Date : 24 décembre 2020

Personnages : Rhadamanthe & Rune, Minos x Eaque pour Nia222

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Amitié, rapport professionnel respectueux, Romance

Note de l'auteur : On souhaite un bon anniversaire à Rune, même si je lui ai dédié un OS propre à son anniversaire. J'aime beaucoup ce personnage, d'où des fics contenant tout mon amour pour lui.

Et bien sûr, je ne peux pas m'empêcher d'écrire du Miaque fufufu.

Bon réveillon de noël.

Bonne lecture


Sobre verre, grandes émotions

Toloméa

A son réveil, Eaque frissonna. Son corps nu n'était recouvert que d'un fin drap, et il sentait comme un manque. Il ouvrit ses yeux mauves et se tourna pour remarquer la présence de son bel amant endormi lui-aussi de l'autre côté du lit. Sa belle chevelure blanche en désordre s'éparpillait sur l'oreiller, et son visage assoupi semblait incroyablement paisible. Rien à voir avec la face intransigeante du premier juge des Enfers installé derrière son pupitre, marteau en main. Le Garuda ne saurait dire laquelle des expressions de Minos il préférait. Masque professionnel ou intime, l'un comme l'autre, il trouvait cet homme magnifique, et c'était son compagnon à lui.

Eaque roula sur le matelas pour venir se pelotonner contre son amant qui passa immédiatement un bras autour de ses épaules pour mieux le caler.

– Bonjour mon rapace, marmonna la voix encore éteinte de Minos qui n'avait toujours pas ouvert les yeux.

– Bonjour mon petit pain au lait.

– Oh pitié Eaque. Arrête avec ce surnom, protesta Minos en redressant la tête pour adresser un regard de reproche à son compagnon. C'est pas classe du tout.

– T'es aux aguets de bon matin. Tu veux qu'on remette ça ? suggéra le népalais sur un ton qu'il réservait pour son intimité avec Minos.

– Tu ne penses qu'à ça, immonde débauché.

– Quand je te vois, forcément, le titilla Eaque en taquinant la gorge ivoire et terriblement tentante de son amant.

– Mmmmh, gémit le Griffon. Ça suffit, pas maintenant. Je dois être en forme aujourd'hui. C'est la veille de noël, je te rappelle. Entre les suicides religieux, les gens qui abusent de l'alcool ou qui s'étouffent avec un os de dinde, ça va défiler au tribunal.

– T'as qu'à laisser le boulot à Rune. Il est célibataire, lui.

– T'es incorrigible.

– Donne-moi une seule bonne raison de te laisser te lever.

– Je te réserve une surprise spéciale de noël. Mais pour cela, tu dois être un garçon bien sage, dit Minos en offrant son meilleur sourire à son partenaire et en tapant son index sur le nez d'Eaque comme on le ferait sur un enfant.

Eaque chauffa et rougit d'excitation et d'anticipation. Avec Minos, il s'attendait à de nouvelles expériences mortellement enivrantes. Même pas besoin de vider sa réserve d'alcool pour décompresser, perdre pied avec la réalité.

Le Griffon savait terriblement bien y faire pour lui faire atteindre le nirvana. Ces cons de moines et leur demi-siècle de méditation ! Pour Eaque, juste quelques attouchements précis d'un ancien étudiant en ostéopathie, une langue souple, un antre étroit de norvégien filiforme, tout ça suffisait à le faire s'élever, altérer sa conscience vers un état d'euphorie démentielle.

– C'est déloyal, Minos ! Je veux savoir. Je veux ma surprise de suite.

– Je m'en doutais, t'es pire qu'un gosse qui attend le père noël. C'est hilarant et attendrissant à la fois.

– Si tu ne me le dis pas, je te chatouille jusqu'à ce que tu avoues.

– Faisons un autre deal, tu veux ? On se câline simplement et je te donne un indice. Ça te va ?

– D'accord.

– Allez, viens mon rapace.

Minos tendit les bras et accueillit sur lui un Garuda impatient qui s'empara de ses lèvres sans attendre. Les deux hommes s'embrassèrent tendrement, sans même sortir leurs langues. De simples contacts affectueux. Des câlineries dignes d'adolescents prépubères, bien loin de leurs ébats passionnés et torrides du soir.

Les deux juges aimaient ces doux moments qu'ils partageaient dans le lit, sur le canapé, contre une colonne. La partie humaine qui subsistait en eux réclamait des sentiments, de l'attention, de l'affection et ils s'en donnaient volontiers pour combler ce besoin. Les deux hommes ne divulguaient que rarement leurs sentiments à voix haute. Ces échanges, c'était leur façon à eux d'exprimer ce qu'ils ressentaient pour l'autre. Ils se prouvaient ainsi que leur relation allait plus loin qu'une simple attirance physique.

Leurs mains glissèrent dans les cheveux de l'autre, peau blanche dans mèches opaques et inversement. Minos descendit même sur le dos musclé et halé, caressant la colonne du bout des doigts. Il sentit Eaque frissonner violemment, soupirer de bien-être et remuer ses épaules s'il avait le malheur d'interrompre cette délicieuse caresse.

– Encore mon cœur, supplia le Garuda entre deux baisers.

– T'es vraiment un gosse.

– Je t'emmerde, Minos !

– Moi aussi je t'aime, contra le norvégien.

– Et bien prouve-le et câline-moi encore, bougonna Eaque en nichant son visage dans le cou de son compagnon. Je suis un rapace qui a besoin d'attention, moi.

– Ptit moineau, se moqua le Griffon.

– Ta gueule !

– D'accord, d'accord, rit un peu Minos. Fais pas la tête.

– Je fais pas la tête. Continue au lieu de dire n'importe quoi.

Minos poursuivit ses caresses et massages sur le large dos d'Eaque, décontractant progressivement ses muscles mis à mal par leurs activités de la veille. Les relations charnelles entre ces deux juges pouvaient se montrer particulièrement musclées. Le mobilier avait souvent été victime de leur puissance qu'ils ne maitrisaient plus en pleine extase.

– Y avait pas quelque chose de spécial aujourd'hui ? s'interrogea soudainement le norvégien.

– Ben si, c'est noël, répondit Eaque dont la voix était à moitié étouffée dans la gorge et l'oreiller de Minos. Et tu m'as promis une surprise pour l'occasion.

– Oui mais autre chose.

– J'vois pas.

– J'suis sûr qu'il y avait autre chose.

– Laisse tomber pour le moment, Minos. Tu demanderas à Rune, il doit savoir, lui. Ce mec est un fichier mémoire vivant. Dans une ancienne vie, il devait être un bloc de post-it. Qu'on glorifie sa naissance, il t'est bien utile, et surtout il me permet de mieux profiter de toi.

– C'est vrai, t'as raison. Qu'on glorifie sa naiss... oh merde ! réalisa subitement Minos en balançant brusquement son amant sur le côté. Je dois y aller.

– Hé ho, protesta Eaque. Tu fais quoi ? On était bien là. Minos !

– J'avais oublié. Mais quel idiot je fais. Voilà ce que ça m'en coûte de trop compter sur mon homme de main. Eaque, je te laisse.

– Tu vas pas t'enfuir comme ça. Et notre deal alors ?

– A ce soir, se précipita Minos déjà en surplis, non sans déposer un rapide baiser sur les lèvres du népalais avant de le laisser en plan, estomaqué.

– Mais... euh... je rêve où il m'a arnaqué ?

A poil sur le lit désormais vide, le fier Garuda laissa exploser sa frustration.

– Ah ouais, ça se passe comme ça ! Notre accord tombe à l'eau, mon cher Minos. Ce soir, je vais te faire payer !


Premier tribunal

Rune frappa son marteau sur le tas, annonçant son verdict pour l'âme qu'il venait de juger. Markino attendait à ses côtés qu'il lui permette d'annoncer le prochain. Le norvégien s'étira un peu et consulta l'heure. Onze heures et toujours aucune trace du juge Minos. Franchement, autant Rune respectait son supérieur, autant il serait bien tenté de lui faire la leçon sur sa ponctualité. C'était de pire en pire depuis que le juge Eaque partageait sa vie. Et s'il n'y avait que sa ponctualité, mais le Griffon semblait évoluer sur son petit nuage au fil des jours. Pathétique !

Rune priait le seigneur Hadès de ne jamais tomber amoureux. Enfin si, il aimait quelqu'un, ou plutôt quelque chose : son travail. Voilà, Rune était littéralement marié à son travail. Il avait conscience qu'il était rasoir pour les autres, mais il ne s'en formalisait pas. Si ses efforts pouvaient donner des résultats, alors il continuerait sur ce rythme.

– Markino, appelle…

– Rune, l'interrompit la voix grave d'un juge, non pas celle de Minos mais de Rhadamanthe. Attends.

– Seigneur Rhadamanthe, s'inclina le procureur. Que puis-je faire pour vous être utile ?

– Ah là là, si seulement Minos pouvait être aussi responsable que toi. Il n'est toujours pas arrivé ?

– Non, mon Seigneur. Mais je le remplacerai jusqu'à son arrivée. Et rassurez-vous, je lui laisse le verdict final pour les cas compliqués.

– Comme si tu avais besoin de lui. Viens avec moi, Rune. Fais une pause, je dois te parler.

Habituellement, Rune prenait ses pauses dans la petite cuisine du tribunal, où il se préparait et buvait rapidement un thé avant de revenir au travail. Cette fois, Rhadamanthe l'emmena dans le vaste salon de détente où plusieurs spectres affiliés au tribunal de Minos – la plupart s'occupait de trier et ranger les dossiers dans les archives – étaient installés. D'un signe de tête de Rhadamanthe, tous déguerpirent, laissant la Wyverne et le Balrog seuls.

Le norvégien adorait cette pièce. Il trouvait presque dommage que certains la souillent avec des miettes, des semelles ayant trainé n'importe où, et surtout avec des conversations de bas étages. La discrétion était de mise, mais même les chuchotements, Rune ne les supportait pas. Les étagères de livres signifiaient clairement que ce lieu de détente était destiné à la lecture et la tranquillité, et certainement pas au commérage. Et si certains ne souhaitaient pas s'instruire ou se cultiver – fait incompréhensible pour lui –, ils pouvaient toujours admirer la décoration. Les lustres de cristal, le mobilier de bois laqué et de velours très confortable, la structure du coin bar tenu par un spectre muet – d'ailleurs Rune l'aimait bien pour ça – et surtout cette magnifique fresque qui couvrait tout le mur du fond.

D'une longueur de bien vingt mètres et cinq de hauteur, elle était une représentation particulièrement fascinante des Enfers. Des défunts cachectiques, leurs visages éplorés par la peur et la souffrance sur les berges de l'Achéron, ou bien se noyant dans le fleuve en tentant de traverser coûte que coûte. Certains avaient trouvé leur place dans la barque de Charon qui pilotait l'embarcation avec un énorme bourse accrochée à sa ceinture. On y voyait aussi l'édifice de la Giudecca, demeure de leur Seigneur, ainsi que le premier tribunal, son lieu de travail où il était si fier d'officier. La cascade de sang, les malbolge, le terrible Cocyte, le seul coin lumineux en haut à droite représentant Elysion, et ces trois étoiles dans le ciel sombre des Enfers. Griffon, Wyverne, Garuda, les trois juges nommés par Hadès lui-même.

Rune ne se lassait pas d'admirer cette peinture, de relever chaque menu détail, de fixer ces trois étoiles dominantes avec envie. Lui aussi rêvait de rejoindre ce ciel.

– Installe-toi, je vais nous commander un verre, l'invita Rhadamanthe.

Rune se garda bien de dire qu'elle aimerait éviter de boire de l'alcool en journée, encore plus pendant ses heures de service. Il respectait bien trop le Seigneur Rhadamanthe pour lui causer un quelconque outrage, et il l'admirait au moins autant que le juge Minos.

Rhadamanthe était strict, mais Rune aimait le cadre, les choses bien faites, et il appréciait également son sens de la justice. De plus, malgré son tempérament sévère, le spectre de la Wyverne se trouvait être le moins avare en compliment et félicitation. L'ensemble de ses hommes s'en trouvaient épanouis et fiers de le servir. Son sens de l'observation allait même plus loin puisque Rhadamanthe avait, à plusieurs reprises, fait les louanges de ses compétences et sa puissance alors qu'il n'était pas sous ses ordres. Quoiqu'on en dise, c'était agréable de savoir ses efforts reconnus. Pour ça, Minos était plus discret, voire carrément muet, et Eaque ne semblait pas tellement le porter dans son cœur. Quand est-ce que le Garuda comprendrait qu'il ne tournait pas de l'œil pour le Griffon ? Il le respectait en tant que supérieur, rien de plus.

Rhadamanthe le rejoint sur l'un des fauteuils en centre de la pièce, une place où il pouvait admirer la fabuleuse fresque dans son ensemble. Il déposa devant lui un verre d'où aucune effluve d'alcool ne s'échappait.

– Je sais que tu n'aimes ni l'alcool, ni le sucre en abondance. J'ai demandé au barman de te servir un cocktail avec des fruits, des aromates et des épices. Cela te convient ?

– C'est parfait, Seigneur Rhadamanthe. Votre attention à vous souvenir de mes goûts me touchent.

– Cela me parait essentiel. Et d'ailleurs Rune, pourrais-tu me dire quelles sont les boissons favorites des trois juges ?

– Whisky pour vous, mon Seigneur. Pur avec des glaçons, juste un doigt. Le seigneur Minos aime la vodka « blanche » scandinave qu'il aime savourer avec du caviar. Mon Seigneur n'est définitivement pas l'étoile de la noblesse pour rien. Quant au Seigneur Eaque, il fait preuve de bien plus de modestie avec du Khukuri, une bière népalaise.

– Bien, et qu'en est-il des autres ?

Rune sut lui réciter les préférences de l'ensemble des hommes de Minos, également celles des principaux lieutenants de Rhadamanthe, et même de Dame Pandore.

– Impressionnant. Quels bonne mémoire et sens de l'observation !

– J'y travaille chaque jour, mon Seigneur. Stimuler ma mémoire est essentielle pour faire au mieux mon travail.

– Vraiment, tu as toutes les qualités requises. Rune, je suppose que Minos ne t'en a pas parlé.

– Parlé de quoi, mon Seigneur ?

– Pfff, j'en étais sûr, soupira le blond. Il va vraiment falloir que lui et Eaque redescendent de leur petit nuage. Ils sont de plus en plus fâcheux. Leur comportement est affligeant. Quelle ineptie pour des spectres de leur grade.

– Sauf votre respect, mon Seigneur, le Seigneur Minos n'en reste pas moins un excellent juge, bien meilleur que je ne le serai jamais.

– Tu te sous-estimes, c'est bien là ton principal retors, Rune. Tu ne réalises pas la hauteur de tes compétences. Minos devait t'en informer, mais je vais me charger de le faire moi-même. Ce soir, notre roi, le Seigneur Hadès, a convoqué l'ensemble des spectres à Giudecca.

– Je le sais. Nous autres lieutenants pensons qu'il s'agit d'un toast à l'occasion des festivités qui règnent sur Terre actuellement. Je n'ai pas l'intention de m'y éterniser, je ne suis pas très à l'aise dans ce genre d'ambiance.

– Au contraire, Rune, il faudra impérativement que tu sois présent, sur ordre de sa Majesté.

– Mais pourquoi ? Je comprends que les juges doivent faire acte de présence à ce genre d'évènement, si justement je peux avancer les jugements en leur absence.

– Tu n'es pas donc vraiment pas au courant. Le Seigneur Hadès voulait que tu sois prévenu en avance pour te préparer à l'idée, et surtout Minos devait te convaincre d'accepter ce présent sans protester, car telle est la décision de notre Seigneur, et nous autres juges avons également donné notre accord.

– Quel présent ? De quoi parlez-vous ? s'étonna Rune qui ne comprenait pas.

– Rune, tu sais bien qu'aujourd'hui, c'est ton anniversaire.

– Bien sûr que je le sais, mais vous ?

– Moi aussi, j'ai une bonne mémoire.

Rune rougit un peu et s'enfonça dans son siège. Il prit son verre pour cacher son trouble, plutôt touché que Rhadamanthe se souvienne de cette date. Il n'avait plus fêté son anniversaire depuis des années, et cet évènement l'importait assez peu. Juste, que quelqu'un s'en souvienne prouvait qu'on s'intéressait à sa personne, et cela étreignait son cœur malgré tout.

– Je vous remercie, dit Rune en s'inclinant quelque peu.

– C'est normal, surtout maintenant, cette date restera gravée dans les annales des Enfers.

– Pourquoi cela ?

– L'ordre de cette réunion qui aura lieu ce soir est que nous allons modifier cette fresque, et bien évidemment celle qui se trouve dans les autres tribunaux et à Giudecca, révéla Rhadamanthe en désignant la large peinture sur le mur.

– Quoi ! Mais pourquoi ? Cette peinture est somptueuse, tellement représentative du monde souterrain. Elle est parfaite, pourquoi la changer ?

– Rune, montre-moi ta marque spectrale, ordonna la Wyverne.

– Euh… oui.

Le Balrog retira la protection de son surplis au niveau de son bras droit et releva la manche de sa robe pour dévoiler le symbole d'Hadès ou Pluton. Un dessin noir semblable à un tatouage qui était apparut sur l'ensemble des spectres lors du réveil de leurs pouvoirs, les appelant vers leurs destins.

Rhadamanthe fit de même. Il retira une partie de son surplis pour montrer sa propre marque identique à celle de Rune, à l'exception que le symbole était entouré de trois étoiles, signifiant qu'il était un des trois juges des Enfers, à l'instar de Minos et Eaque.

– Ça aussi, ça va changer. On ne va abandonner la fresque, nous allons juste la modifier, tout comme ce symbole.

– Je ne comprends pas.

A vrai dire, Rune semblait comprendre ce que voulait dire Rhadamanthe., mais il refusait de l'admettre, de se donner cet espoir fou. Si le norvégien possédait une grande assurance en son travail et ses capacités de mémorisation et d'analyse, il ne souhaitait nullement se donner la prétention d'égaler les élus d'Hadès.

– Il va falloir que tu prennes en assurance pour tes nouvelles fonctions, Rune. Ça viendra, je t'y aiderai.

– Sa Majesté souhaite me changer de poste ? paniqua le norvégien.

– Non, il souhaite au contraire te faire monter en grade et te nommer juge des Enfers, au même titre que Minos, Eaque et moi. Et donc, nous nous devons d'ajouter une quatrième étoile dans le ciel de cette fresque, ainsi que sur le symbole sur nos bras. Toi aussi, tu te verras ajouter quatre étoiles autour de ta marque spectrale, signifiant ainsi que tu possèdes le statut de juge de Enfers.

Le cœur de Rune s'emballa. Il rêvait, ça ne pouvait pas être vrai. Bien sûr, il avait toujours souhaité être reconnu pour son investissement et son travail, mais de là à prétendre au titre de juge. Il n'y croyait pas, mais Rhadamanthe n'était pas de ceux qui plaisantaient. Il aurait pu douter si cette nouvelle lui avait été annoncée par Minos ou Eaque, mais pas par l'anglais qui semblait très sérieux.

– Pourquoi ?

– C'est simple, le Seigneur Hadès a reconnu tes compétences dans le jugement des âmes, ta connaissance parfaite des lois des Enfers, tes avis intéressants sur les cas compliqués. Tu as toutes les compétences requises pour ce poste, et nous ne serons pas trop de quatre, je peux te l'assurer.

– Mais je ne suis pas aussi puissant que vous trois, s'empressa de rappeler Rune.

– La puissance se travaille. Tu as déjà un haut niveau dans l'armée et nous serons chargés d'organiser des entrainements pour te faire évoluer. Enfin, je pense plutôt que je vais devoir me coltiner ça seul, puisque les deux autres zouaves préfèrent roucouler. Si tu es assidu, ce que je ne doute pas, et en m'ayant comme partenaire d'entrainement, tu deviendras vite plus puissant qu'eux.

– Je vais devenir une charge pour vous, mon Seigneur ? s'inquiéta le Balrog.

– Du tout, je m'entraine souvent avec mes subordonnés. D'ailleurs, tu seras souvent amené à les affronter aussi, plusieurs en même temps. Si je peux te donner un conseil, ne les sous-estime pas. Ils ont à cœur de me faire honneur et ils sont très puissants.

– Je n'en doute pas, mon Seigneur.

– Et une dernière chose, dit Rhadamanthe en déposant son verre vide sur la table. Cesse dès maintenant de m'appeler « mon Seigneur ». Je ne suis plus ton supérieur, ni même Minos et Eaque.

– Ce sera difficile. Je n'en ferai rien tant que le Seigneur Hadès n'aura pas modifié ma marque et annoncé officiellement le titre de juge.

– Si formel, je te reconnais bien. Rune, je me fais un plaisir de travailler avec toi. Je trouvais assez injuste que Minos possède un homme de ton envergure pour lui seul.

– Le premier tribunal est le plus important, là où se regroupe la majorité des âmes, et le Seigneur Minos possède toujours le dernier mot pour les cas compliqués. De plus, la bibliothèque est d'une grande richesse. J'aimerai continuer à œuvrer ici, mais je ne veux pas voler la vedette au Seigneur Minos. Je ne me permettrais jamais.

– Le Seigneur Hadès annoncera ce soir la nouvelle organisation qui découlera de cette décision. Je crois que depuis la paix entre les Sanctuaires, il souhaite donner plus de liberté et de temps de repos à ses spectres, et tu risques d'être un peu balloté entre les tribunaux au début.

– Je comprends.

– Je ne sais pas encore où tu vas loger, mais ton statut te donne le droit au même confort que nous autre.

– Ma chambre actuelle me convient.

– Modeste Balrog, sourit sobrement l'anglais. J'aimerai que tu influences un peu Minos.

– Le Seigneur Minos est amoureux. Ses sentiments se respirent à des mètres autour de lui. Il est bien plus tolérant avec ses hommes en conséquence, et il règne une bien meilleure ambiance et même une bonne entente entre les spectres qui ont moins de pression. Alors c'est une bonne chose, sourit également Rune.

– Vraiment observateur, commenta Rhadamanthe en se relevant. Rune…

Il se rapprocha et posa une main amicale sur l'épaule du Balrog.

– Félicitation. Pour tout t'avouer, c'est moi qui aie fait cette suggestion au Seigneur Hadès et les deux autres juges n'y ont vu aucune objection. Les gens travailleurs et consciencieux doivent être récompensés. Alors ne rougis pas, tu n'as pas volé ta promotion, dit-il sobrement avant de quitter la pièce.

Laissé seul, son verre également vide, Rune devrait retourner à la cour, mais la nouvelle qu'il venait d'apprendre lui faisait encore l'effet d'un coup de massue. Elle l'avait complètement retourné, et les mots de Rhadamanthe tournaient encore dans sa tête. Quand était-ce la dernière fois qu'il avait reçu autant de compliment ? Était-ce déjà arrivé, d'ailleurs ? Son cœur battait à la chamade. Il avait l'impression qu'on venait de lui faire une déclaration d'amour.

Oubliant le spectre muet et barman qui se fondait dans le décor, le norvégien laissa couler quelques larmes d'émotions, silencieuses comme lui. C'était son anniversaire, quel âge avait-il déjà ? Il n'en savait rien, il ne comptait pas réellement. Moins de vingt-cinq probablement. Qu'importe, c'était le plus beau jour de sa vie. Enfin tout ce travail, ces heures à étudier, à faire des heures supplémentaires, à s'épuiser physiquement, enfin tous ses sacrifices payaient. Il avait espéré de la reconnaissance, il obtenait carrément une promotion. Que pouvait-il rêver de mieux après cela ?

– Ah Rune, tu es là, s'exclama Minos en pénétrant la salle de repos, brisant l'émerveillement silencieux du Balrog.

Le Griffon rentra en hâte en portant un imposant objet caché sous un drap, empêchant Rune d'identifier de quoi il s'agissait, et qu'il déposa sur la table devant lui.

– Je m'excuse, je t'avais oublié. Tu sais, Eaque, tout ça, rougit le juge. Enfin, qu'importe. J'avais quelque chose à te dire.

– Le Seigneur Rhadamanthe s'en ait chargé, l'informa Rune qui avait rapidement essuyé ses yeux.

– Ah oui ? Bon, pas la peine de s'attarder là-dessus alors. Félicitation, tu le mérites bien. Et bon anniversaire aussi. Tiens, ça c'est pour toi.

Il retira le drap de l'objet mystère et Rune fronça les sourcils.

Pi… Pi…Pipipiiiiii

Le nouveau juge pâlit. Devant lui se trouvait son pire cauchemar.


Toloméa, le soir-même

Les deux juges se câlinaient et s'embrassaient à perdre haleine, sans se lasser, nullement épuisés même après la longue réunion de leur roi afin d'officialiser le nouveau statut de Rune. A présent, leur bras arboraient quatre étoiles, mais ils ne s'en formalisaient pas pour le moment, préférant profiter de la présence de l'autre.

Pi... Pi

Les mains de chacun glissaient sur leurs corps nus. Eaque au-dessus passait ses doigts sur des zones érogènes, faisant soupirer Minos, à des endroits plus sensibles, lui arrachant quelques gloussements.

– Arrête Eaque, riait Minos. Pas là, ça me chatouille.

– C'est le but, ma colombe. Pour te faire payer de m'avoir eu en beauté ce matin, susurra malicieusement Eaque à son oreille avant de mordiller le lobe, tout en effleurant les flancs de son partenaire bout des doigts.

– Hmf... hihihi, arrête...

– Oh non, ma crème fouettée.

– Et les surnoms mielleux, ça fait partie de mon gage ?

– Ça dépend comment tu les prends, mon chaton angora.

– Je crois que je préfère encore les chatouilles… aaaaah hahahaha... non.

– C'est toi qui vois, mon diamant brut.

Pi... Pi... Pipipiiiiiiiii

Les attouchements se poursuivirent, plus ou moins interrompus par les piaillements stridents qui résonnaient dans la chambre.

Pi... Pi.. Pi...Pipipipipipipi.

Les bouches se trouvèrent, les mains se caressèrent, les bassins ondulèrent, les soupirs s'élevèrent, mais pas aussi forts que les gazouillements des deux invités.

Pipipipipipipipipi... Pipipiiiiiiiiii.

– Non là... c'est pas possible, dit Eaque en arrêtant tout et en se redressant.

– Quoi ? grogna le norvégien.

– Je vais pas pouvoir. Ils me saoulent.

– Pitié Eaque, ne me fais pas ça, soupira Minos en tendant les bras. Viens mon cœur. Ignore-les. Je vais te faire décoller plus haut qu'ils ne le pourront jamais.

Eaque répondit à l'appel de ces bras et s'y réfugia volontiers dedans, savourant les doux baisers de son amant. Les mains opalines commencèrent à écarter les fesses, pendant que celles du népalais s'apprêtaient à saisir le manche de Minos.

Pi… Pi… Pipipiiii

– Bordel Minos, pourquoi tu as ramené ces piafs ici ? explosa Eaque en désignant les coupables du chahut. On peut même plus faire l'amour en silence.

– Tu te prends pour Rune ou quoi ? C'est de sa faute d'ailleurs. Je les ai dégotés pour les lui offrir mais il a pété les plombs au bout de cinq minutes. Pas dix, cinq !

– Mais je le comprends, ils sont insupportables. Ils n'arrêtent pas de piailler. Et en plus, ils nous regardent. Je pourrais rien faire tant qu'ils sont là.

– Moi je les trouve mignons. Et si on a des spectateurs, double raison pour donner le meilleur de nous-même.

– Non, hors de question. Je ne ferais rien devant eux. Leurs cris me déconcentrent. Je suis sûr qu'ils le font exprès.

Dans une cage chantaient deux perruches, une couleur jaune et l'autre grise, piaillant et gazouillant sans arrêt, rendant fou toute personne qui se trouvait dans la même pièce qu'elles.

– Même le dernier des abrutis sait qu'il ne faut pas offrir ce genre de bestiole à Rune qui ne supporte pas le bruit. Qu'est-ce qui t'a pris ?

– J'avais oublié l'anniversaire de Rune, alors j'ai fait au mieux avec les moyens du bord.

– Déjà, comment ça se fait qu'ils ne meurent pas alors qu'ils sont au royaume des morts ? s'interrogea Eaque.

– Ils ont une bague à une de leurs pattes. C'est un artefact béni par le Seigneur Hadès pour qu'ils puissent survivre ici, l'informa le Griffon.

– D'accord, et tu les as trouvés où, je te le demande ? Parce que j'ai pas le souvenir qu'on ait une animalerie par ici.

– Ça vient d'Elysion, expliqua Minos. Ils étaient là, à l'extérieur d'un temple, tout seuls. J'ai supposé qu'ils n'étaient à personne alors je les ai pris.

– Ils étaient dans une cage et avec des bagues aux pattes, Minos. Ils sont forcément à quelqu'un.

– Tant qu'on a pas de réclamation, haussa les épaules le norvégien, ils restent ici. Je vais appeler le jaune Rhada et le gris Rune. T'en dis quoi ?

– Double raison pour les faire sortir de cette pièce. Je refuse que Rhada et Rune me regardent en train d'avoir un orgasme, broncha le Garuda en se cachant sous les draps, soudainement gêné par les deux oiseaux ayant hérité du nom de leurs confrères.

– D'accord, t'as gagné. Je les sors.

– Et mets-les loin, le plus loin possible d'ici. J'ai pas non plus envie qu'ils m'entendent, sinon ça va jaser.

– Ce sont des oiseaux, lui rappela Minos.

Des oiseaux qui regardent d'autres espèces d'oiseaux en train de copuler, n'était-ce pas une forme de voyeurisme ?

Définitivement, Eaque ne pourrait rien faire tant que ces deux volatiles seraient à Toloméa. Pourvu que quelqu'un vienne vite les réclamer.


Elysion

Thanatos chantonnait, une boîte de graines à oiseau en main, se dirigeant vers son petit coin de paradis tout sourire, tout heureux de retrouver ses petites merveilles. Le silence inhabituel l'interpella. Il accéléra le pas et remarqua avec horreur que la volière avait disparu.

De la bibliothèque, Hypnos leva les yeux au ciel en entendant le cri de son jumeau. Il commença le compte à rebours, sachant qu'à trois, son frère serait sur lui en train d'étaler toute sa colère ou sa frustration.

– Ils ont disparu, Hypnos. Ils ont disparu ! On les a volés. Qui a osé ? Qui a osé s'en prendre à nos bébés innocents, clama Thanatos quoi s'était installé derechef sur les genoux de son frère et tirait sur sa toge.

– Ce sont TES bébés, Thanatos, répondit stoïquement Hypnos qui n'avait pas cessé de lire. Tu sais que moi, je ne les supporte pas, tes moineaux. Ils sont trop bruyants. C'est d'ailleurs pour ça que je t'ai demandé de les mettre dehors avant que je les endorme pour l'éternité. Je remercie celui qui nous en a débarrassés.

– Comment peux-tu dire ça alors que je les élève depuis qu'ils sont oisillons ? J'en avais justement pris un jaune et un gris pour nous ressembler. C'est tout ce que ça représente pour toi, frère indigne ! Mon Coco, mon Jackot, mais qui a osé ? larmoyait presque le Dieu de la mort.

– La prochaine fois, adopte des lapins et ne viens pas m'enquiquiner pas avec tes perruches chantantes. Et par pitié, trouve-leur d'autres noms… oh merde, réalisa subitement le Dieu blond.

– Des lapins ? Des lapins, ça te dérange pas ?

– Non, je…

– Tu as raison, je ne vais pas ma laisser abattre. Y a pas une fête en ce moment sur Terre ? Il doit y avoir des promotions. Le temps de prendre mon petit porte-monnaie et j'y vais. Merci mon frère, je reviendrais avec un cadeau, s'exclama joyeusement Thanatos en embrassant la joue de son frère et en se relevant gaiement pour quitter la bibliothèque.

Une fois seul, Hypnos s'empressa de contacter Hadès et leur mère Nyx par télépathie.

– Mère, Seigneur Hadès, je vous assure, je pense qu'il y a vraiment eu un bug dans la résurrection de Thanatos. C'était sympa d'être cajolé, mais je crois que je préférais l'ancien, soupira le Dieu du sommeil, dépité.

Si ce n'était pas les oiseaux qui lui cassaient les oreilles et l'empêchaient de lire, c'était son frère-lui-même.


Note de l'auteur : Merci d'avoir lu

J'ai conscience que Thanatos est OOC, d'où la remarque d'Hypnos qui pense à un bug pendant sa résurrection. Cette scène a juste pour but d'être humoristique, et je n'avais pas eu l'occasion d'écrire un passage sur les Dieux jumeaux dans cet Avent