Réponse au défi de noël : « blanc & rédemption », à interpréter comme bon nous semble

Personnages : Minos x Rune

Univers : Canon série origine, se passe avant la guerre sainte

Genre : Romance toute douce, un peu angst

Note de l'auteur : J'ai eu cette idée subitement hier et j'ai tout écrit d'un seul coup. Ce ship m'inspire en ce moment. C'est une romance très douce, mais c'est ainsi que je les conçois.

Bonne lecture


Blanchiment

Délicatement, Minos passait le gros peigne dans la longue chevelure blanche de son compagnon parsemée de nœuds. Centimètre par centimètre, il arrangeait et aplanissait cette merveilleuse cascade immaculée pour la rendre de nouveau soyeuse.

Depuis des siècles et des siècles qu'ils se retrouvaient, à chaque incarnation, Minos et son bras droit Rune vivaient une fabuleuse idylle. Le juge se plaisait à glisser lentement ses doigts dans le blanc de ses cheveux. Rune faisait de même d'ailleurs.

Ils aimaient se peigner tendrement. Une forme de câlin pour eux, de doux préliminaires leur provoquant d'agréables frissons dans l'échine, et souvent accompagné de tendres paroles à l'oreille et de baisers sur l'épaule.

Mais cette fois, le contexte était tout autre.

– J'ai bientôt fini, Rune. Par pitié, dis-moi si je te fais mal. S'il-te-plait, réponds-moi.

Les cheveux du spectre du Balrog étaient un désastre, à l'instar de sa conscience. Minos savait que l'esprit de son partenaire était en lambeaux suite à l'épreuve qu'il venait de subir. On croirait presque que leur blancheur avait été provoquée par le choc qui le laissait pour le moment dans un état de mutisme et de prostration.

Rune ne réagissait plus lorsqu'on lui parlait, pas même Minos, son supérieur et amant. Le regarde fixe, il se laissait guider là où on l'emmenait, tremblant encore de la terrible expérience qu'il venait de vivre.

– Rune, je t'en supplie. Je sais que tu peux surmonter ça.

Minos venait de passer ses bras autour de son compagnon, l'enlaçant tendrement, sans trop le serrer pour ne pas en rajouter à son traumatisme. Ses lèvres bécotaient ses épaules et son cou, ses mains caressaient son dos. Chacun de ses gestes étaient d'une infinie tendresse. Il n'y avait vraiment qu'avec Rune du Balrog que l'impartial juge Minos du Griffon se montrait ainsi : aimant, protecteur et tendre. Seulement, malgré ses cajoleries, toujours aucune réaction. Rune restait abattu et léthargique, tel un pantin sans âme.

Minos se dégagea et reprit un peigne, plus fin cette fois, pour terminer sa tâche sur la cascade blanche.

– J'aurais dû être plus ferme et refuser que tu y ailles, quitte à te destituer de ton rôle. Te voir ainsi m'est insupportable, Rune.


Quelques heures plus tôt

– Je refuse.

La protestation sèche et sans appel de Minos surprit l'assemblée. Rhadamanthe eut vite fait de passer de l'étonnement à la consternation puis la colère.

– Comment oses-tu, Minos ? C'est un ordre de Dame Pandore et un choix même de notre Seigneur. Tu mériterais un blâme pour un tel outrage.

– J'estime avoir mon mot à dire dans cette situation. Rune est sous mon commandement et je suis en droit de poser mon véto pour cette décision.

– Non Minos, tu ne le peux pas, intervint Pandore. Souhaites-tu courber l'échine sous le son de ma harpe pour que je puisse t'apprendre les bonnes manières ?

– Mais tout ce que vous voulez, ma Dame, si vous laissez Rune en dehors de ça.

– Très bien. Puisque tu n'as pas compris, je vais te l'expliquer une nouvelle fois, Minos du Griffon. Ta réputation est surfaite. Tu n'es pas aussi intelligent que tout le monde le prétend.

A ces mots durs prononcés par la chef des armées d'Hadès, Rune, jusque là calme, se raidit. Il avait envie d'intervenir, mais sa raison lui disait de se taire, de ne pas davantage contrarier Pandore. Mais comme c'était douloureux d'entendre de telles injures à l'égard de son inestimable supérieur, son amant depuis des siècles de réincarnation et de guerre.

De résurrection en résurrection, ses sentiments, les siens comme ceux de Minos, ne tarissaient pas. Leurs retrouvailles, à cette époque comme à une autre, emplissaient Toloméa d'une ivresse de bonheur et de plaisir qui durait pendant des heures avant que le devoir ne les rappelle, mais qui paraissait bien trop court pour eux.

Depuis les temps immémoriaux où Hadès avait scrupuleusement choisi ses spectres, Minos et Rune avaient toujours travaillé ensemble. L'un jugeant, l'autre l'assistant. Les procès s'enchaînaient et les archives étaient soigneusement ordonnées. Une organisation efficace, alors pourquoi la changer ?

– Quand je pense que notre Seigneur a pris cette décision afin de vous permettre plus de temps de repos et d'entraînement. Ainsi, nous pourrons mieux nous opposer face à l'armée d'Athéna. Pour permettre cela, une quatrième personne habilitée à juger est indispensable, et Rune est le plus qualifié pour assumer ce rôle. Tu devrais le savoir, Minos, puisqu'il est ton second. Il connait parfaitement les lois des Enfers, assiste à tes procès depuis des siècles, et tu ne cesses de chanter ses louanges lorsqu'un cas te pose problème et que tu lui demandes son avis. Alors, par notre puissant Seigneur, pourquoi ce refus ?

– Devra-t-il passer par là ? demanda le Griffon d'un ton entendu.

– Evidemment, c'est une condition obligatoire pour juger des âmes.

– Alors je refuse. Je refuse que Rune subisse ça.

– Ce n'est pas à toi d'en décider, Minos.

Rune comprit alors la raison du rejet de son compagnon. Sa poitrine se serra, touché. Même après des siècles, les sentiments indéniables que lui portait Minos le surprenaient toujours. Un instinct protecteur et une attitude aimante dont il était le seul à bénéficier.

Minos se montrait si sévère avec les autres spectres, hargneux et méfiant envers ses frères, impassibles face aux âmes qui le suppliaient d'alléger leurs sentences. S'il n'était pas en face de leur supérieure et dans la salle du trône du Seigneur Hadès lui-même, Rune se jetterait volontiers dans ses bras pour le remercier de se soucier ainsi de lui.

– Et toi, Rune, qu'en penses-tu ? As-tu peur de passer cette épreuve ?

– Non, ma Dame.

– Rune !

– Les spectres du Seigneur Hadès sont immunisés contre la peur. Je suis prêt à subir n'importe quelle épreuve pour me montrer digne de l'honneur que vous souhaitez me confier.

– Voilà des paroles dignes d'un spectre, approuva Pandore. Rune, si tu veux bien me suivre jusqu'à la salle de l'expiation.

– Oui, ma Dame.

– Rune, attends.

Faisant fi de la présence de Pandore et des autres juges, Minos se précipita vers Rune pour le serrer contre lui, embrasser ses joues et sa bouche afin de lui donner du courage.

– Je serais là à ta sortie. Tu as toujours su me sortir de ma léthargie, alors je sais comment faire. C'est à moi de prendre soin de toi.

– Merci, mon Seigneur.

– Je t'aime, chuchota-t-il à l'oreille de son compagnon. Je ne voulais pas que tu subisses ça.

– J'y vais de mon plein grès. Si je peux vous soulager, vous autres juges et surtout vous, Seigneur Minos, de l'immensité de votre travail, alors je suis prêt à tout endurer. Rassurez-vous. Tout se passera bien.

– Hum hum, les rappela Pandore. Ceci n'est pas un lieu pour vos échanges répugnants. Rune, viens avec moi.

Minos laissa glisser ses doigts dans le blanc des cheveux de Rune qui s'éloignait, jusqu'au dernier millimètre. Bientôt, son âme serait aussi blanchie que cette cascade de neige.


La salle de l'expiation.

Une pièce conçue spécialement pour permettre à Minos, Rhadamanthe et Eaque, les trois juges des Enfers, de blanchir leurs âmes à chacune de leur réincarnation. Seule une âme purifiée peut se permettre d'en juger d'autres. Une forme de rédemption accélérée pour les péchés commis durant leurs vies terrestres à chaque époque.

La souffrance éternelle des Enfers, de chaque prison, démultipliée, plus intense afin de gracier au mieux chaque minuscule péché. De la fleur écrasée au piège à moustique. Des erreurs humaines, même ceux de la petite enfance, allant même jusqu'à leur reprocher les souffrances endurées par leurs génitrices pour les mettre au monde.

Et les mots insoutenables qui résonnaient et se répétaient dans leurs têtes jusqu'à leur en donner la migraine. Les flashs de cette vie, les mettant face à leurs pires défauts, leurs erreurs, leur faisant douter d'être digne de servir leur Seigneur.

Le processus ne durait que quelques minutes mais semblait s'éterniser pour celui qui le subissait. Le choc physique et mental était tel qu'il rendait ces trois valeureux guerrier dans des états absolument pitoyables. Un spectre de bas niveau ne supporterait surement pas cette cassure de l'âme.

Mutiques et prostrés pendant des heures voire quelques jours selon la gravité des péchés qu'ils avaient dû expier, leurs yeux éteints, ils ne faisaient que suivre celui qui se donnait bien la peine de s'occuper d'eux.

Il était de mise que Valentine prenait en charge de Rhadamanthe. Rune s'occupait évidemment de Minos, et Violate d'Eaque, le temps qu'ils puissent surmonter la violence de cette épreuve et ainsi renaitre comme de vrais juges, prêts à donner leurs verdicts, blanchis de tous leurs péchés, leur rédemption complète jusqu'à leur prochaine réincarnation.


– Voilà Rune, j'ai terminé, dit Minos en posant le peigne. J'ose à peine imaginer ta douleur pour qu'ils soient dans un tel état.

Les souvenirs de Minos lorsqu'il sortait de la salle de l'expiation étaient flous, mais il savait que Rune prenait délicatement soin de ses longs cheveux qu'il emmêlait et triturait avidement tant la douleur dans sa tête était insupportable. On aurait dit que chaque neurone, chaque cellule de son crâne éclatait. La douleur physique se rependait à toute vitesse dans leurs corps, dans la moindre racine nerveuse, sans le moindre répit, leur donnant des hallucinations.

Des monstres géants, effroyables, semblaient écraser leurs os. De lames les scalpaient profondément, les éviscéraient, perforaient leurs organes et tranchaient leurs muscles. Des flammes brulaient leur peau, puis de l'eau noyait leurs poumons. Ils leur semblaient passer par divers univers alors qu'ils restaient juste dans la même pièce et en ressortaient absolument indemnes dans leur corps, mais pas leurs esprits.

Minos avait vaillamment subi cette épreuve durant des générations. Il savait que son Rune le réceptionnait à la sortie, prenait soin de lui comme un joyau, le dorlotait avec amour et dévotion. Il le peignait doucement, l'embrassait chastement, lui susurrait des mots doux d'encouragement et d'amour. Généralement, le juge reprenait ses esprits au bout de quelques heures.

Minos ne connaissait que trop bien la difficulté et l'horreur de cette épreuve. Il aurait été prêt à la subir une seconde fois, si ça permettait à Rune de s'en abdiquer.

– Viens mon cœur, dit Minos en prenant le procureur contre lui.

Il caressa le blanc de ses cheveux, probablement ce qu'il préférait chez son amant. Minos avait beau arborer une tignasse quasi similaire, il enviait celle de son compagnon qu'il trouvait plus soyeuse, mois rebelle, si parfaite pour qu'il puisse y glisser ses doigts, si immaculée qu'elle donnait à Rune une impression de pureté. La dévotion infaillible de son procureur envers lui, envers Hadès, envers son devoir était telle qu'il ne devrait même pas avoir besoin d'être blanchi.

Ses frères avaient grogné lorsque Rune était ressorti titubant de la salle de l'expiation. Minos l'avait réceptionné dans ses bras alors qu'il perdait l'équilibre.

« Je vais prendre soin de lui jusqu'à ce qu'il se remette, avait-t-il déclaré derechef. Puisque vous avez cautionné ça, je ne veux pas entendre la moindre protestation. »

Ni l'autre ni l'autre n'avait répliqué alors qu'il emmenait Rune jusqu'à Toloméa.


Une journée entière s'était écoulée et Rune restait dans le même état. Comme la veille, Minos peignait délicatement la sublime chevelure blanche de son compagnon.

– S'il-te-plait Rune, tu te dois te reprendre pour pouvoir t'alimenter et surtout t'hydrater. Tu dois te reprendre en vue de la guerre sainte, pour servir notre Seigneur. Tu dois te reprendre pour continuer notre travail que tu chéris tant. Tu dois te reprendre pour avancer la lecture de tes livres. Souhaites-tu que je te fasse la lecture, mon cœur ?

Minos se saisit d'un des ouvrages présents sur le chevet. « L'alchimiste » de Paulo Coelho. Il jurait que Rune lui lisait cette histoire pendant que lui-même se remettait de son épreuve.

Il y a toujours dans le monde une personne qui attend l'autre, au milieu d'un désert ou au milieu des grandes villes… lut Minos. Rune, je ne te l'ai jamais dit, mais dans chacune de mes vies humaines, j'ai toujours senti qu'il me manquait quelque chose, jusqu'à ce que le Seigneur Hadès nous rappelle et que je te retrouve. Et seulement ainsi, je me sentais complet.

A mesure de sa lecture, Minos ne cessait de caresser les chevaux blanc de son amour.

La crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même… je n'ai pas peur de souffrir, encore moins de mourir au nom d'Hadès, mais l'idée que toi tu sois impliqué dans tout ça me provoque un véritable supplice dans la poitrine. Je sais que cela va à l'encontre de notre devoir, mais si tu pouvais rester à l'abri pendant la guerre sainte, si j'avais la possibilité de te sauver, je le ferais.

Les bras passèrent autour de la taille du plus jeune. Son buste contre celui de Minos, Rune se laissait faire telle une poupée de chiffon.

Je t'aime parce que tout l'univers a conspiré à me faire arriver jusqu'à toi… ça, je ne peux qu'être d'accord. Je t'aime Rune, dit-il en embrassant la tempe de l'homme contre lui. S'il-te-plait, tu dois te reprendre pour moi.

Soudain, Minos sentit une main se poser sur la sienne.

– Moi aussi, dit très doucement Rune, d'une voix à peine audible. Je… vous aime, Seigneur Minos.

– Rune, s'exclama Minos, ça va ?

– Oui, sourit péniblement le procureur. Encore un peu secoué mais ça va. A vrai dire, je suis content.

– Tu es content d'être apte juger les âmes, c'est ça ?

– Non, je suis content de m'être purifié. C'est comme si je renaissais. Je me sens plus digne de vous, mon Seigneur.

– Arrête de dire n'importe quoi ! Si tu n'étais pas si affaibli, je te chatouillerais impitoyablement pour ça. Personne n'a jamais été plus digne que toi d'être à mes côtés.

Ses lèvres ne cessaient d'embrasser le visage du Balrog.

– Je t'aime Rune. Bon retour parmi nous, dit Minos en serrant cette fois fortement son amour contre lui, remis de sa rédemption, blanchi à l'instar de sa longue chevelure immaculée.