Date : 24 décembre 2020 bis

Personnages : Minos x Rune, pour l'anniversaire de Rune

Univers : Post-Hadès résurrection

Genre : Romance toute douce


Fil d'Arianne

Organisation, efficacité, c'étaient les maîtres mots qui régissaient la vie de Rune du Balrog, et il se mettait un point d'honneur à respecter scrupuleusement ses plannings, même lorsque Minos du Griffon, son supérieur mais aussi son compagnon, essayait de l'en détourner. Bon, il avait quand même dû faire quelques modifications dans son quotidien pour accorder un peu d'attention à l'homme qui lui faisait l'honneur de partager sa vie, mais Rune l'avait fait avec plaisir. Il aimait réellement Minos. Il se mettrait en quatre pour le servir comme il fallait et lui faire plaisir… même lorsque Minos lui demandait soudainement de dormir avec un tee-shirt.

Rune n'avait rien compris à cette demande sortie de nulle part. Mais pourquoi un tee-shirt pour dormir ? Eux qui dormaient toujours nus comme tout bon scandinave ?

Bon, il l'avait mis son tee-shirt, et il n'avait d'ailleurs pas très bien dormi. Trop chaud, et ça le grattait, et ça frottait sa peau, si bien que Rune se réveilla comme un automate à la même heure que d'habitude, le cerveau embrouillé à cause d'un sommeil peu récupérateur. Zut, il ne serait pas aussi efficace dans ses taches aujourd'hui.

– Ça commence bien aujourd'hui, maugréa Rune en se redressant. Bonjour, Seigneur Minos.

Habituellement, Rune se levait en premier, se préparait et quittait Toloméa, parfois avant même que Minos ne se réveille. Le Balrog ne quittait jamais le lit sans lui offrir un doux baiser sur la joue, si léger qu'il ne réveillait même pas le juge. Il aimait bien observer son visage paisible. Rune se gratifiait d'être le seul à être témoin de ce spectacle, bien différent de l'image de juge impartial de la cour du premier tribunal.

Rune était tombé amoureux d'un juge, mais progressivement, il découvrait l'homme qu'il aimait tout autant. Des connaissances impressionnantes et un amant extraordinaire, d'une beauté époustouflante. Rune était réellement tombé sur la perle rare et parfaite. Minos du Griffon était son homme à lui et… son homme absent.

– Où est-il ? Seigneur Minos ? l'appela Rune.

Se serait-il encore endormi dans son bureau ? Ça serait bien son genre. Combien de fois cela était-il arrivé ? L'entrée en l'hivers dans l'hémisphère nord augmentait le nombre de tués dans des accidents routiers ou autres, des gens qui s'égaraient et mourraient de froid dans les tempêtes de neige, et encore plus en ces périodes de fêtes où la gaieté exagérée des hommes baissait leur vigilance. Ce que les humains pouvaient être stupides de fois, et tout cela donnait plus de travail aux juges. Depuis quelques jours, Minos était effectivement plus fatigué.

Rune souleva la couette et entreprit d'aller rejoindre son compagnon. Dormir assis sur une chaise n'était pas bon ni pour le sommeil, encore moins pour le dos, même si la perspective de soulager son bel amant avec un massage l'enchantait assez. Rune était même prêt à modifier tout son programme pour faire glisser ses mains sur la peau nacrée de son partenaire et l'entendre soupirer de bien-être.

Être amoureux changeait complétement sa perception des choses. De son vivant, avant qu'il ne devienne un spectre, Rune ne se serait jamais cru capable de telles pensées à la limite de la mièvrerie. Le pire, c'est que se montrer plus attentif, plus doux avec quelqu'un, ce n'était pas si désagréable, surtout que c'était donnant-donnant. Minos le choyait également.

Repoussant les draps, Rune se leva, prêt à partir à la recherche de son supérieur et amant avant de commencer une nouvelle journée de travail. Immédiatement, il sentit comme une entrave, une restriction, quelque chose qui le gênait au niveau de son bras droit. Clairement, il n'était pas libre de ses mouvements, comme si quelque chose le retenait, quelque chose de fin et d'invisible enroulé autour de son poignet. Comme un… fil ?

En y regardant mieux, il y avait bel et bien un fin fil enroulé autour de son poignet droit, lui-même étant relié à un autre, long, qui partait de la tête du lit où il était accroché et allait jusqu'à l'extérieur de la chambre. Rune tenta bien de le couper avec force, mais rien à faire, même en utilisant son cosmos. Ce n'était pas des liens ordinaires. Une seule personne était capable de ça.

Minos du Griffon et son attaque Cosmic Marionation.

Mais qu'est-ce que ça signifiait ? Serait-ce encore un jeu de sa seigneurie griffonesque ? Rune soupira. Il n'avait vraiment pas envie de perdre du temps avec ça, surtout aujourd'hui où bien du travail l'attendait. Ne pouvant se débarrasser de cette entrave de lui-même, sa seule solution, remontrer le fil en espérant qu'il le ramène rapidement vers Minos. Les liens du Cosmic marionation démarraient forcément au niveau de ses doigts.

Jævla det*, Seigneur Minos, soupira Rune. Si je n'étais pas tellement amoureux et admiratif de vous, je demanderais à changer d'affiliation.

N'ayant d'autre choix, Rune commença à suivre le fil qui l'emmena d'abord jusqu'à la commode où des vêtements avaient été déposés à son attention, ainsi qu'un message lui intimant de s'habiller, le tout accompagné de ravissants petits cœurs. Il sourit malgré lui, relut plusieurs fois le mot, dévorant chaque lettre de son compagnon parfaitement écrit, sans la moindre faute, et dans leur langue natale qu'ils préféraient utiliser quand ils étaient ensemble. Ce qu'il devenait niais ! Minos le rendait fou.

Se reprenant, le Balrog comprit pourquoi Minos lui avait demandé de porter un tee-shirt pour dormir. Avec ce fil au poignet, impossible d'enfiler le moindre haut. Mais cela signifiait donc qu'il devait garder le même habit avec lequel il avait dormi ? Surement, il n'y avait que des sous-vêtements, pantalon et chaussettes sur le meuble. Horreur absolue ! Il sentait déjà le tissu le gratter.

La prochaine étape était la cuisine où un petit déjeuner consistant et typiquement norvégien avait été soigneusement préparé, ainsi que des skoleboller, des brioches de leur pays natal dont raffolait Rune. Le tout accompagné d'un bel edelweiss, d'un panier… vide, et d'un autre message qui disait « Déjeune bien et rejoins-moi au plus vite, min kjærlighet**. Prends des forces, bien du chemin t'attend encore. Et prends le panier avec toi en partant. »

Il s'exécuta, à la fois amusé et ennuyé. Les petits jeux de Minos ne faisaient pas partie de son programme. Et en quel honneur d'ailleurs ? Probablement son anniversaire, ou pour noël. L'attention était touchante, même si Rune n'était pas un grand adepte des surprises. Il avait largement passé l'âge. Ce que son compagnon pouvait se montrer puéril par moment.

Rune ne pouvait cependant s'empêcher de sourire bêtement.

Son petit déjeuner pris, il pesta devant l'impossibilité de se rendre jusqu'à l'évier pour nettoyer sa vaisselle. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser traîner les choses. Mais fort heureusement, Minos avait prévu un passage par les sanitaires pour qu'il puisse se soulager, se laver les mains et les dents avant de sortir de Toloméa. Quelle délicate attention ! Il trouverait presque ce petit jeu amusant… s'il n'était pas en train de tourner bêtement autour de chaque colonne du temple du Griffon, parfois même trois fois d'affilée, avant de finalement arriver en bas du perron et faire arrêter par un autre message et un paquet cadeau.

« Rune, J'ai semé des présents sur la route. Ramasse-les tous et mets les dans le panier que tu as dû prendre avec toi. Ta route sera longue et je t'attends au tribunal. Dépêche-moi, min kjærlighet. »

Le tout encore accompagné de petits cœurs dignes de son tendre Griffon. Du moins envers Rune, parce que Minos se montrait sans pitié avec les âmes, dur avec ses hommes, et que dire de ses frères, les autres juges, qu'il prenait clairement de haut parce qu'il était l'ainé.

Un juge parfait, un érudit surprenant, Rune s'étonnait toujours de la masse de connaissance que Minos était capable d'emmagasiner. Souvent, il ne se sentait pas à la hauteur de cet homme qui le choyait comme un trésor. Le Balrog se sentait privilégié et ne comprenait pas tellement ce que Minos lui trouvait.

Rune rougit en repensant à la veille, aux mot tendres de Minos qui savait si bien s'y prendre avec lui. Le procureur adorait lorsque son amant glissait ses fines phalanges dans ses cheveux, lui provoquant de doux frissons dans son échine. Son cœur palpitait juste en pensant aux doigts de son amant qui caressaient son corps, à sa peau opaline absolument magnifique, à son sourire suave, sa bouche mutine qui bécotait son derme, lui arrachant des soupirs incontrôlables. Contrairement aux croyances populaires, Minos était incroyablement tendre. Et non, il ne se servait pas de sa technique pour lui faire l'amour… enfin, si, mais uniquement parce que Rune adorait se soumettre et se donner à son supérieur. Lui-même aimait cajoler son amant.

L'humain qu'il avait été écarquillerait les yeux devant son audace. Mais avait-il vraiment vécu avant de devenir un spectre et de rencontrer Minos ? Parfois, Rune en doutait. Avant de le connaître, le procureur s'était cru asexuel, incapable de ressentir une extase pareille, incapable d'éprouver des sentiments aussi forts, incapable de d'aimer quelqu'un plus même que son Dieu.

Pour rien au monde il ne reviendrait en arrière.

Minos l'attendait. Rune ne voulait pas le retarder. Et surtout, Rune voulait le voir, passer ses bras autour de son cou, embrasser ses lèvres, se serrer contre lui avant de commencer leur longue et éprouvante tâche de jugement.


Rune se passait dans sa tête la musique du manège enchanté alors qu'il tournait et retournait, parfois plusieurs fois, autour des colonnes, tout en maudissant le sens de l'humour de son compagnon.

Il salua timidement Rhadamanthe qui fumait sa cigarette à l'extérieur de Caïna et le regardait circonspect. Eaque avait tenté de lui venir en aide et rompre le fil, mais impossible. Le Garuda s'était pourtant bien acharné sur cette fine toile, refusant catégoriquement d'abandonner, de se penser moins malin que son aîné. Il persistait encore lorsque Rune décida finalement de poursuivre son chemin.

Au lieu d'utiliser les raccourcis habituels qui le menaient directement au tribunal sans passer par les prisons, Rune fut entrainé dans le parcours touristique. Entre tour et détour, il marcha un bon moment, ramassant progressivement les présents déposés sur la route. Le panier qu'il transportait devenait de plus en plus lourd et encombrant. Plus d'une dizaine paquets de toute taille s'étaient ajoutés dedans. Pas de doute, Minos avait sorti le grand jeu, pour son plus grand malheur puisque Rune se devait de passer devant d'autres spectres qui le regardaient avec curiosité, sans la moindre discrétion.

– Vous n'avez rien d'autre à faire ? grogna Rune qui se sentait un peu trop observé.

Immédiatement, les soldats de rang inférieur reprirent leurs tâches. L'autorité de Rune n'en était pas moins efficace que celle d'un juge sur nombre de spectres.

Lorsqu'enfin il se crut au bout de son calvaire en pénétrant le premier tribunal, le fil ne le mena ni vers le bureau, la salle de repos ou même la cour des jugements, mais plutôt vers une porte close. Normalement, cette pièce renfermait une salle de bain, construite pour que les spectres puissent s'y détendre avant de rentrer dans leurs quartiers. Un lieu interdit d'accès depuis plusieurs semaines pour cause de travaux. Minos lui avait raconté qu'il y avait des fuites et que les canalisations étaient vétustes. Peu importe pour lui qui n'utilisait pas ces sanitaires de toute façon, mais le bruit des travaux avait été un supplice pour ses oreilles sensibles. Pourquoi Minos l'emmenait-il ici ?

Il ouvrit la porte et tomba sur un genre de sas. Le fil de dirigeait vers une autre porte, vitrée cette fois. Dessus, il y avait un autre message de son compagnon.

« Bravo pour être parvenu jusqu'ici, min kjærlighet. Déshabille-toi entièrement (tu n'as qu'à déchirer le tee-shirt, je t'en rachèterai un autre), laisse le panier ici et rejoins-moi. »

Encore des tas de petits cœurs accompagnaient ce mot. Attendri, Rune ne put s'empêcher de sourire avant de grincer des dents à l'idée de saccager l'un de ses vêtements. Il n'aimait pas gaspiller.

Une lourde chaleur l'envahit lorsqu'il ouvrit la porte vitrée. Voilà donc ce qui se tramait derrière cette porte depuis des semaines. La construction d'un sauna. Qui à part son Seigneur Minos aurait pu avoir une telle idée saugrenue, en puisant sans vergogne dans les larges finances de leur Dieu ?

Rune rit jaune, en réalité plutôt enchanté par cette installation. Dorénavant, il allait certainement passer bien plus de temps dans cette pièce. Le bruit insupportable des travaux était déjà oublié. En bon norvégien, il était bien évidemment friand des saunas relaxants qui apaisaient le corps et l'esprit, une spécialité des régions nordiques.

– Te voilà enfin, Rune, s'éleva la voix de Minos dans la pénombre du sauna. Viens.

Le procureur sentit des fils l'entourer puis son corps tiré brusquement en avant, jusque dans les bras de son compagnon qui l'embrassa immédiatement sans perdre de temps, avec une fougue similaire à ceux de leurs ébats.

Gratulerer med dagen***, min kjærlighet, souhaita Minos en norvégien.

Takk skal du ha****, remercia alors le Balrog tout sourire.

– J'espère que la surprise te plait ?

– J'en viendrais presque à oublier toute votre embarrassante mise en scène.

– Tu as apprécié la balade ?

– Elle n'est pas tellement prévue dans mon emploi du temps.

– Et des câlins dans un sauna, tu penses que tu peux trouver une place entre deux jugements ?

– Vous savez que je ne peux rien vous refuser, répondit Rune en tendant de nouveau ses lèvres pour venir embrasser son Griffon. Merci, Seigneur Minos. Je vous aime.

Leur bras se resserrèrent sur le corps de l'autre. La chaleur montait entre eux, probablement la faute à la température élevée du sauna. Cela ne les empêchait pas de se coller et se câliner davantage. Rune rattrapait son baiser du matin manqué au lever, tout en frottant le dos de son amant qui gémit sous la caresse. L'extase n'était pas en reste pour le Balrog qui émit un léger cri lorsque Minos glissa ses doigts sur ses cuisses.

– Tu le sens ? sourit allégrement Minos.

– Bien sûr. La chaleur rend la peau bien plus réceptive... aaaaaah, Seigneur...non, pas maintenant.

– Et pourquoi pas ? suggéra le Griffon qui dévia sa main jusqu'à l'intérieur des cuisses, passant très près de l'organe sensible qui ne demandait qu'attention.

– Ce n'est pas le moment... aaaah, pitié.

Oh ja, j'aime quand tu me supplies, Rune. Je crois que c'est bel et bien le moment.

D'un coup, les fils reprirent possession du corps du procureur. Il s'étira, bras en l'air, jambes écartées, tout à la merci de Minos qui pouvait désormais faire ce qu'il voulait de lui.

– Vous n'allez quand même pas...

Le cœur de Rune s'accéléra à une vitesse folle. Son membre monta d'un coup, émoustillé par l'idée, anticipant les caresses divines de son amant, dans ce sauna qui exacerbait ses sens. Allait-il seulement y survivre ? Il n'en était pas sûr lorsqu'un simple effleurement le long de ses jambes lui arracha un incontrôlable soupir de plaisir.

– Pour baptiser ce lieu qui sera régi par le silence et le repos, rien de tel que les cris de mon procureur silencieux.

Rune était sûr de ne jamais arriver au matin de noël.


– J'ai cru mourir, dit Rune encore à bout de souffle, alors qu'il se rhabillait.

– Et moi, j'ai cru devenir sourd. T'as de la voix, dis donc, taquina Minos qui embrassait l'épaule encore dénudée de Rune.

– Je ne vais pas survivre si tu me fais ça si souvent.

– C'est là tout l'intérêt d'être immortel, mon amour. Je te peux te tuer chaque jour si je le souhaite.

– Sadique, sourit le procureur.

– Tu aimes ça, répliqua le juge d'une voix suave.

– Je t'aime tout simplement, Minos.

Lorsque l'extase atteignait son paroxysme, et même pendant sa lente chute, les formalités étaient oubliées. Minos aimait lorsque son loyal et dévoué procureur laissait tomber les "Seigneur". Il se sentait ainsi bien plus proche de lui. Quand bien même ils dormaient ensemble, prenaient leurs repas ensemble, faisaient l'amour, cette simple dénomination dressait une barrière que seul le coït parvenait à briser.

Le couple s'embrassa longuement, savourant leur proximité et l'intimité du sas du sauna.

– Joyeux anniversaire, min kjærlighet. Je t'aime.

– Je t'aime, Minos. Comme je t'aime, répétait Rune contre les lèvres de son amant, ses bras se resserrant autour de son cou. T'avoir dans mes bras est vraiment le plus beau cadeau que tu peux m'apporter. Je t'aime, je t'aime.

– Arrête, tu vas réussir à me faire pleurer, rit doucement le juge.

– Je mourrais d'un tel affront, ou bien j'en mourrais de bonheur.

– Ne parle pas de malheur. Je ne veux certainement pas que tu disparaisses. Je t'aime également, mon précieux procureur.

Les deux norvégiens continuaient de s'embrasser, s'enlacer, se caresser leur peaux encore dénudées, chaudes et réceptives à leurs câlineries.

– Il faudrait aller travailler, non ? demanda Rune dans un soupir.

– Je me demandais combien de temps tu tiendrais avant que ta nature responsable ne te rattrape.

– Crois-moi que je n'ai nullement envie d'être responsable maintenant. Mais nous avons déjà profité d'un incroyable moment dans le sauna. N'est-ce pas tout aussi excitant de se garder des réserves pour ce soir ?

– Je t'aime Rune, et j'ai tellement envie de toi.

Il l'embrassa encore, flatta son cou, ses épaules, souleva sa longue crinière pour accéder à sa nuque. Rune laissa échapper un long gémissement, se sachant extrêmement sensible sur cette zone. Minos le savait. Minos connaissait son corps par cœur. Il l'avait étudié tout comme il épluchait toute la vie terrestre d'une âme. Consciencieux dans son travail mais également dans sa vie privée.

– Tu ouvres tes cadeaux ?

– C'est tout pour moi ? Mais Minos, il ne fallait pas.

– Il parait que les gens nés près de noël sont lésés. Je veux te gâter à la hauteur de mes sentiments pour toi. Je veux que tu reçoives autant de cadeaux pour ton anniversaire que pour noël.

– Mais il y en a quand même beaucoup.

– Oh, juste des bricoles.

Ils se rhabillèrent et se postèrent dans le bureau du juge pour que Rune puisse déballer la quelque dizaine de paquets cadeau, affreusement gêné par tous ces présents qu'il ne pensait pas mériter. Des chocolats de qualité. Des chemises et pantalons de marque bien taillés pour sa morphologie grande et svelte. Du thé d'une maison qu'il appréciait beaucoup, et son arôme favori en plus, accompagné d'une tasse imprimée à son nom et son totem.

– J'ai aussi fait faire une tasse à mon nom avec un Griffon, précisa le juge.

– C'est beaucoup trop, mon Seigneur.

Rune était installé sur les genoux de son amant, tous les deux sur le large et confortable siège du bureau. Derrière lui, Minos avait sa tête posée sur son épaule et ses bras enlaçaient tendrement sa taille. Par moment, il s'amusait à pincer les flancs, faisant rire son compagnon sensible à cet endroit et qui repoussait ses doigts taquins.

Minos était joueur et diversifié dans leur relation. Leurs rapports variaient beaucoup Entre de l'amour classique mais diablement efficace, sadique lorsqu'il utilisait sans vergogne ses fils pour immobiliser son amant qui en mourrait tant cette position se trouvait à la fois excitante et dérangeante. Parfois, Minos s'amusait à incarner un rôle, de roi le plus souvent, et Rune aimait tellement le servir et assouvir tous ses désirs. Les positions inversées s'appliquaient également, lorsque le Griffon éprouvait une envie irrésistible de se faire ligoter par le fouet du Balrog et réprimander par son sévère procureur. Et d'autres fois aussi, l'usage de certains accessoires pimentaient leur vie de couple, comme l'huile de massage parfumée que déballa Rune. Pour des massages exquis et relaxants, mais également pour rendre la peau incroyablement plus sensible. Des plumes accompagnaient ce présent et Rune rougit furieusement.

– Je ne sais pas si je vais aimer ça.

– Tu n'assumes juste pas quand je te pousse à la mendicité. Mais c'est tellement jouissif à mes oreilles, souffla Minos dans l'oreille de son partenaire avant que sa langue ne la malmène.

– Mmmmh, gémit Rune.

– J'adore ta sensiblerie Rune, et ton visage si expressif dans ces moments-là.

– C'est juste parce que c'est vous, Seigneur Minos.

– Tu m'en voies ravi de l'entendre. Continue d'ouvrir tes cadeaux, tu n'es pas encore tombé sur le meilleur.

Des disques 33 tours de classique, seul bruit agréable aux oreilles sensibles du Balrog. Une brosse à cheveux spéciale, aux poils soyeux pour qu'elle n'agresse pas la belle chevelure de Rune. Un coussin de chaise rembourré pour protéger le précieux arrière-train mais également le dos de l'homme de loi qui était assis une grande partie de la journée. Un livre ancien, une édition d'origine introuvable qui donna presque les larmes aux yeux du dévoreur d'ouvrage littéraire. Une nouvelle plume et de l'encre pour écrire.

Plus étonnant encore, le dernier paquet contenait des patins à glace, dans lesquels se trouvaient des billets de réservation pour un voyage en Norvège, leur magnifique pays natal, avec ses fjords, ses eaux froides et limpides, gelées en hivers. Rune s'essuya les yeux, submergé par l'émotion.

– Merci, merci mille fois.

– De rien.

– Ils sont tous de vous ?

– Oui.

– Pourquoi tout ça. Je ne mérite pas tant d'attention.

– Je n'aime pas quand tu te dénigres, dit Minos en écartant la cascade de cheveux de Rune pour la mettre sur son épaule.

– Je ne me dénigre pas. C'est vraiment beaucoup trop.

– Je t'aime Rune. Tu n'imagines pas comme tu m'es indispensable au quotidien. Tu m'assistes depuis des siècles avec dévotion et efficacité. Par Hadès, je serais bien incapable de donner de si bons résultats sans ton soutien. Nous formons une bonne équipe, il n'en serait rien sans toi à mes côtés. Tu n'imagines pas combien mes frères m'envient de t'avoir.

– Oh arrêtez, rougit Rune qui frémit en sentant les lèvres du Griffon sur sa nuque.

– Tu n'es pas juste efficace et loyal, tu es également un compagnon aimant, un partenaire de vie cultivé et loyal, un amant extraordinaire. Je crois bien qu'une montagne de cadeaux ne suffiraient pas pour compenser tout ce que tu donnes de ta personne au quotidien pour le tribunal, les Enfers, et surtout pour moi.

– Vous me sublimez trop. Je ne fais que mon devoir de spectre. J'ai conscience de l'honneur que représente ma place dans la hiérarchie. C'est à vous que je la dois. Je vois admire. Mon temps est votre, mon corps est votre, mon cœur est votre, ma vie est votre.

Minos retourna subitement le visage de Rune, l'attrapant par le menton, lui tordant le cou pour les faire se fixer dans les yeux. Son visage jovial avait changé. Il arborait dorénavant une expression plus sérieuse, contrariée.

– Je t'interdis de dire ça.

– Mais…

– Tu n'es pas ma chose, Rune ! Mes victimes sont mes pantins, toi tu es mon conjoint. J'aime te ficeler et te dominer, j'aime aussi quand l'inverse se produit. Ta vie ne m'appartient pas, ta vie est partagée et mélangée avec la mienne. Je t'aime Rune, et surtout je te respecte plus que n'importe qui, plus que mes frères, autant que le Seigneur Hadès. Ta place actuelle au tribunal, tu la mérites. Alors ne dis plus une chose pareille, s'il-te-plait.

Devant la mine attristée du procureur, et la façon qu'il avait de s'accrocher à la robe de Minos comme s'il pouvait le perdre d'un instant à l'autre, le Griffon comprit ce qui le minait.

– Tu as si peu confiance en moi ?

– C'est en moi que je n'ai pas confiance. Je donne toute mon énergie depuis les temps mythologiques pour vous servir. Vous m'avez toujours paru hors d'atteinte. Parfois, je ne réalise pas toujours ce qui m'arrive en ce moment. Je crois rêver, je me sens toujours indigne de vous. Tous ces cadeaux, c'est trop pour moi.

– Rien ne semble jamais suffisant pour ce que tu fais pour moi au quotidien, pour tout l'amour que tu me donnes, chuchota Minos, ses mains de part et d'autre du visage de Rune. Je t'aime Rune, je ne veux pas que tu doutes de ça. Je t'aime quoiqu'il se passe, d'accord ?

– Oui, pardon, c'est très maladroit de ma part de douter de toi, abdiqua le plus jeune en prenant une des mains du juge dans la sienne. Je te fais confiance, Minos.

– Oh, c'est la première fois que tu m'appelles juste par mon prénom en dehors de l'amour, sourit tendrement Minos. Tu n'imagines pas comme ça me fait plaisir… Rune, j'ai autre chose pour toi.

– Encore !

– Si tu ne dois en garder qu'un seul, accepte celui-ci. Ça signifie beaucoup pour moi.

Minos ouvrit l'un des tiroirs de son bureau et en sortit une petite boite carrée qu'il donna à Rune. Elle renfermait une chaine en argent, sur laquelle un pendentif en forme de Griffon était accroché. Le bijou était en soit relativement simple, petit et discret, idéal pour le procureur qui n'aimait pas trop les artifices et aimerait autant éviter d'exposer ses bijoux pour éviter les questions embarrassantes des autres.

Rune restait stupéfait devant ce cadeau auquel il ne s'attendait pas.

– Rune, je veux que tu saches que je tiens énormément à toi, dit Minos en reprenant l'une des mains de son compagnon dans la sienne. Parfois, mes sentiments sont si forts qu'ils m'empêchent de respirer. Même le Seigneur Hadès ne me provoque pas des réactions pareilles. Je crois bien que je serais capable d'horribles choses si quelqu'un osait poser ne serait-ce qu'un regard sur toi. Je ne me serais jamais cru si jaloux avant. Je veux passer mon existence à tes côtés, te choyer, te donner du plaisir, te rendre heureux et épanoui dans ta vie, dans ton travail, dans notre relation. Je t'aime, min kjærlighet, et j'aime le lien qui nous unit depuis que nous sommes devenus des spectres. Je sais que mon monologue n'est qu'un tas de mots, mais pour des hommes de lettres comme nous, tu sais très bien que chaque mot a son importance. Crois-moi, il n'y a personne de plus important que toi dans ma vie, excepté notre Seigneur, mais lui est une divinité et nous sommes des hommes.

Rune ne répondit plus. Les larmes avaient commencé à couler à mesure du discours de son compagnon. Comment douter après ça ? C'était tout bonnement impossible.

Jeg elsker deg*****, Minos, dit-il en enlaçant tendrement les épaules de son amour, lequel lui rendit son étreinte avec la même tendresse.

– Et aussi joyeux noël.


Traduction des expressions en norvégiens :

* Jævla det : Bon sang

** Min kjærlighet : mon amour

*** Gratulerer med dagen : Bon anniversaire

**** Takk skal du ha : Je vous remercie

***** Jeg elsker deg : Je t'aime