Bonjour à tous !
J'espère que votre semaine se passe bien ?
Et oui, nous ne sommes pas samedi mais j'avais très envie de publier le chapitre suivant, donc le voici le voilà :)
On se retrouve en bas.
CHAPITRE 2
Une voix douce me sortit de cette torpeur qui m'engloutissait depuis bien trop longtemps.
« … difficile d'y résister, tu le sais aussi bien que moi. »
Un faible grognement mécontent se fit entendre, me faisant frissonner. D'un coup, une série d'images surgit derrière mes paupières : Edward, les bois, son comportement animal, l'arrivée de sa famille… Afin de sortir de ces visions cauchemardesques, j'essayais d'ouvrir les yeux mais les refermais directement devant la lumière trop intense de la pièce.
« Ferme les rideaux » ordonna la voix qui m'avait tirée de mon sommeil.
Des pas légers se firent entendre, puis le froissement sourd des rideaux atteignit mes oreilles.
« Bella, tu m'entends ? Essaie d'ouvrir les yeux. »
Docilement, je tentais une nouvelle fois d'ouvrir les yeux. La luminosité avait fortement diminué, me permettant de garder les yeux ouverts sans être éblouie. La première chose que je remarquais fut le visage inquiet de Carlisle Cullen au-dessus de moi, puis celui chargé de regrets d'Edward. Aussitôt, mon cœur partit dans une course effrénée. Carlisle jeta un coup d'œil à son fils.
« Je pense qu'il serait préférable que tu sortes. »
Pendant quelques secondes, je crus qu'Edward n'allait pas écouter son père. Immobile, il me fixait de ses yeux sombres, qui ne me rappelaient que trop bien les évènements précédents. Je détournais le regard, le posant sur les nombreuses étagères qui étaient disposées le long des murs, avant d'entendre un soupir et la porte se fermer derrière lui.
« Comment vas-tu ? »
La voix de Carlisle me força à relever les yeux vers lui. Son regard doré me fixait avec bienveillance, scrutant le moindre signe de douleur sur mon visage.
« Sonnée. »
Une sensation de gêne se fit sentir au niveau de mon cou, me permettant de constater qu'une minerve disgracieuse protégeait ma nuque.
« Ai-je vraiment besoin de ça ? »
Carlisle émit un petit rire, avant de se concentrer sur sa montre et de poser ses doigts frais sur mon poignet. La fraîcheur me ramena directement dans la forêt, me faisant frémir d'horreur.
« Ton pouls est bon » me sourit-il. « Ta nuque va bien, la minerve n'était qu'une précaution. Aucun autre dommage n'est à déclarer, hormis tes côtes qui risquent de te faire légèrement souffrir les prochains temps. »
Pendant qu'il s'affairait à m'ôter cette satané minerve, j'essayais de trouver les bons mots.
« Je… » Ma voix n'était qu'un murmure. Je me raclais la gorge, espérant prendre une voix plus assurée. « Merci, pour toute à l'heure… Pour être venus. »
Carlisle me jeta un regard puis me sourit doucement.
« Je sais ce que tu as vu et tu dois avoir plein de questions à nous poser. »
J'acquiesçais vivement. Qui n'aurait pas de questions après avoir vu ce que je venais de voir ?
« Pourrais-je te demander de garder ce que tu as vu pour toi ? En échange, nous répondrons à toutes les questions que tu nous poseras. »
Cela me sembla raisonnable. Aussi, j'acceptais le marché. Carlisle paraissait soulagé de ma réponse. Pendant qu'il rangeait ses affaires dans sa mallette de médecin, j'eus le loisir de contempler la pièce dans laquelle je me trouvais. Un grand bureau en acajou, sur lequel trônait un ordinateur dernier cri, se situait au centre de la pièce. Trois murs étaient recouverts d'étagères qui contenaient un nombre incalculable de livres, tandis que le dernier mur était entièrement vitré. A travers, les arbres verts s'étendaient à l'infini. Le ciel nocturne me rappela rapidement à la réalité.
« Où sommes-nous ? »
« Dans notre maison » m'informa-t-il.
« Depuis combien de temps suis-je ici ? » lui demandai-je tandis qu'il bouclait sa sacoche.
« Environ deux heures » me répondit-il sans me regarder. « Nous avons prévenu ton père que tu rentrerais tard car tu devais préparer un exposé avec Alice. »
J'hochais la tête, bien consciente que je n'aurais pas pu trouver une excuse valable seule. Carlisle se leva du lit puis me fixa avec un sourire.
« Alice va te ramener chez toi. Il est déjà tard et nous ne voulons pas que Charlie commence à s'inquiéter. Nous parlerons une prochaine fois. »
« D'accord. »
J'aurais préféré pouvoir leur poser des questions dès à présent, mais Carlisle m'avait promis d'y répondre plus tard. Étrangement, je faisais confiance au médecin, même si je sais que j'aurais dû m'inquiéter à l'idée de leur nature. Ni lui, ni aucun des membres de sa famille n'était humains. Le fait d'être dans leur maison, sans défense, aurait dû m'angoisser. Toutefois, je ne pouvais m'empêcher de penser que je n'étais pas en danger. Autrement, pourquoi m'auraient-ils sauvée, se battant contre leur propre frère et fils ?
Doucement, je me levais de la causeuse sur laquelle j'étais allongée, la poigne ferme de Carlisle me soutenant. J'essayais vaguement de remettre mes cheveux en place, avant de décréter que cela n'avait aucune importance. Après tout, ils m'avaient vue blessée et sale au beau milieu des bois humides de Forks.
Me jetant un regard encourageant, Carlisle ouvrit la porte mais je me stoppais net. La famille attendait dans le salon, ce dernier étant composé de magnifiques canapés gris souris, ainsi que d'une table basse en verre, tandis qu'une télé digne d'un cinéma était fixée au mur. A gauche se trouvait l'entrée, tandis qu'un immense escalier occupait tout l'espace à droite.
Tous levèrent les yeux vers nous lorsque la porte pivota sur ses gonds, nous dévisageant de leurs yeux dorés bienveillants, à l'exception de Rosalie. Cette dernière avait la mine renfrognée, ses yeux me lançant des éclairs. D'un coup, mes chaussures me parurent très intéressante : tout était bon pour me soustraire au regard de Rosalie.
« Rose » souffla Esmée sur un ton de reproche. « Comment vas-tu, ma chérie ? »
Je ne répondis pas avant de comprendre qu'elle s'adressait à moi. Surprise, je bégayais un « oui » à peine audible, alors que la blonde émit un rire qui me glaçât le sang.
« ''Ma chérie'' ? Sérieusement, Esmée ? »
« Rosalie ! »
Cette fois, c'était Carlisle qui avait élevé la voix. Tous se figèrent dans l'attente d'un éventuel conflit entre la beauté blonde et le patriarche. Toutefois, Rosalie ne fit rien, se contentant de grogner avant de sortir par la baie vitrée au fond de la pièce, la faisant claquer derrière elle. Emmett soupira, puis suivit sa compagne à l'extérieur. Je détaillais chaque personne en face de moi, les trouvant de plus en plus belles à chaque fois que je posais les yeux sur eux. Leur peau d'albâtre semblait sans défaut, faisant ressortir l'or de leurs yeux.
Je mis un moment avant de me rendre compte que le reste de la famille m'observait, attendant une quelconque réaction de ma part. Le seul qui ne me dévisageait pas impunément fut Edward, les yeux perdus dans le vide, les lèvres serrées. Le voir fit tressauter mon cœur, tandis que les images des évènements dans les bois affluèrent dans mon esprit. Détournant le regard pour calmer ma peur, je tombais sur Alice. Celle-ci me sourit sincèrement, avant de serrer le genou de son compagnon. Jasper la regarda tendrement avant de fermer les yeux. Soudainement, une vague de sérénité envahit la pièce, au plus grand soulagement de tous.
« Je vais bien Esmée » lui répondis-je finalement, rompant ainsi le silence.
« Bien » me sourit-elle.
Doucement, elle me prit la main et m'entraîna derrière le grand escalier jusque dans une cuisine ouverte très éclairée, malgré l'obscurité qui régnait dehors, les meubles en bois clairs s'harmonisant parfaitement avec le reste de la maison. Je ne pus m'empêcher de noter que sa main était également glacée, renforçant mon besoin de connaître la vérité. La cuisine était constituée d'un immense plan de travail, ainsi que d'un îlot central autour duquel trônaient huit chaises. Esmée me fit assoir d'autorité sur l'un des tabourets, avant de me servir un verre d'eau.
« Merci » lui dis-je.
Elle balaya mes remerciements d'un geste de la main, avant de sortir des pâtes et une casserole qu'elle remplit d'eau.
« J'espère que tu aimes les spaghettis bolognaises ? » me demanda-t-elle.
« Ne vous embêtez pas ! Je vais rentrer chez moi » m'exclamai-je.
Fronçant les sourcils, elle me fixa.
« Nous avons dit à ton père que tu venais travailler pour un exposé. Il est normal que tu sois invitée à manger vu l'heure. »
Surprise, je jetai un coup d'œil à la pendule du four. Je lâchai un hoquet de surprise en constatant qu'il était presque dix-neuf heures. Charlie allait certainement s'inquiéter.
« Où sont mes affaires ? » m'écriai-je vivement.
« Dans l'entrée » m'indiqua Esmée, qui s'affairait toujours à la cuisson de ses pâtes.
Sans perdre une seconde, je me ruais dans l'entrée, passant devant Alice, Jasper, Edward et Carlisle, et récupérais mon portable dans la poche avant de mon sac. Je le déverrouillais rapidement, imaginant les nombreux messages laissés par Charlie. Cependant, après avoir ouvert l'application, je constatais que je n'avais aucune notification.
« Penses-tu réellement que nous t'aurions invitée à manger si ton père ne croyait pas en notre mensonge ? » me questionna Alice.
Surprise de sa soudaine apparition à mes côtés, je hoquetai avant de me reprendre. Lui adressant un sourire contrit, je glissais mon portable dans ma poche de jean et baissais la tête.
« Va manger, Bella. Tu dois mourir de faim après toutes ces émotions. »
J'essayais tant bien que mal de cacher ma surprise face à sa décontraction évidente par rapport aux évènements actuels. N'était-elle pas inquiète que je me pose des questions par rapport à leur nature inhumaine ? Rejoignant le salon pour retourner en cuisine, je constatais qu'il ne restait qu'Edward, assis sur le même canapé que précédemment. Mon cœur accéléra sa course dans ma poitrine, soumis à la peur qui s'empara de moi alors que je croisais son regard. Il fronça les sourcils avant de se redresser doucement et se diriger vers moi. Il s'arrêta néanmoins à une distance raisonnable, avant de baisser la tête.
« Je te présente mes excuses, Bella. Je n'aurais pas dû me comporter ainsi. Je te prie de m'excuser » souffla-t-il.
« Je… Euh… » Je me raclais la gorge, avant de reprendre d'une voix plus assurée. « Tu vas devoir m'expliquer. Vous allez tous devoir m'expliquer. »
Edward releva la tête, plongeant son regard mordoré dans le mien. Ses yeux n'exprimaient que des regrets et semblaient éteints, vides. L'étincelle de curiosité qui animait ses iris à la cantine n'existait plus. Il ferma les yeux, comme s'il voulait m'empêcher de pousser mes observations plus en profondeur et hocha la tête. Légèrement rassurée, je me mordis la lèvre supérieure et rejoignis Esmée en cuisine, accompagnée d'Alice. Cette dernière semblait danser à chaque pas, la grâce incarnée. Elle se hissa sur l'îlot central d'un bond tandis que je me rasseyais sur le tabouret que j'occupais précédemment. Alors que je levais le regard vers elle, je constatai qu'elle me dardait d'un regard joyeux et que ses lèvres formaient un grand sourire.
« Vous ne mangez pas ? » m'enquis-je.
« Nous mangeons rarement le soir. »
Je méditais ses paroles, décidant de les stocker dans un coin de ma mémoire pour plus tard. Cette information s'ajoutait à la liste de toutes les anomalies que j'avais constatées chez cette famille, et j'aurais le loisir d'y penser lorsque je devrais trouver le sommeil, ce que j'appréhendais au vu des évènements de la journée.
Esmée me coupa dans mes réflexions en faisant glisser une assiette remplie de pâtes devant moi.
« Ça me semble délicieux, Esmée. Merci beaucoup » lui souriai-je.
Elle me retourna mon sourire avant de s'atteler au nettoyage des casseroles. Gênée par le regard d'Alice sur moi et le fait d'être la seule à manger, je me dépêchais de finir.
« Comment vais-je récupérer ma camionnette ? »
Aux dernières nouvelles, elle devait encore être sur le parking du lycée, là où je l'avais garée ce matin. Penser au matin-même me parut extrêmement bizarre, comme si je repensais à un évènement qui avait eu lieu longtemps auparavant et pas juste il y a quelques heures.
« Emmett est revenu du lycée avec. Elle est devant la maison » m'informa Alice tout en regardant ses ongles parfaitement vernis.
« Euh… d'accord. »
Je me hâtai de finir mon assiette avant de me diriger vers le lave-vaisselle. Alors que je me penchais pour la ranger, Esmée intercepta mon mouvement et me la prit des mains.
« Laisse, je m'en occupe » me sourit-elle.
« Bella ? » m'interpella Alice. « Je te ramène ? »
« Volontiers » acquiesçai-je.
Alice sauta de son perchoir et m'entraîna dans l'entrée, où je passais mon coupe-vent et mes chaussures. Je glissais mon sac sur mon épaule quand Esmée vint me saluer, me souhaitant bon retour. Carlisle arrive au même instant.
« Nous nous verrons bientôt. »
« En effet » lui rétorquai-je, repensant à la promesse qu'il m'avait faite dans le bureau.
Regardant derrière le couple, je constatais qu'Edward avait quitté le salon. Alice ne sembla toutefois pas juger qu'il était nécessaire que je salue le reste de la famille, me guidant vers l'extérieur de la maison où ma camionnette était bel et bien garée. Montant d'autorité côté conducteur, elle attendit que j'attache ma ceinture de sécurité pour démarrer.
« Je sais que tu as beaucoup de questions à nous poser, mais fais-moi confiance. Nous ne te ferons jamais de mal intentionnellement » me promit-elle.
« Ça veut dire qu'il y a tout de même une possibilité pour que je sois blessée par l'un de vous ? »
Elle pinça les lèvres tout en regardant la route, se murant dans le silence.
« Je crois que j'ai ma réponse… » murmurai-je.
« Tu comprendras une fois que nous t'aurons tout expliqué. »
Un silence légèrement tendu s'installa dans l'habitacle jusqu'à ce que nous arrivions chez Charlie.
« Comment vas-tu rentrer ? » lui demandai-je quand elle coupa le moteur.
« A pied » me sourit-elle.
« Mais… ce n'est pas trop loin ? »
« Ne t'en fais pas » me répondit-elle, balayant mes inquiétudes d'un geste de la main. « Va dormir Bella, tes cernes sont aussi grands qu'Emmett. »
Nous sortîmes du pick-up d'un même mouvement, avant qu'elle ne me prenne légèrement dans ses bras en me souhaitant bonne nuit. Je me dirigeais vers la porte d'entrée encore éclairée, signe que Charlie m'attendait, avant de me retourner pour regarder Alice marcher sur le trottoir. Un sentiment de gêne s'empara de moi en pensant qu'elle allait devoir rentrer seule dans le noir, jusqu'à ce que je me rappelle sa rapidité inhumaine : elle serait chez elle rapidement. Encore un détail à rajouter à ma liste, qui ne cessait de s'allonger.
Je déverrouillais la porte et tombais directement sur Charlie, qui m'attendait de pied ferme.
« Je peux savoir pourquoi tu étais aussi longue, jeune fille ? » m'interrogea-t-il sèchement.
« J'étais chez Alice Cullen. Nous avions un exposé à travailler en histoire » expliquai-je en suivant l'excuse déjà fournie par les Cullen. « Ils m'ont invitée à rester manger. »
« C'est très généreux de leur part… » marmonna-t-il.
Je me dépêchais de retirer mon coupe-vent avant de me laver les mains dans la cuisine, espérant ainsi dissimuler mon visage rougi à mon père. Il ne manquerait plus qu'il suspecte un mensonge ! Charlie sembla avaler cette excuse et retourna à son match de baseball.
« Je vais me coucher papa, bonne nuit. »
« Bonne nuit Bella. »
Montant quatre à quatre les escaliers, je dus m'arrêter au milieu de mon ascension à cause de mes côtes douloureuses. Maudissant Edward pendant un instant, je réussis néanmoins à gagner ma chambre avant que Charlie ne constate mon étrange comportement. Il n'avait pas besoin de savoir que j'avais été agressée par Edward Cullen, et encore moins que ce dernier m'avait projetée sur une souche d'arbre.
Filant sous la douche, je montais la température de l'eau jusqu'à ce qu'elle me brûle la peau. Mes muscles, en revanche, saluèrent cette chaleur, qui leur permit de se détendre après cette journée chaotique. Ne souhaitant pas que Charlie se pose des questions, je me rinçais rapidement avant d'enfiler le pyjama le plus moelleux que j'avais emporté dans mes valises, remerciant ma mère qui avait insisté pour que je l'achète.
Éreintée, je m'écroulais avec bonheur sur mon lit. Cependant, les questions qui se bousculaient dans ma tête empêchèrent Morphée de m'emporter, la curiosité gagnant contre la fatigue. Je m'attelais à lister tous les détails qui m'avaient surprise chez les Cullen : ça m'aiderait peut-être à comprendre leur nature, qui était tout sauf humaine. Les Cullen ont tous une peau blanche et glaciale, des yeux dorés, ainsi qu'une force et une rapidité incroyables. Ils ont tendance à sauter des repas, sans pour autant paraître sous-alimentés. Toutes ces informations menaçaient de me flanquer une migraine des plus terribles. Je n'arrivais pas à trouver une réponse plausible en rapport avec ces caractéristiques, toutes étant plus bizarres les unes que les autres. Tournant et me retournant dans mon lit, je décidais de laisser tomber. Je connaîtrai la vérité bien assez tôt, Carlisle m'ayant promis de me dire la vérité à condition que je garde leur secret. Sur cette pensée, Morphée gagna enfin contre mes questionnements et je sombrais dans un sommeil profond.
Le bruit du vent dans les branches des arbres me tira du sommeil avant que mon réveil ne sonne. Poussant un gémissement de protestation, je fourrai ma tête sous l'oreiller, espérant ainsi atténuer les bruits dérangeants. Malheureusement, le mugissement du vent continua, doublé du bruit de la pluie sur les tuiles de la maison. Maudissant Forks et son absence de soleil, je jetais un coup d'œil à mon réveil, constatant qu'il me restait deux heures avant de devoir partir au lycée. Les yeux encore alourdis de sommeil, je me tournais sur le dos et fixais le plafond, espérant y voir je ne sais quelle idée merveilleuse pour occuper mon temps. Soudain, je repensais aux Cullen et à leur étrangeté. Me levant d'un bon, je pris mon ordinateur portable sous le bras et descendis au rez-de-chaussée pour déjeuner.
La petite cuisine n'avait pas changé depuis le départ de ma mère. Les meubles qu'elle avait peints en jaune il y a tant d'années avaient toujours cette même couleur, apportant un peu de chaleur et de luminosité à la pièce. La table, entourée de trois chaises en bois clair, était placée devant une grande fenêtre qui donnait sur la rue, laquelle était encore éclairée par les lampadaires et vide de toute présence humaine.
Posant l'ordinateur sur la table, j'eus le temps de préparer mon petit-déjeuner en attendant que le bureau apparaisse à l'écran. Une fois mon bol de céréales remplit de lait, je m'assis sur l'une des chaises et ouvris une page internet. Pendant un instant, je me demandais quoi taper dans la barre de recherche, avant de finalement écrire « peau froide » et « vitesse ». Le moteur de recherche trouva un nombre incalculable de résultats, où j'aurais mis des années pour tout lire. Cliquant sur le premier résultat, je découvris une page sur la sensibilité thermique. Rien à voir avec d'éventuels pouvoirs surnaturels. Sceptique, je sélectionnais le deuxième résultat, espérant trouver quelque chose de plus concluant. Malheureusement, la deuxième page était consacrée à un article sur le ressenti du corps humain en fonction de la température.
Passablement énervée, je fermais l'ordinateur avant d'avaler goulûment le reste de mes céréales. Tandis que je terminais mon bol, Charlie arriva dans la cuisine.
« Bonjour Bella. »
« Salut papa. »
Pendant que Charlie s'attelait à accrocher son badge de shérif à sa veste d'uniforme, je lui servis rapidement un verre de lait.
« Tu es bien matinale, ce matin » remarqua-t-il.
« Je n'arrivais plus à dormir. »
Charlie me regarda du coin de l'œil, soupçonneux. Afin de cacher mon visage de son inspection, je m'affairai à nettoyer ma vaisselle. Le silence s'installa, pour mon plus grand bonheur, tandis qu'il déjeunait tranquillement.
« J'irai certainement chez Alice Cullen après le lycée » l'informai-je.
« Pour quelle raison ? »
« Notre exposé. »
Charlie hocha la tête, continuant de manger ses céréales. Je remerciais le ciel un instant de ne pas avoir un père qui pose plus de questions. Toutefois, je me sentis mal à l'aise de profiter de la confiance de Charlie et de lui mentir par rapport aux Cullen. Bien sûr que j'allais chez eux, mais pas du tout dans l'optique de réaliser un exposé avec Alice !
Après voir fini de laver ma vaisselle, je laissais Charlie pour monter m'habiller. Déposant mon ordinateur sur mon bureau, je sortis rapidement un jean noir et un pull bleu clair avant d'aller dans la salle de bain. Mon reflet dans le miroir m'effraya, des cernes bleutés étant bien présents sous mes yeux, me donnant des allures de zombie. Ma peau, d'ordinaire pâle, me paraissait presque translucide. Détournant le regard de cette vision, je m'attelais à me brosser les dents avant de démêler mes cheveux. Je décidais de les laisser tomber dans mon dos, appréciant de les sentir recouvrir mes épaules jusque dans le milieu du dos.
Une fois prête à partir, je regardais l'heure et constatais que j'avais encore quelques minutes avant de devoir me rendre au lycée. Décidant que je ne voulais pas rester une minute de plus à tourner en rond, je saisis mes écouteurs dans ma table de nuit ainsi que mon portable, puis dévalais les escaliers pour enfiler ma veste.
« Bonne journée ! » lançai-je à mon père, qui lisait son journal sur le canapé.
« A toi aussi. »
Montant dans la Chevrolet, je démarrai le moteur puis augmentai le chauffage. L'odeur de tabac mentholé était encore présente, mais ne me gênait plus autant qu'au début. J'espérais un jour m'habituer à Forks aussi facilement que je m'étais habituée à cette odeur.
Le parking du lycée était encore vide quand je me garais à la même place que la veille. Sortant les écouteurs de la poche avant de mon sac, je les fourrais dans mes oreilles afin de me couper du monde extérieur. Je fermais les yeux et laissais la musique classique m'insuffler suffisamment de calme pour affronter cette nouvelle journée. Une panique commença à me gagner lorsque je pensais aux Cullen, que j'allais forcément croiser aujourd'hui dans les couloirs et à la cantine. Refusant que la peur ne prenne le pas sur ma raison, je m'efforçais de penser à la bienveillance dont Alice avait toujours fait preuve à mon égard. Elle m'avait promis qu'ils ne me feraient jamais de mal intentionnellement et, étrangement, je lui faisais confiance. J'espérais qu'ils seraient d'accord pour me recevoir ce soir, afin que nous puissions enfin discuter des évènements d'hier.
Rouvrant les yeux, je constatais qu'une magnifique Volvo argentée était garée sur la place à côté de la mienne. Je lâchai un hoquet de surprise lorsque je constatais qu'il s'agissait en réalité des Cullen, Alice me souriant grandement à travers la vitre passager, Edward derrière le volant. Je retirai vivement les écouteurs de mes oreilles avant de les balancer dans mon sac, puis sortis du pick-up pour les saluer.
« Bonjour Bella ! » me salua-t-elle joyeusement.
« Bonjour Alice… Edward. »
Je le regardais brièvement alors qu'il m'adressa un sourire timide. Alice posa sa main sur mon bras, m'entraînant vers les bâtiments en briques.
« Ce serait OK pour toi de venir chez nous ce soir ? » me questionna-t-elle.
« C'est parfait » lui assurai-je.
« Super. Je vais prévenir Carlisle et Esmée. »
Alice sortit son portable de sa poche et s'éloigna pour passer son appel, nous laissant seuls Edward et moi. Intimidée par sa personne, je n'osais croiser son regard.
« As-tu bien dormi ? » me demanda-t-il, rompant le silence gênant qui s'était installé depuis le départ d'Alice.
Surprise qu'il me pose une question aussi anodine, je mis un moment avant de pouvoir formuler une phrase cohérente.
« Oui… et toi ? »
Ses lèvres formèrent alors un sourire en coin adorable, puis ses yeux se fixèrent dans les miens. Ma gorge se serra alors que mon cœur partit dans une course effrénée, hésitant entre la peur et l'admiration pour cet être magnifique. Tout en Edward était contradiction, sa beauté et sa dangerosité s'entrechoquant pour ne laisser qu'un être magnifiquement dangereux.
« Ma nuit était intéressante » sourit-il, comme s'il pensait à une quelconque blague.
Sa remarque me laissa perplexe, ne répondant pas vraiment à la question. La sonnerie annonçant qu'il fallait nous rendre en classe interrompit notre discussion. Alice apparut soudainement à nos côtés, souriante, comme d'habitude, avant de saisir Edward par le bras pour l'entraîner vers leur propre salle de classe. Cette fille ne savait apparemment pas que l'on pouvait se déplacer sans son aide.
Secouant la tête en souriant légèrement, je me rendis rapidement vers mon premier cours. Le prof m'accueillit avec un sourire tandis que je rejoignais ma place, aux côtés de Jessica. Cette dernière me regarda de façon étrange, comme si un troisième œil avait poussé sur mon front pendant la nuit.
« Quoi ? » la questionnai-je, passablement exaspérée par son manque total de discrétion.
« Rien » me répondit-elle en détournant le regard.
Je lâchai un soupire avant de me concentrer sur le cours. Consciencieuse, je pris des notes pendant toute l'heure, essayant d'occulter ma voisine qui ne me quittait pas du regard. Ce n'est qu'à la fin de l'heure que j'osais lui demander ce qui n'allait pas.
« Tu parles aux Cullen » affirma-t-elle, suspicieuse.
« Euh… Oui. Et alors ? » dis-je plus sèchement que je ne l'aurais voulu.
« Les Cullen ne parlent à personne » rétorqua-t-elle.
« Et bien ils me parlent, à moi. »
Soufflée par l'incroyable culot de cette fille, je ramassais rapidement mes affaires et sortit de la salle sans même prendre le temps de les ranger dans mon sac. Pour qui se prenait-elle ? Les Cullen n'avaient pas le droit de m'accorder la parole ? Je n'étais pas assez bien pour mériter qu'ils me parlent ?
Remontée vis-à-vis de Jessica, je m'assis directement à côté de Mike en arrivant dans la classe d'anglais, lequel me salua avec un grand sourire. Visiblement, il ne me tenait pas rigueur de notre échange légèrement tendu de la veille, ce qui m'arrangeait : je n'avais pas besoin d'un ennemi en plus dans ce lycée.
L'heure passa rapidement, le prof épiloguant sur un poème qu'il trouvait très inspirant. Ce n'est qu'à la fin de l'heure que la classe s'agita, alors qu'il nous donnait une dissertation à rendre pour la semaine prochaine. Voilà de quoi occuper mon week-end.
La matinée dans son ensemble passa plus vite que ce que je n'aurais imaginé. Les cours s'enchaînèrent jusqu'à l'heure fatidique du déjeuner, où je me rendais à la cantine accompagnée d'Angela. J'appréciais beaucoup cette dernière, qui ne cherchait pas continuellement à combler les blancs de paroles sans intérêt, comme Jessica. Toutefois, mon amie me porta un regard lourd de sens lorsqu'elle remarqua Alice adossée contre le mur à côté de l'entrée de cafétéria.
« Recoucou Bella ! Salut Angela » nous accosta joyeusement Alice.
Angela lui retourna un bonjour poli, avant de m'adresser un regard plein de questionnements. Alice ne lui laissa toutefois pas le temps de m'interroger, puisqu'elle me demanda si je mangeais avec eux ce midi.
« Euh… avec vous ? »
« Oui, avec nous » répéta-t-elle comme si j'étais une idiote. « Avec moi, mes frères et ma sœur. »
Surprise de cette invitation, je ne sus quoi répondre. Je me voyais mal passer la pause déjeuner assise à la table des Cullen, surtout avec Rosalie qui me détestait. Alice m'observa attentivement, semblant ressentir mon hésitation.
« Si tu as d'autres plans de prévus, il n'y a aucun souci » me rassura-t-elle.
« Effectivement, je pensais manger avec Angela » l'informai-je en adressant un sourire à cette dernière.
« Aucun problème. A plus, Bella ! »
Sans une parole de plus, Alice franchit les portes de la cantine d'un pas dansant, faisant s'arrêter les élèves qui passaient à côté d'elle. Angela me regarda surprise, mais ne posa aucune question. Une des raisons pour lesquelles j'appréciais Angela était qu'elle ne cherchait pas à s'immiscer dans votre vie, attendant gentiment qu'on lui parle de nous sans poser davantage de questions. Encore une fois, elle respecta mon silence, même si je doute qu'une bonne dizaine de questions devait tourner dans sa tête.
Une fois arrivées à la table occupée par Mike, Jessica et Éric, nous nous assîmes sans plus parler de l'invitation d'Alice. J'adressais un regard de reconnaissance à Angela, comprenant que cette dernière n'allait pas informer les autres de l'étrange conversation que nous venions d'avoir avec la fille Cullen.
Aucun de nos camarades ne nous prêta une attention particulière, ce qui me laissa tout le loisir d'observer la table des Cullen. Une fois n'était pas coutume, leurs plateaux-repas étaient intacts, les canettes encore fermées. Rosalie et Jasper parlaient ensemble, leurs têtes étant pratiquement collées l'une à l'autre pour plus d'intimité. Emmett dut rire aux dépends d'Alice, cette dernière grimaçant tandis qu'il lui ébouriffait les cheveux d'une main. Le seul qui semblait indifférent à ce qu'il se passait autour de lui était Edward. Celui-ci observait avec attention la pomme qu'il tenait, jouant avec de ses longs doigts fins. Son corps semblait tendu, tandis que sa mâchoire était crispée.
Tout à coup, alors que je détaillais son corps magnifique couvert d'un pull fin gris moulant, il leva les yeux vers moi. Honteuse d'avoir été surprise une fois de plus en train de l'observer, je rabattis mes cheveux devant mon visage pour le dissimuler de sa vue. Toutefois, son regard n'était pas furieux comme il l'avait été hier, ses pupilles dorées n'exprimant que la bienveillance qu'il affichait depuis hier soir chez lui. Mon cœur tressauta sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, n'arrivant pas à identifier la peur. Alors que les évènements de la veille auraient dû me traumatiser, je n'arrivais pas à éprouver une véritable peur. Depuis que je m'étais réveillée dans le bureau chez les Cullen, Edward n'avait toujours affiché que de la bienveillance à mon égard, à l'instar de toute sa famille à l'exception de Rosalie. De plus, malgré la frousse que m'avait flanquée Edward hier dans les bois, je me sentais inévitablement attirée par lui, tel un papillon nocturne vers une lumière. J'avais l'impression d'être aimantée à lui, n'arrivant pas à détacher mon regard de lui, n'arrivant pas à ressentir de la peur vis-à-vis de lui.
Je me trouvais d'un coup très stupide. Ce garçon m'avait agressée par une raison encore inconnue, allant jusqu'à m'entraîner dans les bois. Toutefois, je faisais confiance à Alice lorsqu'elle me disait qu'ils ne me feraient jamais de mal intentionnellement. Je savais qu'un problème avait eu lieu hier soir, qu'Edward avait perdu le contrôle pour une raison obscure.
La cloche annonçant le début des cours me ramena à la réalité. Secouant la tête, je m'efforçais de rapidement terminer ma canette de limonade avant de la jeter à la poubelle. Avant de sortir de la cantine, je sentis sur moi les regards de la famille Cullen. Osant affronter leurs yeux mordorés, je leur lançais un sourire timide puis passais la porte.
Ça ne servait à rien que je m'angoisse inutilement au sujet des évènements d'hier soir. Carlisle m'a promis de me dire la vérité, à condition que je garde ces évènements secrets, ce que je comptais bien faire.
Ce soir, je connaîtrai enfin la vérité au sujet de cette famille étrange, qui ne s'était jamais vraiment intégrée parmi les citoyens de Forks. J'apprendrai enfin les raisons du comportement d'Edward, pourquoi il m'avait agressée dans les bois, pourquoi je me sentais irrémédiablement attirée par lui. Je saurai tout.
Je devais juste être patiente.
*joue avec ses doigts*
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