Date : 20 décembre 2020 bis

Personnages : Deutéros x Asmita, mention d'Aspros, pour Miss Mpreg

Univers : Canon The lost Canvas

Genre : Romance légère, réflexion


Miracle de vie

Deutéros avait chaud. Même durant cette saison, le climat sur l'île de Kanon, avec son volcan, restait doux. Et le Gémeau, qui avait élu domicile dans le volcan même afin de devenir un démon, s'acclimatait jour après jour à la chaleur étouffante du magma. Une chaleur hostile, qui l'étouffait plus qu'elle ne le réchauffait, bien différente de celle qu'il avait pu connaître dans son enfance, entre les bras rassurants et aimants de son frère.

Cela faisait six mois maintenant. Six mois qu'Aspros, chevalier d'or des gémeaux, était mort. Et c'était la première année que Deutéros passait ce jour de noël seul. Il ne pensait pas ressentir un tel vide. Même si ces dernières années, son jumeau n'était plus celui qu'il était, le garçon bienveillant et gentil de son enfance, il restait son frère, sa seule famille qu'il avait tuée de ses propres mains. Pour son crime, il ne devrait même pas songer à des fêtes familiales comme noël, mais il n'empêche que Deutéros se sentait seul et nostalgique en ce jour.

Il ne cessait de penser à Aspros depuis quelques temps. Ses yeux lui piquaient mais il refusait catégoriquement de laisser ses larmes couler. Il n'avait même pas pleuré à la mort de son double. Il n'en avait pas le droit. Après tout, c'était lui qui avait fauché la vie d'Aspros. C'était lui qui était en partie responsable de sa folie, dixit Asmita. Deutéros regrettait tellement, mais c'était trop tard.

La guerre sainte approchait, mais dans son état actuel, il ne savait pas s'il allait combattre ou non. Deutéros craignait franchement de déclencher une autre catastrophe. Son sentiment d'infériorité était toujours là, bien tenace. On ne se débarrassait pas d'une certitude qu'il avait portée toute sa vie. Mais il s'entrainait quand même, chaque jour jusqu'à l'épuisement, quand il n'était pas en train de chercher des vivres. Beaucoup d'habitants lui avaient déposé des aliments non loin de son refuge, en lui disant de se servir. Ils semblaient tous rassurés d'avoir un guerrier venu du Sanctuaire à proximité. Deutéros se cachait toujours d'eux, attendant qu'ils soient assez loin pour récupérer leurs offrandes. Après avoir passé sa vie entière caché aux yeux des autres, il n'avait pas tellement l'habitude de parler aux gens.

Deutéros avait passé sa vie en solitaire, alors pourquoi est-ce qu'elle lui pesait aujourd'hui ? Ah, l'ambiance si particulière des fêtes de fin d'année, un moment qu'il attendait avec impatience autrefois. Aspros venait le voir. Il n'avait jamais raté un rendez-vous. Son jumeau et lui ne parlaient pas entrainement, cosmos, prise de pouvoir, armure sacrée. Noël était un soir où juste deux frères passaient un bon moment. Deutéros appréciait cette fête justement parce qu'elle lui rendait le frère aimant et soucieux qu'il adorait.

Ses noëls avec Aspros lui manquaient. Aspros lui-même lui manquait terriblement.

Ses yeux le piquèrent encore, mais il se retint.

– Je l'ai tué. C'est moi qui l'aie tué. Je n'ai pas le droit de le pleurer.

– Je vois que tu es toujours aussi dur avec toi-même.

Le Gémeau se retourna, persuadé d'avoir entendu quelqu'un lui parler. Et effectivement, Asmita, le chevalier d'or de la Vierge, se trouvait là, derrière lui, en chair et en os. Il n'avait même pas senti son aura. Foutu hindou transparent.

Depuis six mois, il arrivait fréquemment au blond de venir aux nouvelles par la pensée. Mais aujourd'hui, il s'était déplacé personnellement. Qu'est-ce que ça signifiait ? Cela n'augurait rien de bon. Pourtant, Deutéros n'avait pas senti de cosmos maléfique ou quoi que ce soit d'autre sur le Sanctuaire.

– Il se passe quelque chose ? demanda de but en blanc le grec.

– Du tout.

– Alors pourquoi tu es là ?

– Je vois que tu sembles heureux de me voir.

– J'm'en fous que tu sois là ou ailleurs. Assure-moi juste que tout va bien au Sanctuaire.

– Tout va bien. Je me suis un peu éloigné parce que toute cette agitation de noël me déconcentre.

– Et c'est pour ça que tu viens me voir ?

– Pas que. Je peux m'asseoir ?

– Le sol est à tout le monde, répondit Deutéros en refaisant dos au blond.

Asmita s'assit à ses côtés, se positionnant dans son habituelle posture du lotus. Il ne portait qu'un sari traditionnel léger. Dans cette tenue, Deutéros remarqua à quel point il pouvait être maigre, chétif, même plutôt beau avec sa longue chevelure d'un blond lumineux. Il ne semblait pas taillé pour le combat, et pourtant il dégageait une grande puissance.

– T'as pas froid ?

– Il y a bien longtemps que les souffrances de mon corps se sont tues. Je suis plus lié à mon esprit qu'à mon enveloppe charnelle.

– T'aimes pourtant bien te servir de ta langue pour détruire les autres.

– Deutéros, m'en veux-tu encore pour les mots que j'ai pu te dire cette nuit-là ?

– Oui et non. Je comprends ce que tu voulais dire, il n'empêche que je n'ai pas voulu ça.

– Bien sûr que tu ne le voulais pas. C'était ton grand-frère, ton jumeau.

– Ça va, arrête de me le rappeler.

– Tu n'as pas besoin de moi pour t'en rappeler. N'était-ce pas à lui que tu pensais lorsque je suis arrivé ?

– Ferma-la, bon sang. Tais-toi.

Deutéros se recroquevilla sur lui-même, luttant encore contre ses larmes. Merde, ce mec l'énervait, mais il savait qu'il avait raison. Encore. Le Gémeau n'arrivait même pas à ressentir de l'animosité envers son visiteur.

Depuis six mois, il avait beaucoup pensé à Aspros, mais aussi à ce drôle d'illuminé, à ses mots et son aura certes puissante mais vraiment apaisante. D'ailleurs, Deutéros se sentait déjà un peu mieux depuis qu'il était arrivé. Putain, Asmita était-il simplement humain ?

– Tu m'as fait quelque chose ? demanda Deutéros.

– Je ne fais que prier pour la paix de ton esprit.

– Hé, j'suis pas mort, je te signale.

– Je sais. Si tu étais mort, je parlerais alors d'âme.

– Tu joues avec les mots.

– Les mots sont importants. Un seul peut encourager ou détruire. Les mots sont plus forts que les bras.

– Discours typique de celui qui a des manches à balai à la place des bras, se moqua le plus vieux en tâtant les biceps fins d'Asmita.

– Je l'admets, je serais incapable de faire des exercices de renforcement musculaire. Mais on dit que la langue est le muscle le plus puissant du corps.

– Et tu sais diablement bien t'en servir, cracha Deutéros plus du tout amusé.

– Tu serais bien surpris de savoir ce que je peux faire avec.

Deutéros s'étrangla. Est-ce qu'il avait bien entendu ou bien est-ce qu'il interprétait ?

– Je crois qu'on ne pense pas à la même chose.

– Moi, je pense que si.

Il avait un sourire malicieux, limite lubrique. Ce moine avait réellement le vice dessiné sur ses lèvres.

– Mais dans ta branche, vous faîtes pas vœux de chasteté ? Un truc comme ça ?

– Le bouddhisme me permet de trouver des réponses et d'augmenter la force de mon esprit. Mais « ma branche », comme tu le dis, c'est Athéna et le Sanctuaire.

– Ah, donc tu serais pas contre une relation.

– C'est la raison pour laquelle je suis venu ici.

– Tu passes pas par quatre chemins, toi.

– Au contraire, je suis passé par bien des chemins pour réaliser les sentiments que j'avais pour toi.

– Tu te moques de moi ?

– Ce n'est pas mon genre.

– Qui te dit que je suis intéressé ?

– Je ne peux pas le savoir sans t'avoir demandé.

Deutéros ne savait pas quoi penser. Asmita l'avait certes beaucoup marqué, mais à cause de ses mots sur lesquels il méditait depuis six mois. Ce n'était pas à lui, l'homme, qu'il pensait, même s'il le trouvait beau et perspicace, même si sa luminosité, la bienveillance qu'il dégageait lui rappelait Aspros dans ses jeunes années.

Mais Deutéros songeait à ses paroles, pas à lui. Ou alors peut-être un petit peu à lui. Mais vraiment un tout petit peu.

– Alors ?

– T'es bien impatient pour un type qui passe ses journées dans la même position.

– Je t'avoue que là, je ne tiens pas en place, répliqua Asmita qui pourtant ne bougeait pas d'un iota.

– Et si je refuse ?

– Tu refuses donc.

– Je n'ai pas dit ça.

– Tu poses des questions pour éviter de répondre à la mienne. Tu es embarrassé. C'est « mignon » comme le dirait la plupart des humains.

– La ferme ! grogna Deutéros.

– Voilà, je te retrouve, sourit Asmita. Ton côté rude, il m'attire, mais j'aime aussi la pureté de ton cœur. Tu as beau te considérer comme un démon, tu es juste un homme en deuil, un homme qui adorait son frère au point de le tuer pour sauver son âme.

– Tais-toi, tais-toi, tais-toi, hurla le gémeau. Mon frère est mort, je suis passé à autre chose.

– Alors pourquoi tu t'énerves quand je parle de lui ? Tu es tellement à fleur de peau. Ton amour pour ton frère déchu te détruira avant le début de la guerre sainte.

– Ferme-là. Par pitié, ferme-là. Qu'est-ce que tu en sais, hein ? Tu n'as pas de frère, personne de suffisamment proche pour comprendre ma douleur d'avoir enterré Aspros ?

– Tu ne l'as pas enterré, du moins pas mentalement. Aspros te domine toujours.

Le rocher à côté de Deutéros se brisa. Les poings serrés à s'en faire blanchir les jointures, le gémeau s'était entouré d'une aura menaçante, ne déstabilisant nullement Asmita qui n'avait pas bougé, même pas froncé les sourcils devant cette violente montée de tension.

– Tu veux quoi, merde ? demanda Deutéros. Me détruire ?

– T'aider.

– Tu ne m'aides pas ! Tu m'enfonces. Qu'est-ce que tu cherches ? C'est le Pope qui t'envoie pour m'achever ? Tu veux récupérer Gemini ? Tu veux quoi ?

– Je suis venu de ma propre initiative. Ton aura est de plus en plus sombre chaque jour, et encore plus ces derniers jours. Ce n'est pas moi qui t'achève, c'est le souvenir de ton frère. Il serait bien dommage de perdre une puissance comme la tienne avant la guerre sainte. Et aussi, je t'ai dit que tu me plaisais bien.

– Ah oui, et bien je t'écoute ? Qu'est-ce que tu comptes faire pour me débarrasser de ma culpabilité d'avoir commis un fratricide ? Toi qui prétends savoir tout sur tout, vas-y, surprends-moi. Dis-moi comment je suis censé faire ?

Asmita tendit son bras pour saisir la tête de Deutéros et l'attirer jusque sur son épaule décharnée. Il répandit son cosmos serein jusqu'à son confrère qui se laissa faire sans riposter.

Deutéros était abattu, triste. Son grand frère lui manquait. Il ne voulait que l'aider, le faire briller, au lieu de quoi il l'avait amené jusqu'à un point de non-retour. C'était sa faute, c'était uniquement sa faute.

L'aura noire de Deutéros augmentait, et celle dorée d'Asmita la repoussait doucement.

– Ne laisse pas cette graine du mal germer. Expulse-la, Deutéros. Prends mon épaule et laisse-la sortir. C'est toi qui la retiens. Il ne faut pas, Deutéros. Laisse-la sortir.

– Quoi ?

– Tu as fait ce que tu as pu, Deutéros. Tu as fait des erreurs, nous en faisons tous, nous sommes humains. Tu n'es pas un démon, tu es juste un homme qui a perdu son frère et ça te rend triste. Laisse éclater ta tristesse.

– C'est moi qui l'aie tu…

– Tu l'aimais, le coupa Asmita. Il te manque, il est mort. Deutéros, Aspros est MORT.

– Arrête, gémit le gémeau au bord de l'explosion.

– Tu as le droit d'être triste, même si c'est toi qui l'as tué. Tu es comme les autres, Deutéros. Arrête de te mettre tant de pression. Tu es humain. Donne-toi le droit ou tu sombreras comme lui. Je ne veux pas ça, Deutéros. Expulse. Vas-y, pleure.

– Tais-toi, tais-toi, pleura cette fois Deutéros.

Il sanglotait enfin, sans pouvoir s'arrêter. D'abord avec retenu, puis de plus en plus fort, pendant plusieurs minutes sans s'arrêter. Asmita ne le lâchait pas. Il maintenait sa tête sur son épaule maigre, encaissant toute la peine que Deutéros retenait en lui depuis la mort d'Aspros, probablement même avant en étant témoin de la déchéance de son frère.

– Aspros… qu'ai-je fait ?

– Tu as fait ce qu'il fallait, Deutéros.

– T'as réponse à tout, toi, reniflait encore le gémeau.

– Malheureusement, non.

– Oh, le grand Asmita ignore donc certaines choses, nargua Deutéros avec un petit rire en s'essuyant ses yeux.

– J'ignore ce que ça fait d'être embrassé par exemple.

Deutéros releva sa tête de sur l'épaule d'Asmita et s'approcha pour déposer doucement ses lèvres sur celles du blond qui se laissa faire.

– Alors ? Tes impressions ?

– Tu as les lèvres chaudes, mais je ne vois pas pourquoi les gens en font tout un foin.

– Attends, tu n'as pas tout vu.

– Tu sais que je suis aveugle, sourit Asmita.

– C'est une expression. Me dis pas que tu la connais pas.

– C'est amusant de te chambrer.

– Tu es vraiment fourbe sous tes airs d'ange, sourit cette fois Deutéros.

– Et toi, tu es bien doux sous tes airs de démons.

– Au moins, on fait un bon équilibre.

– Sommes-nous le couple idéal ? s'amusa le blond.

– Ça dépend. Tu disais que je te plaisais et tu croyais avoir des sentiments pour moi, n'est-ce pas ? Montre-moi à quel point.

– Dons tu acceptes ?

– Je te dirais ça si tu arrives à me convaincre.

Asmita s'approcha à son tour pour embrasser Deutéros tout aussi chastement que la première fois. Sentant peu de réaction de la part du grec, il bougea et vint cette fois se positionner à califourchon sur les jambes du gémeau. La tête entre ses mains, il l'embrassa encore avec plus d'ardeur cette fois.

Deutéros se laissa caresser les lèvres avant de sentir un frisson et répondre enfin aux baisers d'Asmita. Leurs bouches s'entrouvraient, se refermaient, se séparaient puis se retrouvaient. Au fur et à mesure, leurs embrassades devinrent de plus en plus entreprenantes. Les mains d'Asmita s'étaient posées sur les épaules solides de Deutéros, pendant que lui enlaçait la taille mince de la Vierge.

Ni l'un ni l'autre n'avait d'expérience en amour, mais ils se laissaient guider par leurs désirs qui s'enflamma. Bien vite, leurs langues se trouvèrent et quelques gémissements s'élevèrent entre eux ?

– Alors, qu'en penses-tu ? demanda Asmita tout sourire.

– Mouais… c'est pas mal.

– Tu sembles déjà aller mieux, Deutéros.

– Ça me fait chier de penser que tu y es pour quelque chose.

– Si tu savais tout ce que je peux t'apporter encore.

– J'avoue que maintenant, je suis curieux, dit Deutéros en tendant ses lèvres en demande d'un nouveau baiser.

Ils s'embrassèrent encore une fois, puis le grec enlaça fortement l'hindou, l'écrasant presque entre ses bras.

– Reste avec moi aujourd'hui, Asmita. Je ne veux pas être seul à noël.

– Bien sûr, tout ce que tu voudras, mon cher. Tu sais quoi ? Je pense que je suis bel et bien amoureux de toi. Je ne veux être nulle part ailleurs qu'ici.

Deutéros ne pensait pas que quelqu'un d'autre Aspros pouvait l'aimer. Un miracle de noël, ou plutôt un miracle de vie.