Comme promis, voici le premier chapitre d'Ascendant. On se retrouve en bas !


CHAPITRE 1

Les essuie-glaces couraient le long du pare-brise, effaçant les gouttes de pluie avant que ces dernières ne soient rapidement remplacées par d'autres. Un soupir s'échappa de ma bouche tandis qu'une voiture me doubla par la gauche, son conducteur sans doute exaspéré par ma lenteur. Si ma camionnette, récemment acquise comme cadeau de bienvenue de la part de Charlie, avait l'air d'un tank, je ne voyais pas l'utilité de prendre des risques en roulant vite sur une route détrempée.

Forks, état de Washington. L'endroit le plus humide des États-Unis, où le soleil ne brillait que cinquante jours dans l'année. J'étais venue rejoindre mon père, Charlie, après avoir vécu à Phoenix aux côtés de ma mère et de son nouveau mari, Phil. Ce dernier, joueur de baseball professionnel, courrait le pays avec son équipe à chaque saison. Ma mère, nouvellement mariée, avait essayé de rester à la maison avec moi, sans doute dans le but de ne pas me faire sentir abandonnée, mais je voyais combien elle était malheureuse à chacun de ses départs. C'est donc dans l'idée de pouvoir la laisser partir avec Phil que je m'étais résignée à vivre avec Charlie. Et me voilà en route vers ma première journée de cours, au lycée de Forks.

Trouver le lycée fût un jeu d'enfant. Situé le long de la quatre voies, il était composé de cinq bâtiments en briques rouges, entourés de verdure. Jetant un coup d'œil vers l'horloge de mon pick-up, je me rendis compte que je disposais encore de vingt minutes avant le début des cours. Ce n'était plus de temps qu'il me fallait pour récupérer mon emploi du temps au secrétariat. Toutefois, ne souhaitant pas arriver en retard et me faire remarquer d'entrée de jeu, je me décidais à sortir de ma camionnette. Tout en rabattant la capuche de mon coupe-vent sur la tête, je me dirigeais vers le premier bâtiment, où une pancarte blanche indiquait qu'il s'agissait du secrétariat. La chaleur m'enveloppa dès que je passais le seuil, et une femme d'âge moyen leva la tête en entendant la porte se refermer derrière moi.

« Bonjour, jeune fille. »

« Bonjour. Je suis Isabella Swan et… »

« Ah oui, la fille du shérif ! »

Elle se leva brusquement, faisant rebondir ses cheveux grisonnants sur ses épaules, et ouvrit l'armoire derrière elle pour en sortir un gros classeur vert. Le feuilletant un moment, elle finit par sourire triomphalement en me tendant plusieurs documents.

« Voici ton emploi du temps et ta fiche de présence à faire signer par tous tes professeurs. Tu me la rapporteras à la fin de la journée. »

Hochant la tête, je remarquais que mon premier cours était celui d'anglais. Enfin quelque chose d'agréable depuis mon arrivée. Saluant la secrétaire, je me dirigeais vers le bâtiment indiqué sur mon emploi du temps, passant devant le parking qui s'était bien rempli depuis mon arrivée. Je baissais la tête, espérant passer discrètement devant le groupe d'élèves qui arrivait sur ma droite. Malheureusement, un des garçons croisa mon regard au moment où je passais devant eux, me souriant grandement.

« Tu es Isabella Swan, c'est ça ? »

Grand et mince, il arborait de petites lunettes rectangulaires noires qui lui glissaient le long de son nez fin. Ses yeux en amande exprimaient une grande curiosité.

« Juste Bella » soupirai-je.

La journée allait être longue.

« Moi c'est Éric. Quel est ton premier cours ? »

« Anglais. »

Voyant que leur ami s'était arrêté pour me parler, le groupe convergea vers nous, à mon plus grand désarroi. Éric se tourna vers eux et se chargea de me présenter, me permettant d'échapper à la gênante présentation traditionnelle.

« Les gars, voici Bella Swan. »

« Bienvenue à Forks Bella ! »

Le garçon qui venait de parler me souriait grandement, accentuant ses joues roses de poupon. Ses cheveux blonds lui collaient au front, résultat de son manque de capuche, mais cela ne l'empêchait pas de paraître à l'aise. Arriverais-je un jour à m'intégrer parmi ces personnes qui n'étaient pas gênées par la pluie ?

Alors que je lançais un timide sourire au groupe, chacun se présenta. J'appris ainsi que le blond s'appelait Mike et qu'il partageait ma classe d'anglais. Angela, une grande fille brune me salua doucement, tandis que la fille plus menue me sauta quasiment dans les bras.

« Je suis Jessica ! Nous partageons le même cours d'anglais. »

Le flot d'élèves qui ne cessait d'arriver du parking ne força à nous rendre en classe. Je suivis donc docilement Mike et Jessica, tout en remarquant que cette dernière portait un grand intérêt à notre compagnon. Une fois arrivés à destination, j'allais me présenter au professeur tandis que mes camarades allaient s'assoir à leurs tables respectives. Une fois installée à une table vide, je m'empressais de lire la bibliographie que le prof m'avait donnée : Brontë, Shakespeare… Rien que je n'avais pas déjà lu. Me tournant vers la fenêtre, je remarquais que des trombes d'eau continuaient à se déverser. Afin d'oublier le bruit incessant de la pluie sur les fenêtres, je m'efforçais de me concentrer sur le monologue du prof. Je ne voyais pas le temps passer jusqu'à ce que la sonnerie retentisse. Il s'avérait que Jessica partageait quasiment tous mes cours, ce qui me permit de garder le plan fourni par la secrétaire au fond de mon sac. Je n'en étais que plus heureuse.

La matinée se déroula ainsi, les cours se succédant, Jessica m'accompagnant en essayant d'en savoir le plus possible à mon sujet. J'accueillis la pause de midi avec joie, y voyant l'occasion de me séparer de Jessica et de son monologue interminable au sujet de sa probable future histoire d'amour avec Mike. Le message qu'elle essayait de me faire passer était subliminal : interdiction de toucher à Mike, il était à elle. Grand bien lui fasse.

Traverser la cantine ne fût pas aussi désastreux que ce à quoi je m'étais attendu. Mike et Angela étaient déjà attablés près de l'entrée, me faisant signe de les rejoindre, ce qui m'évita la longue recherche d'une place pour manger. Je posais mon plateau-repas à côté d'Angela, ne voulant pas m'attirer les foudres de Jessica en m'asseyant à côté de son bien-aimé. Cette dernière fût enchantée de constater que la place à côté de Mike était libre, et s'empressa de s'y installer. Éric ne mit pas longtemps à nous rejoindre, son plateau étant tellement rempli que je me demandais comment il avait fait pour en placer autant dessus.

Alors que les discussions allaient bon train, les garçons parlant avec entrain du nouveau jeu-vidéo, un courant d'air agita légèrement mes cheveux lorsque la porte d'entrée de la cafétéria s'ouvrit pour laisser entrer cinq personnes. D'une pâleur maladive, ils semblaient être faits de marbre. Dans un mouvement plein de grâce, les deux filles se dirigèrent vers la seule table encore disponible, tandis que les trois garçons allaient faire la queue pour prendre un plateau-repas. Me tournant vers la table, j'entrepris de détailler les deux filles. L'une était magnifique, ses cheveux dorés ondulant doucement jusqu'au milieu de son dos, accompagnant parfaitement sa silhouette de mannequin. L'autre, plus petite, avait l'allure d'un lutin, ses cheveux bruns lui arrivant au menton. Alors que j'allais interroger ma voisine de table sur leur identité, la brune leva les yeux vers moi et me sourit. Contrairement aux regards curieux que j'avais dû supporter toute la matinée, le sien n'exprimait qu'une grande bienveillance, étonnante de la part d'une inconnue.

Baissant le regard, je remarquais néanmoins que les trois garçons rejoignirent la table que leurs amies avaient choisie. Tous trois étaient grands, même si le brun se démarquait de par sa musculature plus qu'imposante. Il semblait ridicule lorsqu'il s'assit aux côtés de la plantureuse blonde sur la chaise de cantine, cette dernière paraissant bien trop fragile pour supporter cette montagne de muscles. Le deuxième garçon arborait des cheveux blonds, qui lui arrivaient jusqu'aux épaules. Ce détail m'étonna. En effet, si je ne suivais pas assidûment la mode, je savais néanmoins que la tendance actuelle n'était pas aux cheveux longs. Fronçant les sourcils, je passais au dernier garçon, dont la chevelure prenait des reflets roux sous l'éclairage des néons. Plus mince que ces deux compagnons, il n'avait toutefois rien à leur envier physiquement.

Tandis que je continuais mon observation, Angela se pencha vers moi légèrement.

« Ce sont les Cullen et les Hale » me souffla-t-elle. « Ils ont tous été adoptés par le docteur Cullen et sa femme. »

Au moment où elle prononça leurs noms de famille, le garçon roux leva vivement les yeux vers moi. Coupable, je m'empressais de tourner le regard vers Angela, qui me souriait gentiment.

« C'est très généreux de la part du docteur Cullen d'avoir adopté autant de gamins » marmonnai-je, gênée d'avoir être surprise.

« Oui. Apparemment… »

« La femme du docteur ne peut pas avoir d'enfants » interrompit Jessica.

« Jessica ! »

Angela ne semblait pas ravie que celle-ci nous ait interrompues. Ou alors elle ne supportait pas le ton de Jessica, qui sous-entendait fortement que le fait de ne pas pouvoir enfanter était une tare. Jessica hausse les épaules et retourna à sa contemplation de Mike avec des yeux de merlan-fris.

J'essayais de me concentrer sur mon repas, mais les révélations d'Angela tournaient en boucle dans ma tête. Jetant un nouveau coup d'œil à cette famille, je remarquais que le roux avait détourné le regard. Reprenant ma contemplation, je remarquais que leurs plateaux-repas étaient encore intacts, leurs doigts ne faisant que jouer avec la mie du pain.

« Les bruns sont les Cullen et les blonds les Hale » m'apprit Angela.

« Pourquoi ont-ils un nom différent ? »

« Rosalie et Jasper Hale sont jumeaux. »

Jessica remarqua que je continuais d'observer le groupe et s'écarta de Mike pour se rapprocher de nous.

« Ne perds pas ton temps Bella, Emmett et Rosalie sont en couple, Jasper et Alice aussi. Le seul qui est célibataire est Edward, mais apparemment personne à Forks n'est assez bien pour lui. »

« Je… Je ne… »

« Edward est beau à tomber, je te l'accorde. Mais honnêtement, personne n'est vraiment à son niveau ici. »

Je laissais couler. Apparemment, il ne servait à rien d'essayer de lui expliquer que je ne voulais pas sortir avec Edward. Angela pouffa tandis que Jessica continuait son monologue au sujet des Cullen, arguant qu'Edward devait tout de même être un très bon parti et qu'il était dommage que personne ne puisse en profiter. Sa façon de cataloguer les différentes personnes me gênait et je remerciais le ciel qu'Edward ne puisse pas nous entendre. La sonnerie interrompit Jessica et, à notre plus grand soulagement à Angela et moi, elle ne partageait pas le cours de sciences naturelles que nous avions en commun. Aussi, nous nous dirigeâmes à deux vers le laboratoire, sans avoir à supporter ses longs discours sur la gente masculine.

La salle de sciences nat était déjà bien remplie quand nous arrivâmes. Angela fila s'assoir près de son partenaire de labo tandis que j'allais me présenter au professeur. Ce dernier, un petit homme dégarni, m'accueillit chaleureusement tout en me tendant un manuel.

« Vous pouvez aller vous assoir à côté d'Edward Cullen. »

Mon cœur fit un bon en entendant ce nom et le rouge me monta aux joues lorsque je reconnus le garçon roux qui m'avait surprise à l'observer à la cantine. Gardant les yeux fixés sur mes pieds, je me dirigeais lentement vers la place qui m'avait été attitrée. Posant le manuel sur la paillasse, je jetai un coup d'œil furtif en direction de mon nouveau voisin. Une boule se forma dans ma gorge tandis que je notais ses yeux d'ébène fixés sur moi. Inspirant profondément, j'ouvrais mon manuel à la page indiquée par le prof tout en essayant d'occulter le fait que mon voisin me regardait fixement, son regard emplit de haine. Durant l'heure, je fis de mon mieux pour me concentrer sur le cours et oublier mon côté gauche qui brûlait sous le regard persistant d'Edward.

Lorsque la sonnerie retentit, Edward rebondit tel un ressort et sortit de la classe avant même que quelqu'un n'ait eu le temps de remuer le petit doigt. Sous le choc, je pris mon temps pour ramasser mes affaires. Je rejoignis Angela qui m'attendait à la porte, morose.

« Tout va bien ? » me demanda-t-elle.

Distraitement, je hochais la tête. Je n'avais aucune envie de m'attarder sur le comportement pour le moins étrange d'Edward. Une telle haine n'était pas normale. Qu'avais-je fait de plus que l'observer à la cantine ? Je n'avais rien dit de mal à son égard, ni à l'encontre de sa famille. Si tout le monde devait se vexer lorsqu'il est observé, j'aurais dû passer la journée renfrognée !

« Bella ? Tu m'écoutes ? »

Une secousse me fit reprendre pieds avec la réalité. Les yeux d'Angela semblaient inquiets. Aussi, je me dépêchais de lui répondre.

« Désolée… Tu disais ? »

« Quel cours as-tu maintenant ? »

« Euh… »

Je sortis rapidement mon emploi du temps de la poche de mon coupe-vent.

« Sport » lui soufflai-je, dépitée.

Angela m'adressa un sourire encourageant avant de me dire que Mike avait également sport à cette heure-là. Elle m'indiqua rapidement où se situait le gymnase, m'évitant ainsi de devoir sortir mon plan, puis se dirigea vers son prochain cours. Soupirant, je marchais en direction du gymnase, bâtiment le plus éloigné du parking. Une fois arrivée aux vestiaires, je m'empressais de revêtir débardeur et jogging, avant d'enfiler une paire de baskets propres. Regroupant mes cheveux en une queue de cheval haute, je suivis un groupe de filles qui sortait des vestiaires.

Le professeur était un homme d'âge moyen rondouillard, qui n'avait pas du tout l'aspect d'un sportif. Il nous demanda de courir dix fois autour du terrain avant de nous montrer sur un tableau les différents positionnements possibles pour jouer au basket. Mike se glissa vers moi tout en me souriant.

« Veux-tu que je te ramène chez toi après les cours ? »

« J'ai ma voiture, Mike. Mais merci d'avoir proposé. »

« Ah… »

Une vague de déception gagne ses yeux, me faisant presque regretter mes paroles. Toutefois, l'image d'une Jessica jalouse s'imposa dans mon esprit et conforta mon refus. Néanmoins, Mike sembla décider que je n'étais pas si méchante que ça et me proposa de faire partie de son équipe, malgré mes avertissements sur mon pathétique niveau en sport. Malgré cet élan chevaleresque, l'heure me parut interminable et je ne pus cacher ma joie en regagnant les vestiaires. Me changeant rapidement, je me ruais vers le secrétariat afin de remettre ma feuille de présence et pouvoir quitter cet endroit le plus rapidement possible. A ma plus grande surprise, la pluie avait cessé. Je pus donc me diriger vers le secrétariat sans craindre de finir avec les cheveux trempés malgré mon coupe-vent.

Poussant la porte du secrétariat d'une épaule, je m'escrimais à sortir la feuille de présence dûment signée par tous les professeurs de mon sac, mais ne pus m'empêcher de pousser une exclamation en découvrant Edward dans le bureau. Celui-ci parlait vivement avec la secrétaire, essayant apparemment de changer son cours de sciences.

« Je suis désolée Edward, mais tu vas devoir rester dans ce cours jusqu'à la fin de l'année. »

La porte d'entrée claqua derrière moi, m'attirant le regard noir d'Edward. Il carra fortement sa mâchoire, marmonnant des paroles inintelligibles, et sortit en coup de vent sans se donner la peine de remercier la secrétaire. Cette dernière, choquée par un tel comportement, mit quelques instants avant de saisir la feuille que je lui tendais. Glissant mon sac sur mon épaule, je lui souhaitais de passer une bonne soirée et me dirigeais vers la sortie, suivant les pas de mon voisin de biologie. Je pressais le pas en direction de ma camionnette, avant de me stopper net en voyant qu'Edward était adossé à la carrosserie de cette dernière. Ses lèvres parfaitement rosées dessinèrent un sourire tordu, qui me retourna l'estomac. Que me voulait-il ?

« Bonsoir, Bella. »

Je ne pus lui répondre, trop abasourdie par le fait qu'il m'adressait la parole.

« Je suis désolé pour mon comportement de cet après-midi. »

Ses yeux noirs me firent frissonner. Toutefois, je n'éprouvais pas la moindre peur, sentant une chaleur naître dans mon ventre pour se répandre à travers mon corps.

« Voudrais-tu venir avec moi, que je puisse t'expliquer ? »

« Pou… » Ma voix était aussi faible qu'un chuchotis. Je me raclai la gorge, espérant ainsi retrouver une voix à peu près normale.

« As-tu réellement besoin de justifier ton comportement ? »

« En réalité, oui. »

Je ne comprenais pas pourquoi il ressentait le besoin de s'excuser. Surtout, je ne comprenais pas comment il pouvait changer de comportement aussi vite. La haine qu'il avait affichée au secrétariat, à peine cinq minutes avant, semblait avoir été remplacée par un comportement des plus polis.

Alors que je me dandinais légèrement d'une jambe sur l'autre, hésitant à le suivre, il plongea une fois de plus son regard dans le mien, faisant tressauter mon cœur. J'eus subitement l'impression d'être enveloppée dans une vague chaleureuse, ses yeux faisant voyager mon esprit à des kilomètres de là où nous nous trouvions. Il m'éblouissait, littéralement.

« Suis-moi. »

Docile, et sans vraiment y réfléchir, j'entrepris de le suivre dans les bois qui entouraient le lycée. J'essayais de ne pas tomber en regardant attentivement où je posais mes pieds, sans toutefois prêter attention à la destination vers laquelle Edward nous conduisait. Après plusieurs minutes de marche, le soleil commençait à décliner et l'humidité permanente de Forks me sembla encore plus lourde. La forêt parut soudainement très obscure et je ne vis pas la racine avant de me prendre les pieds dedans. Je tendis les mains devant moi pour amortir la chute et fus récompensée par de belles égratignures sur la paume de mes mains. Un grognement sourd se fit entendre, me statufiant.

« Qu'est-ce que… c'était ? »

L'absence de réponse d'Edward ne me rassura guère. Je me relevais doucement, essuyant mes mains abîmées sur mon jean, avant de regarder mon partenaire de biologie. Ce dernier me dévisageait d'une manière étrange, ses yeux paraissant encore plus sombres dans l'obscurité qui nous entourait.

« Edward… Retournons au lycée, je t'en prie ! »

Ses lèvres formaient un rictus moqueur, tandis qu'un autre grondement s'échappa de sa bouche. Mon corps entier de figea, à l'exception de mon cœur qui s'affola dans ma poitrine. Ce bruit n'était pas humain, semblant provenir du plus profond d'Edward, pour ensuite rouler dans sa gorge. Celui-ci fit un pas vers moi, ses yeux se plissant au fur et à mesure de sa progression. Il ne semblait pas le moins du monde gêné par les racines qui jonchaient le sol, pas plus que par l'obscurité qui m'aveuglait. Alarmée, je reculais d'un pas mais finis sur les fesses, en proie à ma maladresse habituelle. Un nouveau grondement me fit paniquer. Je levais les yeux vers Edward, qui s'était accroupi face à moi, ses lèvres retroussées dévoilant de parfaites dents blanches, alors qu'un énième grondement atteignit mes oreilles.

« S'il-te-plait Edward, laisse-moi partir… » suppliai-je.

Mon cœur se serra en voyant son regard noir devenir un peu plus fou encore. J'étais désormais sûre de trois choses. Edward n'était pas humain, Edward n'allait pas me laisser m'échapper et il allait très certainement me tuer.

Fermant les yeux pour essayer de réfréner la panique qui montait en moi, je sentis Edward se rapprocher de moi, inspirant profondément. Il souleva de ses doigts une mèche de mes cheveux, avant d'empoigner ces derniers pour dégager mon cou. Mordant ma lèvre supérieure, essayant de retenir les sanglots qui voulaient jaillir du fond de ma gorge, je priais pour qu'Edward me tue rapidement. Car c'est ce qu'il allait faire, non ? J'étais certaine de mourir dans cette forêt humide de Forks, et ce avant d'avoir pu rire une dernière fois des manies de ma mère, avant d'avoir pu regarder un nouveau match de baseball avec Charlie tout en mangeant une pizza.

Alors que j'attendais le coup fatal, des pas précipités me parvinrent. Edward dut également les entendre, puisqu'il se figea avant de grogner plus férocement encore.

« Putain » jura-t-il en se retournant.

« Edward ! Ne fais pas ça. »

Surprise par la voix fluette qui me parvint, j'ouvris les yeux. Devant moi, se tenait Alice, bientôt rejointe par Jasper. Tous deux regardaient Edward avec une grande méfiance.

« Laisse-la partir, Edward. » Celui-ci feula, se tenant entre moi et les nouveaux arrivants.

« Elle est à moi » grogna-t-il.

« Edward. »

Du coin de l'œil, je vis un grand homme blond s'approcher de nous. Il semblait plus posé que tous les autres, plus calme. Son ton paternaliste m'amena à penser qu'il s'agissait de Carlisle Cullen.

« Edward » répéta-t-il. « Laisse cette jeune fille en paix. Laisse-la partir. »

« Jamais ! » clama-t-il.

Tout en parlant, il attrapa mon bras d'une poigne de fer, qui me fit gémir de douleur. Les yeux de Jasper se posèrent aussitôt sur mes mains blessées, avant qu'il ne recule de quelques pas. Le regard de Carlisle papillonna vers moi, son sourire apaisant réussissant à calmer de quelques peu les battements de mon cœur.

« Edward » reprit Alice. « Tu dois la laisser partir. Autrement, tu la tueras. »

Mon pouls s'affola à ses paroles. J'avais raison, je ne sortirai pas vivante d'ici. D'autres bruits me parvinrent à nouveau et Emmett surgit au milieu des arbres, se tenant derrière Carlisle. Sa peau diaphane paraissait bleutée dans l'obscurité, tout comme celle d'Edward et des autres. C'est alors qu'une pensée me frappa.

« Vous… vous êtes comme lui ? »

Les yeux de tous se posèrent sur moi lorsque ma voix perça le silence. Edward, qui faisait face à sa famille, tourna vivement la tête vers moi et grogna une fois de plus. Effrayée, je me tassais sur moi-même, désireuse de me faire oublier de lui.

« Bella, nous allons te sortir de là. »

La voix de Carlisle aurait pu être apaisante si elle ne trahissait pas sa tension. Il ne savait pas comment agir avec son fils. Personne ne le savait. Emmett fit un pas dans notre direction, mais Edward se raidit instantanément, raffermissant sa prise sur mon poignet. J'entendis de très faibles murmures mais ne réussis pas à en saisir le sens. Tout ce que je voyais était les lèvres de cette étrange famille qui remuaient plus que rapidement. Edward devait les entendre, malgré la distance qui les séparait de nous, car il émit un nouveau rugissement guttural qui vibra jusqu'au plus profond de moi.

Soudainement, sa prise sur mon poignet se relâcha et je volai dans les airs pour m'effondrer sur une souche. Un gémissement plaintif s'échappa de mes lèvres alors mon dos heurta le bois dur et qu'un craquement retentit, suivit une vive douleur dans la nuque.

« Ne bouge pas » hurla Carlisle.

Ne sachant pas à qui il s'adressait, je décidais de suivre cet ordre. Ma poitrine se soulevait difficilement et chaque respiration était plus douloureuse que la précédente. Mes yeux commençaient à se fermer, mais un bruit de rochers se fracassant me les fis rouvrir. Tournant la tête vers la gauche, je perçus des mouvements d'une rapidité inhumaine, alors que des grognements jaillissaient de toute part. Alice apparut à mon côté, touchant doucement ma nuque de ses doigts glacés. Il me sembla qu'elle appelait Carlisle, mais je n'en étais pas sûre. Toute la panique et la peur que j'avais ressenties s'étaient évaporées, pour ne laisser place qu'à une grande fatigue. Ma tête semblait lourde, comme remplie d'eau.

Alors que j'allais sombrer, un corps se fracassa contre l'arbre en face de moi. Le corps retomba au sol et je reconnus Emmett. Comment Edward avait-il fait pour envoyer valser cette montagne de muscles ? Emmett n'eut malheureusement pas le temps de se relever que Jasper fut projeté sur lui. Seul Carlisle restait face à Edward, celui-ci nageant en pleine folie.

« Fils. Ne lui fais pas de mal. Pense à tous les efforts que tu as… »

Carlisle s'arrêta de parler lorsqu'Edward se dirigea vers moi. Alice me servait de rempart, se tenant fièrement devant moi. J'étais heureuse qu'elle affronte son frère pour me protéger, mais je doutais de sa capacité à lui tenir tête alors qu'Emmett et Jasper n'avaient pas pu le faire.

« Edward » soupira Alice. « Si tu la mords, tu la tueras et ça te détruira sur le long terme. »

Edward n'émit qu'un feulement sourd.

« Je suis sérieuse, Edward. Épargne-la. Ne lui fais pas de mal. Elle est celle que tu attendais depuis si longtemps. »

Pour la première fois, je vis une once d'hésitation dans les yeux d'Edward. Cependant, les paroles prononcées par Alice n'avaient aucun sens pour moi, les mots se s'imprimant pas dans mon cerveau, entrant par une oreille et sortant directement par l'autre. Je gémis doucement, exaspérée par mon incapacité à saisir la situation et par cette fatigue qui menaçait de me faire sombrer à chaque seconde. Edward me dévisagea à travers Alice, la flamme de folie diminuant dans son regard.

Carlisle s'approcha de lui et lui pressa l'épaule.

« Tu en es capable, mon fils. Nous croyons tous en toi. »

Edward se laissa tomber à genoux. Aussitôt, Emmett et Jasper l'encadrèrent tandis que Carlisle se précipita vers moi. Il prit mon pouls avant de tâter mes côtes. A ses côtés, le regard d'Alice naviguait entre Edward et moi.

« Bella, as-tu mal quelque part ? »

« A la nuque » soufflai-je.

Carlisle examina ma nuque, ses doigts frais soulageant partiellement la douleur.

« Tu as eu un choc, comme un coup du lapin. Il faudrait que tu portes une minerve… »

Le médecin prit un air songeur, avant de se tourner vers Alice et de lui demander d'appeler Charlie.

« Dis-lui que Bella est venue à la maison pour préparer un exposé, ou n'importe quoi qui pourrait justifier qu'elle ne rentre pas directement chez elle. »

Immédiatement, Alice sortit son smartphone de sa poche et composa un numéro. Derrière elle, Edward me fixait, toujours à genoux, les mains d'Emmett et Jasper le maintenant cloué au sol. La folie qui animait précédemment ses yeux avait disparu, ses pupilles ne laissant transparaître qu'une profonde tristesse.

Mon souffle se coupa tandis que Carlisle me souleva dans ses bras, qui étaient eux aussi froids. Mon cerveau n'eut toutefois pas le loisir de réfléchir plus longtemps à ce détail, l'obscurité me gagnant un peu plus à chaque pas effectué par le médecin. J'eus vaguement conscience du regard d'Edward qui me fixait alors que nous passions devant lui, puis des paroles d'Alice dans le combiné.

Ensuite, ce fut le noir total.


Comment avez-vous trouvé ce premier chapitre ? Bien ? Décevant ? Dites-le moi en commentaires !

Je dédie ce chapitre à la formidable TiedFoster, que j'ai connue grâce à ses merveilleuses fictions. Tied, si tu passes par là, merci pour avoir supporté mes nombreux doutes, relu mes chapitres et avoir su me motiver quand j'en avais besoin. Ce chapitre est pour toi.

Prenez soin de vous et à la semaine prochaine :)