Date : 20 décembre 2020

Personnages : Lugonis & Albafica, pour Miss Mpreg

Univers : Canon The lost Canvas

Genre : Famille

Note de l'auteur : Miss Mpreg, je te dédie deux entrées parce que je me suis essayée à un autre format que j'aimerai développer, à savoir écrire des textes bien plus courts, condensés mais racontant une vraie petite histoire. Je te remercie pour ta fidélité quotidienne et toutes tes reviews.

Bonne lecture


Gâteau à la rose

Un bouquet de roses, voilà l'ornement idéal pour achever de décorer la table. Satisfait, Albafica s'empara du balai pour finir de nettoyer la pièce avant de retourner à la cuisine pour s'assurer que sa brioche avait bien refroidi. Avec un couteau, il la trancha délicatement en deux avant de passer à l'étape la plus délicate. Les mains tremblantes, l'apprenti chevalier de dix ans s'empara de la poche à douille dans laquelle une crème parfumée à la rose attendait d'être pochée. Il l'avait confectionnée lui-même et aromatisée en se servant des fleurs empoisonnées de leur roseraie.

Leurs corps immunisés au poison des roses démoniaques, Albafica et son maître Lugonis ne risquaient pas grand-chose avec ce dessert exceptionnel. Mais gare aux gourmands qui s'en approcheraient trop. Cette pâtisserie était destinée à eux et à eux seuls, les deux isolés du Sanctuaire. Et surtout, cette brioche fourrée à la crème était son cadeau de noël pour son maître et tuteur. Personne d'autre n'avait le droit d'y toucher.

Albafica sourit. Il avait récemment découvert que son maître avait un petit faible pour les mets sucrés. Plus exactement, c'était Zaphiri du Scorpion qui l'avait révélé avec un sourire malicieux. Lugonis des Poissons avait changé de teint, devenant aussi écarlate que ses cheveux, et Albafica en avait beaucoup ri. Sa moquerie avait été gentiment punie par son maître qui l'avait chatouillé et fait rire aux éclats. Il n'empêche que cette information, Albafica ne l'avait pas oublié et il s'était même donné un objectif : pâtisser pour son maître.

Il s'était entrainé pendant des semaines. Tant de farine, de levure et d'œufs gaspillés pour en arriver à ce résultat. Pourvu que son mentor aime.

Voilà, tout était prêt. Albafica alla déposer le gâteau sous cloche sur sa fenêtre. Les hivers grecs n'étaient pas excessivement glacials, mais il faisait suffisamment froid à l'extérieur pour conserver la crème. Heureusement que Noël ne se fêtait pas en été. Un jour, il faudra vraiment que quelqu'un invente des sortes de placards réfrigérés.

Son maître rentra quelques temps après, chargés de victuailles pour leur soirée de noël. L'homme et l'enfant cuisinèrent ensemble comme au quotidien, se parlant de tout et de rien, se faisant des blagues de bas étage comme déconcentrer l'autre en lui donnant des coudes de coudes ou en se mettant des rondelles de légumes sur les yeux. Lugonis aimait bien embarrasser Albafica sur ses casseroles de bébé et tout petit enfant dont il n'avait pas de souvenir, et l'apprenti renchérissait en lui rappelant toutes les fois où son maître s'était endormi dans son lit pendant qu'il lui racontait une histoire.

L'ambiance était bonne. Ils n'étaient que deux, mais ils étaient heureux. Une famille unie le soir de noël mais aussi le reste de l'année. Si Albafica devait faire un souhait en ce jour, c'était bien que son maître et lui restent ensemble pour toujours.

– Joyeux noël maître, dit Albafica en montrant son chef d'œuvre.

– Oh mais… ça a l'air délicieux, Albafica. Quand as-tu trouvé le temps pour l'acheter ?

– Je ne l'ai pas acheté, je l'ai fait moi-même, déclara fièrement l'apprenti.

– Vraiment ?

Effectivement, en y regardant de plus près, les irrégularités et imperfections laissaient supposer que la pâtisserie avait été faite par un amateur.

– C'est très réussi, Albafica. Je ne te connaissais pas ce talent.

– Ça fait des semaines que je m'entraine.

– Voilà qui explique les odeurs de brûlé et les tâches de crème disséminées un peu partout, pensa le chevalier d'or en levant les yeux au ciel. Je ne pense pas t'avoir autorisé à utiliser le four. Je n'aime pas trop que tu joues avec le feu, Albafica. Tu es encore jeune.

– Vous êtes fâché ? s'inquiéta l'apprenti.

Pour toute réponse, Lugonis se leva et vint déposer un baiser sur le front de son disciple, lequel sentit une tension dans sa poitrine. Si mon maitre se montrait patient et affectueux au quotidien, ce genre de geste restait tout de même rare, le plus souvent réservé pour son anniversaire. Ce baiser sortit de nulle part l'émut. Albafica avait bien envie de se jeter sur son maître, lui dire combien il l'aimait, qu'il était le meilleur tuteur, le meilleur père, le meilleur maître, et combien il était heureux que leurs destins se soient croisés. Peu lui importait les sacrifices liés à la constellation des Poissons. La solitude ne semblait plus aussi pesante s'ils étaient deux pour se soutenir. Ils n'avaient pas besoin d'être plus.

Leur famille était peut-être petite, mais elle était unie.

– Je m'inquiète juste, dit Lugonis en lui frottant la tête. S'il t'arrivait quelque chose, Albafica, je ne m'en remettrais pas. Tu es ce que j'ai de plus précieux. Je te demande de faire très attention, mon enfant.

– Oui, maître, je vous le promets, sourit Albafica touché par cette proximité et les paroles de son tuteur.

– Maintenant, je veux absolument goûter ton dessert.

Albafica se retint de rire lorsque les yeux de Lugonis se mirent à briller. On pourrait presque y repérer des constellations tant il avait des étoiles au fond de ses pupilles.

– Ça vous plait ?

– Mouais, c'est pas mal pour un débutant, dit-il nonchalamment en se servant une deuxième part. Cette crème, tu as mis de la rose dedans, non ?

– Oui, les nôtres.

– C'est peu dosé.

– La rose, c'est fort en goût et ça prend vite le dessus. J'ai pas osé en mettre trop. Surtout que même si on est immunisé, ça reste des fleurs toxiques.

– Il faudra faire attention que personne ne vienne piocher dedans.

– Je l'ai fait pour vous et vous seul.

– Même s'il n'était pas empoisonné, je n'avais pas l'intention de le partager, dit l'adulte en finissant sa seconde part.

La table débarrassée et leur infusion du soir prête, mélangeant verveine et un soupçon de rose pour la détente, Albafica se prépara pour aller dormir. De sa chambre, il entendit son maître le rappeler. Sur la table de la cuisine, une petite boîte avait été déposée.

– Qu'y-a-t-il, maître ? Aurais-je oublié quelque chose ?

– Tiens mon garçon, c'est pour toi, dit Lugonis en désignant la boîte. Joyeux noël Albafica.

– Oh, il ne fallait pas, maître. Merci beaucoup.

A l'intérieur, Albafica découvrir une pierre d'une couleur bleu azur semblable à ses cheveux, de forme ovale, avec un trou au milieu dans lequel s'enroulait une longue ficelle.

– Ça te plait ?

– C'est magnifique, maître, s'extasia l'enfant en nouant immédiatement le pendentif autour de son cou. Je penserais à vous chaque fois que je le regarderai.

– On vit ensemble, fit remarquer Lugonis avec un sourire.

– Quand vous partez en mission, je m'inquiète et vous me manquez atrocement.

Le sourire du chevalier s'évanouit. Albafica devait encore penser à sa dernière longue mission où Lugonis avait dû s'absenter pendant deux mois. C'était un ordre d'espionnage et d'infiltration, et le Poisson craignait que communiquer par télépathie ne le fasse repérer. Sans nouvelles, Albafica avait prié quotidiennement la Déesse Athéna pour qu'elle lui ramène celui qu'il considérait comme son père. A son retour tant attendu, mort d'inquiétude, l'enfant s'était jeté sur lui en pleurant, en lui demandant de ne plus le quitter si longtemps. Il s'attendait à ce que Lugonis le réprimande pour son comportement puéril, mais pas du tout. Le chevalier des Poissons lui avait rendu son étreinte et s'était même excusé.

– Vous m'avez gâté, sourit Albafica fier de son nouveau bijou.

– Rien n'est trop beau pour mon bel enfant, dit Lugonis en caressant la tête de l'apprenti.

– Désolé de ne pas vous offrir mieux qu'une brioche un peu sèche.

– L'idée que tu aies passée un certain temps à pétrir et faire lever la pâte, à préparer ta crème et la pocher, c'est le meilleur cadeau que tu pouvais me faire, Albafica. Enfin, c'est mon deuxième meilleur cadeau.

– Ah bon ? On vous a offert autre chose ? demanda l'enfant non sans une pointe de déception et de jalousie.

– Oui, et rien ne remplacera ça.

Lugonis fit un pas en avant et vint prendre Albafica dans ses bras. Ce dernier se raidit, ne s'attendant pas à ça.

– J'ignore si tu as été déposé dans la roseraie ou si tu es descendu du ciel. Mais le plus merveilleux présent que j'ai pu recevoir sur cette Terre, c'est toi, Albafica.

Les yeux d'Albafica s'embuèrent. Son cœur cogna dans sa poitrine. Il rendit son étreinte à son maître et sentit un baiser se poser sur le haut de son crâne.

– Je t'aime, mon enfant.

– Je vous aime, maître. Je veux qu'on reste ensemble toute notre vie.

– Je serai toujours avec toi, Albafica.

L'enfant avait naïvement cru que son maitre souhaitait la même chose que lui. Mais Lugonis, lui, pensait à tout autre chose. Bientôt, il devrait commencer avec Albafica la cérémonie des liens écarlates.

Un rituel qui les rapprocherait indéniablement, avant de les séparer définitivement.


Le lendemain, matin de noël, Lugonis et Albafica déjeunaient les restes du gâteau de la veille. Les yeux de l'adulte pétillèrent encore et l'enfant ne cessait de regarder et frotter ses doigts sur la pierre autour de son cou. Leur petit moment d'harmonie familiale fut rompu par l'arrivée impromptue de Zaphiri, chevalier d'or du Scorpion.

– Salugo ! Oh, et salut à toi aussi, gamin.

– Zaphiri, quand est-ce que tu vas arrêter avec ce jeu de mot ? soupira Lugonis.

– Jamais mon cher, c'est trop drôle. Enfin, normal puisque ça vient de moi.

– Bon, tu veux quoi ? Tu sais que je ne veux personne qui rôde par ici. Et éloigne-toi un peu plus, je te prie.

– T'as du lait ? Ma conquête de cette nuit m'a offert du chocolat en poudre.

– Il date d'hier.

– Ça ira très bien. J'vais pas déranger le laitier le matin de noël, non ?

– Tiens, prends ça. Et fais gaffe avec toutes tes conquêtes. Va pas te choper la vérole.

– Tsss, comme si quelques boutons allaient me tuer. Bon, allez, j'vous laisse. Oh mais que vois-je ? De la brioche. Ça tombe bien, j'ai pas déjeuné, remarqua Zaphiri en prenant impoliment une part de la pâtisserie pour la porter à sa bouche.

– Attends ! paniquèrent ensemble le propriétaire des lieux et son apprenti.

– Hum, un peu sèche, commenta le Scorpion. Et c'est quoi le parfum de cette crème ? Bizarre. J'vais plutôt aller piquer quelque chose chez Sisy…

Le huitième gardien ne put finit sa phrase. Il s'écroula net sur le sol du temple des Poissons, sous les yeux blasés de Lugonis et affolés d'Albafica.

– Oh mon Dieu, je l'ai tué. J'ai tué un chevalier d'or !

– Tu t'avances un peu, mon garçon. Il faudra plus qu'une bouchée pour tuer Zaphiri. Cependant, il va passer une mauvaise journée. Encore pire que s'il avait pris une cuite.

– On ne devrait pas le faire vomir ?

– Non, laisse-le. Ça lui apprendra les bonnes manières, répliqua Lugonis, mécontent. Et puis c'était mon gâteau, d'abord ! Albafica, je te charge de le transporter jusque chez lui. Et pique-lui de son chocolat en poudre tant qu'à y être. Œil pour œil. Dent pour dent.

L'apprenti obéit et chargea Zaphiri sur son dos, non sans froncer les sourcils. Il pensait pourtant que ces deux-là étaient amis, mais ils passaient plus de temps à se chambrer qu'à réellement s'entendre. Albafica ne côtoyait pas beaucoup de monde, mais il espérait ne jamais se comporter inhumainement avec ses quelques amis.


Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

Le collier qu'offre Lugonis à Albafica est Canon. Dans le Gaiden des poissons, Albafica le porte quand il n'est encore qu'un apprenti (probablement qu'il le porte encore ensuite mais on ne le voit pas avec son armure). Et d'ailleurs, à la fin du Gaiden du Cancer, l'auteur montre des croquis de ses personnages et met effectivement l'accent sur ce collier que porte Albafica.

Encore beaucoup de choupitude ici, ces deux-là me rendent faibles aussi.