Il est plus de minuit, donc techniquement on est samedi ! Je vous livre donc le troisième chapitre d'Ascendant.
Je vous remercie également pour vos reviews, vos mises en alerte et en favoris *.*
On se retrouve en bas :)
CHAPITRE 3
La journée dans son ensemble passa rapidement, les cours s'enchaînant plus vite les uns que les autres. Edward n'apparut pas en biologie malgré sa présence à la cantine. Était-ce moi qui le faisait fuir ainsi ? Pourquoi s'évertuait-il à m'éviter ? Des questions supplémentaires à rajouter à la longue liste qui flottait dans mon esprit.
La cloche annonçant la fin des cours fût néanmoins accueillie comme une délivrance. Je regagnais rapidement ma camionnette, mais ne fus pas surprise d'y trouver Alice adossée contre la portière conducteur. La place à côté du pick-up était vide, signer qu'Edward était parti.
« Je te ramène ? » me proposa-t-elle.
« Avec ma propre voiture ? » la taquinai-je.
Un immense sourire coupa son visage en deux alors qu'elle me faisait signe de me rapprocher d'elle.
« Donne-moi tes clés. »
Je la regardais, méfiante.
« J'ai déjà conduit ta voiture. De plus, tu ne trouverais pas le chemin même si je te l'indiquais. »
Légèrement froissée par sa remarque, je lui donnais à contrecœur mes clés de voiture. Comme la veille, elle attendit que ma ceinture de sécurité soit bouclée pour démarrer le moteur.
« Tu as préparé tes questions ? » me demanda-t-elle avec un clin d'œil, sans toutefois dévier de la route.
Haussant un sourcil avec un air de défi, je fouillais dans mon sac avant d'en sortir une feuille sur laquelle j'avais notée plusieurs questions. J'avais peur d'oublier un élément si je ne le notais pas. Examinant ce que je tenais dans la main, Alice rigola, ce son ressemblant à celui des clochettes. Le trajet se passa tout en légèreté, mon amie soupirant en découvrant que j'écoutais de la musique classique, avant de projeter une sortie shopping. Malgré mes efforts pour lui faire comprendre que le shopping me révulsait, elle ne céda pas. Saleté de lutin envahisseur.
Plus nous approchions de la maison Cullen, plus mon estomac se nouait. Je remarquais que ma voisine me jetait des coups d'œil, sans pour autant commenter et je l'en remerciais silencieusement. D'un coup, alors que nous venions de passer un pont en pierre qui se situait à quelques kilomètres de Forks, Alice bifurqua sur le petit sentier que nous avions emprunté hier. Je regardais attentivement autour de moi, constatant que je n'avais pas du tout fait attention au paysage la veille. Les arbres s'enchaînaient, ombrageant le sentier qui n'était pas aussi cabossé que je l'aurais pensé. Soudain, nous débouchâmes sur une grande clairière, au milieu de laquelle trônait une magnifique maison. Haute de trois étages, la maison était entièrement recouverte de bois et de pierres foncées, lui donnant un aspect chaleureux incontestable. Les murs étaient pour la plupart vitrés, comme je l'avais déjà constaté la veille.
Alors que nous descendîmes du pick-up, j'entendis au loin le bruit d'une rivière, légèrement perceptible au milieu du bruissement des arbres. Alice me rejoignit rapidement, avant de me prendre la main et de me tirer vers la maison, comme à son habitude.
« Nous sommes là » cria-t-elle en ouvrant la porte.
Elle m'arracha quasiment mon coupe-vent pour le suspendre à la patère, puis elle posa ses mains sur mes épaules et de me dirigea manu militari vers la salle à manger. Seuls Carlisle et Jasper y étaient, assis côte à côte autour de la grande table ronde, jouant aux échecs. Sans même leur demander leur avis, Alice saisit l'échiquier et le balança dans sa mallette. Son compagnon lui lança un regard mauvais tandis que Carlisle soupirait, visiblement habitué aux manières de sa fille.
« Bonjour Bella » me salua-t-il en levant ses yeux dorés vers moi. « Assieds-toi, je t'en prie. »
Alice me désigna la chaise à sa droite, étant elle-même assise à côté de Jasper. Docilement, je pris place. Quelques secondes plus tard, Rosalie apparut, rapidement suivie d'Esmée qui me baisa le front. Pendant que la belle blonde s'installait, raclant excessivement sa chaise au sol, Esmée disparut dans la cuisine.
« Quand reviennent tes frères ? » demanda Carlisle.
« Dans deux minutes » répondit calmement Alice tout en caressant la main de Jasper, posée entre eux sur la table.
La tendresse que je perçus entre eux fit battre mon cœur plus rapidement. Depuis toujours, ma mère disait que j'étais une incurable romantique, rêvant d'un amour parfait à partager avec une âme-sœur, d'une demande en mariage parfaite et d'une longue vie heureuse. Certains appelaient ça une vie clichée, mais je ne l'avais jamais considérée ainsi. Désormais, en voyant le comportement d'Alice et de Jasper, je ne pouvais m'empêcher d'espérer avoir un jour le droit à un tel bonheur.
Jasper interrompit sa contemplation d'Alice pour m'examiner fixement. N'osant pas croiser son regard, je m'appliquai à observer les murs épurés de la pièce. La décoration sobre n'enlevait en aucun cas l'aspect chaleureux de cette maison. Des toiles étaient accrochées sur les murs, mélangées à diverses photos. Quelles soient en couleurs ou non, les photos représentaient divers moments de la famille Cullen. Un portrait de famille les représentait tous, Esmée et Carlisle assis au milieu de la photo sur une causeuse, tandis que leurs enfants les entouraient. Leur beauté était indéniable et aurait fait paraître n'importe quel top model insipide à côté d'eux.
Une photo en particulier attira mon attention. Noire et blanche, on pouvait y voir Edward assis derrière un magnifique piano noir à queue. Sa tête était légèrement penchée vers les touches et ses yeux fermés reflétaient sa concentration extrême. Il était réellement magnifique, semblant emporté par sa musique. Ses doigts donnaient l'impression de caresser le clavier, d'y danser. Le visage d'Edward ne m'avait jamais paru aussi calme, aussi détendu et heureux que sur cette photo. Mon souffle se coupa et mon cœur battit plus vite à la vue de ce dieu grec.
Malgré mon inspection, je continuais de sentir le regard de Jasper sur ma personne et m'efforçais de ne pas rougir. Je fus sauvée par le retour d'Esmée, qui posa devant moi une tasse de thé.
« Merci beaucoup » lui souris-je timidement.
Elle balaya mon remerciement d'un geste de la main avant de s'assoir à côté de Carlisle, face à moi.
Soudainement, tous relevèrent la tête vers la baie vitrée, d'où Edward et Emmett émergèrent après quelques instants. Celui-ci me lança un grand sourire, dévoilant ainsi une dentition des plus parfaites, avant de s'assoir à côté de moi. Une fois assis, il embrassa rapidement la joue de Rosalie, qui était à sa droite. Edward, quant à lui, s'installa entre Esmée et elle, puis m'adressa un léger sourire qui fit louper quelques battements à mon coeur. Me maudissant intérieurement pour de telles réactions, j'eus l'occasion de me distraire lorsque Carlisle prit la parole.
« Comme nous le savons, nous sommes réunis pour répondre aux questions de Bella suite aux évènements d'hier soir. »
Un sifflement enragé me parvient de la droite, provenant probablement de Rosalie. Emmett passa un bras autour de ses épaules et replia sa jambe gauche sur la droite, affichant une totale décontraction. Carlisle choisit toutefois d'ignorer cette intervention.
« Bella, nous te révèlerons la vérité. Toutefois, cette vérité peut te mettre en danger si elle venait à être découverte. Il te faut donc promettre de ne rien révéler à personne, pas même à ton père. »
Ma gorge était totalement nouée d'anxiété, si bien que je fus incapable de prononcer le moindre mot. J'hochai donc la tête, essayant de conserver le peu de dignité qu'il me restait. Jasper bougea sur sa chaise, visiblement mal à l'aise. Alice passa sa main dans ses boucles dorées et sourit à son compagnon avant de poser sa tête sur son épaule. J'étais soufflée par la facilité avec laquelle les membres de cette famille se montraient tactiles avec leurs compagnons. Je n'avais pour exemple que mes parents, divorcés après ma naissance, puis ma mère et Phil, lesquels étaient plutôt du genre mots doux. Examinant le reste de la famille, je constatais qu'Esmée caressait la main de Carlisle de son petit doigt. Seul Edward restait imperturbable, les yeux fixés sur la table devant lui. Un instant, je me réjouis en constatant qu'il n'avait pas de compagne dans cette maison, mais cette pensée me fit sentir incroyablement égoïste et stupide.
« Bella, quelle est ta première question ? » m'interrogea Carlisle, me coupant dans mes pensées.
« Je… vous… »
Je me raclai la gorge, souhaitant retrouver une voix convenable et dénuée de toute peur.
« Vous n'êtes pas humains. » Ça sonna comme une affirmation, et non comme une question.
« Non, nous ne le sommes pas » confirma Carlisle.
« Qu'êtes-vous ? »
Mon cœur sembla exploser dans ma poitrine tandis que la question jaillit de mes lèvres. Dans quelques secondes, j'allais enfin savoir toute la vérité, savoir pourquoi Edward m'avait agressée, pourquoi ils ne mangeaient pas, pourquoi ils étaient tous froids et pâles avec des yeux dorés.
« Comment te le dire sans t'effrayer… » Carlisle hésita, se mordant la lèvre. Tous semblaient réfléchir à la question, ne sachant pas comment m'annoncer la vérité.
« Nous sommes des vampires. »
La voix de Rosalie claqua dans le silence, m'arrachant des frissons. Toutes les têtes se tournèrent vers elle, à l'exception de la mienne. Figée, je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à la révélation de la blonde. Des vampires. Les Cullen étaient des vampires.
« Rose ! » râla Esmée.
« Quoi ? » s'étonna-t-elle. « Vous n'avez qu'à vous en prendre à Edward ! Nous ne serions pas dans cette situation s'il savait se tenir. »
Une chaise se fracassa au sol puis un grondement sourd s'éleva dans la pièce. Apeurée, je relevai la tête pour constater qu'Edward s'était écarté de la table et grognait en direction de sa sœur, qui s'était également levée pour lui faire face. D'un coup, une vague de calme s'empara de moi, apaisant mon cœur. Les deux duellistes semblèrent également touchés par ce calme, puisqu'Edward quitta sa posture agressive pour se rassoir à sa place. En revanche, la belle blonde tourna sa fureur vers moi, me dévisageant de ses yeux désormais noirs.
« Ce n'est qu'une humaine » cracha-t-elle. « Pourquoi la ménagerions-nous ? Elle représente un danger pour notre famille. »
« Rosalie, calme-toi » ordonna Carlisle.
« Personne ne vous dit qu'elle n'ira pas voir le premier venu pour tout lui raconter. Les Volturi s'en mêleront et nous serons tous condamnés ! »
Emmett se leva et la balança sur son épaule d'un mouvement brusque, avant de l'emmener sur la terrasse. Rosalie cria, mais ses hurlements furent rapidement atténués lorsqu'Emmett ferma la baie vitrée derrière eux. Les regards convergèrent alors tous vers moi, provoquant mes rougissements. Mon cœur battait puissamment dans ma poitrine, signe que je ne m'étais toujours pas remise de la nouvelle. Je baissai les yeux vers mon thé, le regardant refroidir, sans toutefois être capable de le boire, le nœud dans ma gorge refusant de disparaitre. Alice se pencha vers moi, me serrant doucement le genou. Je sursautai au contact glacial de sa paume, malgré l'épaisseur de mon jean. Carlisle se racla la gorge, attendant patiemment que je relève les yeux vers lui pour poursuivre ses explications.
« Rosalie dit la vérité. Nous sommes des vampires. »
Notant la panique dans mon regard, il me promit que ni lui, ni sa famille, ne me feraient de mal.
« Nous nous considérons comme végétariens, car nous ne chassons pas l'être humain. Nous ne voulons pas être des monstres, nous nous nourrissons exclusivement d'animaux. »
Bouche-bée, je ne pus m'empêcher d'éprouver une vague d'admiration pour ces vampires qui combattaient sans cesse leur nature afin de ne pas être des monstres. J'admirais leur choix de vie, leur choix de ne pas se conformer à l'image typique du vampire. Ils m'impressionnaient. Je comprenais enfin pourquoi ils ne mangeaient aucune nourriture humaine !
« Que s'est-il passé dans les bois hier soir ? » questionnai-je.
A ce souvenir, Edward se tendit sur sa chaise et fuit mon regard. Je n'insistai pas. Autant lui que moi étions marqués par ces évènements, chacun à notre propre manière.
« Il arrive dans la vie d'un vampire de rencontrer des fragrances extrêmement tentantes. Chaque humain a un fumet qui lui est propre et chaque odeur aura des conséquences différentes en fonction du vampire qu'il croise. Certaines seront plus fortes que d'autres. »
Du coin de l'œil, j'aperçus qu'Edward bougeait maladroitement sur sa chaise, comme s'il avait envie de quitter cette pièce au plus tôt. Carlisle ne prêta pas attention à son fils, entièrement concentré sur moi.
« Par exemple » continua-t-il, « l'odeur de ton sang ne m'affecte presque pas. Il en va de même pour Esmée ou Alice. En revanche, Edward est particulièrement affecté par l'odeur de ton sang. »
« Vous voulez dire que… »
« Je voulais te boire hier soir » m'interrompit Edward.
Surprise de son intervention, je relevais le regard vers lui. Ses yeux dorés me fixaient, faisant battre mon cœur plus rapidement.
« Ton sang est extrêmement tentant pour moi. Dès que je t'ai sentie dans la salle de biologie, je t'ai voulue. J'ai essayé de combattre mes instincts, de ne pas t'aborder ou te faire de mal… »
Edward baissa rapidement la tête, honteux. Il était en train de m'avouer ses faiblesses et en avait honte.
« Je suis désolé de ne pas avoir réussi à résister » murmura-t-il.
Ma gorge se noua devant sa vulnérabilité. Edward était un vampire qui voulait dangereusement me vider de mon sang, il m'avait agressée dans les bois, voulant me boire entièrement. Toutefois, j'étais là, assise devant lui, à le regarder se morfondre alors que j'étais vivante.
« Edward » chuchotai-je.
Il ne releva pas la tête, gardant son regard fixé sur la table devant lui. Exaspérée de ne pas réussir à attirer son attention, je me levai doucement et pris place sur la chaise qu'occupait Rosalie. M'installant à ses côtés, je le sentis se tendre alors que toute sa famille retenait sa respiration.
« Edward » répétai-je doucement. « Tu n'as pas à t'en vouloir. Je suis vivante. »
« Uniquement parce que ma famille est arrivée ! » claqua-t-il. « Autrement tu serais morte. Par ma faute. »
Serrant la mâchoire, il me dévisagea.
« Je suis à côté de toi et tu résistes très… »
« Ce n'est pas aussi facile que tu le crois. Je dois chasser tous les jours pour pouvoir ne serait-ce que te croiser dans les couloirs du lycée et ne pas te tuer ! Je dois me contenir, réprimer mes instincts les plus naturels pour ne pas te sauter dessus et boire ton sang ! Alors ne dis pas que je résiste bien. Ne pense jamais que tu es en sécurité avec moi. »
Soufflée par ses révélations, je ne sus quoi lui répondre. Il était persuadé de représenter un danger pour moi. Affrontant ma peur de lui, j'osai poser ma main sur son avant-bras, le caressant doucement de mon pouce.
« Je te fais confiance. Si tu as réussi à ne pas me boire dans les bois, tu ne le feras pas maintenant. D'autant plus que tu es au courant de ton attirance pour mon sang, tu pourras la combattre plus facilement. Tu ne seras plus pris au dépourvu. »
« Bella » marmonna-t-il. « Si seulement tout était aussi facile que tu le penses. »
Edward plongea ses yeux dans les miens, le doré dans le chocolat, la glace dans le feu. Ses yeux semblaient scintiller tels deux diamants. Mon cœur s'arrêta de battre, avant de repartir de plus belle tandis que ma gorge s'assécha pour ne devenir qu'un désert aride. Je déglutis tant bien que mal, alors qu'Alice faisait glisser la tasse de thé, maintenant tiède, dans ma direction, un sourire espiègle barrant son visage. Edward tourna la tête vers elle, rompant le contact entre nous, puis ferma les yeux. Je profitai de cet échange pour boire mon thé, espérant qu'il me donnerait la force d'assumer de nouvelles révélations.
« Bella » m'appela Carlisle.
Je dirigeai mon regard vers lui, toute peur m'ayant quittée. Les Cullen ne me feraient jamais de mal, j'en étais désormais certaine. Edward m'avait agressée, certes, mais lorsque je voyais tous ses regrets, je ne pouvais m'empêcher de croire que non, je n'avais pas à avoir peur d'eux.
« Je sais que vous êtes incroyablement rapides. Quelles sont vos autres capacités ? » demandai-je.
Carlisle sourit, heureux de constater que je n'avais pas peur d'eux.
« Nos sens sont très développés : nous entendons, voyons et sentons à des kilomètres. Nous sommes effectivement rapides et forts. »
Cette dernière remarque me fit immédiatement tourner la tête vers la baie vitrée par laquelle étaient sortis Rosalie et Emmett. Celui-ci était l'incarnation de la force vampirique.
« Certains vampires sont également dotés d'autres dons » poursuivit Alice. « Par exemple, Jasper peut ressentir les émotions des personnes qui l'entourent et les influencer… »
« C'était ça ! » m'exclamai-je en pointant ce dernier du doigt. « C'était toi la vague de calme que j'ai ressentie quand Edward et Rosalie se disputaient ! »
Jasper émit un petit ricanement avant d'hocher la tête. Imperturbable, Alice reprit.
« Je peux voir l'avenir. »
« Tu… tu peux… tu peux voir l'avenir ? » bafouillai-je.
« Oui » répondit-elle calmement. « Et Edward peut lire dans les pensées. »
Troisième choc. Edward pouvait lire dans les pensées. Il fallait que je me calme pour ne pas paraître folle à ses yeux. J'essayai par tous les moyens de retrouver une forme de pensée de normale, mais il s'avérait que c'était mission impossible. Le rire d'Alice résonna dans la pièce.
« Rassure-toi Bella, tes pensées me sont inaccessibles. »
Effarée, je me tournai vers Edward.
« J'aurais un problème ? » m'enquis-je.
Toutes les personnes dans la pièce éclatèrent de rire. Esmée se leva et s'approcha de moi pour me caresser les cheveux, avant de se saisir de ma tasse vide pour la rapporter à la cuisine.
« Nous venons de t'annoncer que nous sommes des vampires, que certains d'entre nous ont des dons particuliers, et tu penses que c'est toi qui a un problème ? » rigola Edward. « Tu es vraiment incroyable. »
Gênée par ce commentaire, je baissai la tête pour cacher le rouge qui me montait aux joues. Mon regard tomba alors sur le bras d'Edward, où ma main reposait toujours. Je la retirai vivement, n'ayant pas l'intention de m'enfoncer encore plus dans mon embarras.
Mon cerveau me donnait l'impression de surchauffer, frappé par toutes ces nouvelles révélations surnaturelles. Bien que je me fusse doutée que les Cullen n'étaient pas humains, il y avait une grande différence entre y penser et se le voir confirmer.
Le carillon de l'horloge me ramena à la réalité. Il était déjà plus de dix-neuf heures et Charlie allait s'inquiéter si je ne rentrais pas bientôt à la maison.
« Je vais devoir y aller » annonçai-je maladroitement tout en me levant.
« Bien-sûr » acquiesça Carlisle. « Alice va te ramener. »
Je souris timidement au patriarche avant de me diriger vers l'entrée, accompagnée de mes hôtes. Alice me tendit mon coupe-vent avant de saisir les clés de ma camionnette sur la console.
« Je vais raccompagner Bella chez elle » proposa Edward alors qu'Alice ouvrait la porte.
Stoppant tout mouvement, je me tournais vers lui, pas certaine d'avoir bien compris sa phrase. Toutefois, le sourire d'Alice ne trompa personne. Elle lança les clés à son frère avant de m'embrasser sur la joue et de me souhaiter bonne soirée. Tel un feu follet noir (cheveux) et blanc (peau), elle sauta sur le dos de Jasper avant qu'ils ne se dirigent ensemble vers l'étage. Esmée revint de la cuisine, jetant un coup d'œil anxieux à Edward. Ce dernier me tint la porte tandis que je sortais sur le perron, remerciant au passage Carlisle et Esmée pour leur accueil et leurs réponses.
« Tu seras toujours la bienvenue Bella » m'assura Esmée.
Carlisle passa un bras autour des épaules de sa femme, puis me sourit.
« Si tu as d'autres questions, n'hésites pas à venir nous voir. »
« Promis. »
Alors que j'allais leur tourner le dos, j'eus le temps de remarquer le regard que Carlisle jeta à Edward. Ce dernier hocha la tête, avant de glisser sa main dans le bas de mon dos pour me guider jusqu'à ma voiture, sans toutefois me toucher réellement. Après s'être installés dans la cabine, j'adressai un dernier signe de main aux parents d'Edward tandis que ce dernier faisait gronder le moteur.
« C'est très frustrant » grommelai-je à peine partis.
« Quoi donc ? » s'étonna mon voisin.
« Que tu répondes aux pensées des autres. »
Edward s'esclaffa.
« Tu vas t'habituer » dit-il en amorçant son magnifique sourire en coin.
Nous avions désormais atteint la route principale. Les phares épousaient le bitume, tandis que les arbres ne dessinaient plus qu'un immense mur noir le long de la route. Edward abordait une conduite souple mais rapide, du moins autant que pouvait le supporter mon pick-up.
« Qu'est-ce que Carlisle t'a dit ? »
Edward tourna ses yeux d'ocre vers moi, mais le véhicule ne dévia toutefois pas de sa trajectoire. Je pris soudainement conscience de la question plus qu'indiscrète que je venais de poser. Embarrassée, je baissai les yeux vers mes mains. J'espérais ne pas avoir froissé Edward. Ce dernier soupira et un ange passa.
« Il m'a demandé si j'allais me contenir » souffla-t-il finalement.
Son ton laissait penser qu'il craignait de m'effrayer avec son aveu. J'hochai la tête, pas certaine de trouver une réponse appropriée. Qu'est-on censé répondre à un vampire qui vous parle de son contrôle vis-à-vis de son envie de boire votre sang ?
« Tu sembles te contrôler. »
« Bella… » soupira-t-il. « Ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air, crois-moi. Je pourrais te tuer si facilement… »
« Alice ne t'aurait jamais laissé me ramener s'il y avait le moindre risque. Elle aurait vu si tu allais me tuer, non ? »
Edward tourna brusquement sa tête vers moi en haussant un sourcil étonné. Ses lèvres se tordirent en un sourire léger, avant qu'il ne reporte son attention sur la route.
« Tu as été très attentive, tout à l'heure. »
« Quel aurait été l'intérêt de venir, sinon ? »
Il ne répondit pas, se contentant d'un rapide regard. Quelques minutes passèrent, mais le silence ne m'oppressait pas. Comme avec Angela, j'avais l'agréable sensation de ne pas avoir besoin de combler les blancs.
« Qu'as-tu dans ton lecteur ? » demanda soudainement Edward en tendant la main vers l'autoradio.
Avant que je n'aie le temps de répondre, Edward appuya sur la touche Play du lecteur et Clair de lune emplit l'habitacle. Il tourna vers moi un regard surpris, auquel je ne pus que répondre par un rougissement. Son regard devint soudainement très tendre.
« Debussy fait partie de mes compositeurs préférés » confessa-t-il.
Mon cœur accéléra sa course devant son doux sourire. Cet homme perturbait définitivement mes réactions corporelles, me rendant plus pathétique qu'une héroïne de série B. Toutefois, je n'arrivais pas à me défaire de cette attraction qui me ramenait sans cesse à lui. Je n'avais plus peur de lui. J'avais bien compris qu'il ne me ferait pas de mal intentionnellement et qu'Alice veillait au grain. Toutefois, j'étais effrayée par moi-même et les réactions que je pourrais avoir vis-à-vis de lui. J'étais tellement imprévisible ! Un sourire de sa part et me voilà à ses pieds. Pathétique.
Le moteur du véhicule qui se coupa me fit remarquer que nous étions garés devant chez Charlie. La lumière du proche était une fois de plus allumée, signe que Charlie m'attendait. Incertaine, je me tournai vers Edward. Ce dernier avait le visage illisible, même si l'or de ses yeux était flamboyant.
« Je suppose que tu vas rentrer à pied ? » le taquinai-je, repensant à Alice qui avait fait de même la veille.
Edward m'adressa un sourire énigmatique avant de sortir de la voiture et de venir m'ouvrir la porte côté passager. Surprise par cette manière inculquée à une autre époque, je mis quelques secondes avant de sortir de la camionnette.
« Merci » souris-je.
Edward claque la portière derrière moi puis me tendit mes clés de voiture. Attrapant le trousseau, mes doigts effleurèrent les siens. Une fois de plus surprise par ce touché glacé, je levai la tête vers mon accompagnateur mais me figeai. Ses yeux incandescents me brûlaient littéralement de l'intérieur, mon cœur battait à tout rompre et mon estomac se retournait délicieusement. Edward baissa le regard vers moi, permettant à son souffle glacé de frapper mon visage. Je humai délicatement son odeur, qui était à la fois sucrée et épicée. Un vrai délice. Fermant les yeux, je tendis le cou vers l'origine de cette merveilleuse odeur, afin de la graver dans ma mémoire. Mon cœur se serra un peu plus alors que je m'imaginais m'endormir entourée de cette délicieuse odeur.
Soudainement, Edward me saisit par les épaules et instaura une distance entre nous. Figée par la honte, je n'osai ouvrir les yeux.
« Tu ferais mieux de rentrer » me souffla Edward.
N'ouvrant toujours pas les yeux, j'hochai la tête. Son souffle glacé et parfumé ne me parvenait plus, signe qu'il avait coupé sa respiration pour mieux supporter mon odeur. Pourquoi devait-il souffrir à mes côtés ? La colère que je ressentais face à cette injustice me donna assez de courage pour ouvrir les yeux et affronter le regard d'Edward. Toutefois, alors que je m'attendais à rencontrer un regard énervé, ses yeux n'étaient que tendresse.
« Ton père te trouve trop longue à rentrer, il va venir voir ce qu'il se passe » m'informa-t-il.
Le retour à la réalité fut brutal, désagréable. Le moment qui venait de s'écouler était intense, intime. La mention de Charlie venait de tout détruire, de briser notre bulle.
« D'accord… » marmonnai-je.
Edward m'adressa son inimitable sourire en coin avant de me presser la main.
« Dors bien, Bella » murmura-t-il doucement en me contemplant de ses yeux d'or.
« Bonne nuit Edward » lui répondis-je sur le même ton.
Edward pressa une dernière fois ma main puis reprit la route que nous venions de faire en sens inverse. Ses cheveux roux s'agitaient sur sa tête, me permettant de le suivre des yeux jusqu'à ce qu'il ne soit englouti par l'obscurité environnante. Une fois le bruit de ses pas éloigné, je me dirigeais vers la porte.
Le présentateur sportif s'égosillait alors que les scores étaient apparemment très serrés. Charlie me jeta à peine un coup d'œil en me saluant avant de reporter son attention sur l'écran plat. J'étais soulagée du peu d'attention qu'il me portait ce soir-là, ne me donnant ainsi par l'occasion de devoir inventer une excuse pour mon comportement des plus étranges. En effet, il me semblait que j'étais bien trop heureuse pour paraitre normale : mon cœur n'arrivait pas à retrouver un rythme normal et mes joues devaient certainement avoir la couleur des crevettes.
Je m'efforçais de retrouver un comportement normal tout en préparant le dîner. N'ayant pas la force d'élaborer une recette sophistiquée, je me contentais simplement de jeter deux filets de poisson dans un court-bouillon avant de préparer du riz. Nous passâmes rapidement à table, mais nous ne nous parlâmes pas, Charlie étant trop absorbé par son match.
Après avoir nettoyé la vaisselle et fais mes devoirs, je pris une douche chaude, espérant ainsi détendre mes muscles pour la nuit à venir. J'avais l'impression d'être branchée sur ressors depuis qu'Edward m'avait quittée, ce qui allait certainement m'empêcher de dormir si je n'arrivais pas à me calmer.
Edward m'obsédait totalement. Une partie de moi, désormais infime, avait peur qu'il ne puisse résister à la tentation de mon sang et me tue. Toutefois, l'autre partie se sentait étrangement en sécurité à ses côtés, comme si elle savait que je n'avais rien à craindre de lui. Rassurée par le don d'Alice et la présence de sa famille, je décidais qu'Edward ne pourrait jamais me faire de mal intentionnellement, qu'il serait arrêté avant même de pouvoir faire quoique ce soit. De plus, Edward m'avait prouvé qu'il voulait résister à la tentation, qu'il ne voulait pas être un monstre.
Alors que je rejoignais Morphée, je décidai de m'abandonner à cette idée et de faire totalement confiance à Edward. Il ne me ferait jamais de mal, je le savais.
J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu, et que la grande révélation ne vous aura pas déçus ? Faites-le moi savoir en commentaire :)
Prenez soin de vous et à samedi prochain !
