois-moi, pour ça il n'y en a pas, décide-toi, embrasse-le.
– Ils sont de quelle espèce tes parents ? demanda le chauffeur à Kiki resté dans la calèche de derrière.
– Papa Kanon est moitié dragon des mers, tsundere sur les bords avec un goût prononcé pour les flûtes, et papa Shion, c'est un dinosaure à corne qui aime bien les balançoires.
– Pauvre gosse, dit le cocher avec compassion. Tu veux un bonbon ?
– Oui ! s'extasia l'enfant.
Et alors que Kiki profitait des douces attentions de l'employé de mairie qui avait pitié de lui et songeait à faire appel aux services sociaux, la température monta entre Saga et Mû. L'effluve épicée faisait son effet. Des gouttes de sueur dévalaient sur leurs fronts et leurs dos, et une tension se faisait gravement sentir dans leur bas bas-ventre. Pourtant, ils restèrent à leur place, accoudés chacun de leurs côtés, regardant à l'opposé l'un de l'autre. Dans l'étroite calèche, leurs hanches se touchaient et cela devenait insupportable pour eux. Surtout qu'il y avait encore cette étrange musique qui s'élevait dans l'air.
– Ensemble maintenant, dirent en cœur Shion et Kanon. Chalalalalala, ils sont intimidés, ils n'osent pas s'embrasser. Chalalalalalalala n'ayez pas peur, ne pensez qu'au bonheur. Allez embrassez-vous. Chalalalalalalala n'hésitez pas, puisque vous ne pensez qu'à ça, décidez-vous, embrassez-vous.
Les deux "lutins" étaient éberlués par ce qui ressemblait à un remix de La petite sirène. Et le pire, c'est que ça semblait marcher. Les secondes défilaient, et tandis que Shion et Kanon continuaient à susurrer « décidez-vous, embrassez-vous », Saga et Mû s'étaient enfin retournés pour se regarder, les joues en feu à cause des effluves aphrodisiaques.
– J'ai chaud, ça ne te gêne pas si j'enlève ma veste ? demanda Saga.
– Non, pas du tout.
– Il fait vraiment chaud d'un coup. Pourtant il a gelé ce matin.
– Le temps est vraiment bizarre, en effet.
– Embrassez-vous, embrassez-vous, répétaient en chanson les deux entremetteurs qui voulaient vite passer à la vitesse supérieure avant la fin de la musique.
Pouvait-on parler de progrès quand on passe de s'ignorer à parler de la météo ? Bon sang, mais à ce rythme, Athéna avait le temps de se réincarner deux fois.
Les yeux de Mû lorgnèrent bien malgré lui la sculpture de Saga. Il ne portait qu'un marcel blanc sous sa veste, laissant apparaitre ses clavicules, ses épaules, le haut de son torse. Son parfum s'éleva et le cœur du l'atlante cogna fortement. Cet homme était parfait, il l'aimait et le rendait fou. Mû déglutit. Saga se rendit compte qu'il était observé. Il rougit fortement, et le Bélier se rétracta.
– Pardon... je...
– Non... c'est bon.
Ça y est, quelque chose se débloquait. Les deux hommes se fixaient, leurs yeux brillants d'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
– C'est plutôt à moi de m'excuser, dit Saga en détournant les yeux, incapable de supporter ce regard qu'il ne pensait pas mériter.
Mû prit les mains du gémeau dans les siennes, moites à cet instant. Les siennes n'étaient pas mieux. Mais qu'est-ce qu'il se passait au juste pour que leurs corps s'enflamment de la sorte ?
Mû était sûr d'aimer son aîné. Il rêvait de lui, se languissait seul le soir. Par son incapacité à passer au-dessus de sa timidité, il inquiétait Shion et Aldébaran, peinait Kiki qui ressentait bien son trouble du haut de ses huit ans. Il aimait son père de cœur, son meilleur ami et son enfant, tout comme il aimait Saga. Ses mains dans les siennes, il ne voulait plus les lâcher, et comme Saga ne le repoussait pas, il osa se lancer.
– Tu n'as pas t'excuser de quoi que ce soit, Saga. Je t'ai pardonné, tout le monde t'a pardonné. On sait que ce n'était pas complètement toi, mais cette âme maléfique. Personne ne t'en veut, Saga. Accepte de te pardonner. Je te le demande en tant qu'ami.
– Non, pas ami ! chuchota Shion dont la tête dépassait du côté de la calèche. Mû, sérieusement !
– Je ne sais pas, Mû.
– Dis-le, je t'en prie. "Je me pardonne". J'ai besoin de te l'entendre dire, Saga. C'est important pour moi. Si tu tiens à faire quelque chose pour expier tes fautes, alors dis ça.
– Merci Mû, s'extasiait tout bas Kanon. T'es un type bien, faudra que je t'invite pour une bouffe au troisième temple. C'est Saga qui cuisinera bien sûr.
– Je... je me pardonne, souffla Saga. Et Mû...
Les mains se Saga se resserrèrent sur celles du tibétain. C'était le moment, il devait lui dire. Il devait arrêter de se lamenter, de trop réfléchir. Il devait vivre, arrêter de donner du mouron à Kanon, et il n'en servirait que mieux Athéna s'il faisait la paix avec lui-même. Si les Dieux avaient été capable de pactiser entre eux, il était sans doute capable de faire la paix avec ses actes passés.
– Mû, je t'a...
La calèche freina brusquement. Shion et Kanon tombèrent au sol dans un juron, tandis que Saga s'effondra sur Mû. Tout courage oublié, il eut vite fait de se redresser et se remettre à sa place bien de son côté.
– Que se passe-t-il ?
– Un chat a subitement traversé la route, expliqua le lutin.
– Saloperie de chat, raillait Kanon qui revenait s'installer à sa place dans la calèche de derrière où les attendait Kiki en train de lire un prospectus.
– Ça y était presque. Ça y est était presque ! Je vais demander à Athéna l'autorisation d'exterminer ces bestioles, pestait Shion. La balade est presque finie et on est repassé du niveau zéro au niveau moins un.
– J'ai une idée, dit alors Kiki.
– Quoi ?
– Je veux aider mon maître. Je ne veux plus l'entendre gémir le soir.
– Tu sais que s'il se met en couple avec mon grand frère, il gémira aussi le soir.
– Kanon ! C'est un gamin. Quel mauvais père tu fais.
– Tu m'en as déjà raconté d'autres, papa Shion, répliqua l'enfant.
– Hum hum, à quoi tu penses Kiki ? dit rapidement Shion pour changer de sujet.
– Regardez, l'itinéraire se termine sous le gui. Ils doivent s'embrasser là.
– Et comment tu comptes t'y prendre ?
– En leur mettant la pression. Ils s'aiment déjà, ils ont juste besoin d'un petit coup de pouce.
– Un petit coup de pouce ? A leur niveau, c'est un grand coup de pied au cul qu'il leur faut, maugréait le cadet des gémeaux.
– Kanon, ton langage !
– Oui bon ça va. T'es pas mon grand frère que je sache.
Shion soupira. Tout comme lui, Kanon était clairement épuisé de cette situation. Alors qu'ils s'étaient entrainés à pousser la chansonnette ensemble, pour rien au final, mais quelle déception !
– On compte sur toi, Kiki.
– Laissez-moi faire et profitez de la balade.
– Hmphf, j'aimerai mieux la faire avec Dohko/Sorrente, dirent à l'unisson les deux adultes.
– Et j'aurais besoin d'un peu d'argent, demanda également le garçonnet.
– Tiens, prends, lui accorda Shion d'un ton las en lui donnant une liasse impressionnante de billets. Et achète-toi des friandises ou ce que tu veux.
– Tiens, dit également Kanon en lui tentant son portefeuille. Ta compensation pour avoir joué le jeu aujourd'hui.
Les deux adultes étaient visiblement au bout du rouleau, trop dépités pour poursuivre cette quête. Cela faisait des mois qu'ils tentaient plusieurs choses qui ne marchaient pas, et ils regardaient leurs proches dépérir de cette situation qui ne se débloquait jamais. Leur humeur morose n'échappa pas à Kiki qui comptait bien remettre de la joie dans leur cœur à eux-aussi. Ils étaient en période de fête après tout, non ? Personne ne devrait être malheureux durant ce mois de l'année. Ses pensées étaient peut-être naïves, dignes d'un enfant qui ne connait pas les problèmes des adultes, mais de son jeune âge, Kiki avait déjà vu nombre de gens et de guerriers mourir. De ce fait, il avait appris très tôt combien la vie était précieuse. Il était bête de gâcher ce don miraculeux en broyant du noir.
L'apprenti Bélier se téléporta pour mettre son plan en marche. Il ne lui restait que peu de temps.
Saga et Mû s'étaient de nouveau positionnés dos l'un à l'autre, accoudés à la calèche, regardant le décor féérique sans grande conviction, leur moral en berne également. Il s'était passé quelque chose, il allait se passer quelque chose, mais le destin les avait brusquement interrompus, à croire qu'ils n'étaient définitivement pas faits pour être ensemble. Même le cocher ne disait plus rien. Il avait laissé tomber lui-aussi. Et elle était où la magie de noël au juste ?
Nulle part, elle n'existait pas.
– On est arrivé messieurs, dit le lutin en arrêtant la calèche. Au-dessus de vos têtes se tient le gui du marché de noël, très prisé par les couples. Je suppose que je n'ai pas besoin de vous raconter la tradition. C'est à vous de voir.
L'homme déguisé n'y mettait plus d'entrain, ayant bien compris que la balade romantique n'avait pas été un élément déclenchant. Il s'en voulait presque d'avoir accepté les gros pourboires de cet homme aux longs cheveux verts qui lui avait demandé sa coopération pour aider ses clients à se déclarer. Mission ratée, il était un bien mauvais lutin du père-noël.
La foule se ressembla alors vers la calèche. Des hommes, des femmes, des enfants de tout âge, les yeux scrutant les deux chevaliers. Kiki monta alors aux côtés du conducteur sous les yeux stupéfaits de Mû qui ne pensait pas trouver son apprenti ici. L'enfant fit un signe à la personne en charge de la musique avant de reporter son attention sur la foule pour leur donner le départ avec ses doigts. Des voix chantées s'élevèrent, comme une chorale improvisée, pas très en rythme, donnant un ensemble assez brouillon, mais on reconnaissait sans problème l'un des chants traditionnels de cette période : Noël c'est l'amour. Ce n'était pas parfait mais plein de bonne volonté. Mû était estomaqué de voir son jeune disciple guider le rythme musical de la foule, tel un chef d'orchestre. Cet enfant était décidément très étonnant. Il faisait un excellent leader qui savait attirer l'attention. Le Bélier en titre se surprit à penser qu'il ferait même un excellent Grand Pope.
Face à eux, le cocher poussa aussi la chansonnette non sans leur faire un grand sourire et en leur montrant encore le gui au-dessus de leur tête.
Saga et Mû se regardèrent, rougirent, déglutirent, sentant la pression de la foule qui attendait le baiser rempli de promesse.
La chanson arriva à son terme. Au lieu de se disperser, la foule resta là, tapant dans leurs mains. Une nouvelle musique, bien plus dynamique cette fois, s'éleva, et les athéniens chantèrent de nouveau un charabia incompréhensible. La chanson était en anglais cette fois. On reconnaissait sans problème l'air de « All I want for Chritmas is you » de la chanteuse Mariah Carey. Le doux récital s'était transformé en quelque chose de décadent, d'euphorique. La foule dansait en tapant dans leurs mains, en pointant le gui, en faisant de grand geste pour inciter les amoureux à savourer cette ambiance festive.
Shion et Kanon arrivèrent sur ces entrefaites avec leur propre calèche. Après le remix de La Petite sirène, ils assistaient maintenant à une reconstitution de Sister Act.
Et ça marchait !
Saga souriait de voir tous ces gens joyeux. Cette bonne ambiance générale lui donna du courage. Il reprit la main de Mû et entrelaça même ses doigts avec les siens.
– Quand je vois ça, je suis encore plus heureux d'avoir combattu pour sauver la Terre. Regarde ces gens, regarde cette ambiance, regarde ces lumières. Le monde est beau, n'est-ce pas Mû ?
– Oui, il l'est.
Les cris dans la foule s'élevèrent à l'instant où ils s'étaient pris la main. Derrière eux, Shion et Kanon avaient repris en chœur leur refrain « embrassez-vous, embrassez-vous ». Saga ferma les yeux un instant et se répéta les mots qu'il avait lus dans le livre de Kanon.
– Arrête de réfléchir et vis. Arrête de réfléchir et lance-toi, murmura-t 'il. Arrête de réfléchir et embrasse-le. La vie est courte, la vie est belle. Même si elle n'est pas parfaite, elle vaut le coup d'être vécue.
– Saga ? s'interrogea Mû qui n'entendait rien à cause du brouhaha général. Qu'est-ce que tu d…
Deux lèvres se posèrent enfin sur celle de Mû, l'empêchant de terminer sa phrase. Le Bélier écarquilla les yeux avant de les fermer et répondre à l'embrassade tant attendue. Il en avait rêvé, c'est encore mieux que ce qu'il avait imaginé. Des frissons l'envahirent. Il flottait sur son nuage, si bien qu'il n'entendit guère le tonnerre d'applaudissements de de sifflements.
Kiki se colla au dos de Mû en quête d'un câlin, heureux pour son maître qui méritait le bonheur.
– Kiki ?
– Je suis heureux pour vous, maître Mû. Je suis vraiment heureux. Je ne vous ai pas toujours rendu la vie facile à Jamir. Vous méritez d'être heureux.
– Mais non Kiki, démentit immédiatement Mû. Mon enfant, tu es la chose la plus merveilleuse qui me soit tombée dessus. Tu as comblé ma solitude à Jamir. Et moi, j'ai toujours été sévère avec toi.
– Très honnêtement, maître Mû, je ne vous trouve pas sévère pour un sou.
– Mû, j'ai envie de me morfondre en excuse, intervint Saga. Je suis responsable de ton exil, de cette solitude dont tu parles, mais après quoi ? Est-ce que tu vas de nouveau m'en vouloir et faire comme si ce baiser n'avait jamais eu lieu ?
– Non, s'empressa de répondre le Bélier. Saga, j'attends ce moment depuis si longtemps. Je croyais que tu ne m'aimais pas.
– Tu es tout ce que je souhaite, Mû. Je t'aime.
Cette fois, ce fut Mû qui embrassa le gémeau, une main posée sur sa joue pendant que l'autre cachait les yeux de son disciple qui protestait. Les applaudissements se poursuivaient et, se sentant observés, le jeune couple décida de lever le camp pour trouver un endroit plus intime.
– Il y a un salon de thé très cosy dans une ruelle pas loin d'ici, suggéra Saga.
– Ça me va, sourit Mû. Kiki, tu ne rentreras pas trop tard. Tiens, prends ça et achète-toi ce que tu veux.
– Merci maître, s'extasia l'enfant. Rassurez-vous, je rentrerai avec mon escorte.
Il embrassa son tuteur sur la joue avant de descendre de la calèche et se diriger déjà vers un marchand de gourmandises bien trop sucrées. Mû ne s'en formalisa pas, trop heureux en cet instant. Et puis, c'était les fêtes, n'est-ce pas ? Il pouvait bien se permettre d'alléger un peu ses règles pour celui qu'il considérait comme son fils.
Saga lui tendit la main pour l'inviter à descendre. Le cocher leur fit un signe comme pour les féliciter, et le gémeau le paya à son tour en remerciement pour cette balade. Décidément, l'employée de mairie avait bien gagné sa journée. Il relança son véhicule pour prendre en charge un nouveau couple, tout guilleret, laissant ainsi son collègue de derrière avancer. Shion et Kanon se retrouvèrent donc sous le gui, devant des dizaines et des dizaines de paires d'yeux impatients. Les deux hommes se regardèrent, leurs bouches se tordant en un rictus écœuré
– On se sépare, dirent-ils en cœur à la foule avant de descendre chacun de leur côté, ignorant les gens qui les huaient et leur jetaient leurs déchets.
Après toute leur mise en scène et leur plan couteux qui avait enfin permis à Saga et Mû de se mettre en couple, ils espéraient vraiment que leurs proches se montreraient généreux pour noël.
– Bon allez, je rentre, déclara Shion. Je dois commencer à décorer le Sanctuaire pour la venue de notre Déesse.
– Il te reste de l'argent ?
– Pas tellement, dit le Pope d'une voix blasé. J'ai presque tout dépensé en pourboire pour ces deux zouaves. Ils peuvent se gratter pour leur cadeau. Ils auront un bout de charbon et basta !
