Réponse au défi de noël : « inclure une figure mythologique »

Date : 22 décembre 2020

Personnages : Surt x Camus, Milo x ?, pour PeregrinTouque

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Angst, drame, Romance ?, Amitié, Mystère, Lemon léger et brutal / 18+

Note de l'auteur : Voilà une entrée qui m'a donnée bien du mal. Pas à cause du choix du ship, mais surtout devant la difficulté à le mettre en scène avec l'idée que j'en avais. L'idée d'y inclure une figure mythologique m'est venue ensuite et j'ai à plusieurs reprises changé le scénario. J'espère que ça te plaira.

Bonne lecture


La lettre au père-noël

Sanctuaire d'Athéna, Temple du Verseau

Camus finissait de rassembler ses affaires lorsque Milo fit irruption dans son temple et s'installa derechef sur le canapé, réclamant un café et feuilletant des magazines qu'il avait rapportés avec lui.

– Je peux savoir ce que tu viens faire là ? demanda de but en blanc le chevalier des glaces de son habituel ton monocorde.

– J'ai pas le droit de venir saluer mon ami avant qu'il ne parte en mission ?

– T'as encore vidé ton stock de café ?

– Aussi.

– Tu n'as qu'à demander à ta nouvelle conquête de t'en préparer un, suggéra le français agacé.

– Mû ne boit pas de café et il oublie toujours d'en acheter. J'ai pas tellement l'impression qu'il s'investisse dans notre relation.

– Tout ça pour du café ?

– Je ne pourrais pas dormir dans le temple du Bélier tant qu'il n'y aura pas de café dans les placards pour mon petit-déjeuner.

– Tu pinailles, Milo, soupira Camus. C'est pour ça que toutes tes relations ne marchent pas.

– Je t'emmerde, Camus, insulta le Scorpion sans grand animosité, plutôt habitué aux piques du onzième gardien.

Camus ne souhaitait pas tellement dire la vérité à son ami qui avait eu de nombreuses déconvenues amoureuses depuis leur résurrection. Autour de lui, Milo voyait leurs confrères et même leurs anciens ennemis se mettre en couple, et lui jouer les bouche-trous pour des hommes qui en aimaient un autre.

Il s'était fait avoir avec Kanon qui en fait en pinçait pour Rhadamanthe de la Wyverne. Puis avec Sorrente, qui en vrai se sentait indigne de Julian Solo. Minos du Griffon souhaitait juste s'assurer qu'il aimait le sexe entre hommes avant de le jeter au bout de quelques rapports pour Eaque du Garuda. Et même avec Aphrodite qui n'avait d'yeux que pour Saga. Et maintenant, c'était Mû sa nouvelle conquête ? Mais bien des gens savaient que Mû éprouvait une attirance évidente pour Deathmask du Cancer. Encore un qui se jouait bien de son ami. Encore un qui ne voyait Milo que comme un beau mec bien sympa pour leur faire oublier leurs vrais sentiments. Encore un qui risquait de réaliser qu'il n'aimait pas Milo et ne serait jamais heureux avec lui.

Camus en serait presque peiné pour son vieil ami, mais il se gardait bien de le mettre en garde. Le grec détestait qu'on mette en doute ses choix. Et puis, cela ne le concernait pas après tout. Camus avait déjà bien à faire avec celui qu'il aimait, celui qu'il s'apprêtait à retrouver. Ses doigts se refermèrent sur la chemise qu'il tenait, la froissant. Il tremblait. Il était à la fois très excité mais aussi terriblement anxieux.

– Et regarde, reprit le grec, moi je fais des efforts. Je cherche un cadeau de noël pour le gamin.

En y regardant mieux, Milo feuilletait effectivement un catalogue de noël d'une enseigne de jouets.

– Il a huit ans, n'est-ce pas ? se demanda Milo à voix haute.

– Milo, ça presque deux ans qu'on a ressuscité. Kiki va sur ses onze ans déjà.

– Ah bon ? Soi-disant qu'il est amoureux, ricana le scorpion. Amoureux !

– Je vois pas ce qui te surprend.

– Comme s'il savait ce qu'est l'amour à son âge.

– Milo, sache que même les enfants peuvent tomber amoureux. Bien sûr, c'est différent que chez les adultes, mais ce n'est pas un sentiment anodin, c'est bien réel, et les conséquences sont les mêmes.

– Si tu le dis, riait encore Milo. Bon, du coup, faut que je trouve un cadeau qui déchire pour impressionner la donzelle.

Camus soupira et décida d'ignorer son ami qui ne le prenait pas au sérieux pour finir de se préparer. Lui ne savait que trop bien qu'un enfant pouvait effectivement éprouver des sentiments amoureux et qu'ils n'en étaient pas moins forts que les émois d'adulte.

Derrière lui, Milo marmonna en tournant les pages avant de changer de magazine. Il en prit cette fois un aux couleurs chatoyantes et à la page de garde plutôt sexy, lui faisant froncer les sourcils.

– Et je peux savoir pourquoi tu ramènes tes magazines crapuleux ici ?

– Ben, maintenant que j'ai choisi le cadeau pour le gamin, je cherche celui pour le grand, se justifia le Scorpion en prenant un air faussement innocent. Donc j'ai emmené mon catalogue de jouets… pour adultes, dit-il d'un ton langoureux faisant lever les yeux au ciel de Camus.

– Je n'aurais pas cru ça de Mû.

– Ce mec en pince pour un crabe… oui je sais, il est génial mon jeu de mot. Mais bref, pour flasher sur Deathmask, faut être sacrément maso.

– Les sentiments ne fonctionnent pas comme ça.

– T'as toujours ton mot à dire, toi. Remarque, pas étonnant pour quelqu'un qui aime un dérangé… Camus, ton cosmos, éteins la clim.

Il faisait effectivement de plus en plus froid dans le temple du Verseau. Milo savait qu'il était allé trop loin, mais en même temps, il ne comprenait vraiment pas le délire de Camus avec son asgardien. De son point de vue, c'était juste un mec apathique, et malade qui plus est. Il ne l'inspirait vraiment pas, mais Camus restait fermé à la discussion le concernant.

– Pas la peine de te mettre dans des états pareils.

– Je ne te permets pas, Milo. Je ne me mêle pas de ta vie privée, alors je te prierai donc de faire pareil avec la mienne.

– J'ai mes raisons de penser ainsi. Figure-toi…

– Aïe.

Sans prévenir, Milo s'était levé et avait durement empoigné le bras gauche de Camus, lequel réagit immédiatement, grimaça en sentant une vive douleur l'irradier.

– Que je sais parfaitement ce que cette enflure te fait. Tu crois que j'ai pas remarqué tes stigmates quand tu rentres d'Asgard, monsieur l'ambassadeur ? Et ne viens pas me dire que tu t'es battu avec un grizzly.

– Lâche-moi, Milo, protesta Camus.

– C'est l'autre qui te fait ça, n'est-ce pas ? Surt, c'est bien comme ça qu'il s'appelle, le type à la couette ? Tu as juste un mot à dire, Camus, et je vais lui faire goûter au dard du Scorpion, histoire qu'il sache ce qu'est la vraie douleur.

– Fiche-moi la paix. Je n'ai besoin de toi ni pour me défendre, encore moins pour gérer ma vie.

– Je m'inquiète pour toi, Camus. Tu es mon ami.

– Trop aimable, mon cher Milo, répliqua âprement le onzième gardien. Sache que je ne t'ai rien demandé, et que si tu commets la terrible erreur de déclencher un conflit entre Asgard et le Sanctuaire, même minime, je ne te le pardonnerai jamais. Va donc jouer avec ton amant du moment et fiche-moi la paix.

– Ah, Mû n'est pas aussi divertissant que ne l'était Kanon ou Minos. Mais j'aime bien sa douceur, contrairement à d'autres.

– Et bien tant mieux pour toi. Maintenant, pars que je puisse finir de me préparer. Va demander du café ailleurs, et ne ramène plus ce genre de catalogue chez moi. Ça me dégoute.

– Pff, sainte-nitouche, maugréa le grec.

– Si tu savais, mon pauvre ami. Si seulement tu savais, tu n'en reviendrais pas, dit Camus en le tirant jusqu'à la porte.

– Il suffirait que tu me le dises.

– JAMAIS, ça ne te concerne pas. Et je ne veux plus que tu me parles de ça. Au revoir Milo, salua farouchement le chevalier des glaces en claquant la porte au nez du Scorpion.

Dos à la porte, Camus se laissa glisser jusqu'au sol, ses bras entourant ses jambes, sa tête nichée dans ses genoux. A l'extérieur, il ressentait le cosmos agressif, courroucé du Scorpion. Le bruit d'une colonne qu'on frappe retentit, des injures, puis plus rien. Enfin seul et au calme.

Après s'être assuré qu'il se soit suffisamment éloigné, Camus redressa le buste pour mieux respirer.

– Pardonne-moi mon ami, mais je ne veux pas t'impliquer. C'est ma sentence, mon crime, mon fardeau. Oh, et puis ce n'est pas si désagréable que ça, même si c'est douloureux. Si tu savais, je l'aime réellement.


Asgard, Village d'Hukommelse

Avant d'arriver au palais de Valhalla, comme un rituel, Camus se rendit dans un village situé à une demi-journée de marche de la capitale du royaume d'Asgard. Il avait commencé sa formation de chevalier en ces lieux, avant que son maître ne l'emmène en Sibérie. Le Verseau aimait bien cet endroit paisible, mais ô combien dangereux. Les tempêtes de neige et les avalanches étaient fréquentes. On comptabilisait de très nombreux accidents. D'ailleurs, Surt et sa sœur étaient originaires de ce village. Ils avaient perdu leurs parents, victimes de cette région hostile, disparus un soir, morts de froid, leurs corps retrouvés à la fonte des neiges des mois plus tard. Leur père était sorti chasser et sa femme était parti à sa rencontre, s'inquiétant de ne pas le voir revenir.

Orphelins comme beaucoup d'autres enfants, son ami et la petite Ingrid avaient trouvé refuge au monastère. Si Surt était un garçon sérieux et responsable, Ingrid était espiègle, téméraire, pas très obéissante, ce qui avait causé sa mort. Elle était pourtant gentille, pleine de vie, mais terriblement imprudente. Elle aimait venir voir les entrainements de son frère. Elle se plaignait souvent que Surt ne passait plus assez de temps avec elle. Elle amusait beaucoup Camus, embarrassait Surt. Elle écopait de bien de corvées et de punitions pour désobéissance, mais rien ne l'arrêtait, rien de l'empêchait de sortir malgré le danger de traîner près du lieu d'entrainement d'un apprenti chevalier ou guerrier divin.

Camus n'en avait parlé qu'à Milo, expliquant qu'Ingrid ne devait normalement pas se trouver là, que ça lui était interdit justement parce que c'était dangereux. Son ami avait su lui ôter le poids de la culpabilité. Et il lui avait répété mainte et mainte fois cette même phrase : « Ce n'est pas de ta faute, Camus. C'était un accident. Si quelqu'un doit se sentir responsable, c'est ceux qui la surveillaient et ne savaient pas la cadrer. Ce n'est pas ta faute ! »

Camus avait longtemps culpabilisé d'avoir accidentellement tué Ingrid. Il en avait fait des cauchemars pendant des années, et c'était même revenu à leur résurrection. Plus que d'avoir provoqué la mort d'une enfant, la haine dans les yeux de Surt qu'il adorait à l'époque l'avait profondément marqué.

Son ami avec qui il partageait tant de chose, qui le fascinait, avait changé du tout au tout. Camus était anéanti d'avoir perdu son estime. Il dépérissait au fil des jours et faisait son possible pour se faire pardonner. Au final, son maître l'emmena en Sibérie pour achever sa formation. La présence et l'animosité de Surt le déconcentrait alors qu'il était si prometteur. Ce regard féroce, digne d'une bête sauvage qui défend son terrier, Camus n'avait pu le supporter.

Il avait fini par avancer, obtenir son armure d'or, faire fi de ses sentiments comme tout bon chevalier des glaces, mais rencontrer Surt à nouveau lors de leur brève résurrection à Asgard avait tout fait remonter à la surface. Camus était toujours aussi fasciné par son ami. Son ami qui lui avait donné une opportunité de se faire pardonner. Son ami qui était devenu son amant.

Camus se savait toujours aussi amoureux qu'à ses dix ans, au point d'en attaquer Milo, son meilleur ami.

A leur dernière résurrection, il avait cru Surt guéri des ténèbres qui le rongeaient. Sa rancune n'avait plus lieu d'être. Ingrid était morte à cause de son imprudence et non par la faute de Camus.

Mais ce fut la douche froide !

Surt lui reprochait encore la mort de sa petite sœur, et il ne voulait entendre aucune explication. Et surtout, il jouait avec les sentiments de Camus pour lui imposer ses fétichismes et autres fantasmes dont il n'était pas adepte.

Mais Camus l'aimait, il était sûr de l'aimer autant qu'à ses dix ans. Il lisait beaucoup pour aider Surt à faire enfin son deuil. Il pouvait y arriver. Et il subirait tout, le temps qu'il faudra, si au final, il retrouvait le Surt joyeux et aimant de son enfance. Camus l'aimait, il n'allait pas l'abandonner.

– C'est étrange, commenta-t'il en arrivant au village. Où sont les habitants ?

Même s'il était petit, ce village était habituellement animé, surtout des jours comme celui-ci où la neige ne tombait pas. Il faisait même plutôt beau, mais personne, absolument personne dans les rues alors qu'ils étaient le matin. Et pas la moindre décoration de noël, rien. On aurait presque dit un village fantôme.

Il se rendit au cimetière, s'agenouilla devant la petite croix en bois qui souffrait bien des intempéries et déposa quelques chocolats et un petit lapin en peluche.

– Joyeux noël Ingrid. Je sais que tu étais gourmande, alors je t'ai apporté du chocolat. Je sais que je répète toujours les mêmes choses quand je viens te voir, mais j'ose espérer que toi, tu ne m'en veux pas. Je te promets de faire au mieux pour que ton frère puisse avancer. Je l'aime, je ne le laisserai pas tomber. Repose en paix, petit ange.

Il se tut, respectant le silence des lieux, mal à l'aise. Camus ressentait comme une lourdeur dans l'air, inhabituelle. Il se passait vraiment quelque chose dans le village, comme si une puissance lugubre y régnait.

Dans son dos, il crut sentir la présence d'une personne marcher derrière lui. Camus se retourna subitement mais ne vit rien. En revanche, il ressentait toujours cette aura lugubre, comme une odeur de mort. Que se passait-il ? Était-ce la même chose partout à Asgard ?

– Je dois y aller, Ingrid.

Camus retourna vers le village et croisa enfin une personne qui courait difficilement, en proie à de la panique. Il l'arrêta dans sa course pour l'interpeller et lui demander des explications. Il s'agissait d'un homme d'âge mur, au moins soixante ans, apeuré, qui semblait avoir le diable à ses trousses. En le touchant, Camus remarqua qu'il était bouillant, comme s'il souffrait d'une importante fièvre. Il avait la respiration sifflante et avait du mal à retrouver son air. D'ailleurs, une importante quinte de toux lui fit perdre ses forces et il tomba à genoux. Camus le soutint, mais l'homme l'ignorait. Il semblait clairement effrayé par quelque chose d'invisible.

– Elle arrive. Elle vient me prendre. Non, j'ai peur.

– De quoi vous parlez ? Vous avez des hallucinations à cause de la fièvre, monsieur. Il n'y a rien.

– Elle est là. Elle s'approche. Non, je ne veux pas. Qui va s'occuper des petiots ? Leurs parents sont déjà morts. Elle les a déjà emmenés.

– Qu'est-ce que vous voyez ?

– Lâchez-moi. Pitié non. Dame Hel, je vous en supplie. Non.

Une nouvelle quinte de toux prit l'homme qui devenait bleu. Il s'étouffait mais tentait de fuir malgré tout. Camus le croyait vraiment victime d'hallucination lorsqu'il sentit soudain comme un vent encore plus glacial le traverser, plus froid et terrible que les hivers nordiques, un froid oppressant comme la mort.

Puis plus rien, et l'homme dans ses bras était mort. Mais qu'est-ce qui s'était passé ?

– Hé toi ! Ecarte-toi de lui.

Une voix forte et autoritaire le ramena subitement à la réalité. Camus se releva pour faire face à trois hommes montés sur des chevaux. Des soldats visiblement, bien emmaillotés et leur visage recouvert d'un masque.

– Qu'est-ce que tu fais là ? L'accès à ce village est interdit. Tu n'as pas vu assez d'indication sur la route ?

– Je suis Camus, chevalier d'or du Verseau du Sanctuaire en Grèce, se présenta le français. Je suis arrivé par la frontière et je n'ai pas vu la moindre indication comme quoi ce village est interdit d'accès.

– Par Odin, il a neigé ces derniers jours et les panneaux doivent être ensevelis. La poisse, maugréa un des soldats. On va devoir faire plus de patrouille pour éviter de répandre l'épidémie.

– Une épidémie ? s'interrogea Camus.

– Ce village est le point de départ d'une maladie pulmonaire grave et contagieuse. Pour éviter de contaminer tout le pays, nous avons mis ce village en quarantaine. Tous les habitants encore vivants sont cloitrés chez eux et nous venons leur apporter des vivres et des médicaments.

Ceci expliquait pourquoi il n'avait vu personne. Mais ça n'expliquait pas la frayeur de cet homme juste avant de mourir, ni cette ambiance oppressante.

– En rentrant, nous suivons un protocole de désinfection rigide et tu devras t'y coller toi aussi, expliqua le soldat. Tu as bien dit que tu venais du Sanctuaire d'Athéna ? Je suppose donc que tu es le chevalier venu rendre ses hommages à la princesse Hilda pour les festivités de fin d'année.

– En effet.

– Tu vas venir avec nous puisque tu as touché cet homme malade. On ne voudrait pas que tu contamines les villages que tu vas traverser. Tu vas chevaucher avec Gustav. Nous autres, on s'occupe de ce corps.

– Pardonnez-moi, mais je crains que ce village ne soit victime d'autre chose que d'une épidémie. Ne sentez-vous pas comme une aura lugubre ?

– Bien évidemment, ça pue la mort ici. Dame Hel a dû rendre bien des visites. On a enterré bien du monde ces derniers jours. Ceci explique cela.

Dame Hel ? Le défunt avait aussi énoncé ce nom. Camus savait beaucoup de chose, mais ceci ne lui disait rien. Il ne tarderait pas à faire son enquête.

Le Verseau monta à l'arrière de la monture du dénommé Gustav qui s'élança vers la capitale. Une dernière fois, Camus se retourna vers le village et crut voir une petite silhouette encapuchonnée qui le fixait.


Asgard, Palais de Valhalla

– Camus du Verseau, je te remercie d'avoir fait le déplacement comme toujours, dit Hilda de Polaris d'un ton affable, qui tenait une lettre de la part d'Athéna entre ses mains.

– Le plaisir est pour moi. J'aime réellement votre royaume. Je m'y sens un peu comme dans mon environnement.

– Reste autant que tu le souhaites. Je rédigerai mes vœux à Athéna d'ici ce soir. En attendant, je te convie bien évidemment à ma table pour le dîner. Surt d'Eikthyrnir, ici présent, s'occupera comme d'habitude de te loger et te distraire. Je suppose que je n'ai pas besoin de faire les présentations.

– Non, ma Reine, sourit le guerrier divin. Cela fait bien longtemps qu'il n'y a plus de formalité entre Camus et moi.

Camus eut un frisson. Normalement, il devrait être heureux de retrouver son aimé. Surt était toujours aussi attirant et son sourire devrait faire plaisir à voir, mais il était faux. Camus savait reconnaître les rictus de son amant. Par Athéna, il n'avait prévu d'arriver ici si tôt. Il aimait marcher calmement entre le village d'Hukommelseet la capitale du pays. Cette petite randonnée l'aidait habituellement à se préparer mentalement à faire face à son amant. Il aimait Surt, il en était sûr, mais aller à sa rencontre lui tordait l'estomac. Les humeurs de son ami étaient tellement changeantes et il ne savait pas à quelle sauce il prévoyait de le manger.

– Actuellement se tient une grande foire en ville si l'envie te dit d'aller y faire un tour, suggéra Hilda. Nous essayons de garder le moral malgré l'hivers rude et les évènements. J'ai cru comprendre que tu étais passé par Hukommelse. Je suis navrée de t'avoir fait subir tout le protocole de désinfection. Nous allons bien évidemment te fournir d'autres vêtements puisque les tiens sont partis en décontamination.

– Ne vous inquiétez pas, j'ai tout prévu et je comprends très bien ces recommandations.

– Ce n'est pas facile de soutenir une partie du peuple tout en protégeant les autres. Les habitants d'Hukommelse se pensent abandonnés, mais je ne peux malheureusement pas prendre le risque de faire venir l'épidémie ici. Nous faisons tous au mieux pour éviter que Dame Hel ne vienne nous rendre visite.

– Pardonnez-moi, mais qui est cette Dame Hel ?

– Demande donc à Surt, ou notre vieux bibliothécaire se ferait un plaisir de te conter les légendes du royaume. Je dois me retirer pour le moment. Passe un agréable séjour, Camus du Verseau.

La souveraine se retira dans son bureau, laissant Camus seul avec Surt qui avait changé d'expression dès l'instant où sa reine avait quitté les lieux. L'angoisse du français refit surface. Son amant ne disait rien mais lui fit un signe de tête pour l'inciter à le suivre. Il obéit, ne souhaitant pas contrarier Surt d'entrée de jeu. Dans les couloirs, Camus reconnut immédiatement le chemin et où l'emmenait le guerrier divin. Vers sa chambre.

– Attends Surt, l'arrêta Camus.

– Quoi ? aboya l'asgardien.

– J'aimerai aller à la bibliothèque. Quelque chose m'intrigue…

– Camus, c'était quand ta dernière visite ? Il y a quatre mois ! lui rappela Surt. Ça peut pas attendre ? Je veux profiter de toi, c'est légitime, non ? Des fois, je me demande si tu m'aimes vraiment.

– Evidemment, Surt. Ne commence pas avec ça, tu sais que je tiens à toi, s'agaça Camus.

– Et bien prouve-le et viens avec moi. J'ai envie de te choyer.

Il se raidit à nouveau en entendant le mot « choyer ». Il savait ce qui l'attendait une fois la porte de la chambre refermée. Camus appréhendait, tremblait, son ventre se tordait. Il inspira profondément pour se calmer, cela n'échappant guère à Surt qui lui offrit son habituel sourire pervers qu'il réservait pour leur intimité.

– Tu es impatient ? Moi aussi à vrai dire. Ton cul étroit m'avait manqué, dit-il en verrouillant la porte derrière lui et en s'installant nonchalamment sur son lit. Tu sais ce que tu as à faire, Camus.

– Pourquoi faut-il toujours que je passe par ça ?

– Mais tu as un corps magnifique, mon amour. Rien ne me fait plus bander que ton corps nu et ton visage défiguré par le plaisir, tout en ayant cette retenue qui te caractérise si bien. Je me ravi de savoir que je suis le seul à connaître ça. Car je suis bien le seul, n'est-ce pas ?

– Evidemment. Je n'ai pas d'autres liaison.

– Ta fidélité t'honore. J'ai vraiment de la chance, sourit Surt. Camus, tu me ferais encore plus plaisir si tu te masturbais à genoux devant moi. S'il-te-plait mon amour.

Résigné, Camus s'exécuta. Ce procédé l'intimidait toujours, même s'il était un rituel obligatoire à chacun de leur rapport. Lentement, il se déshabilla entièrement avant de poser genoux à terre sur le tapis, et se stimuler devant un Surt qui l'observait avec délice, un sourire plaqué sur ses lèvres.

– Plus vite, Camus. Tu ne montes pas assez vite. Allez, plus d'entrain, fais un effort.

Il avait du mal. Clairement, il n'était pas à l'aise, pas dans l'ambiance, et l'excitation ne venait pas. Par Athéna, il ne voulait pas décevoir Surt. Ça devait montait. Ça devait ! Camus insista, mais rien ne se passait. L'angoisse l'oppressait, au moins autant que lorsqu'il se trouvait dans le cimetière d'Hukommelse. Ce n'était pas bon. Déjà qu'ils ne se voyaient pas souvent, mais en plus il n'était même pas capable de satisfaire con compagnon. Il se sentait nul pour le coup.

– Pff, bon allez, laisse tomber, soupira Surt. Tu fais plus pitié qu'autre chose. Viens là, j'aimerai tester quelque chose de nouveau.

– Quoi ? demanda Caus avec appréhension.

– Camus, tu peux arrêter de prendre cet air de vierge effarouchée ! Je suis pas en train de te violer, t'es adulte et consentant, non ? Allez viens. Toi qui es ouvert d'esprit, je pense que ça devrait te plaire. Ça vient du Japon, c'est pas de là qu'est originaire ton disciple ?

Du tiroir de son chevet, Surt sortit tout un tas de cordes, et Camus comprit exactement ce qui l'attendait. Des liens l'entravèrent sur l'ensemble du corps, formant un ensemble assez esthétique en soit. Son amant s'appliquait, serrait les cordes, un peu trop. Il avait beau être un chevalier capable de résister à cet inconfort, il n'empêche qu'il risquait d'écoper encore de nombreuses marques.

– Moins fort, Surt.

– Ça n'a pas de sens si ce n'est pas serré.

– S'il-te-plait Surt. Pour une fois, ne peux-tu pas faire ce que je deman… Argh.

Camus se fit brutalement tirer en arrière par les cheveux avant qu'il ne puisse finir sa phrase. Sa grimace n'émeut nullement son amant qui lui contorsionnait le corps.

– Et toi, pour une fois, ne peux-tu pas arrêter de protester ? Tu faisais déjà ça lors du règne de Loki. Toujours à te poser trop de question, à réfléchir bêtement alors que tu as été assez stupide pour déclencher une avalanche qui a tué Ingrid. Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ce jour-là, hein ? Monsieur le meurtrier.

– Arrête, supplia Camus en gémissant.

– Je n'avais qu'elle et tu me l'as enlevée.

– Je n'ai pas voulu ça.

– Qu'importe, tu l'as fait quand même. Tu as tué une enfant innocente. Qui est-ce qui mérite une punition, hein ?

– … c'est moi, dit tout bas le verseau au bord des larmes.

– Je suis content que tu l'admettes enfin. Je vais te châtier à la hauteur de ton crime, dit-il en le repoussant sur le lit.

Le corps entièrement lié par le bondage japonais bien serré de Surt, Camus, qui était à genoux, tomba son buste sur le matelas, relevant ainsi son fessier, son intimité ouverte, tout offerte à son amant, plutôt son tortionnaire qui commença une préparation assez rude et un peu trop rapide.

– Pardon, mais je tiens plus là, dit Surt qui baissa son pantalon. Ça fait quatre mois, Camus. Putain, quatre mois sans venir me voir. Des fois, je me demande si tu tiens réellement à moi

Camus avait envie de pleurer chaque fois qu'il entendait ça. Comment Surt pouvait-il sans cesse remettre en doute ses sentiments pour lui ? Le français avait toujours l'impression de devoir prouver quelque chose. Certes, ils ne se voyaient que rarement, mais Camus lui faisait parvenir de nombreuses lettres, et il se donnait entièrement à lui à chaque visite. Qu'est-ce qui lui fallait de plus ?

Le Verseau ravala un gémissement. L'intrusion rude des doigts de Surt lui faisait mal. Il s'estimait au moins heureux qu'il mettre du lubrifiant. Quelle délicate attention ! Bien qu'elle ne suffise pas pour enrayer sa douleur lors de la vraie pénétration. Camus serra les dents, enfouit sa tête dans le matelas. Il étouffa ses râles de douleurs, ravala ses larmes pendant que Surt le culbutait, tout en maltraitant son fessier de claques sonores.

Sa sentence, son crime, son fardeau. Si servir de défouloir pour Surt l'aidait un peu, si le guerrier divin se sentait mieux après ça, alors il était satisfait… ou pas. Combien de temps cela allait-il durer encore ? Depuis deux ans, Camus prenait sur lui. Il était humilié, blessé, mais certainement pas aimé.

– Gniiii, gémit l'ambassadeur.

– Tu souffres ? Ressens la douleur que j'ai ressenti ce jour-là. Tu n'as que ce que tu mérites, meurtrier.

Camus n'en pouvait plus, il ne supportait plus ça, mentalement parlant. Son estime était détruite, et il était fatigué de se justifier devant ses confrères pour ses marques, peiné de croiser le visage soucieux de Milo. Surt le détruisait. Il craquait.

Que quelqu'un arrête ça. Que quelqu'un lui vienne en aide.

– Milo, gémit tout bas le Verseau avant de se faire rappeler à l'ordre, ses cheveux brutalement tirés en arrière, lui tordant le cou.

– Tais-toi, ne parle pas, ta voix nasillarde m'insupporte. Tu es mon prisonnier, tu dois m'obéir. Allez Camus, je veux t'entendre couiner comme une chienne. Je m'en fous si tu ne ressens rien. Simule.

– Je ne… peux pas.

– Fais un effort. Tu as échoué à me faire plaisir juste avant, tu peux bien tenter autre chose. Fais un peu preuve d'initiative, je sais pas, moi. Pourquoi viens-tu à Asgard si c'est pour que ça se passe de la sorte ? Ah oui, c'est vrai, tu ne manques jamais de déposer des chocolats sur la tombe d'Ingrid. Comme si elle allait les bouffer maintenant qu'elle est morte, maintenant que tu l'as tuée.

– C'était un accident, Surt. Je t'en supplie, pardonne-moi.

– Pas encore, Camus, ces choses-là demandent du temps. Mais au vu des sentiments que tu me portes, je suis disposé à faire un effort. Satisfait ? Maintenant, couine.

Les dents serrées, Camus détourna la tête côté fenêtre avant d'écarquiller les yeux.

Elle était là, derrière les carreaux. Cette silhouette encapuchonnée, sous laquelle il reconnut le visage d'une jeune femme. Ils se trouvaient en hauteur dans le palais, et pourtant elle était là, à l'extérieur, au-dessus du vide. Camus remua soudainement et déploya légèrement son cosmos. Il se sentait comme agressé par l'aura lugubre qui se dégageait de cette étrange personne. Il repoussa subitement Surt par terre et gela ses liens qui se brisèrent, le libérant. Sur sa peau figuraient les traces du bondage, de ses bras jusqu'à son buste, son ventre et ses cuisses. Camus les ignora pour l'instant. Il fixait la silhouette qui semblait écrire quelque chose sur la buée des carreaux.

Le verseau se rapprocha mais quelqu'un lui saisit subitement le bras pour le retourner sauvagement et lui assigner un coup dans la mâchoire.

– Sale con. Ne viens pas jusqu'à Asgard si c'est pour me prendre pour un con et me traiter comme de la merde. Je ne te vois pas pendant quatre mois, je t'accueille dans ma chambre bien plus confortable que les chambres d'amis, et voilà tes remerciements ? Je suis quoi pour toi, Camus ? Un vide-couille ?

– Tais-toi, il se passe des choses étranges, Surt. J'essaie de t'en parler depuis tout à l'heure. Je pense que c'est grave.

– Tu tires une de ces tronches, Camus. On dirait que tu as vu un fantôme ?

– Mais là, à la fenêtre...

Derrière les carreaux, la silhouette encapuchonnée avait disparu.

– Ne cherches pas des excuses, Camus. Surtout des aussi grossières. Je te sais assez intelligent pour ne pas croire en des apparitions. Tu en as juste rien à foutre de moi et tu n'as pas les couilles de me le dire.

– Non Surt. Ne dis pas ça, ce n'est pas vrai. Je t'aime, je te le jure. Arrête de mettre en doute mes sentiments, c'est usant.

– Mais tout est là pour me faire douter, Camus.

– S'il-te-plait, crois-moi. Fais-moi confiance.

– Je t'ai fait confiance la dernière fois, lors de la bataille contre Loki et Yggdrasil. Et regarde où ça m'a mené ? Tu t'es retourné contre moi.

– Tu avais tué mon ami qui était vaincu et à terre. J'ai des principes aussi, Surt.

– Et bien ils sont mauvais ! explosa l'asgardien. Je vois juste que tu avais donné ta parole et que tu l'as trahi. Tu n'es pas digne de confiance.

– Arrête Surt, je fais ce que je peux pour toi. Tu n'as pas le droit de me traiter de la sorte.

– Si ma façon de te traiter ne te convient pas, tu peux toujours aller dormir dans la chambre des invités. Moi, je ne te veux plus dans mon lit, déclara derechef le guerrier divin qui s'était rhabillé et s'apprêtait à sortir.

– Surt, attends.

Il saisit le col de son amant pour l'embrasser avec ardeur. Un vrai baiser du désespoir. Un baiser pour le sommer de rester et lui donner une nouvelle chance. Un baiser à la hauteur des rapports brutaux que lui imposait l'asgardien et qu'il n'appréciait guère.

Mais il aimait Surt et il ne voulait pas le perdre. Pas alors qu'il ne parvenait pas à l'aider pour son deuil. Par le passé, il avait difficilement aidé Hyoga à évoluer sans le souvenir douloureux de sa mère. Il aiderait Surt, il n'avait pas l'intention de l'abandonner.

– Donne-moi une autre chance, supplia presque Camus. Je t'aime.

– Hum, je ne sais pas. Je te dirai ce soir après le repas avec sa Majesté, dit Surt en ouvrant la porte.

– Tu t'en vas ?

– Je vais patrouiller. Tu n'as pas besoin de moi pour aller te promener ou consulter des bouquins, non ? Comporte-toi un peu en adulte, Camus.

Ses mots durs le heurtaient à chaque fois. S'il le voyait, Milo le traiterait surement de masochiste. Seul dans la chambre, encore nu, dans l'incertitude quant à la suite de sa relation, Camus tomba à genou, en proie à des douleurs dans sa poitrine. Son cœur lui faisait si mal. Il était fatigué de la froideur de Surt, mais il ne devait pas le lâcher, il ne pouvait pas.

Pendant leur rapport, il avait appelé Milo. Pourquoi Milo qui devait actuellement prendre du bon temps avec Mû ? Sans doute parce qu'il était un ami de confiance, et qu'à cet instant, il avait effectivement envie que le Scorpion intervienne et arrête son calvaire.

Le français se releva et alla se regarder dans la glace. Son corps était couvert d'ecchymoses une fois de plus, sans parler de ces liens bien trop serrés qui avaient laissé des marques sur sa peau. Il devrait cacher tout cela en rentrant. Camus ne tenait pas à ce que ses confrères bien trop soucieux ne lui posent des questions. Son fardeau, son crime, son calvaire. Il devait gérer ça tout seul.

Et comme s'il n'avait pas assez à faire avec Surt, il y avait cette apparition qui le poursuivait depuis qu'il était arrivé. Derrière les carreaux de la chambre, il n'y avait plus personne, mais un mot avait été écrit dans la buée : Evighet.


Asgard, Bibliothèque du Palais de Valhalla

Le bibliothécaire rapporta un impressionnant ouvrage qu'il déposa devant Camus.

– Depuis qu'Alberich est emprisonné pour acte de trahison, plus grand monde ne vient ici. Cela fait bien plaisir de voir qu'il existe encore des gens passionnés par la culture et la richesse de la lecture. Et c'est d'autant plus plaisant de voir des étrangers s'intéresser à nos traditions.

– Merci de m'accorder un peu de votre temps, le salua Camus. Pourriez-vous m'en dire plus sur Dame Hel. Savez-vous de qui il s'agit ?

– Bien évidemment, tout le monde ici sait qui elle est. Peu souhaite la voir apparaitre devant leurs yeux.

– Qui est-elle ? Un esprit maléfique ?

– Du tout, c'est une déesse. La Déesse de la mort qui vient chercher les âmes des défunts qui quittent leur corps. La voir signifie que votre vie arrive à son terme.

Camus en eut des sueurs froides. S'il n'avait pas peur de mourir au nom de la paix sur Terre et pour Athéna, l'idée qu'une Déesse de la mort lui rôde autour sans raison ne le rassurait guère.

Le bibliothécaire lui trouva les pages traitant de cette divinité. Ils commencèrent à lire lorsque des cris, semblant venir de loin, retentirent jusque dans la calme bibliothèque.

– Encore lui, soupira le vieil homme.

– Qui est-ce ?

– Un prisonnier, un criminel qui avait pourtant été choisi par une armure divine. Fafner de Nidhogg.

– Qu'est-ce qui lui arrive ?

– Il dit qu'il voit un fantôme, le fantôme d'une de ses victimes. Il est mort de trouille.

– Le fantôme de qui exactement ? s'intéressa Camus.

– Une de ses cobayes décédée pendant la bataille contre le Dieu Loki. J'ignore son nom, il y en a eu tellement. Mais le plus surprenant avec celui-ci, c'est qu'on a perdu le corps.

– Le corps de la cobaye ?

– Son tiroir à la morgue vide. Disparu dans la nature, jamais retrouvé.

Camus frissonna à l'idée qu'un pervers nécrophile ait pu s'emparer du corps. Il se ressaisit vite, intrigué par cette histoire.

– Quelqu'un d'autre a vu ce fameux fantôme ?

– Non, il perd la raison dans les geôles et il hallucine, voilà tout.

Peut-être que ce prisonnier hallucinait, peut-être pas. Camus était lui-même victime de vision. Il préférait mener son enquête.

– Encore une question, demanda Camus. Est-ce que le mot Evighet vous parle ?

– Dans nos anciennes langues, ce mot signifie « éternité ». C'est aussi le nom du grand cimetière de la capitale.

La Déesse de la mort ? Un homme qui dit voir des fantômes ? Un cimetière ? Tout se tenait.

N'ayant pas envie de s'enfermer dans la chambre des invités pour y broyer du noir, à tourner encore et encore les mots durs de Surt dans sa tête, Camus préférait encore continuer son enquête, vraiment intrigué par cette silhouette qui semblait le poursuivre.


Evighet, cimetière communal de la capitale d'Asgard

L'endroit était immense, les tombes serrées, et on dénotait un nombre important de cases de columbarium pour y déposer des urnes funéraires. L'incinération s'avérait moins couteuse et surtout bien moins encombrante. Au vu du nombre de nourrisson ne supportant pas le froid de la région, on pouvait même y placer plusieurs petites urnes dans une seule case.

Même pour Camus, cet endroit ne lui plaisait guère. Il était venu ici mais sans même savoir ce qu'il devait chercher. Il déambulait au hasard à travers les allées, regardant les noms et les âges des défunts. L'espérance de vie semblait bien inférieure au reste de l'Europe. Camus en arrivait presque à comprendre les ambitions d'Hilda lorsqu'elle était possédée par le mal.

Les tombes étaient simples. La plupart de simples croix fabriquées à la main et plantées dans la terre. Certaines étaient tombées au sol à cause des intempéries. Pas de caveau familial, toutes des sépultures modestes. Surement qu'il s'agissait d'un cimetière pour les gens du peuple et certainement pas pour les nobles et autres familles plus aisées. Camus s'en désola. Tout le monde devenait égal dans la mort, il devrait en être de même pour les funérailles.

Une sépulture attira son attention plus que les autres. Elle était décorée de magnifiques ornements floraux, de couronnes et de gerbes confectionnées par des mains habituées, bien plus que les autres. Les fleurs étaient vraies mais ne fanaient ou ne séchaient pas, signe qu'elles avaient subi un traitement spécial et couteux. Probablement que la personne enterrée là appartenait à une famille d'artisans fleuriste. En se rapprochant, Camus remarqua qu'il s'agissait de la tombe d'une jeune femme d'à peine dix-huit ans. Une certaine Helena. Les gerbes étaient entourées de ruban où était inscrit « A notre sœur ».

Camus eut soudainement froid alors que le vent ne soufflait pas. Frissons dans le dos exactement, comme lorsqu'il se trouvait devant la tombe d'Ingrid, comme lorsqu'il avait vu cette personne à travers la fenêtre de la chambre de Surt. Il se retourna vivement pour se retrouver face à elle.

Elle était là, juste à un mètre. De petite taille, encapuchonnée, son visage visible, celui d'une jeune femme, n'exprimait rien.

– Hel ? hésita Camus. Vous êtes la Déesse de la mort Hel ? Qu'est-ce que vous me voulez ? Vous venez me prendre ?

A cet instant, Camus se dit qu'il serait prêt à partir avec elle. Il était encore sous le choc de son rapport douloureux et désastreux avec Surt. Il était perdu dans cette relation qui lui pesait. Il voulait aider son amant mais ne savait pas comment. Il voulait montrer à Milo qu'il était heureux, mais c'était faux. Il voulait disparaitre aux yeux du monde, et ne plus revenir. Il était déjà fatigué de revivre.

– Et bien faîtes donc. Vous êtes là pour ça, non ?

A quoi bon rester ? Il ferait de la peine à certains, sans doute, mais ça leur passerait. Tout le monde n'avait pas le deuil pathologique comme son compagnon.

La divinité était muette. Sa cape bougea et elle sortit deux bras menus, non pas pour lui arracher son âme mais plutôt pour tendre une enveloppe au chevalier. Elle garda la position plusieurs secondes sans bouger, fixant Camus sans même ciller. Son aura mettait mal à l'aise, mais elle ne semblait pas agressive. Finalement Camus se saisit de l'enveloppe sur laquelle était inscrit « ma letre au père-noël », d'une écriture grossière et maladroite, et avec une énorme faute d'orthographe sur le mot « lettre », digne d'un enfant qui venait à peine d'apprendre à écrire.

Cette lettre ne lui était pas destinée, alors pourquoi est-ce qu'on la lui donnait ? Hel se trouvait toujours devant lui, immobile, comme si elle attendait quelque chose.

– Qu'est-ce que je dois en faire ?

Pas de réponse.

– Qui a écrit ça ?

La cape bougea encore, et Hel tendit cette fois un genre d'élastique à Camus. Blanc, un peu dentelé et entouré de perles, similaire à celui que portait Surt dans ses cheveux.

– Où avez-vous eu ça ?

L'évidence le frappa alors. Cette écriture enfantine, cet élastique, la Déesse de la mort.

– Ingrid ?

Evidemment, pas réponse de la divinité cette fois encore. Camus se décida à ouvrir l'enveloppe. Visiblement, il ne pouvait pas communiquer avec Hel. Était-ce parce qu'elle était une divinité, ou bien parce que son heure n'était finalement pas venue ?

"Cher père-noël...", commença-t-il à lire. Les yeux de Camus s'écarquillaient à mesure de sa lecture. Abasourdi, il ne croyait pas ce qu'il découvrait. Il releva les yeux devant lui mais Hel avait disparu. Pas très loin cependant. Le Verseau l'aperçut à quelques mètres contre une barrière, en train d'observer la ville qui se situait en contrebas.

– Est-ce qu'il y a autre chose que vous voulez me dire, Dame Hel ? demanda-t-il après l'avoir rejoint.

Elle pointa son doigt à l'horizon, vers le centre-ville animé où de nombreux commerces étaient ouverts. Camus comprit ce qu'elle cherchait à lui montrer.

L'enseigne d'une petite boutique de fleurs.


Asgard, Palais de Valhalla

Le soir-même, Camus alla timidement frapper à la porte de la chambre de Surt, un sac de toile sur son épaule. Le guerrier divin lui ouvrit et le regarda circonspect. Il n'exprimait rien, ne semblait ni ravi, ni irrité de sa présence. La poitrine du Verseau se serra. Alors ils en étaient là, il ne provoquait plus la moindre émotion chez Surt.

– Tu veux quoi ? demanda l'asgardien d'un ton neutre.

– Je peux entrer ?

– Tu veux quoi ? répéta Surt.

– J'ai quelque chose pour toi. S'il-te-plait, laisse-moi entrer.

– C'est quoi ?

– Surt, je t'en prie.

Finalement, l'asgardien s'écarta pour le laisser entrer. Camus avait la boule au ventre, mais pas pour les mêmes raisons que plus tôt dans la journée. De cette entrevue allait se jouer sa relation avec son premier amour.

Surt l'invita à s'asseoir à ses côtés sur le lit, mais Camus refusa.

– Si tu boudes, pourquoi est-ce que tu es venu ?

– Je ne boude pas.

– Je te connais, Camus. Tu as ta moue des jours vexés, signala Surt d'un sourire moqueur.

– Je me demande ce que tu sais réellement de moi.

– Je ne prétends pas te connaître complètement, mais j'en sais suffisamment pour savoir que tu caches bien des choses sous ton beau visage. C'est lui qui te sauve d'ailleurs. Tu peux aisément tromper ton monde avec. Allez, viens là, l'invita le guerrier divin en tapotant ses jambes. On oublie ce matin, j'ai envie de te cajoler pour m'excuser de t'avoir frappé.

– Tu es vraiment désolé ?

– Promis, je te demanderai pas de simuler. Mais si je te fais du bien, tiens-moi au courant quand même.

Camus se raidit, réfléchit, réalisant qu'il n'avait jamais réellement pris de plaisir dans ses relations intimes avec Surt. Il en venait subitement à douter de ses propres sentiments. Qu'éprouvait-il pour lui au juste ? De la tendresse ? Ça oui, à n'en pas douter. Il se souciait réellement de son ami d'enfance et son amant. Il souhaitait le meilleur pour Surt, et surtout, il voulait l'aider à surmonter le deuil de sa sœur.

Camus avait plusieurs fois essayé d'en discuter avec lui, mais Surt était fermé à toute conversation concernant Ingrid, targuant « qu'un meurtrier ne devrait pas davantage souiller ses victimes ». Que des mots durs, injustes, surtout maintenant que Camus savait que Surt ne lui avait pas dit toute la vérité.

– Je veux pas que tu me baises. Les autres fois non plus, je ne le voulais pas. Je voulais qu'on fasse vraiment l'amour, Surt.

– Tu joues avec les mots, soupira l'asgardien. Camus, si tu ne veux rien faire, tu peux revenir dans ta chambre.

– C'est donc réellement tout ce que tu attends de moi ?

– Je te rappelle que nous sommes en froid, sans mauvais jeu de mot.

– C'est moi qui devrais être en colère contre toi, Surt.

– Tu te fous de ma gueule, Camus ! explosa subitement Surt. Est-ce que je dois te rappeler…

– Non, coupa Camus. Je vais t'expliquer ce qu'il s'est passé ce jour-là.

– Pas la peine, je sais ce qu'il s'est passé. Tu étais trop occupé à t'entrainer, tu ne pensais qu'à toi et pas au probable danger de ton entrainement. Tu as emporté Ingrid dans ton égoïsme. Tu peux justifier tout ce que tu veux, Camus. C'est toi qui l'as tu…

– NON ! l'interrompit une fois de plus le Verseau autoritaire.

– Tu renies ton crime ? Tu es pire que ce que je pensais. Qui donc t'a laissé croire que ce n'est pas ta faute ? Ton pote insecte là ? Le Scorpion ?

– Laisse Milo en dehors de ça.

– Pourtant tu vis avec lui une bonne partie du temps, bien au chaud dans votre pays méditerranéen. T'as couché avec lui ? Allez, tu peux le dire, plus rien ne m'étonne venant de toi. C'était bon ? Mieux qu'avec moi ? T'es venu pour rompre en fait. Au final, tu m'abandonnes…

– TAIS-TOIIIIIIIIII.

Il avait crié, crié à s'en brûler la gorge. Ça n'était jamais arrivé chez lui qui savait habituellement maitriser ses émotions. Cet effort l'avait même essoufflé, mais face à lui, Surt n'avait pas cillé.

– Tu sais que j'ai raison, répondit stoïquement Surt

– Pourquoi tu me fais ça ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

– Et tu demandes encore ? Mais c'est pas vrai, Camus. Tu es stupide ou quoi ?

– Est-ce que tu as conscience de la réalité ? Est-ce que tu ne supportes pas la réalité que tu la détournes ?

– Mais de quoi tu parles, Camus ? Tu essaies de changer l'histoire ? Tu ne vas pas non plus me dire que c'est moi qui ai déclenché l'avalanche meurtrière ?

– Non, c'était moi.

– Alors les faits sont là. C'est toi qui l'as tuée.

– Ingrid allait mourir de toute façon !

Le silence se fit. Camus avait enfin lâché sa bombe, mais Surt n'en fut pas pour autant déstabilisé.

– On doit tous mourir, dit-il.

– Non, tu sais très bien qu'Ingrid avait une santé fragile, qu'elle était très malade quand elle est morte. A quelques jours près, si mon avalanche ne l'avait pas tuée, elle serait morte de sa maladie.

– Tu fabules, Camus !

– Elle est sortie parce qu'elle savait qu'elle n'en avait plus pour longtemps. Elle voulait passer du temps avec toi, ne pas manquer de te dire au revoir.

– Mais qu'est-ce que tu en sais, bordel ! s'énerva Surt. Qui t'a dit qu'elle était malade ?

– C'est elle. Enfin, elle ne me l'a pas exactement dit. Je l'ai lu dans une de ses lettres.

– De quoi tu parles ? Et c'est quoi ce sac que tu transportes avec toi ? Y a quoi dedans ?

– Oh ça, dit Camus en écartant les pans de du dit sac. C'est ton cadeau de noël, de la part d'Ingrid.

Des fleurs volèrent dans la chambre en direction de Surt qui les esquiva, affichant une moue écœurée. Au summum de sa colère, il les brûla toutes sans exception. Celles par terre, celles sur le lit, se moquant bien d'enflammer les draps et le tapis avec. Lorsqu'il eut fini d'asperger son partenaire de fleurs, Camus s'empressa d'éteindre les flammes avec son pouvoir, non sans lancer un regard désapprobateur à Surt.

– Et donc, c'est ainsi que tu considères la dernière demande d'Ingrid.

– Je ne sais même pas de quoi tu parles. Sors Camus, je t'ai assez vu. Pars, quitte Asgard ne revient jamais, sale meurtrier. Assassin ! Ingrid est morte par la ta seule et unique faute. La seule façon de te racheter est de te soumettre à moi. Fous-toi à poil que je te baise ou casse-toi. C'est à prendre ou à laisser. Décide-toi.

– Je t'aime réellement, Surt.

Les yeux de Camus commençaient à devenir humides. Il comprenait qu'il était en train de perdre Surt. Il pouvait encore arrêter cette roue, lui obéir, se déshabiller, aller dans son sens, mais non. Il n'en pouvait plus, il ne le supportait plus. Surt le rendait dingue. Soit il arrêtait ses horreurs, soit il le quittait. Il en allait de son intégrité mentale.

– Et moi alors, tu crois quoi ? C'est évident, non ? J'accepte que tu partages ma couche alors que tu m'as enlevé ma dernière famille. Et tu penses que j'ai pas de sentiments pour toi ?

– Je ne voulais pas que ça se passe ainsi entre nous, ajouta Camus. Je ne veux pas que tu m'aimes de cette façon. Tu me malmènes, Surt. Je n'en peux plus. Regarde mes marques, crois-tu que c'est normal ?

– Tu ne crois pas qu'elles sont méritées ? C'est toi qui me pousses à ça. C'est toi qui m'as rendu comme ça, Camus.

Surt aussi pleurait.

– C'est à cause de toi, parce que tu m'as pris Ingrid. Nous aurions pu être heureux tous les trois, mais il a fallu que tu la tues. Pourquoi ? Tu étais jaloux d'elle ? Tu as cherché à l'éliminer pour avoir toute mon attention.

– Arrête Surt. Tu sais c'est faux.

– Ingrid était belle, gentille et forte. Elle n'allait pas mourir. Elle a souvent été malade et a toujours su guérir. Si tu ne l'avais pas tuée, elle aurait eu une belle vie, un gentil époux, de beaux enfants. Maintenant que j'ai une bonne situation, j'aurais pu la combler, prendre soin d'elle, lui donner un foyer plus confortable, adapté à son état de santé. Mais tu l'as tuée, Camus. C'est toi qui l'as tuée, alors qu'elle n'avait que sept ans. Tu es son meurtrier, Camus. Je ne te pardonnerai jamais. Tu m'entends, JAMAIS !

Les deux pleuraient. L'un de rage, l'autre de tristesse. Camus réalisa alors que le problème de Surt allait bien au-delà d'un simple deuil pathologique. Surt ne déformait pas la réalité, il était persuadé de ses propos. Un déni complet. Camus pouvait lui crier encore et encore qu'Ingrid était malade, mourante même, que non, elle n'allait pas grandir, se marier et avoir des enfants. Ingrid devait mourir enfant.

Mais ça, Surt ne l'acceptait pas et s'enlisait dans son idéologie, accusant Camus de l'issue fatidique de sa sœur.

– Je te hais, Camus. Je te hais depuis ce jour, et je sais que tu me hais aussi. Arrête de faire le gentil avec moi, tu n'es qu'un sale hypocrite.

Camus ne répondit rien. Ni démentir, ni confirmer, ni s'excuser, il ne souhaitait pas aggraver la situation. Ses larmes ne cessaient de couler. Il voulait s'enterrer, disparaitre, ne jamais être né. Il se sentait misérable d'en ajouter au mal-être de Surt, mais le laisser agir ainsi et le blesser de façon injuste, non, il ne l'acceptait plus. Il n'en pouvait plus, il était fatigué de tout ça.

Avec un peu de chance, et avec le temps, peut-être que Surt sortirait de son déni.

Peut-être, peut-être pas.

– Pars Camus. Que je ne te revoie plus. Va te faire enculer par d'autres, mais ne réparais plus jamais devant moi. PARS !

– Adieu Surt, dit le Verseau en tournant les talons.

Dans le couloir, il resta quelques secondes devant la chambre de son amant, ou plutôt ex-amant, qui lui avait claqué la porte au nez. A l'intérieur, le fracas de vitres qui se cassent et d'objets qui tombent se fit entendre. Il pleura davantage, sachant qu'il venait définitivement de perdre son premier amour.

Avant de partir, il sortit l'enveloppe que lui avait donnée Hel, la Déesse de la mort, et la glissa sous la porte.


Sanctuaire d'Athéna, entrée du domaine sacrée

Camus avançait à pas lent. Il avait quitté Asgard le soir-même, non sans laisser une lettre d'excuses à Hilda sur son lit d'invité. Puisqu'il avait récupéré les vœux de la souveraine au dîner, plus rien ne le retenait dans ce pays.

Il ne pouvait pas rester une minute de plus, c'était bien trop douloureux pour lui. Il entendait encore les cris de Surt résonner dans ses oreilles. Ses mots ignobles, injustes, qui lui donnaient envie de pleurer. Il revoyait les yeux de son ami, son premier amour, empreint d'une colère réelle, non feinte. Surt continuait de le considérer comme l'unique responsable du décès d'Ingrid. Ses mots ne l'atteignaient pas. Camus avait lamentablement échoué.

Le conte de noël se terminait sur une note négative. A la fin, les deux amoureux se séparent. Y avait-il seulement eu deux amoureux depuis le début, ou juste un seul ? Camus en doutait de plus en plus. Est-ce qu'il s'était fourvoyé en pensant que Surt partageait ses sentiments ? Probablement qu'il n'en était rien, qu'il se servait juste de lui pour assouvir ses drôles de fantasme. Il lui faisait du mal pour se venger, pour apaiser sa propre douleur, pour se donner l'illusion qu'il punissait le vrai meurtrier d'une enfant.

Camus l'avait aimé. Il souhaitait réellement se faire pardonner, repartir sur des bases saines. Chose impossible puisque Surt souffrait visiblement de troubles d'ordre psychologiques. Son amour ne le sauverait pas, seuls des spécialistes pouvaient désormais y faire quelque chose.

Camus n'était pas habilité à faire une demande d'internement. Dans les faits, Surt n'avait rien fait de répréhensible, sinon le blesser à lui personnellement. Témoigner des violences qu'il avait subies pourraient ouvrir des hostilités entre les deux royaumes, et il n'en était pas question. Dans sa lettre à Hilda, Camus avait signalé un état psychologique fragile chez Surt, pouvant faire l'objet d'une surveillance. La principale crainte de Camus serait que Surt ne deviennent violent avec autrui maintenant que son bouc-émissaire n'était plus là, à savoir lui, ou même qu'il se fasse du mal à lui-même.

– Je vous en supplie, Dame Hel, ne le prenez pas. Il n'est pas foncièrement mauvais, juste profondément blessé.

Le déni était un mécanisme de défense incontrôlable, mis en place dans le cerveau pour se protéger. En y repensant bien, Camus se souvenait d'un jeune garçon déjà très marqué par la mort de ses parents. Sa conscience refusait sans doute d'accepter que sa petite sœur, sa dernière famille, soit morte elle-aussi.

Le Verseau avait vraiment très peur de la suite, mais ce n'était plus de son ressort.

Les larmes coulaient le long de ses joues. Le choc était encore dur à encaisser. Il les essuya dans ses manches lorsqu'il arriva au pied des marches, surtout qu'il ressentit la présence de quelqu'un.

Milo était là, la mine sombre.

– Salut, dit sobrement le Scorpion. Tu rentres tôt.

– Salut, j'ai fait ce que j'avais à faire là-bas. J'ai la lettre de vœux de la princesse Hilda à transmettre à notre déesse.

– Tu ne voulais pas profiter de ton homme ?

– Ne t'occupe pas de ça. Et toi, que fais-tu là ? Mû t'a jeté dehors ?

– En quelques sorte.

Mince, Camus avait dit ça sans mauvaises intentions. Malgré sa peine, il ne voulait pas cracher son venin.

– Il faut croire que l'ambiance des fêtes donne du courage à certains. Deathmask s'est déclaré, Mû a dit oui. Tu les verrais, tout amoureux qu'ils sont, à se faire des mamours juste sous mes yeux.

– Depuis quand ?

– Hier.

– Mû a été réglo avec toi au moins ? voulut s'assurer Camus.

– Oui, il était désolé pour moi et il m'a beaucoup remercié d'avoir prévu un cadeau pour Kiki.

– Tu es triste ?

Milo haussa les épaules.

– Ça n'en fait qu'un de plus.

– Je suis désolé, mon ami.

– Je sentais de toute façon qu'il n'y avait rien de naturel entre Mû et moi. J'aimais bien sa douceur et ses bons ptits plats, mais au lit, c'était pas l'extase, vois-tu. Je suppose que ça n'aurait pas marché à long terme. Ma petite consolation, c'est que Kiki a dit que j'étais un « beau-père trop cool, bien plus que Deathmask ». Ça, c'est ma petite revanche perso, sourit Milo.

Le Scorpion se rapprocha de Camus et releva son visage pour fixer ses yeux brillants.

– Et toi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

– J'ai dû prendre une décision.

– Je suis désolé.

– T'y ai pour rien.

– Quand même, j'ai été con sur ce coup. Je ne t'ai pas tellement soutenu. J'pense que j'étais un peu jaloux, et stupide, mais surtout jaloux.

La main de Milo se posa sur l'épaule de Camus, puis glissa le long du bras. Le Verseau se laissait faire, lui d'habitude si peu tactile, mais il avait cruellement besoin de douceur après les violences subies la veille. Droit comme un piquet, Milo releva sa manche pour dévoiler les marques du bondage japonais.

Le huitième gardien ne dit rien. Ses doigts effleurèrent tendrement la peau meurtrie, puis ses bras passèrent autour du cou du français pour l'enlacer doucement. Camus resta d'abord les bras ballant le long du corps avant de rendre son étreinte au Scorpion.


Cher père-noël,

Je sais enfin écrire, mais je ne pourais pas t'écrire beaucou de letre. Celle là sera la seul.

Je m'apelle Ingrid, j'ai 7 ans et je voudrais te demander un cadeau très spéciale. Je veux une montagne de belles fleurs.

Je vis dans un pays où il fait très très très très froid presque tout le temp. Mais pourtant, le printemps arrive quand même et les fleur pousse. J'aime le printemps, c'est ma saison préféré. Mais je ne pourrais plus le revoir.

C'es pas bien de se plaindre, mais je suis malade. Depuis toute petite, je suis sansible au froid, je suis presque toujours malade. Le docteur a dit que j'avais les bronches fragiles. C'est quoi des bronches, père-noël ?

J'ai mal dans mon corps, je n'arrive plus à bien respirer, et je veux plus manger. Je crois que c'est la même chose qui est arrivé à papa et maman. Ce qua dis tout doucement le docteur. C'est la fin.

Je suis triste de partir. J'aime courir, ceullir des fleurs et les jeter en l'air, et j'aime mon grand frère Surt. Il est gentil, protecteur avec moi, mais je sais qu'il est sansible aussi. Je veux pas le laisser, mais j'arrive pas à vivre. Apporte lui des fleurs aussi. Les fleurs, ça rend tout le monde heureux. Et apporte des fleurs à Camu aussi. C'est le copain de Surt, il est très gentille aussi. Puisque Camu est là, surt est pas tout seul et je suis rassuré.

Je compte sur toi, père-noël. Mais je sais pas si je serai encore là à noel.

Je dois vite aller dire au revoir à Surt. Il s'entraine au combat dehors avec Camu.

Ingrid


Yomotsu Hirasaka

Une jeune femme encapuchonnée marchait là, tenant la main d'un vieil homme qui la remercia d'un signe de tête avant qu'il ne rejoigne une longue file de personnes qui marchaient les uns derrière les autres vers une seule et unique destination : les Enfers.

– Je comprends mieux pourquoi tu m'attirais lors de mon passage à Asgard, dit une voix malicieuse derrière elle. Je devais déjà sentir la mort rôder autour de toi. Et elle m'a toujours attirée. Si j'avais su que tu deviendrais une Déesse, Héléna.

La jeune femme se retourna et retira sa capuche pour révéler complètement son jeune visage à son inattendu visiteur.

– Peu de gens viennent ici encore vivants. Vous m'impressionnez beaucoup, Deathmask.

– Héhé, cela fait partie de mes pouvoirs. Malheureusement, je ne puis aider tous ces gens qui se dirigent inéluctablement vers leurs fins.

– Est-ce là votre souhait ?

– La mort ne devrait pas être détournée, même si moi et mes confrères sommes un bien mauvais exemple. J'ai arrêté de compter le nombre de fois où l'on m'a ramené à la vie. Parfois, j'ai envie de crier à l'injustice. Pourquoi moi, qui ai commis des actes affreux, devrais-je vivre, alors que toi qui étais si bonne et dévouée doit mourir ?

– La vie est faite ainsi.

– La vie est mal faite.

– Mourir jeune m'a permise d'être choisie par Dame Hel pour abriter son âme. La Déesse de la mort ne choisit que des corps de jeune femme.

– Tu es donc coincée dans ce rôle à jamais ?

– Non, mon corps continue de vieillir, ce pourquoi il n'a jamais été retrouvé. Je serais libérée lorsque Dame Hel ne le jugera plus à son goût.

– En fait, tu n'es qu'un pantin.

– Surement, mais ainsi je peux continuer de veiller sur mes frères et sœurs de loin, voir comment ils se débrouillent ensemble. Je souhaite voir au moins l'un d'eux trouver l'amour. Et puis, je peux aller un peu faire peur à ce Fafner. Si vous voyiez ses réactions quand il me voit, il se pisserait dessus, rit la jeune femme, et il devient aussi blanc que la neige d'Asgard.

– Bien fait pour lui, ricana Deathmask. Je ne te pensais pas si blagueuse.

– C'est mon petit défaut. J'adorais raconter des histoires d'horreur et faire peur à mes frères et sœurs.

– Ptite canaille, je savais que t'étais mon type de femme.

– Je vous plaisais vraiment ?

– Ta bonne volonté et la façon dont tu te souciais avec beaucoup de bienveillance de tes frères et sœurs me rappelaient l'homme que j'aime depuis des années et que je ne pensais pas mériter.

– Et maintenant ?

Le large sourire bienheureux que lui offrit Deathmask suffit à lui répondre.

Soudain, Héléna, ou plutôt la Déesse de la mort dans le corps d'Héléna, se raidit, sentant l'appel d'une âme.

– Le travail t'appelle ? demanda Deathmask.

– A toute heure, surtout en ce moment. Mais ce n'est pas une maladie cette fois.

– Ah oui ? Et qu'est-ce que c'est ?

– Suicide.

– Ça ne doit pas être évident tous les jours.

– Les suicidaires n'opposent pas de résistance généralement lorsque je viens les chercher. Mais c'est pas toujours un spectacle beau à voir. C'est le prix à payer pour que je puisse encore garder un œil sur les vivants.


Asgard, cimetière d'Hukommelse, 1 an plus tard

Milo détaillait la fleur qu'il tenait entre ses mains, du lys à ce qu'il avait compris, pendant que Camus garnissait généreusement la tombe d'une petite fille.

– Et voilà Ingrid. Joyeux noël à toi. Ces fleurs ont reçu un traitement spécial. Elles devraient tenir longtemps avant de flétrir malgré le temps.

Camus avait osé revenir, remplissant scrupuleusement son rôle d'ambassadeur d'Asgard, quand bien même les souffrances qu'il avait vécues ici, quand bien même il n'y retrouverait plus jamais son premier amour. Milo avait tenu à l'accompagner cette fois, en guise de soutien. Les deux hommes s'étaient beaucoup rapprochés au cours de la dernière année, notamment lorsqu'on annonça au Sanctuaire le décès du guerrier divin de Surt d'Eikthyrnir, mort par suicide, retrouvé pendu dans sa chambre quelques jours après le départ de Camus d'Asgard.

Quel gâchis !

Camus avait été dévasté, se sentant coupable malgré lui. Milo avait été son pilier dans cette année difficile, et enfin il trouvait le courage de se rendre sur la tombe de son ami disparu. Surt avait été enterré à Hukommelse, son village natal qui avait pu combattre l'épidémie de pneumonie à l'arrivée du printemps, éternellement aux côtés de sa petite sœur et ses parents.

Lorsqu'il eut fini de déposer fleurs et couronnes sur la tombe d'Ingrid, Camus se dirigea vers celle de Surt, sous les yeux de Milo qui le regardait faire sans rien dire, le lys dans ses mains.

Le Scorpion s'interrogeait sur une étrange personne qu'il avait aperçue à la capitale. Ils s'étaient rendus dans une boutique de fleurs tenus par des jeunes enfants et adolescents pour y acheter leurs gerbes. Camus avait absolument tenu à les acheter là, quand bien même le cimetière se trouvait à une demi-journée de marche du dit commerce. Bien que jeunes, les enfants semblaient savoir ce qu'ils faisaient, et la boutique avait visiblement un bon succès.

Premier fait étrange, l'un des enfants avait donné à Camus ce lys, en précisant qu'une personne l'avait payé pour lui il y a un an. La fleur avait aussi reçu un traitement spécial pour ne pas faner. Le Verseau n'avait pas tellement compris d'où venait ce cadeau, mais il avait tout de même accepté la fleur, la confiant à Milo qui l'attendait à l'extérieur. De là, le grec eut un drôle de sentiment, une sensation de froid, semblable à la mort. Dans la foule, il avait aperçu une jeune femme encapuchonnée, très étrange, qui fixait le magasin de fleurs, avant de partir vers ce qui semblait être un hospice. Elle n'avait pas été hostile, mais Milo avait eu comme une sensation étrange en la voyant. Il n'était pas sûr qu'elle soit réellement humaine.

– Milo, peux-tu me laisser, s'il-te-plait ? demanda Camus.

– Ne tarde pas, Camus. La nuit tombe vite.

– Je me dépêche, promis.

Le grec embrassa son ami sur la joue avant de revenir vers le village. Camus se rapprocha de la tombe de son ami et s'agenouilla devant.

– Je sais que tu n'étais pas très friand des fleurs, mais c'est pour faire plaisir à Ingrid, ok ? dit-il en garnissant aussi la tombe. Surt, je suis désolé. Je suis réellement désolé. J'aurais dû mieux avertir Hilda de ton état. J'avais espéré que tu ne passes pas à l'acte. Je voulais croire que tu avais encore de la ressource, que ton devoir envers Asgard te retiendrait sur Terre. Je me suis complètement trompé. Pardonne-moi. Je t'aime, Surt.

Un froid soudain fit frissonner Camus. Reconnaissant cette aura, il se retourna vivement et se retrouva encore devant Hel, la Déesse de la mort.

– Vous avez le chic pour débarquer de manière flippante, dit Camus.

Pour la première fois, la divinité lui sourit, puis de sous sa cape, elle sortit à nouveau une enveloppe qu'elle tendit encore à Camus.

« Ma lettre au père-noël » encore une fois. L'écriture n'était pas la même que l'an passé. Moins brouillonne, sans faute, elle n'était pas l'œuvre d'Ingrid. Le français s'en saisit avant de regarder Hel s'éloigner et disparaitre. L'ambiance dans le cimetière redevint immédiatement normale.

Impatient, Camus ouvrit l'enveloppe pour lire la lettre.

En quelques secondes, il s'effondra en larme. Milo rappliqua à toute vitesse, ayant lui-aussi sentie l'aura lugubre d'Hel avant qu'elle ne s'en aille.

– Camus, tout va bien ? demanda frénétiquement le Scorpion.

Camus se jeta subitement sur lui, ses bras autour du cou du grec, en demande frappante d'attention. Bien que surpris d'un tel geste spontané venant du glacial Verseau, Milo lui rendit tendrement son étreinte, se sentant de plus en plus proche de lui, bien dans cette position.

– Oui Milo, ça va. Ça va même beaucoup mieux.


Cher père-Noël,

En vrai, je sais que tu n'existes pas et que tu n'es qu'une fable inventée pour faire du chantage aux gamins. La preuve, tu n'as jamais apporté de fleurs sur la tombe de ma sœur. Je demande réparation !

Bon, j'ai un ami, c'était aussi mon amant, ou plutôt mon esclave sexuel selon comment on se place, je crois que j'ai grave déconné avec lui. Quand je pense que je lui ai craché dessus pendant plus de dix ans, que je l'ai traité de tout. Je l'ai sauvagement humilié et maltraité, et maintenant, je suis là à écrire une lettre pour un personnage féérique et une corde prête à accueillir ma nuque au-dessus de ma tête.

Je sais que je vais mourir, puisque je vais moi-même mettre cette corde autour de mon cou. Je n'ai plus envie de rester ici, dans ce monde qu'Ingrid et nos parents ont quitté depuis longtemps. Je pensais trouver la paix dans ma première mort, mais la bonté des Dieux m'a ramené à la vie. Peut-on réellement parler de don quand on ne le souhaite pas ? Je trouve injuste de vivre dans un monde où Ingrid n'est plu. Pourquoi me ramener à moi et pas elle ? Alors je pars de moi-même la rejoindre. Aucun Dieu n'est en droit de choisir ma vie, encore moins ma mort. Je pars en ayant commis des choses affreuses envers une personne qui m'aimait, je suis prêt à recevoir mon châtiment pour cela.

Connaissant Camus, il viendra tous les ans déposer des fleurs sur la tombe d'Ingrid. Vraiment trop bon ce Camus, trop pour moi. Mon souhait, père-noël, serait que Camus mette des roses sur ma tombe, de la couleur qu'il souhaite selon comment ses sentiments brillaient pour moi. L'idée que le garçon dont j'étais très amoureux enfant m'offre des roses, j'en rougirais presque comme une adolescente. Je crois bien que je l'aimais moi-aussi, un peu, mais ma colère, ma frustration d'être le dernier survivant de ma famille, a changé cet amour en quelque chose de malsain. J'ai clairement manipulé Camus pour lui faire faire des choses qu'il ne voulait pas. Oulà, je sens que les juges des Enfers ne vont pas être tendres avec moi.

Je ne peux plus réparer mes erreurs, surtout que je vais mourir, surtout que je n'en ai pas la force. Je ne suis pas comme Camus, un vaillant chevalier d'Athéna. Moi je suis lâche. Je me suis caché derrière le décès accidentel d'Ingrid pour étendre ma rage, et c'est malheureusement Camus qui en a fait les frais. Ce n'est probablement rien, mais je voudrais lui offrir un petit quelque chose pour me faire pardonner.

J'ai demandé conseil à la princesse Freyja, et j'ai fait réserver un lys blanc dans une boutique de fleurs en ville. Merci à Camus d'ailleurs d'avoir glissé la carte de ce commerce dans le sac où il avait mis ses fleurs. J'ai l'infime espoir qu'il repasse par là un jour.

On dit que le lys, de par sa couleur blanc immaculé, est la fleur de la pureté et du pardon. Je demande à Camus de me pardonner. Je le blanchis, lui rend sa pureté.

Camus n'était pas le meurtrier d'Ingrid.

Ingrid a juste choisi sa mort. Elle était bien plus forte que je ne le serais jamais.

Camus, si tu lis cette lettre, sache que je t'ai aimé aussi fort que je t'ai haï.

Avec tendresse (ça change pour une fois)

Surt.


* Hukommelse (nom du village) : « souvenir » en norvégien

* Evighet (nom du cimetière) : « éternité » en norvégien et Suédois


Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

J'ai eu du mal à finir cette entrée. J'avais juste dans l'idée d'écrire un couple malsain. L'idée d'intégrer Hel (et la ressemblance de son nom à Helena m'a donnée envie d'associer la Déesse à Helena) et même un rapprochement Camilo n'était pas prévu. Milo devait rester avec Mû et faire office de rôle humoristique. En plus j'aime ce ship (MiloMû), mais comme j'ai su que le DMû plaisait, j'ai changé de fusil d'épaule.

De base même, Surt ne devait pas mourir mais accepter de se faire soigner dans un hospice pour ses troubles, mais je n'aurais pas pu faire intervenir Hel à nouveau, et comme je répondais au défi de noël, Surt a donc passé l'arme à gauche. De plus, je voulais de base montrer un Surt qui n'accepte pas du tout sa résurrection, d'où le fait qu'il soit si hargneux.

J'ai voulu écrire avec Surt un personnage manipulateur et pervers narcissique, qui joue honteusement sur les sentiments de Camus et le détruit. J'ai eu du mal à jongler entre un Camus qui ne se laisserait pas complètement faire non plus, mais se soumet tout de même, victime de l'emprise de Surt, du moins jusqu'à ce qu'il dise Stop à ça. Dans un sens, j'y ai mit un peu de mon histoire personnelle dans la relation Surt-Camus. Navré si vous trouvez ça OOC.

Navrée Peri, le ship que tu as demandé se termine mal… j'espère que l'histoire t'a plu tout de même.

La présence des nombreuses fautes dans la lette d'Ingrid est normale, puisqu'elle est censée avoir été écrite par une fillette de 7 ans.