Date : 18 décembre 2020

Personnages : Shion x Dohko, pour moi (et j'en ai pas honte, c'est mon anniversaire après tout)

Univers : Canon The lost Canvas

Genre : Rencontre, romance

Note de l'auteur : Petit rappel. On ne sait pas quand exactement Dohko arrive au Sanctuaire. Dans un flash-back, on le voit juste discuter avec son maître, un dragon millénaire, avant que ce dernier n'utilise l'Ultime Dragon et s'envole dans les cieux pour y mourir. A cette époque, Dohko semble plus jeune, il doit avoir 13-14 ans.

Cet OS contient des spoilers du Gaiden des vieux jumeaux (tome 15 et 16 de The Lost Canvas Chronicles)

Bonne lecture


Aries & Libra

Sanctuaire, maison du Bélier, quatre ans avant la guerre sainte

Les premiers flocons du mois de décembre tombaient sur le Sanctuaire. Shion montait consciencieusement la garde à l'extérieur du temple du Bélier, nullement affecté par les baisses de température. Originaire de Jamir, les hivers grecs se trouvaient bien confortables par rapport au climat rugueux des hautes montagnes.

Au loin, le jeune chevalier du Bélier ressentait l'agitation du village de Rodorio qui se préparait pour les fêtes de fin d'année. Même certains habitants du Sanctuaire prévoyaient un repas spécial ce jour-là. Le Grand Pope n'interdisait pas aux chevaliers et apprentis originaires de foi chrétienne de célébrer cette tradition, mais cela ne concernait pas Shion. Noël était un jour comme les autres pour lui. Pour sûr qu'il ne s'attendait pas à la venue d'une quelconque offrande ou miracle. Même si par moment, le jeune chevalier d'or de quatorze ans, arrivé au Sanctuaire il y a plus d'un an maintenant, se sentait un peu seul et aimerait bien voir surgir quelqu'un avec qui il puisse nouer de forts liens d'amitié.

Enfin, il s'entendait assez bien avec Manigoldo du Cancer, même si ce dernier ne cessait de le chambrer et lui conter le semblant de sentiment qu'il éprouvait pour Albafica des Poissons. Albafica justement l'intriguait beaucoup, mais Shion ne pouvait l'approcher. A chacun de ses pas, le dernier gardien reculait, peu décidé à réduire la distance entre eux. Il en connaissait la raison, mais Shion aurait aimé ne serait-ce que discuter. Ses journées au Sanctuaire n'étaient rythmées que par des entrainements, des leçons d'astrologie, de mythologie, de grec, et des longues heures seuls dans son temple.

Il était le plus jeune des chevaliers d'or pour le moment. Il aurait pu essayer de s'entendre avec Régulus, l'apprenti de Sisyphe du Sagittaire et candidat à l'armure du Lion, de trois ans son cadet, mais le jeune prodige et lui ne semblaient rien partager. Régulus était plus proche des autres apprentis, notamment d'un certain Yato.

Son voisin Rasgado du Taureau était gentil, mais lui aussi était occupé à former des apprentis, et il passait son temps libre à aider des gens dans le besoin. Même chose avec Sisyphe et El cid du Capricorne, ces deux-là passaient d'ailleurs beaucoup de temps ensemble.

Pour le reste, Shion n'était pas rassuré par l'aura d'Aspros des Gémeaux. Même son armure qu'il portait semblait pleurer. Et il n'avait plus jamais croisé ce jeune homme blessé, ce mystérieux sosie d'Aspros, qui semblait bien se dissimuler dans le Sanctuaire.

Asmita de la Vierge était aussi inaccessible qu'Albafica. Kardia du Scorpion accaparait Dégel du Verseau, les enfermant tous les deux dans une sorte de bulle inaccessible. Et puis, Dégel était un solitaire féru de lecture qui préférait le calme plutôt que la causette. Ne restait plus que le chevalier de la Balance, inexistant pour le moment.

Shion soupira. Il était parfois nostalgique de sa vie à Jamir avec son maître sage et intransigeant, mais au fond très paternel, et ses amis Yuzuriha et Tokusa. A Jamir, il n'était jamais seul comme ici. Mais peut-être que cela allait enfin changer.

Shion attendait l'arrivée d'un présent spécial, comme par hasard en ces périodes de fêtes. Cadeau du ciel ou empoisonné ? Il jugerait par lui-même lorsque celui-ci parviendrait au pied du domaine sacré, à condition bien sûr qu'il puisse passer les gardes et autres chevaliers de bronze et d'argent.

Shion, du fait de sa nature atlante, avait toujours eu une bonne affinité avec les cosmos environnants. Il ressentait facilement leur niveau et leur nature, même à des kilomètres s'il se concentrait. Pour le moment, cette aura qui se rapprochait du Sanctuaire depuis quelques jours, lentement mais surement, lui paraissait sauvage, intrigante, pas hostile, plutôt triste. Et, phénomène étrange, plus sa distance avec le domaine sacré se réduisait, plus l'armure de la Balance, orpheline depuis plus de deux siècles, scintillait et résonnait. Était-elle en train de réagir à l'arrivée de son nouveau porteur ? Le plus étonnant, c'était qu'Aries, sa propre armure, vibrait aussi.

Shion connaissait bien les armures. Il n'était pas rare qu'elles rentrent en résonnance, mais pourquoi juste Aries et Libra ? Pourquoi pas les autres protections dorées ? Quel lien réunissait ces deux-là en particulier ? Shion serait bien tenté de fouiller dans leur mémoire, mais il s'était promis de ne plus utiliser son pouvoir par simple curiosité. Le mieux à faire était encore d'attendre et rencontrer cette personne en face… et si elle pouvait se dépêcher, ça l'arrangerait.

Non pas qu'il avait froid, mais les vibrations d'Aries sur son jeune corps d'adolescent de quatorze ans le faisait réagir bien malgré lui, et c'était assez inconfortable. Shion trépignait littéralement sur place, ne sachant pas comment se mettre.

Le jeune bélier était très excité, et pas seulement par les réactions abusives de son jeune corps. Il y a plusieurs jours, un puissant cosmos s'était embrasé à l'est avant de disparaitre complètement, et dans le ciel s'était élevé une étoile ressemblant à un dragon. C'est à partir de ce moment-là que cette autre essence, bien moins puissante, encore immature, mais d'un niveau équivalent à celui des chevaliers d'or, avait commencé à bouger. A partir de ce moment-là que le Grand Pope Sage l'avait convoqué pour lui confier l'étrange réactivité de Libra. Shion était curieux de faire face à celui pouvant être à l'origine de ce phénomène. Et il était assez ravi à l'idée de faire une nouvelle rencontre qui allait peut-être chasser son ennui et sa solitude, ne serait-ce qu'un instant. S'il en jugeait par les mouvements de son cosmos, il ne devrait plus tarder à apparaitre.

Cette rencontre signera-t-elle pour lui quelque chose de nouveau ? Le tibétain était impatient de le découvrir. En attendant, il ravala un gémissement. Les frémissements d'Aries étaient une vraie contrainte. Elle l'oppressait, mettait son corps sous tension, mais il ne pouvait s'en délester pour le moment, pas alors que cette aura se rapprochait imperceptiblement.


Ça n'allait pas mieux. Ça n'allait pas mieux du tout. C'était même pire. Shion était sur le point d'exploser. Il avait envie de crier.

Son armure qui continuait de vibrer et stimuler plusieurs de ses zones érogènes la gênait atrocement, mais en plus le nouvel arrivant avait quelque chose de particulier. Était-ce son expression déterminée, féline, ou bien sa tenue chinoise collée au corps qui laissait deviner une sculpture musclée et alléchante ? Shion sentit son cœur palpiter. Il ne s'attendait à ce qu'un garçon d'à peu près son âge débarque, et un garçon hautement attrayant en plus ! Sans parler de son aura sauvage et triste qui lui donnait furieusement envie de lui demander ce qui l'avait mis dans un tel état.

– Halte, l'arrêta Shion d'une voix plutôt troublée. Tu te trouves au pied du domaine sacré. Qui que tu sois, je ne peux pas te laisser aller plus loin. Si tu tiens à la vie, fais demi-tour.

– Je suis venu ici parce que j'ai ressenti un appel. Je ne ferais pas demi-tour. Mon destin se trouve ici, je le sens. Je ne reviendrai pas dans mes contrées natales où mon maître n'est plu.

Donc voilà la raison de sa tristesse. Ce dragon s'envolant dans le ciel, cette explosion de cosmos à l'est, serait-ce le maître de ce jeune garçon ? Shion comprenait très bien la douleur qui devait être la sienne. Lui-même serait anéanti si son maître Hakurei venait à disparaître.

Son mentor increvable, ça lui paraissait tellement inconcevable qu'il périsse. Son tuteur qui l'avait élevé et qu'il n'avait plus revu depuis son arrivée au Sanctuaire. Son vieux maître qui lui manquait. Shion aimerait tellement qu'il soit là et qu'il puisse lui confier les émois qu'il était en train de vivre. Hakurei le traiterait certainement de gamin, se moquerait de son immaturité. Du vieux maître tout craché ! Shion sourit un peu à cette pensée, faisant froncer les sourcils à son visiteur.

– Qu'y a-t'il de si drôle ?

– Quoi ? Non, rien, se reprit Shion. Je regrette, mais j'ai pour mission de ne laisser passer personne.

– Et allez, une bourrique ! soupira le nouvel arrivant en levant les yeux au ciel. Je n'ai pas de temps à perdre ici. Je passerai de grès ou de force. En garde, mon mignon.

– Mon mignon ? s'étrangla Shion. Je suis Shion, chevalier d'or du Bélier, premier gardien des douze maisons zodiacales.

– On met des enfants au premier rang ? Sérieusement, c'est quoi cet endroit ?

– Ignare ! La maison du bélier est la première, d'où ma place. Et je ne suis pas un gosse, j'ai quatorze ans.

– Ah oui, on a donc le même âge. Moi je m'appelle Dohko, fils du tigre, je viens de Chine. J'ai été un apprenti taonia avant d'être formé par un dragon millénaire. Laisse-moi te montrer la technique ancestrale de mon maître.

L'aura autour du visiteur s'intensifia. Pas de doute, ce jeune guerrier maitrisait le cosmos, mais son intensité n'égalait pas celle des chevaliers d'or. Quelle que soit sa technique, il devrait facilement la contrer.

ROZAN HYAKU RYÛ HA, clama Dohko en projetant une multitude de dragons sur le premier gardien.

CRISTAL WALL.

La technique percuta le mur de cristal avant d'être renvoyé vers celui qui l'avait invoquée. Dohko pouvait facilement esquiver. Il était agile et connaissait bien son attaque. Mais au lieu de ça, il la para à deux mains. Il recula de plusieurs mètres, força sur ses bras et augmenta l'intensité de son cosmos pour maitriser cette décharge d'énergie. Il la maintint quelques instants entre ses paumes avant de la faire disparaitre. Cette action surprit Shion. Dohko venait de prendre de gros risques.

– Pourquoi n'as-tu pas esquivé ? Le Cristal Wall renvoie les attaques à l'expéditeur, leur infligeant les dégâts qui m'étaient destinés. Tu aurais pu te faire anéantir par ta propre technique, mais tout bon guerrier qui se connait et est relativement agile saurait esquiver sans problème. Tu veux impressionner la galerie ? Sache que ce n'est pas en faisant le beau que je te laisserai passer.

– Comme tu le dis, je connais bien mon attaque. Sa propulsion est d'une grande puissance. Si je ne l'avais pas arrêtée, elle aurait fait des dégâts dans les habitations derrière moi.

Shion sentit se membres frémir. Par Athéna, ce type n'était pas simplement attrayant. Il était incroyablement impressionnant et admirable qui plus est. Pour sûr qu'il possédait déjà les qualités d'un chevalier sacré.

Nouveau frisson, ça n'en finirait donc jamais. Tout chez le chinois ne le laissait pas indifférent, mais il devait son concentrer. Le Grand Pope lui avait demandé de l'évaluer. Dohko possédait certes les convictions nécessaires, mais sa force de combat n'était pas suffisante pour hériter Libra. S'il n'était pas capable ne serait-ce que d'ébrécher son mur, il pouvait juste faire demi-tour.

Aries vibra encore et Shion gémit bien malgré lui. Sa concentration vacilla, de même que sa défense. Cela ne sembla nullement échapper à son adversaire qui sourit. BADUM. Le cœur du Bélier cogna fort dans sa poitrine. Ce sourire de vainqueur, Dohko en avait encore sous le coude.

L'atmosphère avait changé. Shion savait qu'il ne devait pas le sous-estimer. La confrontation n'était pas terminée.

– Belle défense que voilà. J'ai été surpris, je ne pensais pas qu'un gamin avec un si joli visage soit si puissant.

Est-ce qu'il pouvait arrêter de jouer les Don juan ! Shion se sentait défaillir. L'idée qu'il plaise à ce garçon lui faisait étrangement plaisir. Mais il n'était pas dupe et ne se laisserait pas déstabiliser.

– Tu m'impressionnes, reprit Dohko. Mais je ne me laisserai pas avoir deux fois. Je vais exploser ton mur avec ma prochaine attaque. Je me suis retenu la première fois parce que je ne voulais pas t'abîmer. Mais cette fois, je m'y mets sérieusement.

– Enfin ça devient intéressant.

– Mets-toi en garde, mon beau. Ça va secouer.

Rester attentif, rester concentré. Shion inspira pour se reprendre mais c'était difficile, de plus en plus difficile. Encore plus difficile lorsque le nouveau venu retira son haut, se montrant torse nu sans le moindre complexe. Il était beau, bien taillé, bien musclé, Shion serait presque tenté d'y toucher pour en évaluer la fermeté... mais par Athéna, qu'est-ce qui lui arrivait ?

Les yeux du chinois avaient changé d'éclat, passant de triste à malicieux. Il semblait déterminé à prendre le dessus. Un instinct combattif et courageux l'enveloppait. Ce n'était plus le garçon en deuil mais plutôt un valeureux guerrier venu répondre à son destin.

Admirable, magnifique, la défense de Shion diminua encore. Impossible de se concentrer, il était bien trop perturbé par ce jeune homme. Il l'attirait, il l'intriguait avant même qu'il n'apparaisse devant ses yeux. Il déclenchait en lui une myriade de sensations inédites, dont l'excitation. Pas simplement celle entre ses cuisses – bon sang, songer à ce qui se passait là était hautement embarrassant –, Dohko titillait son envie de combattre, de se dépasser.

– Le Cristal Wall, c'est assez déloyal en fait, sourit à son tour Shion en faisant disparaitre sa défense. Puisque tu t'es décidé à m'attaquer sérieusement, je vais faire de même. Prépare-toi à encaisser ma technique, l'une des arcanes de la constellation du Bélier

– La mienne repoussera la tienne.

– C'est ce que nous allons voir.

– J'admets que je préfère me battre directement contre toi que contre un mur. Tu es prêt ?

– Je le suis depuis que j'ai senti ton essence se rapprocher d'ici.

– Oh, tu m'espionnais mon agneau ? C'est embarrassant.

– C'est surtout que tu ne passes pas inaperçu, mon tigrounet.

Les deux garçons, en posture offensive, se souriaient, excités par ce duel. Il n'y avait pas d'hostilité entre eux, plutôt une extase, une envie irrépressible de se mesure à l'autre, de montrer leurs capacités, de se frotter à cet adversaire qui les fascinait.

– Toi, tu me plais. Et si on arrêtait les surnoms mielleux et qu'on s'y mettait sérieusement ? suggéra Dohko.

– Je te signale que c'est toi qui as commencé. Mais je suis d'accord.

– Tu as un minois bien trop marquant, je n'ai pas pu m'en empêcher.

– Tu n'es pas mal non plus, répliqua Shion, amusé par la petite cour qu'ils se faisaient et qui n'étaient nullement un moyen de détourner l'attention.

– Fais ton possible pour rester intact.

– La même. Toi aussi tu me plais. Mais si tu veux prétendre combattre à mes côtés, tu dois déjà rester en vie.

– Le jeu en vaut la chandelle alors. Je vais me donner vraiment à fond.

Montée astronomique de cosmos des deux parties. Shion le ressentit parfaitement. Ce jeune garçon était capable d'embraser son essence jusqu'à atteindre le septième sens. Hallucinant, il leur fallait un guerrier comme lui dans leurs rangs. Plus question de le sous-estimer.

ROZAN HYAKU RYÛ HA.

STARDUST REVOLUTION.

SEKI SHIKI MEKAI HA.

Les âmes des deux jeunes guerriers quittèrent subitement leurs corps avant même qu'ils n'aient pu lancer leurs attaques. Leurs enveloppes charnelles tombèrent au sol sous eux. Si Dohko affichait une expression horrifiée et d'incompréhension, Shion devina immédiatement qui était à l'origine de ce phénomène.

– Manigoldo !

– Eh bien, eh bien, si j'étais pas intervenu, il aurait fallu creuser vos tombes. Franchement, quels gamins ! Vous connaissez pas l'expression "jeu de main, jeu de vilain" ? Et Shion, s'il t'arrive quelque chose, ton maître va me tuer. Pourquoi moi spécialement ? J'en sais rien, mais ce vieux crouton d'Hakurei m'a mandaté pour veiller sur toi. Alors si tu pouvais éviter de faire l'andouille avec les touristes et risquer ta peau, ça m'arrangerait bien.

– Quoi ? s'outra Dohko. Qui c'est celui-là ? Je suis pas un touriste, je suis venu parce qu'on m'a appelé ici.

– Manigoldo, ramène-nous maintenant, quémanda Shion.

– Ce ptit gars t'ennuie Shion ? Je peux l'emmener visiter la porte des Enfers si tu veux.

– Non, ramène-nous dans nos corps tous les deux, tout de suite !

– Ça va, ça va, soupira le Cancer. T'es bien insolent pour un gosse. J'te rappelle que je suis ton aîné. Tu me dois le respect, gamin !

Les deux rejoignirent leurs corps assez brutalement. Le cancer l'avait clairement fait exprès pour les taquiner, mais aussi parce que le choc allait leur ôter l'envie de combattre à nouveau. Shion, qui avait déjà subi cette technique par le passé, se releva le premier en gémissant et en pestant contre la brusquerie de son confrère.

– Tu n'as vraiment pas la classe de mon maître ou du Seigneur Sage avec cette technique, sale brute.

– Mais de rien, ça me fait plaisir de t'avoir sauvé la vie, ironisa Manigoldo en tapotant le crâne du jeune Bélier qui faisait la moue, vexé qu'on ne croit pas encore complètement en ses capacités et contrarié qu'on ait interrompu cet échange magique avec le chinois.

– Je contrôlais parfaitement la situation.

– Mouais, l'aura de l'autre gamin, c'était pas de la gnognotte quand même. Il aurait pu te faire mal.

– Je porte une armure et pas lui. C'est lui qui risquait le plus ici.

– Mais attends, le vieux a pas dit qu'un éventuel porteur de l'armure de la Balance devait se pointer ici sous peu ? Ça serait pas lui par hasard ?

– Argh, gémit Dohko qui se remettait doucement de la technique du Cancer. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui es-tu, toi ? Vous attaquez à plusieurs contre un ici ?

– Hé, on se calme le mioche. J'm'appelle Manigoldo, chevalier d'or du Cancer, gardien de la quatrième maison. J'suis intervenu parce votre petite dispute faisait trop de bruit. Et j'te signale que sans armure, l'attaque du petit agneau t'aurait fait mal, alors remercie-moi plutôt de vous avoir arrêté.

– T'as pas bientôt fini avec ces surnoms enfantins, grogna Shion.

– Mon vieux, enfin mon maître qui est le Grand Pope, le patriarche de ce domaine, avait senti une impressionnante essence cosmique se diriger par ici. Depuis, l'une de nos armure dorée vacante s'est mise à réagir. Il a supposé que son porteur était en approche. Dis-moi, gamin, quand est ton anniversaire ?

– Mon anniversaire ? s'étonna Dohko d'une telle question. Euh, c'est le 20 octobre.

– Il est du signe de la Balance, mais c'est parfait ça ! s'extasia Manigoldo. Hé Shion, j'te rappelle que t'étais censé tester celui qui se présenterait ici. Le TES-TER, pas le zigouiller.

–Mais j'allais pas le zigouiller, protesta Shion. J'aurais jamais fait ça, jamais !

Effectivement, Shion n'avait aucune envie qu'il arrive quoi que ce soit de mauvais à ce jeune garçon qui lui faisait toujours autant d'effet même après la retombée de leur ardeur combattive.

– Ouais ouais. N'empêche que si j'étais pas intervenu, ça aurait pu mal se terminer pour vous deux, même pour toi qui a une armure. T'es encore trop intrépide, Shion. La vie, c'est précieux, alors ne la gâche pas inutilement, d'accord ?

Shion fit la moue, encore. Il n'aimait pas se faire sermonner comme un gamin par un type qui finalement se situait au même grade que lui. Manigoldo l'accablait souvent de remontrances sur son comportement, remplaçant fidèlement son maître. Lui qui avait pensé être tranquille au Sanctuaire. Même si en réalité, ce côté paternaliste ou fraternel qu'avait endossé le Cancer à son arrivée ici avait quelque chose de rassurant. Mais ça, Shion ne l'avouerait jamais.

– Hum… oui, bouda le plus jeune.

– Bon allez, va présenter le nouveau au Grand Pope. Je garde ton temple. Hé toi, dit-il à l'attention de Dohko, j'espère que les escaliers ne te font pas peur. J'te jure, tu vas rêver de marches pendant des semaines.

Le chinois ne répondit pas et dépassa l'italien sans un mot, contrarié lui-aussi d'avoir été interrompu dans sa confrontation avec le Bélier. Il ne souhaitait pas l'anéantir. Au contraire, Dohko aurait tout fait pour l'impressionner, lui montrer qu'il était digne de rester ici, près de lui. Il n'avait jamais ressenti une telle excitation. Shion l'attirait, il lui avait plu dès l'instant où leurs regards s'étaient croisés. Dohko avait bien l'intention de se rapprocher de lui.

– Ça va ? demanda Shion. Pas trop secoué ?

– Ça va. C'était quoi cette technique ?

– Le Seki shiki mekai ha est l'arcane des chevaliers du Cancer. Elle sépare l'âme du corps pour l'envoyer sur la colline des morts, juste à l'entrée des Enfers.

– C'est effrayant.

– Tous les chevaliers ici disposent d'un panel de techniques qui dépassent l'entendement humain, et les rivalités sont de mise. Même si tu obtiens une armure, ne pense pas te la couler douce. Les entrainements sont obligatoires, ce n'est qu'ainsi que tu renforceras encore plus ton corps et ton cosmos.

– Je vois, c'est pas de tout repos. Et toi, tu vas bien ? demanda Dohko en dévisageant Shion.

– Euh… oui, pourquoi ?

– T'es tout rouge. Tu es malade ?

Le chinois posa sa main sur le front de Shion, lequel rougit davantage. Son armure vibra une nouvelle fois et il ravala un soupir. Par Athéna, il devait s'éloigner, il ne tiendrait pas sinon. Ce garçon le troublait bien trop. C'était pire depuis qu'il s'était posté à ses côtés. De plus, la lueur espiègle de ses iris était encore plus marquante de près. Son cœur tambourina. Shion ne croyait pas ce qui était en train de se passer.

En proie au doute, il n'y avait qu'une seule personne qui pourrait lui apporter des réponses.


Jamir

Une tempête de neige tombait dehors. Hakurei alimenta le feu et s'apprêtait à boire un thé, seul et au calme dans sa tour. Cela faisait plus d'un an maintenant que son disciple Shion avait rejoint le Sanctuaire, laissant le pauvre vieillard dans ces montagnes hostiles, dans ce château bien trop grand pour lui seul.

– Sale gosse ingrat, jurait quotidiennement Hakurei. Et avec cette tempête, les deux autres ne viendront pas me passer le balai aujourd'hui.

Attitude typique de ce vieux bougre qui ronchonnait plus qu'il ne parlait et qui ne montrait jamais l'affection qu'il portait à ses disciples, et plus particulièrement à Shion qu'il avait élevé. Il l'aimait comme son fils. Et oui, il lui manquait depuis son départ. L'oiseau était parti du nid bien trop tôt.

Maître, l'appela une voix par télépathie.

– Hein… euh… quoi ? s'étonna le chevalier de l'Autel en regardant autour de lui.

Maître Hakurei, c'est moi.

– Shion ? Mais par le sari de Bouddha, qu'est-ce que tu veux, gamin ? T'en a marre ? Tu veux rentrer ici ? Mais mon petit, fallait y penser avant. T'as pris ton envol, donc je veux plus te voir maintenant.

Mais non enfin ! Vous n'avez pas changé, maître. Toujours aussi gâteux.

– Attention à ton langage, gamin. C'est pas parce que tu portes une armure toute dorée que je peux pas venir te donner la fessée.

Vous oseriez pas.

– Oh que si.

Bon, je vous contacte parce que quelque chose m'interroge. J'ai besoin de votre avis.

– Est-ce que ce bon à rien de Manigoldo t'a parlé des jeux d'adulte ? J'le savais, je redoutais ce moment. Attends un peu que je botte les fesses à ce morveux qui ose te pervertir. Sage lui a donné bien trop de liberté.

Quoi ? Mais non enfin ! Maître, vous allez bien ? Vous ne perdriez pas la boule par hasard ?

– La ferme, gamin ! Bon alors, quel conseil peut te donner un vieil homme comme moi ?

Maître, je… hésita Shion.

– Bon alors quoi ? s'impatienta Hakurei en portant sa tasse de thé à ses lèvres.

Je crois que je suis amoureux.

Il recracha la boisson. Blanc. Silence. Hakurei s'essuya l'oreille avec son petit doigt, n'étant pas sûr d'avoir bien entendu.

– Je suis un vieil homme qui n'entend plus très bien. Tu peux me répéter ça.

Je vous parle directement dans votre tête. Vous avez très bien compris.

– Toi, amoureux ? Mais enfin, de qui ?

Il s'appelle Dohko, il vient de Chine. C'est le nouveau chevalier de la Balance.

– De la Balance ? T'es sûr que c'est pas une erreur ? Il n'y a plus eu de chevalier de la Balance depuis une éternité. Et là, d'un coup, un thaï se pointe, et il réclame cette armure ? Et il vole ton cœur en passant, ajouta Hakurei avec amertume.

Chinois, pas thaïlandais, rectifia Shion. Libra l'a immédiatement reconnu et accepté. J'ai senti qu'elle était heureuse de ne plus être orpheline. Et c'est étrange, mais Aries réagit bizarrement aussi depuis que Libra a senti l'arrivée de son nouveau porteur.

Aries réagit ?

Est-ce que vous êtes au courant d'un lien entre ces deux armures ?

– Non, gamin. Tu délires, c'est juste un hasard. Et tes sentiments pour ce garçon, c'est une erreur de jugement. C'est juste que tu grandis et qu'il se passe certaines choses dans ton corps.

Vraiment ? Vous croyez ? Mais pourtant j'étais sûr que…

– Non Shion, le coupa Hakurei. Ecoute la voix de la sagesse.

Euuuuuuh

– T'as quelque chose à redire peut-être ? rouspéta l'Autel devant l'hésitation de son propre disciple.

Vous n'êtes pas tellement un modèle de sagacité, maître.

– Rah tu m'agaces. Je coupe la communication. Et Shion, je t'interdis de côtoyer ce garçon.

Quoi ? Mais maître

– Pas de mais, tu obéis ! Je reste ton maître et ton tuteur.

Je vous rappelle que je suis parti de Jamir en coupant notre lien maître-élève.

– Oui, je sais. Tu as osé abandonner une vieille personne. Scandaleux ! Je suis déçu.

Oh arrêtez ! Vous n'êtes pas dans le besoin.

– Mon dos me fait mal. Tes massages me manquent. Yuzuriha ne veut pas m'en faire. Elle m'a traité de vicieux, raconta le vétéran. Et ne rigole pas, petit insolent !

Pardon, pouffait effectivement le jeune bélier de l'audace de son amie. Et Tokusa ?

– Si sa sœur dit non, il dit non. Un vrai mouton celui-là.

Je sens bien qu'en fait je vous manque.

– Tu divagues complètement, gamin. Enfin je suis tranquille. Enfin je n'ai plus à répondre à tes questions existentielles. Tiens d'ailleurs, je coupe. Et que je n'entende pas dire que tu fricotes avec ce thaï.

Chinois, rectifia encore Shion abasourdi.

– Peu importe, tu restes loin de lui.

Oui papa, répliqua le Bélier taquin avant de couper leur communication télépathique.

La sale gosse ! Hakurei marmonna dans sa barbe. Par Athéna, qu'il redoutait ce moment où son garçon vivrait ses premiers émois.


Sanctuaire, palais du Grand Pope

Sage, patriarche du Sanctuaire, écrivait l'histoire des lieux sur des parchemins, contant l'arrivée du septième gardien. Mais quel soulagement de compter un nouveau chevalier d'or dans leurs rangs. A l'approche de la guerre Sainte, toute force de combat était bonne à prendre.

A présent, il ne restait plus que l'armure du Lion vacante, mais Régulus, disciple de Sisyphe et fils de l'ancien Lion, se montrait incroyablement doué et prometteur. Malgré son jeune âge, il pourrait bientôt prétendre à l'amure de son défunt père. Chaque jour, le Sanctuaire se renforçait un peu plus à son grand soulagement. Il serait peut-être bientôt l'heure pour lui de passer le flambeau.

Sage, l'appela une voix dans sa tête. Tu peux m'expliquer ce que ça signifie ?

– Mon frère ? Hakurei, c'est toi ? Et bien, quel plaisir de t'entendre. Comment vas-tu ?

J'allais bien jusqu'à ce que Shion me contacte pour le parler du nouveau. Un thaï qui s'est emparé de l'armure de la Balance.

– Un thaï ? s'interrogea Sage. Ah, tu parles de Dohko. Il n'est pas thaïlandais, il est chinois.

Oui bon, peu importe. Il peut venir de n'importe où, même du trou du cul du monde, je m'en fiche pas mal. Sage, je veux que tu le renvoies.

– Hein ? Mais pourquoi ? Libra l'a déjà reconnu comme porteur.

Je le sens pas.

– Mais grand frère, tu ne l'as même jamais rencontré.

Shion m'en a parlé vite fait. Mon instinct me dit qu'il sera de mauvaise influence sur les autres, et surtout sur Shion qui est encore naïf. Il vaut mieux couper le mal à la racine. Renvoie-le avant que ça ne dégénère.

Sage sourit. A vrai dire, il s'attendait à l'appel de son frère. Le patriarche avait bien remarqué le trouble et la gêne évidents de Shion lorsqu'il avait emmené Dohko jusque devant lui.

Ces deux-là venaient à peine de se rencontrer, et pourtant ils avaient déjà sympathisé. Il régnait une alchimie flagrante entre eux. Un lien s'était créé en à peine une heure. Chacun semblait fasciné par l'autre. Et en plus, ils avaient le même âge.

– Et qui est-ce qui me parle là au juste ? Le chevalier de l'Autel ou le père surprotecteur de Shion ?

Sage, je ne plaisante pas. En plus ce thaï ose endosser Libra, l'armure de notre maître Itia. Comment peux-tu rester de marbre ? Elle est restée sans porteur depuis la disparition de notre maître.

– Oui, et cette armure était bien triste. Tu sais, elle n'a pas tellement participé à la dernière guerre sainte. Elle aussi veut faire sonner le glas de la justice. Enfin elle a trouvé un porteur, pourquoi devrais-je l'en empêcher ?

Shion m'a dit que son armure du Bélier résonnait avec celle de la Balance.

– Effectivement. Ces deux armures sont intimement liées. Tu te souviens de notre maître Itia de la Balance et Guategard du Bélier ? Ils étaient très proches, comme un père et son fils.

Evidemment que je m'en souviens, répondit Hakurei, nostalgique. Krest du Verseau m'avait aussi dit que dans sa jeunesse, Itia de la Balance avait un petit frère. Tu devines de qui il s'agissait ?

– Le chevalier du Bélier du treizième siècle ?

Il se prénommait Luan. Luan du Bélier. Il est mort pendant la guerre. Notre maître a porté le deuil de son petit frère pendant sa longue existence. Quelle force de vie il possédait ! Nous qui le voyions toujours comme une gentille personne, humble et altruiste, il cachait bien ses souffrances. Sage, sache que je n'aurais pas pu survivre si tu avais péri sur le champ de bataille.

– Moi non plus, grand frère. Je t'aimais tellement.

Tu m'aimais !

– Je t'aime toujours, évidemment, rit Sage. Toujours aussi ronchon. Hakurei, je sais que tu t'inquiètes pour Shion, mais laisse-le vivre ses propres expériences. Ce nouveau venu, ce Dohko, il m'inspire confiance. Tu te souviens quand Shion est parti à la recherche d'Aries ? Tu as bien dit que tu allais toujours dans le sens de mes décisions, non ? Et que tu faisais confiance à ton disciple ?

Huuuum... Oui...

– Alors tu n'as pas à t'en faire. Je suis sûre qu'Aries et Libra de cette génération sauront créer un puissant lien comme leurs précédents porteurs. Ces deux chevaliers sont liés de génération en génération, comme celle du Lion et du Sagittaire.

Je te préviens Sage. Si Shion m'appelle en pleurs parce que ça se passe mal, je t'en tiendrais responsable.

– Mais oui, mais oui, sourit le patriarche.

Et n'oublie pas d'avertir ton disciple Manigoldo qu'il doit tenir Shion à l'œil. Et qu'il ne lui raconte pas n'importe quoi sur les jeux d'adultes.

– Shion a bientôt l'âge de connaitre ces choses, tu sais.

Non, c'est trop tôt !

– D'accord papa, rit Sage. Mais tu sais, les gamins sont curieux. Et ils grandissent vite.

Raaah, mais tu vas pas commencer à m'appeler "papa" toi aussi. Je coupe, tiens.

– A bientôt grand-frère. Porte-toi bien. Je t'aime.

Je t'aime aussi. Et veille bien sur les petits, marmonna Hakurei de mauvais poil.

A nouveau seul, Sage se leva de son bureau pour aller consulter les archives.

Itia et Luan, deux frères

Itia et Guatergard, maître et disciple, proches comme un père et son fils

Même si cela n'était pas mentionné dans les rapports, Avenir du Bélier, chevalier venu du futur à leur époque au quinzième siècle, leur avait racontés que la Balance de son époque était son meilleur ami.

Et maintenant Shion et Dohko, deux jeunes chevaliers développant déjà un lien qui irait, il en était sûr, bien au-delà d'une solide amitié.


1 an plus tard

Shion montait la garde devant la maison du Bélier. En contrebas, le village de Rodorio s'animait. Le marché de noël s'était installé et des spécialités traditionnelles s'y vendaient. Nombre de chevaliers s'offraient un petit plaisir, mais l'Atlante, lui, ne se sentait toujours pas concerné par ces festivités.

– Salut, dit une voix qui montait les premières marches du domaine sacré.

Shion ne connaissait que trop bien ce timbre. Son armure aussi d'ailleurs. Immédiatement, elle vibra, le faisant encore frémir.

– Shion, l'appela Dohko de la Balance qui arriva à sa hauteur. Regarde.

Par Athéna, le garçon qu'il avait rencontré un an auparavant le fascinait toujours autant. Dohko était bien bâti, bien plus que lui qui restait svelte. Il souriait beaucoup, communiquait facilement, était ouvert et curieux, et il était très bon aux arts martiaux. Même sans utiliser son pouvoir cosmique, il savait très bien se défendre. Vraiment, Shion était subjugué. Malgré les avertissements de son maître, le jeune Bélier n'avait pas pu ignorer tous les signes. Il était tombé amoureux de Dohko dès leur première rencontre et, comble du bonheur, ses sentiments étaient réciproques. Les deux chevaliers entretenaient une liaison encore chaste et très tendre pour le moment, et surtout secrète.

Il y un an, Shion se demandait si le vent lui amenait un cadeau du ciel ou un cadeau empoisonné. C'était assurément un don, un miracle. Peut-être qu'il pourrait y croire en fait, à ce fameux miracle de noël.

– Qu'est-ce qu'il y a, Dohko ? demanda Shion tout sourire de le retrouver.

– Je reviens de Rodorio. Il y a plein de marché gourmand en ce moment. Je les ai vus aussi l'an dernier. Tu sais ce que c'est ?

– C'est les marchés de noël. Une fête religieuse de confession chrétienne qui a lieu dans une semaine. Ils ont quelques spécialités culinaires liées à cette période.

– Oui, j'ai vu. J'ai acheté ça, dit-il en montrant un sachet contenant des gâteaux. Ça te dit qu'on partage ?

– Qu'est-ce que c'est ?

– J'ai lu que c'était des mélomakarona. C'est une spécialité grecque de cette fête. C'est fait avec du miel.

– Ça a l'air bon en effet, commenta Shion en découvrant les petites douceurs ramenées par Dohko.

– Je propose qu'on porte un toast à notre rencontre. Tu te souviens, Shion ? C'était il y a un an jour pour jour.

– Bien sûr que je me souviens. Tu es apparu devant moi, tout auréolé de lumière, exagéra Shion sous les rires de son compagnon. J'ai immédiatement su que tu étais l'homme de ma vie.

En réponse à cette déclaration, Dohko sourit largement et déposa un chaste baiser sur les lèvres du Bélier. L'euphorie qu'il ressentait à chacun de ses échanges avec la Balance convainquait définitivement Shion qu'il était bel et bien amoureux de Dohko, que ce n'était pas juste lié aux changements de son corps. Quoiqu'en dise son maître, le jeune Bélier était sûr de ses sentiments.

– Même chose pour moi, mon agneau. J'ai une idée, est-ce que ça te dit de célébrer tous les ans notre rencontre ?

– Tu penses à quoi ?

– On pourrait juste déguster ces gâteaux en buvant une tasse de thé. T'en penses quoi ?

– J'en pense que c'est une excellente idée, approuva Shion en déposant à son tour ses lèvres sur celles de Dohko.


Sanctuaire, bureau du Grand Pope, quelques mois après la guerre Sainte du XXe siècle

Shion finissait de signer une commande au traiteur en vue de la fête de Noël en approche. Il posa son stylo et s'étira sur sa chaise. Voilà plusieurs semaines que leur Déesse avait permis leur retour à tous, après une énième guerre sainte toujours aussi meurtrière, la dernière de toute. Dorénavant, la paix avait été signée entre les Dieux et les chevaliers bénéficiaient enfin d'un repos bien mérité.

Tout naturellement, Shion avait repris sa place de Grand Pope. Bah, ça ne le gênait pas. Il était habitué et son ancien temple était déjà occupé par son disciple Mû, mais également du jeune apprenti Kiki, sans parler du petit-ami de Mû qui lui rendait très souvent visite. Non vraiment, Shion préférait rester vivre au calme au palais. En plus les lieux étaient plus spacieux, et même plus confortables pour le plus grand bonheur de Dohko, son éternel amour.

Plus de deux siècles de vie n'avaient pas tari les sentiments qu'ils se portaient, quand bien même ils s'étaient retrouvés séparés pendant une éternité.

– Shion, appela une voix.

– Dohko ? sourit le patriarche.

– Je savais que je te trouverais ici, dit le chevalier de la Balance en venant embrasser son compagnon. Tu prends une pause pour le thé ? Je suis allé acheter quelques gâteaux à Rodorio.

– Des gâteaux ? Mon tigrounet se laisserait-il aller au péché de gourmandise ?

– Ou plutôt à la nostalgie. Regarde.

Dans la boîte qu'il avait ramenée se trouvaient plusieurs mélomakarona. Leur vue et leur odeur réveillèrent les souvenirs de l'ancien Bélier. Il se remémora sa première rencontre avec Dohko, cet instant magique où tout deux savaient déjà qu'ils seraient bien plus que des confrères. Ils ne s'étaient pas trompés. Une rencontre déterminante dans leur vie, la croisée de deux âmes-sœurs.

Ce jour, ils l'avaient célébré chaque année jusqu'à la guerre sainte. Ensuite, leurs missions respectives les avaient empêchés de se retrouver. Un déchirement pour eux, mais leur devoir était prioritaire. En soit, c'était déjà un miracle qu'ils soient en vie tous les deux. Cela leur avait permis de se retrouver à cette époque, en ces temps de paix. Une attente plus que récompensée.

Dorénavant, les deux hommes avaient toute la vie pour profiter l'un de l'autre, et déguster des mélomakarona autour d'une tasse de thé chaque 18 décembre.


Mélomakarona : Dessert traditionnel de noël, d'origine grecque, à base d'huile olive et de miel.

Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

Luan du Bélier est de mon invention.

Et comme dans le Saga x Katya, le nom de l'homme de Mû n'est pas mentionné. A vous de vous imaginer qui vous souhaitez.