Réponse au défi de noël : Thème des fêtes
Personnages : Rhadamanthe x Valentine
Univers : Canon The lost Canvas, se passe plusieurs années avant la guerre sainte, alors que les deux spectres n'ont pas encore été rappelés par Hadès.
Genre : Romance légère
Note de l'auteur : Petit rappel venant de The Lost Canvas. Avant de devenir des spectres, Valentine semblait vivre au même endroit que Rhadamanthe qui était un fils de bonne famille, et il semblait même déjà le servir et être dévoué à lui. Personnellement, j'aime bien cette idée qu'ils se connaissaient déjà avant de devenir des spectres. Cela renforce à mes yeux toute la dévotion (et l'amour) de Valentine pour Rhadamanthe.
Bonne lecture
Confession le soir de noël
– Jeune maître, je vous aime.
Edward Clifford, héritier d'une noble famille, regardait son valet attitré avec une neutralité qui lui correspondait bien.
– Qu'est-ce que tu racontes, Tomas ?
– J'ai conscience de l'impureté de mes mots. Par le Seigneur, je ne devrais même plus vous adresser la parole et vous regarder est au-dessus de mes forces. J'ai si peur de croiser votre regard austère, même si votre férocité me charme grandement... oh mais dis-je ? Veuillez me pardonner, jeune maître. Vous emballez mon cœur depuis bien trop longtemps et je ne pouvais plus garder ce secret pour moi. Mais je vous jure, loin de moi l'intention de vous mettre dans l'embarras. Je n'attends rien de vous, j'avais juste besoin de vous le dire. Par pitié, jeune maître, ne me faites pas renvoyer. Ma place est auprès de vous. J'ai terriblement besoin de vous. Je vous en supplie...
– Ça suffit, Tomas. Cesse donc ces lamentations. Elles sont indignes de mon valet.
Le jeune homme aux cheveux roses, Tomas Smith, dont la famille se trouvait au service des Clifford depuis des générations, s'inclina exagérément devant celui qu'il servait depuis ses huit ans et qui l'avait toujours fasciné. Quelle prestance, quel charisme, quel génie ! Edward était brillant, ingénieux, puissant. A dix-sept ans, il provoquait bien des montagnes d'admiration auprès de ces dames, mais l'héritier ne semblait nullement intéressé par une éventuelle liaison. Encore étudiant en droit, il se devait d'abord de terminer ses études afin de mieux reprendre le flambeau de sa famille. Et lui, Tomas, qui l'admirait et l'idolâtrait depuis son enfance, serait là, éternellement à ses côtés, le regardant évoluer dans la grande société, là où était la place de cet homme majestueux.
Parfait, il était tout simplement parfait.
– Pardonnez-moi, jeune maître. Je suis juste terrifié à l'idée de vous perdre.
– Ne sois pas ridicule, voyons.
Edward releva le visage rouge de son valet en le tenant par le menton. Tomas était bien plus petit que lui. Il tremblait d'appréhension, à la fois impressionné par l'homme en face de lui et excité par ce contact. Être touché par Edward Clifford, même du bout des doigts, mais quel honneur ! Tomas se sentait chauffer à l'endroit même où son maitre avait posé ses phalanges.
– Pourquoi me dis-tu cela ce soir, Tomas ? Qu'est-ce qui t'a décidé ?
– Je ne sais pas, jeune maître. C'est le soir de noël. L'ambiance dans le manoir était bonne. Même votre père riait de bon cœur, et vous avez les traits bien moins tirés que d'habitude. Chaque année, à l'approche des festivités, vous adoptez une démarche bien plus décontractée. Vous voir ainsi m'a donné du courage.
– Tu es vraiment observateur.
– Je suis avant tout votre dévoué serviteur. Il est de mon devoir de savoir déchiffrer chacune de vos expressions et pouvoir ainsi mieux répondre à vos besoins. Vous sembliez vraiment heureux ce soir, satisfait d'avoir donné du bonheur à votre mère en lui offrant cette eau de toilette. Par le Seigneur, j'ai cru défaillir en vous voyant sourire lorsque nous sommes sortis pour acheter ce présent. Vous aviez l'air d'un ange, comme ceux disposés autour de la crèche.
– Ne dis pas n'importe quoi, Tomas. Je n'ai rien d'un ange. Tu devrais savoir que je suis loin d'être tendre. A vrai dire, je ne comprends pas comment tu peux éprouver quelque chose pour moi.
– Je vous aime jeune maître, s'empressa de dire le valet. Je vous aime, je vous aime. J'aime votre physique avantageux bien sûr, mais j'aime aussi vos valeurs, votre volonté à toute épreuve. C'est un tel honneur pour moi de vous servir. Je ne rêve que de demeurer éternellement à côtés et vous voir briller.
– Tu me gênes, Tomas.
– Pardonnez-moi.
Depuis qu'il parlait, le valet baissait la tête, regardant sans cesse le sol.
– Lève la tête, Tomas.
Le valet s'exécuta.
– Qu'est-ce que tu déchiffres actuellement chez moi ?
– De l'incompréhension, de l'hésitation aussi, et encore cette petite allégresse qui accompagne noël.
– Je vois, c'est assez impressionnant.
– Un tel compliment venant de votre part, jeune maître, c'est vraiment noël. Pardonnez mon excitation, mais nous sommes là à parler normalement alors que je viens de me déclarer à vous, et en plus vous me faites des louanges. Je sens que je pourrais mourir de bonheur.
– Tu en fais trop, Tomas.
– Pardonnez-moi.
– Arrête de t'excuser.
L'héritier tourna les yeux vers la maison familiale d'où on y entendait encore des exclamations et des rires. Une large couronne de gui avait été déposée sur la porte d'entrée. Des figurines d'anges et d'animaux étaient postées derrières les fenêtres, et à l'intérieur, dans la pièce principale, trônait un grand sapin décoré, rendant l'atmosphère du vaste logis bien plus chaleureuse que le reste de l'année.
Habituellement, l'ambiance au manoir était stricte et rigide. Edward avait baigné dans ce milieu intransigeant depuis son enfance. Son père était autoritaire, perfectionniste, des traits qu'il avait indéniablement hérité. Il n'hésitait pas à blesser son fils lors des entrainements d'escrime. Quant à sa mère, elle n'en était pas moins intransigeante sur les bonnes manières et la façon de se tenir en société. Les apparences étaient hautement importantes dans le milieu, et la moindre erreur lui valait des coups, des privations de nourriture et autres corrections humiliantes et douloureuses que Tomas s'empressait de soigner avec efficacité.
Fort heureusement, Edward était un héritier brillant qui tenait à faire honneur à sa famille. Il n'avait eu que peu d'occasion de se faire martyriser par ses géniteurs.
– J'avoue, aussi étonnant que cela puisse paraitre, j'aime noël. Tout est tellement plus serein. Cette tranquillité me ressource le corps et l'esprit, dit Edward, le regard dirigé vers le manoir. Tomas, si tu m'avais fait ta déclaration ailleurs dans l'année, sans doute que je ne serais pas aussi calme, à réfléchir quoi faire pour te faire le moins de mal.
Tomas avait envie de pleurer. Ainsi, son jeune maître repoussait ses avances. Bien sûr, il s'en doutait, mais il n'avait pu s'empêcher d'espérer, ne serait-ce qu'un peu.
Ça y est, les larmes coulaient.
– Ne pleure pas, Tomas.
– Pardon, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je vous aime tellement, jeune maître. Pitié, ne me renvoyez pas.
– Ne dis pas de bêtises. Il n'existe personne de plus compétent que toi pour me servir. Relève la tête, Tomas Smith. Mon valet ne s'apitoie pas de la sorte. Il lève la tête et les yeux pour me regarder, me cerner, et ainsi mieux me servir. Fais-le, Tomas.
Le jeune homme à la chevelure rose s'exécuta. Les ordres de son jeune maître étaient absolus. Jamais il ne les remettrait en cause. Jamais il ne s'opposerait à lui, encore moins lorsqu'Edward se pencha sur lui pour l'embrasser.
Tomas écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas à cela. Pourtant, c'était bien les lèvres de son jeune maître sur les siennes. Elles étaient rêches, insistantes, un peu rudes comme cet homme qu'il idolâtrait, exactement comme il les imaginait.
L'euphorie submergea Tomas, le noyant complètement dans une mer de délice. Ces frissons dans son dos, cette torsion dans son ventre, cette excitation entre ses jambes, cette impression de bien-être, de bonheur ultime, de rêve accompli. Pas de doute, il aimait Edward Clifford. Ses sentiments n'étaient pas factices, falsifiés par l'admiration et le respect. Il l'aimait, il l'aimait au-delà de toute chose en ce monde. Et cet homme-là l'embrassait doucement.
C'était vraiment un miracle de noël.
Tomas apprécia le contact. Une de ses mains pinça sa cuisse. Il eut mal et grimaça. Ce n'était donc pas un rêve. Son jeune maître était bel et bien en train de l'embrasser, et même de passer ses doigts rugueux parsemés de cors dans ses cheveux. Le toucher était divin, à l'instar de cet homme. Tomas avait toujours vu son maître entouré d'une aura particulière, comme s'il était promis à un destin exceptionnel. Quel homme fabuleux !
Plus confiant, le valet répondit enfin à l'embrassade. Il bougea ses lèvres au même rythme que celles de son partenaire et passa ses bras autour de son cou. Plus rien ne l'arrêtait. Son vœu le plus cher venait de s'exaucer en cette nuit de noël.
– Encore jeune maître, je vous en supplie, souffla Tomas entre deux baisers. J'en ai tellement rêvé. Je vous aime tellement.
– Tu es bien demandeur, Tomas.
– Est-ce que cela vous déplait ? Dîtes-moi et je m'arrête immédiatement.
– Non, je dirais même que c'est assez plaisant.
Pas de sourire en disant cela, mais un nouveau baiser qui donna toujours la même ivresse à Tomas. Il n'en demandait pas plus, c'était plus que suffisant. Ses bras se resserrèrent autour du plus âgé. Quelques soupirs accompagnèrent ce nouvel échange. Existait-il meilleure satisfaction que d'être embrassé par cet homme merveilleux ? Il pouvait se passer n'importe quoi maintenant, Tomas se sentait heureux et accompli.
– Jeune maître, chuchota le valet lorsqu'ils se séparèrent.
– Tomas…
La foudre sembla soudainement tomber sur eux.
En une fraction de seconde, l'atmosphère douce et suave avaient changé. L'allégresse des cœurs aussi.
Fini la douce chaleur induite par noël. Fini la lumière dans leur vie. Une aura sombre et lugubre entourait dorénavant les deux hommes.
Tomas se recula de plusieurs pas avant de s'agenouiller devant son jeune maître.
– Seigneur Rhadamanthe, dit-il tout bas.
Les traits d'Edward Clifford s'étaient encore raidis. Le noble et âpre héritier n'était rien à côté du féroce juge des Enfers.
Edward, ou plutôt Rhadamanthe, détourna les yeux vers le manoir d'où on y entendait encore des rires et de la bonne humeur.
– Tu sais ce que nous devons faire, Valentine, dit le blond.
– Oui, mon Seigneur.
– Dépêchons-nous. Je m'impatiente de retourner auprès de notre Seigneur et notre cheffe.
Leur baiser était derrière eux, dernier souvenir de leur vie humaine. Et pourtant, Tomas, ou plutôt Valentine, ressentait toujours ce sentiment infaillible envers son maître.
Son amour pour lui n'était pas une faiblesse de son cœur humain. Il était réel et non pas factice. Jusqu'au bout de sa vie humaine ou spectrale, il aimerait profondément cet homme majestueux, et il ferait tout pour l'élever, car la place de Rhadamanthe se trouvait aux sommets.
– La fête est terminée, dit Rhadamanthe en concentrant son pouvoir dans sa main avant de le jeter vers le manoir, le détruisant entièrement sur le coup. Voici mon ultime présent.
– Et joyeux noël, poursuivit Valentine, nullement ému par l'effondrement du lieu où il avait grandi, où sa famille et celle de son maître qu'il respectait venaient de périr.
Pour lui, il n'y avait que son maître qui comptait. Lui et lui seul.
Les autres pouvaient bien mourir.
