Hello ! (oui, je suis en train d'écouter le Mawaru Chikyû Rondo d'Angleterre)
Merci tout d'abord d'avoir si bien reçu mon OS Silence, ça m'a fait très plaisir ! Et merci aussi d'avoir répondu à l'appel du Sherlock Holmes d'Oslo ! J'espère ne pas vous décevoir par la suite.
En attendant, voici le deuxième chapitre de cette première affaire : c'est à partir de là, que TADAM, nous rentrons véritablement dans l'histoire !
Prénoms cités dans ce chapitre (eh oui, les personnages mentionnés, même si vous les reconnaissez, s'ils n'ont pas été désigné par un nom, je ne les mettrai pas dans cette liste):
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Norvège : Lukas Bondevik
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 1 : L'écharpe
Mathias balança plus qu'il ne posa sur le lit sa valise et soupira un grand coup. Maison de fou, pensait-il. Il s'affala sur le lit qui était désormais le sien et repensa à son voyage un instant. Avec tous ces kilomètres, toute cette eau, tout ce temps à faire exprès de se perdre dans la capitale norvégienne, il espérait au moins que ça en valait la chandelle. Il se releva et extirpa d'une poche de sa longue veste un papier froissé et plier au moins une bonne vingtaine de fois, si ce n'est plus. Il le déplia une énième fois et contempla les dernières traces du crayon à papier qui peinait à rester visible. Ces coordonnées devaient disparaître.
L'air soudain grave, Mathias s'assit sur la chaise de bureau, bien écartée de la fenêtre dans un coin obscur de la pièce, assombri par la pente du toit. Sa chambre n'était pas sous les combles, au-dessus se trouvait le grenier, mais dans ce coin-là de la pièce le plafond avait suivi la pente du toit. Et Mathias en était très heureux. Il allait pouvoir définitivement tirer un trait sur son ancienne vie. Il attrapa son briquet dans l'autre poche de sa veste qu'il n'avait toujours pas ôté. Il contempla une énième fois, le regard animé d'une étincelle nostalgique, ce papier froissé et presque troué. Puis, il ôta la sécurité du briquet et alluma une flamme. Avide, elle était déjà prête à avaler la feuille mais dut au départ se contenter de la lécher. Mathias hésitait. Mais cela ne dura qu'un instant. La flamme se jeta aussitôt sur le papier alors qu'elle l'effleurait à peine et le dévora avec une telle vivacité qu'en quelques secondes, il n'y avait plus qu'entre les doigts de Mathias un peu de cendre.
oOoOoOo
Lukas était toujours étendu dans son fauteuil et caressait son violon, feignant l'indifférence. Emil était remonté et s'était adossé à la fenêtre en face de son frère. Il l'avait longuement observé quand Lukas n'avait eu besoin que d'un instant. Il avait lu dans les yeux de son cadet son interrogation et il n'avait répondu que d'une moue dérangée, s'enfonçant un peu plus dans son fauteuil. Au diable les explications il n'avait pas à en fournir à son petit frère.
Puis, Lukas avait soupiré et s'était pris l'arête du nez entre deux doigts. Il grimaça un instant aux bruits de pas. Quand Mathias pénétra dans la pièce cependant, Lukas arborait une mine flegmatique insondable. Emil baissa les yeux, ne comprenant visiblement toujours pas pourquoi il y avait un étranger chez eux.
- Bon ! Alors, alors, déclara haut et fort Mathias pour meubler le silence
Il se frotta les mains et s'assit sur la première chaise venue. Celle du client. Celle du grand homme. Sur le dossier de celle-ci reposait une écharpe bleu et jaune. Mathias s'en empara en s'installant.
- C'est à l'un de vous ?
Lukas siffla entre ses dents, exaspéré. Emil garda le silence et se contenta d'un coup d'œil envers son frère. La tête de ce dernier dodelina, mécontente de devoir agir visiblement. Puis, il délaissa son violon, fit claquer sa langue et se leva. Les mains dans les poches, il alla se poser près de la seconde fenêtre.
- Il faut être vraiment stupide pour le croire. Les seuls éléments jaunes de cette maison : la tapisserie des toilettes, délavée, ocre, à changer, ton dessus de lit, pour les étrangers, donc pas de notre goût, les carreaux du plaid, offert par une tante éloignée qui voulait bien faire, un bouquet de tulipe jaune qui dépérit sur la table derrière la porte, les avances d'une jeune femme à Emil. La pauvre, elle n'a aucune chance.
Les paupières de Mathias papillonnèrent. Il ne comprenait pas cette homme ni où il voulait en venir. Il jeta un coup d'œil à la petite table recluse dans l'ombre de la porte. Les tulipes, jaunes peut-être à la base, affichait une triste mine et baissait la tête comme si la guillotine eut été un sort préférable à cette état de décrépitude.
- Pourquoi ? bredouilla Mathias
- Parce qu'il est gay. C'est évident.
- Non, je veux dire… pourquoi vous ne me dites pas simplement à qui c'est au lieu de vous pavaner dans vos élucubrations auxquels on comprend rien de toute façon ?
Emil se racla la gorge. Peut-être avait-il envie de rire face à cette remarque acerbe, seul pique qu'on n'avait pas envoyé depuis longtemps sur Lukas Bondevik. LE Lukas Bondevik. Ou peut-être voulait-il prévenir Mathias du danger. Du danger que représentait son frère, piqué dans son orgueil. Ou bien encore les deux, tout simplement.
Quoiqu'il en soit, Lukas se retourna lentement vers Mathias et ses yeux bleus, limités à ce moment-là à de petites fentes abyssales, le toisèrent clairement. Mathias, s'il déglutit à la première seconde, se reprit bien vite. Il avait connu tellement pire au fond. Il haussa les épaules et clama son innocence en levant les mains au ciel.
Lukas fit un pas vers lui. Emil eut un sourire : enfin une réaction de son frère. Finalement, il n'allait peut-être pas abattre ce « on » qui avait ramené cet inconnu. Enfin un peu d'action dans cette maison. Le détective était maintenant à quelques centimètres du visage de Mathias dont il prit le temps de détailler chaque contour, chaque pore, chaque repli avant de brusquement arracher des mains l'écharpe.
- C'est au client, évidemment. Veste bleu marine à liseré doré, chemise jaune, cravate bleu, lunette à monture bleu, yeux bleus, cheveux blonds, ceinture à boucle doré sur pantalon de toile bleue. Bleu, jaune, bleu, jaune… ai-je besoin de préciser ?
- Hum… non, merci, ça ira.
Le sourire de Mathias était ironique. Lukas attrapa la cravate de cet incongru et le serra au plus fort, assez pour que Mathias manque soudain d'air et batte l'air de ses bras paniqués. Puis, Lukas le délaissa pour s'en retourner à la fenêtre. Il décala légèrement le rideau et observa la rue. Paisible. Quartier résidentiel. 15H30, en semaine. Tout le monde au travail. Rien d'intéressant.
Mathias se racla la gorge et après avoir vérifié l'état de sa voix déclara :
- Je vais aller leur rendre puisque je vois que vous en mourez d'envie. Auriez-vous au moins l'amabilité de m'indiquer leur adresse ?
Lukas ouvrit la bouche sans détourner le regard de la fenêtre.
- Juste l'adresse me suffira.
- … 5 Edvard Munchs vei…
Mathias salua d'un bref signe de tête les deux frères et s'en alla en glissant l'écharpe dans sa poche de veste. Et dire qu'il n'avait même pas eu le temps de l'ôter juste cinq minutes pour se poser.
Chacun à une fenêtre, Lukas et Emil observait ce nouvel individu comme un rat de laboratoire. Avec un léger sourire au coin de lèvre, l'un comme l'autre le jugèrent tandis qu'il extirpait une cigarette et l'allumait. Puis, le sujet de l'expérience fourra l'écharpe bleu et jaune dans sa poche avant de relever le col de son manteau et de s'engager dans la rue.
oOoOoOo
Lorsque Mathias eut enfin trouvé la bonne ligne de bus et le bon arrêt, c'est-à-dire après avoir gâché deux bonnes heures de sa vie car l'adresse était bien évidemment tout à l'opposé de sa nouvelle résidence et, à dire vrai, même en dehors d'Oslo, le jeune homme arriva enfin devant une zone pavillonnaire aisée. Lorsqu'il eut repéré le numéro 5, il grimpa les marches et sonna. Pas de réponse.
Mathias appuya sur la sonnette de nouveau. Il sortit une nouvelle cigarette et l'alluma pour patienter. Mais toujours pas de réponse. A peine entamée, il lâcha sa clope et l'écrasa d'un coup de pied vigoureux. Il n'aurait pas dû jouer les âmes charitables. Il marmonna quelques mots dans sa langue natale et frappa cette fois à la porte. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre adjacente. Il perçut une ombre tourner au coin du couloir. Il y avait donc quelqu'un.
Pourquoi ne le laissait-on pas entrer ? Pourquoi des parents désespérés de retrouver leur gosse n'ouvraient-ils pas à la moindre alerte ? Et pire ! Pourquoi fuyait-on ? Convaincu que quelque chose d'anormal se tramait dans cette maison, Mathias roula des épaules et s'échauffa. Enfin, il allait pouvoir reprendre ses petites habitudes. D'accord, il s'était promis en venant à Oslo qu'il ne recommencerait plus, qu'il changerait définitivement de vie, mais bon… Il enfonça la porte d'un coup d'épaule.
Tout était parfaitement silencieux dans la petite maison. Le couloir de l'entrée était étroit. Sur la droite la cuisine, vide, propre. En face, le séjour. Mathias s'avança et entra précautionneusement. Mais rien. Rien qu'un séjour ordinaire. A gauche, le coin salle à manger. Nickel. A droite, derrière le canapé, le couloir. Mathias s'y engouffra. Il dépassa la salle de bain, un petit bureau, une chambre d'enfant. La porte du fond l'appelait. La seule porte fermée. Mathias posa doucement sa main sur la poignée et déglutit. Il avait le pressentiment de plus en plus vif qu'il était en train de se fourrer dans un pétrin pas croyable. Et dire qu'il avait juste posé ses affaires…
Il ouvrit. Sur le lit, les deux clients, assis, les mains en l'air. Le plus petit grimaçait tandis que le plus grand baissait les yeux, impassible. Autour d'eux, trois hommes dont deux armées pointant leur fusil à pompe sur les deux hommes. Le troisième portait une paire de lunettes de soleil sans aucune utilité. Juste pour la classe. Il se roulait une cigarette. Tout le monde dévisageait Mathias sauf cet individu.
- Une cigarette ? demanda-t-il posément alors que ses hommes pointaient désormais leurs armes sur le nouvel arrivant
Mathias leva les mains en l'air et n'eut qu'une seule pensée : « et merde. »
Affaire à suivre…
Ah, ah, que pensez-vous qu'il va se passer ? 8)
