Bonsoir !

Je suis toujours morte ! Ah ah ! Pour changer x)

Cette Japan Expo, et par extension cette semaine, est très lourde pour moi. Mais je survie ! Et envers et contre tout, je publie le nouveau chapitre ! o/

D'ailleurs, je suis désolée de ne pas avoir répondu à tout le monde pour les reviews des précédents chapitres. Sachez que j'ai tout lu et que j'y répondrais très prochainement !

Et je ne vais pas m'étaler plus, je suis complètement claquée et je dois encore assurer une journée de stand. Un bon gros dodo en perspective avant de se lever à 5h30 ah ah XD

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 10 : Le détective qui n'était plus

Il ne parlait pas, ne souriait pas, ne montrait aucun signe amical, si bien que la plupart des autres enfants ne s'étaient jamais approchés de lui. Au mieux lui adressaient-ils la parole par pure politesse ou un petit signe de tête quand les regards se croisaient. Mais l'inexpressivité était telle chez lui que les autres ne tentaient jamais réellement d'entrer en conversation. A part, peut-être, les nouveaux venus, qui se sentaient souvent pris d'une furieuse envie de communiquer tout leur parcours avant d'arriver ici. Il ne disait rien, ne souriait pas et bientôt, les nouveaux se trouvaient des amis plus loquaces.

Tout le monde s'était accordé à dire qu'il était enfermé dans sa bulle, et, en entendant cette rumeur, il n'avait pas pu s'empêcher dans un coin de son esprit de les considérer comme stupides, creusant implicitement un peu plus l'écart entre lui et les autres. Il ne voulait parler ni aux imbéciles qui, jugeait-il, ne comprendrait jamais rien au flot de pensées qui se déversait sans cesse dans son esprit, ni aux intelligents. Parler, c'était s'offrir comme victime sur l'autel des commérages et des interprétations douteuses. Parler, c'était se vendre et se montrer aussi stupide que les autres. Il l'avait bien compris désormais. Puisqu'il en était ainsi, il était désormais déterminé à ne plus rien dire.

Personne ne le manipulerait plus jamais.

Les seuls moments où il entrait en contact avec les autres, c'était lorsqu'il s'attablait aux jeux d'échec. Il avait pris l'habitude d'y jouer seul, même si ces parties d'enfant ne rimaient à rien, il appréciait juste déplacer les pions et les faire tomber. Son jeu n'avait rien à voir avec les échecs jusqu'à ce qu'un an plus tard, il se décide à consulter un ouvrage sur la question. Et ce devint sa nouvelle passion, son nouveau défi, que de comprendre chaque terme, chaque schéma, chaque stratégie que le livre des Echecs pour les Nuls lui présentait. Or, donc, aux yeux des autres, il devait paraître assez pitoyable, même s'il n'en avait que faire car, bientôt, certaines personnes vinrent s'asseoir en face de lui pour disputer une partie.

Il ne savait pourquoi mais les gens devenaient bavards en jouant. Une nouvelle raison pour condamner la parole car c'était la meilleure façon de perdre une partie. Il avait entendu, plus qu'écouté véritablement, des tas de gens lui parler de tout et de rien. Bien plus d'adultes que d'enfants de son âge, d'ailleurs. Mais quand bien même il ne prêtait aucune attention aux bavardages, il retenait tout. Et il en fut le premier surpris.

Ce devint également un jeu de retenir les vies morcelées confiées sporadiquement à l'enfant étrange qu'il était, comme reconstituer un puzzle. Il relevait le défi avec un enthousiasme dissimulé en passant de longues heures, dès qu'il en avait l'occasion, à consciencieusement restituer par écrit la vie de ces individus dans différents carnets. Il avait fini par trouver ça plus distrayant que jamais et jouer aux échecs n'était désormais plus qu'une formalité.

Néanmoins, très tôt, il décida de conserver cet engouement pour lui seul, de ne surtout pas en montrer une miette. Le ballet des inconnus à sa table d'échec s'arrêterait si les gens changeaient d'attitude. Et les gens changeraient d'attitude si lui-même laissait paraître n'importe quelle émotion.

S'il voulait encore s'amuser, il lui fallait demeurer stoïque.

Lukas était avachi dans son fauteuil, une main soutenant sa tête penchée en avant. De l'autre, il tenait vaguement une bouteille de bière qui oscillait dangereusement sur la table d'appoint. A terre, près de ses chaussures qu'il avait ôtées n'importe comment et laissées traîner, se trouvait un pack en carton éventré dans lequel il ne restait plus qu'une bouteille. Les autres, vides, étaient en désordre sur le sol.

L'enquête, les hypothèses, les indices, les témoignages, tout ceci avait façonné sa personne et son monde depuis des années. C'était un jeu pour lui, il ne le cacherait pas, mais il s'estimait totalement incompris et plus encore à l'heure actuelle. Ce n'était pas qu'un jeu. C'était un moteur essentiel de sa vie. Il ne pouvait pas s'imaginer sans enquête, à traquer les vauriens, tout comme il était impensable de respirer.

Il ne pouvait cependant pas se dresser contre l'inspecteur ou n'importe quel autre représentant des forces de l'ordre : il avait été démis des fonctions qu'on lui avait « généreusement accordées ». Il fit la moue à cette pensée. Lukas n'était pas une tête brûlée et il savait que s'il « s'amusait encore à jouer au détective désormais », les conséquences de ses actes seraient bien plus importantes que par le passé, où on se contentait de le sermonner gentiment, de soupirer, et de lui jeter des regards en coin.

Il ne pouvait décidément pas accepter ce qu'il s'était passé. C'était parfaitement intolérable. Et il tenait pour responsable le passé qui le hantait à travers les bribes de souvenirs qui remontaient en lui dernièrement. Même si c'était parfaitement stupide et il le savait pertinemment. Le destin n'existait pas, ça n'avait rien à voir. Mais c'était quand même la faute à ces maudits souvenirs.

La porte d'entrée claqua.

- Je suis rentré ! Y a quelqu'un ? claironna la voix de Mathias au rez-de-chaussée, ce silence…

Les clés tintèrent lorsqu'on les déposa dans leur petite corbeille. Puis, la voix enjouée de Mathias reprit :

- Pff ! Quelle journée ! C'est que je crève la dalle, moi !

Le parquet craqua sous les pas de Mathias qui se dirigeait vers la cuisine. Des papiers qui se froissent, la porte du réfrigérateur qui s'ouvrent et se referment, la machine à bière en marche, la poubelle, des soupirs. Les pas de Mathias revinrent dans le hall d'entrée. Il s'étira bruyamment, attrapa le courrier. Il grommela.

- Des factures, des factures… boarf, ça, poubelle. Ah, une lettre pour Lukas.

La machine à bière émit un léger bip. Des pas précipités vers la cuisine qui repassèrent une fois encore dans l'entrée avant de faire grincer les marches. Mathias débarqua à l'étage en sifflotant.

Lukas, toujours dans son fauteuil, grimaça et ouvrit les yeux. Il attrapa la bouteille de bière et la finit d'une traite. Il aurait voulu éviter que Mathias l'aperçoive dans cet état. Néanmoins, il savait qu'il était déjà trop tard.

Mathias avait jeté un œil inquiet à la porte de chambre de Lukas mais, constatant qu'elle était toujours fermée, il s'en détourna et se rendit dans le salon. Il s'arrêta net sur le pas de la porte cependant, alors qu'il découvrait, bouche bée, le détective dans une piètre position, entouré de bouteilles de bière vides. Il faillit en lâcher son propre verre.

Il posa précipitamment à terre sa boisson et son paquet de gâteau et s'agenouilla près de Lukas, posant une main sur son bras.

- Lukas ? Qu'est-ce qui se passe ? Si t'es malade, tu sais, c'est pas en buvant de la bière que ça s'arrangera.

Quelle stupidité ! avait envie de lui cracher à la figure Lukas. Mais loin de lui l'idée de s'afficher aussi pitoyable devant lui. Ce que Mathias avait devant ces yeux était déjà bien assez pathétique pour que Lukas n'en rajoute pas en se donnant en spectacle. Tout ce qu'il pouvait faire pour le moment, c'était aller s'enfermer dans sa chambre, drapé du peu de dignité qu'il lui restait.

Lukas dégagea d'un geste la main de Mathias et se hissa hors du fauteuil. Il tituba, non pas tant à cause de l'alcool que de son état émotionnel, jusqu'à sa chambre.

Qu'est-ce qu'il pouvait bien y comprendre, ce satané colocataire, à l'importance que représentait ses activités de détective privé ? A tous les coups, il n'avait même pas encore capté qu'il n'était qu'un amateur et qu'il n'y avait jamais rien eu de professionnel chez lui, hormis le violon. Il était en échec total. Les émotions reprenaient le dessus sur lui et il détestait ça. Voilà plus de vingt ans qu'il avait appris à se contenir, plus de vingt ans qu'il était insondable, et il avait l'impression que si on posait son regard sur lui à cet instant précis, tous ses efforts pour se protéger du jugement d'autrui serait balayé d'un revers de la main.

Hors de question. Il resterait insaisissable.

Enfin… pour l'instant, il était tout le contraire. Encore quelque pas et il retrouverait l'isolement de sa chambre.

Mathias lui attrapa le bras. Lukas voulut se dégager mais il raffermit son emprise. Lukas n'avait plus qu'à serrer les dents et tenter de reprendre contenance. Ou cacher son visage.

- Lukas…

Sa voix trahissait une grande inquiétude.

- Je me fais vraiment beaucoup de souci. Même si tu me dis pas tout, explique-moi juste ce qu'il faut pour que j'arrête de me faire un sang d'encre.

Lukas passa une main sur son visage, fatigué.

- S'il te plaît, insista Mathias, tu peux me parler, je suis ton…

- Tu n'es pas mon acolyte, marmonna Lukas, tu ne le seras jamais parce qu'il n'y aura plus jamais de détective sous ce toit.

Mathias accusa le coup. Lukas en profita pour dégager son bras de son emprise et se rua dans sa chambre. Il était en train de refermer la porte quand Mathias sortit de sa léthargie, et eut le réflexe de lancer son pied en avant pour le caler entre la porte et son chambranle, ce qui lui fit faire le grand écart.

Et ce qui le fit également beaucoup grimacer parce que Mathias n'était pas un exemple de souplesse, loin de là.

Lukas grommela dans son coin tandis que Mathias se releva, prenant soin de garder son pied bien dans l'entrebâillement de la porte. Il avait l'air ridicule mais Lukas ne le regardait même pas pour le coup. Enfin, il posa une main sur le battant et obligea Lukas à se reculer et le laisser pénétrer dans la pièce.

- Lukas, je peux pas te laisser comme ça. Y a vraiment quelque chose qui va pas, là. Qu'est-ce que c'est cette histoire d'abord ? Tu déménages ?

Lukas lui tourna le dos et partit s'affaler dans son vieux fauteuil. Il attrapa machinalement le journal du jour qui était plein de petits trous depuis qu'il avait découpé certains articles ou passage de dossier sur les évènements de la veille.

Mathias osa faire un pas dans la pièce et vint s'asseoir sur le lit, près du fauteuil. Lukas continuait de l'ignorer. Se pourrait-il qu'il déménage vraiment ? se demandait-il. Mais pourquoi cela le mettait-il dans des états pareils ? Déjà hier matin, quand il l'avait trouvé sur le carrelage de la salle de bain, les yeux bouffis…

Les sourcils froncés, il scruta intensément Lukas. Celui-ci finit par lui jeter mollement le journal à la figure, sans grande conviction.

- Je ne déménage pas. Bien sûr que non, idiot, marmonna-t-il

- Alors pourquoi n'y aurait-il plus de détective sous ce toit ?

Lukas poussa un profond soupir. Il sembla tout à coup si fatigué aux yeux de Mathias. Ce dernier se rapprocha un peu plus de lui et posa de nouveau sa main sur son bras.

- Lukas, je t'en prie, tu vas pas bien, ça se voit, alors parle.

Après avoir soufflé un bon coup, Lukas se résolut finalement à lui raconter son entretien avec l'inspecteur. Mais c'était bien pour que Mathias arrête de lui casser les oreilles. C'était déjà bien assez pénible de s'entendre pleurnicher intérieurement sur sa condition…

Mais cela ne fit que rendre d'autant plus bavard Mathias :

- Quoi ?! s'exclama-t-il, mais il peut vraiment faire ça ?

Lukas lui envoya un regard noir.

- Mais… mais je savais pas que tu n'étais pas officiellement détective, moi. Je croyais que tu exerçais vraiment.

- J'exerce… j'exerçais vraiment. Ce n'est pas parce que je n'ai pas de stupides bouts de papier confirmant mes aptitudes que je ne les possède pas.

Un instant de silence, enfin, se réjouit Lukas. Mathias était plongé dans ses pensées.

- ça fait beaucoup d'infos à digérer… avec l'émeraude qui n'était finalement qu'une copie. Je t'avais bien dit que je trouvais qu'il y avait quelque chose de louche. Ah ah, peut-être que je suis plus doué qu'on aurait pu le penser !

Mathias s'était voulu drôle mais il se rendit bien vite compte que son trait d'humour n'avait fait qu'aggraver le regard froid et sombre de Lukas. A dire vrai, ça ne le faisait pas rire non plus…

Il soupira. Il ne voyait pas quoi faire. Son regard se posa sur les trous dans le journal du jour et son esprit tiqua. Il décida de tenter cette piste de diversion.

- Au fait euh… pourquoi tu es partie en trombe hier soir ?

Lukas haussa un sourcil interrogateur.

- Tu sais, quand tu as vu à la télé qu'on avait retrouvé un docteur mort, tu as, euh…

Mathias aurait bien voulu dire « péter un câble » mais il avait peur que Lukas ne le prenne encore plus mal. Par chance, Lukas ne sembla pas prêter attention à son hésitation.

- Le docteur Knutsen.

Mathias hocha la tête, curieux de savoir ce qui avait traversé la tête du détective la veille.

- Je te l'ai dit : j'ai enquêté sur sa mort et j'étais venu présenter le résultat des mes recherches à l'inspecteur parce que j'avais besoin de le prévenir du danger et aussi décrocher une autorisation pour voir le corps.

- Oui, je comprends bien, mais pourquoi ça t'a fait tilt, ce type en particulier ?

Lukas se renfrogna et retomba dans son mutisme, portant une main à son visage.

Mathias constata combien il était expressif, combien il était décontenancé et n'arrivait pas à garder son masque de façade. Cela lui apparut soudain comme une vérité qui coulait de source mais qu'il n'avait jamais pris le temps d'appréhender : Lukas exerçait en réalité un dur contrôle sur lui-même et se cachait derrière une expression impénétrable.


Affaire à suivre…