– Réponse au défi de noël : « Univers alternatif, canon divergeant, Cross-over »
– Réponse au défi de noël : « texte à la première personne du singulier »
– Réponse au défi de noël : « brisez votre OTP »
Personnages : Shion x Rune (j'ai brisé le Shion x Dohko ouiiiin)
Univers : Canon divergent The Lost canvas. Ici, Shion a suivi Rune qui était venu le chercher à Jamir quand il avait 12 ans.
Genre : Romance, réflexion, Lime, R-16
Note de l'auteur : Un passage de cet OS fait echo à l'OS sur Shion x Dohko du 18 décembre (Aries & Libra), mais vous n'êtes pas dans l'obligation de le lire pour comprendre.
Ce n'est pas évident pour moi de casser le Shion x Dohko que j'ai toujours shippé, mais en fait j'ai adoré écrire sur cette paire. J'aime beaucoup ces deux personnages.
Bonne lecture.
Sans regret
Dans mes rêves, j'entends toujours comme cette voix qui m'appelle, qui me supplie.
– Viens.
Je suis intrigué, mais je ne bouge pas. La voix se fait plus insistante. J'en entends d'autres également, plus familières, à croire que l'on cherche à me tourner de ma voie. Je voudrais les faire taire, leur faire comprendre que leurs appels sont inutiles. Il y a six ans, j'ai pris une décision, et je ne la regrette pas.
Je tourne le dos aux voix et m'éloigne. Ma vie se trouve ailleurs.
A chacun de mes réveils, je souris allégrement. Mon bel amant dort à mes côtés, son visage, habituellement figé et sévère en journée, détendu. Mon intransigeant procureur parait si paisible à cet instant.
Son corps est entièrement nu. Sa peau laiteuse ne fait qu'un avec les draps, et que dire de sa soyeuse chevelure d'argent. J'adore glisser mes doigts dans cette cascade blanche et lisse.
Rune du Balrog prend soin de son apparence. En tant que bras droit du juge Minos et même son remplaçant à la cour des défunts, il se doit d'avoir une apparence soignée, en concordance avec sa hiérarchie dans l'armée d'Hadès. Cet homme incroyable est celui qui m'a guidé vers le monde fascinant du jugement final, où des centaines de vie humaines défilent chaque jour, et je suis au premier rang pour lire dans leur vie. Quel prestige ! Comment refuser une telle place ? Je n'ai pas hésité il y a six ans, et je ne regrette absolument rien.
Rune m'a enseigné de nombreuses choses, étonnamment patient. On ne croirait pas ça de lui, ou bien est-ce juste avec moi ? Il me répète que je suis doué, prometteur, et qu'il place beaucoup d'espoir en moi. Un jour, je serais amené à juger des âmes derrière le pupitre, livre sacré sous mes yeux. Je rêve d'un tel honneur et je travaille dur chaque jour.
Au quotidien, je développe mon esprit tout en entraînant mon corps. Après tout, nous sommes aussi des défendeurs d'Hadès, pas juste des hommes de lettres. Pourtant, je n'ai pas hérité d'un surplis. Je ne suis visiblement pas destiné à être un spectre, à mon plus grand désarroi.
J'avais douze ans lorsque je suis arrivé ici, j'en ai dix-huit maintenant. Cela fait six années que je vis aux côtés de Rune, de quatre ans mon aîné. Nous partageons le même don, les mêmes idées, et depuis deux ans, la même couche. Mon précepteur m'a toujours fasciné. Serait-ce son assurance, son pouvoir similaire au mien qui fait que je me sens proche de lui, ou bien son indiscutable beauté. Quoiqu'il en soit, l'effet qu'il me procurait – et qu'il me procure encore – sur mon corps de jeune garçon devenait de plus en plus intense. Dès ce soir où j'ai osé le rejoindre dans sa chambre, juste vêtu d'un fin peignoir, je n'en suis plus jamais ressorti.
Aujourd'hui, j'ai dépassé mon précepteur, en taille du moins, et en physionomie également, mais mon intelligence est bien loin d'égaler la sienne. Rune lit à une vitesse des plus étonnantes et retient énormément de chose dans une seule journée. Le Seigneur Minos, notre supérieur, place toute sa confiance en lui.
Magnifique, la tête bien faite, juste parfait. Et c'est mon homme à moi. Je me rapproche de lui dans le lit pour embrasser son épaule dénudée. Ce contact le réveille immédiatement. Il bouge pour venir m'encercler de ses bras et je n'arrête pas mes cajoleries. Mes lèvres dévorent son cou et sa mâchoire, et l'une de mes mains glisse sur ses muscles abdominaux. Je l'entends soupirer. Un son ténu, à peine audible. Même pendant l'amour, Rune fait vœu de silence. Mais depuis deux ans, j'ai appris à décrypter les signes de son extase. Comme à cet instant, il se cambre, remue son corps pour me faciliter la tâche, écarte ses jambes pour venir les enrouler autour de mes hanches. Je flatte son sexe et son cou, et je le sens déglutir. Il aime mes attentions de bon matin. Par Hadès, je ne me lasse pas de lui. Son visage décomposé de plaisir est une merveille à observer. Je le relève vers moi pour l'embrasser à pleine bouche, grimpant complètement sur lui.
Mon rêve est une fois de plus oublié. Je me noie dans l'ivresse que me procure cet homme.
Je n'ai aucun regret.
– Il est temps de faire tes preuves, Shion, m'annonce Rune.
– Comment ça ?
– Aujourd'hui aura lieu ton premier jugement.
– Vraiment !
Je m'extasie. Enfin le moment tant attendu est arrivé.
Nous sommes au beau milieu de la guerre sainte. Sur Terre, le château d'Hadès s'effondre, et notre roi s'élève vers les cieux pour y terminer son œuvre, le Lost Canvas. On dénombre déjà bien des pertes dans l'armée d'Athéna, mais également dans celle d'Hadès. Notre supérieur, Minos du Griffon, a malheureusement déjà péri.
Rune s'était chargé de juger le chevalier qui avait osé ôter la vie du plus prestigieux juge des Enfers. Quel gâchis ! Cet Albafica croupissait actuellement au Cocyte, et je serais bien tenté d'aller l'y rejoindre pour en rajouter à ses souffrances, abîmer son joli minois. Quelle infamie, quelle laideur que cet homme. Pour sûr, je n'aurais certainement jamais pu m'intéresser à lui.
En conséquence de la mort du Seigneur Minos, le travail de Rune a été décuplé. Actuellement, nous ne pouvons profiter que de peu de temps ensemble, à mon plus grand regret. Mais le travail est prioritaire. Mon amant avait été clair là-dessus depuis le début.
Si l'on m'autorise enfin à juger les âmes, alors je pourrais le soulager, prendre le relais, et nous retrouverions nos nuits câlines et nos étreintes passionnées.
– Tu ne feras qu'un seul jugement aujourd'hui. J'ai besoin de tester ta détermination.
– Je ne te décevrai pas, dis-je déterminé.
– Je l'espère vraiment, me chuchote-t-il avant d'embrasser chastement mes lèvres. De ce jugement dépendra le reste de ta vie ici. Prouve-moi que je n'ai pas fait une erreur il y a six ans. Prouve-moi que tu ne regrettes rien. Je t'ai préparé un cas bien spécial rien que pour toi.
Je ne compris pas, du moins jusqu'à ce que l'âme en question se présente devant moi. J'avoue, je trésaille pendant quelques secondes avant de me reprendre. Je juge, je ne dois pas me laisser déstabiliser, et puis Rune me regarde. Je ne veux pas le décevoir. Je ne veux pas le perdre.
– Shion ! s'exclame le défunt. C'est toi ? Mais...
– Silence, ordonnais-je en frappant le marteau sur le tas. Tu es dans une cour où le silence doit être respecté. Ne parle que si je t'y invite.
– Tu as perdu tes bonnes manières, gamin.
– Silence !
Rune a fait exprès de me confier ce dossier. La première âme que je dois juger n'est pas n'importe qui. Il veut savoir si je suis capable de maitriser mes émotions, de rester neutre et imperturbable, même lorsqu'un visage familier se présente devant moi.
Rune sait que j'ai pleuré par le passé, un brin nostalgique de mon ancienne vie. Mais c'est du passé maintenant. Je suis ici et je ne regrette rien. Je veux prouver à Rune, mon bel amour, que je suis digne de prendre place derrière ce pupitre. J'adopte une posture droite et toise l'âme.
– Je suis Shion et je vais te juger ici même sans délai ni appel. Donne-moi ton nom et les péchés que tu as commis durant ta vie terrestre.
– C'est moi le vieil homme, et c'est ta mémoire qui te fait défaut. Pff, fort bien. Je voulais m'amuser à charrier un peu celui qui se trouverait à ta place, mais puisque c'est toi, en souvenir de l'immense affection que je te portais, je vais te répondre...
– Viens-en aux faits !
– Hakurei, chevalier d'argent de l'Autel de l'armée d'Athéna. Mon principal péché, c'est que je n'ai pas su détecter la folie qui s'emparait de toi et qui t'a fait commettre la pire des erreurs. Je savais que tu avais un don, mais je ne pensais pas qu'il décomposerait ainsi ta raison. J'ai été aveuglé par ma confiance en toi, alors que tu étais encore très jeune pour comprendre l'essence même de ton pouvoir. Je t'ai laissé partir avec un spectre qui t'a manipulé. Je n'ai pas su te protéger, toi qui étais comme mon enfant.
Mon visage reste dur. J'ai tellement envie de lui répliquer que Rune ne m'a pas manipulé, que je savais parfaitement ce que je faisais, mais ce serait une erreur. Je juge, je ne règle pas mes comptes avec cet homme.
– Autre chose ?
– C'est bien suffisant pour avoir anéanti le vieil homme que j'étais. J'ai survécu à la mort de mes nombreux camarades, mais pas à ta disparition. Je t'aimais réellement comme un fils, Shion. J'ai continué à vivre uniquement pour ma mission, mais je n'ai pas pu enseigner davantage. Yuzuriha et Tokusa ont fini leur formation au sanctuaire.
– Je me fiche bien de ça. Tu es là pour exposer tes péchés, rien d'autre.
– Il n'y a rien d'autre.
– Vieil homme sénile, aurais-tu oublié tout le sang que tu as fait couler ? Tu as même osé t'attaquer au Dieu du Sommeil et l'enfermer. Imagines-tu seulement la gravité de cet acte ?
– Ils étaient des ennemis d'Athéna. Mes actes en tant que chevalier relèvent de la justice...
– Ce n'est pas à toi de décider ce qui est juste. Tu n'es pas un Dieu, juste un homme. Et dois-je aussi te rappeler les jeunes gens que tu as frappés parce qu'ils se moquaient de ton frère jumeau plus faible que toi ? Des innocents ceux-là, t'en souviens-tu ? Inutile de nier, j'ai l'histoire de ta vie juste sous mes yeux.
– Hmpf, juste des sales gamins qui ne voyaient pas le potentiel de Sage. Je ne regrette rien, sinon de ne pas t'avoir sauvé des ténèbres.
– Je vois. Nier est en soit également un péché, dis-je en refermant le livre. De toute façon, inutile d'en dire davantage. Il n'existe qu'une seule destination pour toi qui est un chevalier d'Athéna et qui a osé t'opposer que Seigneur Hadès. La huitième et plus terrible prison, le Cocyte.
– Et ainsi, celui qui était destiné à revêtir l'armure du Bélier va de lui-même m'envoyer là-bas. Je suis tellement déçu.
– Tes regrets sont inutiles maintenant que tu es mort. Rien de ce que tu diras n'allégera ta sentence.
– Je te l'ai dit, répliqua Hakurei nullement affligé par son verdict, mon seul regret est d'avoir fermé les yeux sur ton état mental.
Je sens la colère monter en moi. Cet homme est assurément gâteux, ou bien est-ce une ruse ? Je n'ai pas de troubles mentaux. J'ai suivi Rune de mon plein grès. Je voulais développer mes capacités ailleurs que dans une petite grotte avec des vieilles armures mortes qui ne me montraient qu'un nombre limité de vie. C'est la vie que j'ai choisi. Je ne regrette rien.
Je suis un élu, destiné à de grandes choses. Je me sens valorisé et utile ici. Et surtout, j'aime Rune. Mes sentiments pour lui sont plus fort même que ceux que j'aurais pu avoir pour ce vieux rabougri sévère qui ne savait jamais montrer sa soi-disant affection.
– Tu es jugé coupable. J'ai rendu mon verdict, tu iras au Cocyte. La séance est close, déclarais-je en tapant encore une fois le marteau sur le tas.
Je regarde une dernière fois celui qui fut mon maître, celui-là même qui m'avait appris à me servir de pouvoirs psychokinésiques, à maitriser le cosmos et bien d'autres choses. Il n'y avait aucune peur dans ses yeux, juste de la mélancolie.
– Tu as vraiment grandi, Shion. Je suis content que tu ailles bien, même si j'aurais aimé te voir briller dans une des légendaires armures d'or et servir la justice.
Ce fut les derniers mots qu'il prononça avant de disparaitre. A mes côtés, Rune, qui n'avait pas dit un mot durant toute la séance, m'applaudit doucement et s'approche pour venir m'embrasser.
– Tu as prouvé que tu étais digne de cette place. Shion, j'avais bien raison de miser sur toi.
Son ton devint plus mielleux et je sens mon cœur s'emballer. Comment regretter lorsque cet homme me charme à nouveau chaque jour ? D'un geste de la main, il ordonne à chacun de sortir, nous laissant seul à la cour silencieuse. Rune est vraiment devenu le maître des lieux depuis la mort du Seigneur Minos. Il a tout d'un juge, d'un monarque, d'un élu du monde. Je l'aime comme un fou. Mes bras passent autour de son cou pour l'embrasser plus farouchement. Il me reproche souvent mon impatience dans nos rapports, ma manière d'être direct, de faire sauter les verrous de la pudeur d'un seul coup, tel un bélier qui enfonce les portes.
Peut-être que j'étais destiné à être un bélier, mais ma vie, c'est moi qui la choisis. Je ne suis pas une voie, je trace la mienne.
– Tu mérites bien une récompense, dit Rune en me repoussant sur le pupitre. Si tu arrives à respecter le silence de ces lieux, alors nous quitterons les Enfers et je t'emmènerai au Paradis.
Et la route que j'ai tracée, bien déviée de celle qui m'étais destinée, ne compose pas le moindre défaut.
« Sais-tu quel est pire péché pour un homme ? L'hésitation.
– Je me réjouis de consigner moi-même ta mort.
– Shion, tu dois te ressaisir. SHION.
– Les armures t'ont sauvé la vie.
– Viens, je t'attends.
– Je vais vers cette armure qui ne cesse de m'appeler.
– Moi, Shion du Bélier, je rentre de mission. »
Je me réveille en sursaut, m'arrachant de cet énième rêve.
Depuis que j'ai envoyé Hakurei de l'Autel au Cocyte, quelque chose a changé. Je rêve beaucoup. Je revois le moment où Rune est venu à ma rencontre. Tout se passe exactement comme dans mes souvenirs. Cet homme élégant qui voit un élu en moi, me suggère de le suivre. Je tends ma main vers lui. Je veux partir avec lui. Oh oui, que je le veux. Il me fascine déjà, et je suis curieux à l'idée de lire dans des milliers et des milliers de vies humaines.
Tout se déroule exactement comme ça s'est passé, mais après tout change. J'hésite, je demande à réfléchir, puis Rune me frappe avec son fouet dans la nuque et me laisse pour mort. Impensable ! Rune ne m'a jamais fait de mal. Il a toujours été patient avec moi, bienveillant même. Et depuis deux ans, il est un amant soucieux et aimant. Lors de nos premiers rapports, il ne m'a jamais forcé à rien. Il s'est toujours montré doux et compréhensif dans mes hésitations, mes ratés. Il souriait même lorsque je me montrais maladroit. Un sourire amusé et attendri. Rune n'est pas un homme violent, du moins pas avec moi.
Dans mon rêve, je me sens vaseux, je sens que je vais mourir et je ne cherche même pas à lutter. Je regrette d'avoir abîmé les armures sacrées. Foutaises ! Mon maître me sauve, prend soin de moi comme un père bienveillant jusqu'à ma complète guérison. Du jamais vu ! Puis je reprends mon entrainement avec Yuzuriha et Tokusa, et je commence entendre l'appel de quelqu'un, d'une armure. Mon maître refuse de me laisser aller à sa rencontre, mais je me rebelle. Mes rêves se terminent alors que je suis recouvert d'une armure entièrement dorée. Parfois même, l'histoire va plus loin encore, et je me vois garder un temple grec, rencontrer d'autres chevaliers, combattre des spectres.
Qu'est-ce que ça signifie ? J'ai l'impression de voir la vie de quelqu'un d'autre. J'ai cru au départ que le contre-coup de mon premier jugement m'avait laissé quelques séquelles, mais ces images reviennent encore et encore à chaque fois que je ferme les yeux. J'ai fini par veiller plus tard, travailler plus pour éviter de dormir. Le sommeil finit malheureusement toujours par me rattraper, comme à cet instant où je me suis affaissé sur des dossiers.
– Shion.
Rune est là. Il voit que je suis mal. Je tente de me ressaisir. Mon bel amour n'aime pas trop lorsque les gens se laissent aller à leurs sentiments.
– Ou… oui ? Tu as du travail pour moi ?
– Tu devrais dormir plus, Shion. Même les élus du monde ont besoin de repos.
– Je vais bien. Le temps n'est pas au repos. Notre Seigneur arrive bientôt à son objectif ultime, et le nombre d'âmes à juger est astronomique en ce moment.
Dehors, le Lost Canvas est sur le point de s'achever. Le nombre de combattants restant dans le camp d'Athéna s'avère ridiculement bas. Les spectres survivants ont déménagé à l'intérieur même dans cette toile sacrée. Rune et moi avons élu domicile dans le temple de Vénus où nous continuons notre travail tout en protégeant Alone et son atelier.
Mon bel amant s'approche de moi et pose ses mains sur mes épaules avant de se pencher pour m'embrasser.
– Tu fais encore ce rêve ?
– Ce ne sont que des images, affirmais-je. Rassure-toi, ça ne me déstabilise point.
– Tu es un mauvais menteur, Shion, sourit mon Balrog. C'est comme lorsque je mets ma langue dans ton nombril, je vois bien que ça te fait de l'effet.
– Pas du tout, en plus je n'aime pas ça.
Je rougis, n'osant avouer que cette taquinerie répétée de Rune me chatouille atrocement. Mais je me retiens d'en rire, je n'aime pas lui montrer mes faiblesses.
– Si tu n'aimes pas, c'est que tu ressens quelque chose, sourit Rune. Je me réjouis d'avance de t'entendre glousser ce soir.
Il a deviné, et ça a l'air de l'amuser en plus. Pauvre de moi. Cet homme est décidément trop malin. Il ne faudra pas longtemps pour qu'il comprenne la nature de mes rêves. Cette guerre sainte doit s'achever au plus vite. Je sens que sonner la victoire de notre Seigneur expulsera mes démons et les regrets tapis au fond de mon esprit. Si le camp d'Athéna perd, alors cela signifie que j'ai choisi la bonne voie.
Rune s'installe sur mes jambes, à califourchon face à moi. Il prend mon visage et m'embrasse avec passion. Mes bras l'encerclent et je réponds avidement à ses embrassades. Il rapproche son bassin, mon entrejambe réagit. Je ne résiste pas et relève sa robe pour passer ma main sur une cuisse, mais il m'arrête.
– Pas maintenant.
– Tu me dis ça alors que tu viens m'émoustiller. Tu es ignoble.
– Tu avais besoin d'un bon remontant, sourit mon bel amant. Maintenant que tu es plus réveillé, le travail nous appelle.
– J'ai avancé sur pas mal de dossier.
– Je ne parlais pas de ce genre de travail. Pharaon et Charon ont succombé. Les troupes d'Athéna arrivent au temple de Vénus. Je me dois de les accueillir en tant que gardien de cette maison.
– Je viens avec toi.
– Non, n'interviens que si ça tourne mal.
– Je ne vais pas te laisser gérer seul nos ennemis.
– Shion, ils ne sont que trois. Un chevalier d'or blessé par le juge Eaque, un pauvre chevalier de bronze et une Déesse sans pouvoir. Penses-tu que je ne suis pas capable de gérer cela ?
– Fais attention, je t'en prie, suppliais-je.
L'idée que je puisse le perdre me tord l'estomac. Je rapproche mon visage et réclame un autre baiser qu'il daigne m'accorder, son sourire confiant plaqué sur son visage. Dieu, qu'il est beau.
– Pourquoi est-ce que je ne peux pas venir ? Tu n'as pas confiance en mes capacités ?
– Ce n'est pas ça. Tu n'as pas de protection, Shion. Quoiqu'on en dise, la force de frappe de ces chevaliers est titanesque.
C'est vrai. Bien que je vive ici depuis des années, je n'ai hérité d'aucun surplis. Mais ma fidélité envers notre Seigneur n'est pas en reste. Même sans protection, je suis prêt à combattre Athéna et ses chevaliers. Je me sens capable de rivaliser avec la puissance des légendaires guerriers dorés.
– Si tu reçois un coup, tu risques d'en mourir, et je ne veux pas te perdre, me prévint Rune en me caressant la joue.
Je le serre contre moi. Rune n'est pas aussi expressif d'habitude. Même si notre camp semble avantagé, nous sommes en guerre et le danger est réel. Je n'aime pas l'idée de rester à l'abri, les bras croisés, mais je ne veux pas non plus l'inquiéter.
– Promets-moi que tu ne prendras pas de risque inconsidéré, me supplie presque mon Balrog.
– Je veux que tu me promettes la même chose, dis-je.
– Je vais gérer.
– Et moi, je ferais en sorte que rien ne vienne interférer le jugement de ces trois insectes.
– A plus tard, mon élu.
– A plus tard, mon amour.
Nous nous embrassons une dernière fois et je retourne à mes dossiers, incapable de me concentrer. Je sens deux cosmos pénétrer le temple de Vénus. Ils sont là, escortant probablement la réincarnation d'Athéna. Sans pouvoir, elle ne peut rien contre Rune, pas plus que le chevalier de bronze. Mon bel amant fait partie de l'élite des spectres après tout. Seul le chevalier d'or est à craindre.
Je me concentre sur ce qu'il se passe, le stress me tordant les entrailles.
Puis, quelque chose attire soudainement mon attention. Un autre cosmos se rapproche du temple de Vénus. Une essence puissante, équivalente à celle des chevaliers d'or. Tiens donc, un retardataire ? Et par où est-il arrivé d'abord ? Qu'importe, si celui-ci parvient à rejoindre les autres, Rune se retrouvera seul et en difficulté face à deux chevaliers d'or. Tant pis pour ses avertissements, je me dois d'au moins ralentir celui-là.
Je me téléporte à l'extérieur, prêt à en découdre. Un jeune homme vêtu d'or se présente devant moi. Premier fait qui me marque, son armure se compose d'une bonne flopée d'armes. Tiens donc, moi qui pensais qu'Athéna proscrivait justement l'usage d'arme pour combattre.
Et il y a autre chose. Ce garçon me laisse une drôle d'impression.
– Halte, dis-je déterminé. Je ne te laisserai pas aller plus loin.
– Mais, tu n'es pas un spectre. File, je n'ai pas envie de combattre un homme non protégé.
– Ne me sous-estime pas. Je te dis que tu n'iras pas plus loin. Je protégerai le temple de Vénus au péril de ma vie.
Il se rapproche, me dévisage, mon impression s'intensifie. Je crois l'avoir déjà vu quelque part.
– Ton visage, dit-il.
– Quoi, mon visage ?
– Tu as des points de vie à la place des sourcils. Tu fais partie du peuple atlante ? Aurais-tu un lien avec le Grand Pope Sage, ou bien avec Hakurei de l'Autel, ou encore Yuzuriha de la Grue ?
Je frémis, ce n'est pas le moment de me rappeler des vieilles connaissances.
– Je ne vois pas de quoi tu parles ? Je sers le Seigneur Hadès depuis des années. Même si je ne suis pas un spectre, je suis prêt à me sacrifier pour lui. Tu n'iras pas plus loin.
– Fort bien. Je suis Dohko, chevalier d'or de la Balance. Prépare-toi à combattre.
Dohko de la Balance ! Ça y est, je me souviens de son visage et son nom. Je l'ai déjà vu dans un rêve. Je revêts une armure dorée, je garde un temple, et j'accueille un jeune garçon, un chinois du nom de Dohko, les yeux sauvages et déterminés, exactement comme le chevalier d'or devant moi.
– Tu sembles perturbé. Je suis prêt à te laisser tranquille si tu abandonnes le combat, me propose Dohko.
– Jamais !
– Et allez, une bourrique ! Alors en garde, mon mignon.
Je frémis encore. Dohko m'appelle exactement comme dans mes songes. Était-ce des rêves prémonitoires ? Non, impossible, tout est différent.
Dans mes songes, je suis clairement plus jeune, pas au même endroit. Et surtout, ce Dohko et moi nous courtisons subtilement. Il m'attraie, je ressens clairement des choses pour lui… impossible, j'aime Rune. Il est mon seul et unique amour. Ma vie se trouve à ses côtés, au service du Seigneur Hadès. Ce ne sont que des rêves, je ne dois pas me laisser déstabiliser.
– Me permets-tu de te demander ton nom ? me demande Dohko
– Shion.
– Shion ? C'est étrange, ton nom ne me semble pas inconnu. Je me demande si je ne t'ai pas déjà rencontré. Dans un rêve peut-être…
– Trêve de bavardage, le coupais-je. En garde !
Je ne veux pas en entendre davantage. Je ne veux pas croire que ce chevalier fait les mêmes rêves que moi.
– Mets-toi en garde, mon beau. Ça va secouer, me prévint-il.
Ces mots aussi, je les ai déjà entendus dans mes songes. Mais qu'il se taise !
Je me mets en garde. Lorsque je suis arrivé aux Enfers, je maîtrisais déjà le cosmos. Au cours de mes années d'entrainement, j'ai pu développer une technique apprise du temps où je lisais dans la mémoire des armures.
– Quel cosmos impressionnant ! siffla Dohko. Et plus je te parle, plus j'ai comme l'impression que tu n'es pas à ta place.
– Je suis là où j'ai choisi d'être. Tes mots n'entraveront pas ma détermination. Tu es mon ennemi. Prépare-toi à recevoir mon attaque.
– La mienne repoussera la tienne.
– C'est ce que nous allons voir.
J'aime Rune, sa belle peau laiteuse, ses sourire discrets, ses soupirs ténus lorsque nous faisons l'amour. J'aime Rune, j'ai pris la bonne décision, je ne regrette rien.
Pour lui, je suis prêt à mourir !
– ROZAN HYAKU RYÛ HA.
– STARDUST REVOLUTION.
J'aime Rune, je n'ai aucun doute là-dessus.
Même si la dernière chose que je vois lorsque nos deux attaques s'entrechoquent est une image de moi en train d'embrasser passionnément Dohko de la Balance. Ce scénario a-t-il réellement existé, ou bien devait-il exister ?
« Tu possèdes une qualité rare, celle de pouvoir lire la vie des gens, tout comme moi. Viens avec moi, et je te montrerai encore plus de vies humaines. L'histoire de la vie humaine, à ta disposition pour l'éternité. »
Dans la vie, où l'on choisit de suivre sa voie, où l'on trace la sienne.
« Viens avec moi.
– Oui. »
J'ai tracé la mienne…
Et je n'ai aucun regret.
