Bien le bonjour tout le monde !
J'espère que vous passez de bonnes vacances :) Je ne sais pas si c'est le cas partout, mais par chez moi, le temps est extrêmement changeant. Si c'est aussi le cas dans votre coin, j'espère que vous n'en souffrez pas trop. (mais j'avoue, en toute bonne sadique, j'imagine les plagistes se retrouver sous des trombes d'eau. Ouh, méchante que je suis…)
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Hong Kong : Jia Long Wang
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 10 : La panique du détective
- Allô ? Allô ? répétait Jia Long à l'autre bout du fil
Mais Lukas était totalement déconnecté.
Emil avait disparu. Le docteur Knutsen assassiné et maintenant Emil disparu ? Ce n'était pas possible.
Lukas entrapercevait malheureusement une hypothèse. Une hypothèse qui était loin de lui faire plaisir. Il tentait de se calmer intérieurement car c'était la panique. Il avait envie de s'ôter de la tête cette hypothèse qui s'installait peu à peu insidieusement dans son cerveau.
Ce fut la main de Mathias sur son épaule qui le sortit de ses pensées.
- As-tu été en communication avec Emil durant les dernières vingt-quatre heures ?
- Bah ouais, hier. Par SMS et sur l'ordi.
- T'as-t-il dit quelque chose en particulier sur aujourd'hui ?
- Euh… il m'a parlé d'une histoire de rendez-vous.
- Avec qui ?
- Sais pas. Il m'a pas dit.
Lukas avait la sensation que Jia Long se retenait d'en dire plus. Ce qui ne faisait qu'accroître l'inquiétude de Lukas et lui donnait brusquement envie d'hurler à travers le combiné. D'une voix posée, il reprit :
- Si tu te sais quoique ce soit, tu es prié de me le dire. Emil n'est pas rentré, ce n'est pas normal.
Un silence lui répondit à l'autre bout du fil.
- Bah en fait, il voulait pas trop que j'en parle. Surtout à toi.
Lukas fronça les sourcils à cette évocation.
- Il m'a pas tout raconté, je pense, mais c'était genre, ouais, un rendez-vous aujourd'hui avec quelqu'un en centre ville. Quelqu'un qu'il voulait pas que tu devines parce qu'il m'a dit que ça te mettrait en pétard et que c'était pas le moment, quoi.
Sa main qui tenait le combiné se mit à trembler. Pourquoi tout concordait ? Pourquoi cela lui semblait être la seule vérité possible ? Lukas aurait tant aimé se tromper sur toute la ligne. Mais plus il en apprenait, moins il avait de doutes. Mais comment était-ce possible ? La gorge sèche, Lukas déclara à Jia Long :
- Si jamais tu avais la moindre info supplémentaire, tu es prié de me contacter directement.
- Bah c'est évident ! Je tiens à Emil, moi aussi !
Lukas fit la moue.
- Et pareil de ton côté. Merci de me prévenir quand il sera rentré. Tu me fais grave flipper.
Lukas marmonna une vague promesse avant de raccrocher. Il jeta un regard dédaigneux à son téléphone et le fourra dans sa poche de pantalon. Il se leva et s'apprêtait à sortir de la chambre quand Mathias l'attrapa par les épaules et l'obligea à faire demi-tour.
- Faut que tu te calmes un peu, Lukas. Il est 19h passées, ok, mais bon… Emil est grand quand même. Il a dix-neuf piges.
Lukas se dégagea.
- Ce n'est pas normal, articula-t-il, les dents serrés. Emil avait un rendez-vous aujourd'hui et je…
- Bah tu vois ! Il est encore en train de profiter, c'est tout.
Mathias haussa les épaules et passa devant Lukas les mains dans les poches.
- Tu crois qu'il est en train de tromper Jia Long ? ça craint un peu, ça, non ?
Lukas le toisait d'un regard noir. Comment pouvait-il oser dire une chose pareille ? Emil n'était pas rentré, ce n'était pas normal, ne cessait-il de se répéter dans sa tête. A l'heure qu'il était, Emil aurait dû se trouver dans sa chambre à jouer aux jeux vidéo.
- Je vais te dire ce qui te frustres, moi, déclara soudain Mathias en s'adossant contre la rambarde de l'escalier, c'est que pour une fois, tu n'es pas capable d'user de ton pouvoir de super détective pour deviner où est et ce que fait ton frère. T'es frustré. Mais y a pas de mal, hein, tu sais. Ça arrive à tout le monde, de s'inquiéter pour sa famille. Ça se comprend.
- Tu as fini de déballer des idioties ? rétorqua sombrement Lukas, Emil a déclaré à Jia Long avoir un rendez-vous de prévu aujourd'hui avec une personne dont il ne voulait pas me parler.
- Pourquoi ?
- Parce que ça m'aurait énervé. Tout se rejoint.
Mathias fronça les sourcils.
- Comment ça ?
Mais Lukas ne sembla pas l'écouter et marmonnait dans son coin, prenant la direction du dernier étage.
- Si on prend en compte l'assassinat du docteur Knutsen…
Mathias ouvrit des yeux ronds. Puis, il se jeta sur Lukas pour le rattraper et l'empêcher de gravir les marches.
- Lukas ! Tu commences à tout mélanger, là !
- Non, pas du tout, répondit d'un ton catégorique Lukas, tu n'y comprends rien.
Mathias souffla et l'attrapa fermement par les épaules alors même que Lukas tentait de se dégager.
- Evidemment que j'y comprends que dalle : tu m'expliques rien ! C'est qui, à la fin, ce docteur Knutsen ? Pourquoi son meurtre t'obsède autant ? Pourquoi tu passes tes jours et tes nuits à constituer un dossier, alors même que tu sais que plus personne ne t'écoutera au poste de police ? Pourquoi tu me prends pas réellement comme un acolyte ? Un confident ? Un ami, quoi ! Pourquoi faut que tu te renfermes sur toi-même ? Tu as besoin de parler à quelqu'un, surtout en ce moment.
La tirade avait arrêté Lukas dans son mouvement. Il ne se débattait plus mais observait Mathias d'un regard intense et pénétrant. Son expression était insondable, ni en colère, ni perplexe, ni incrédule, ni sarcastique. Et ce caractère inexpressif fit prendre conscience à Mathias de tout ce qu'il venait de dire. Il déglutit en imaginant ce qu'il devait se passer dans le cerveau de Lukas, comment il réagirait finalement.
Mais la réaction qu'il attendait ne vint pas.
Il finit par soupirer et relâcha son emprise sur Lukas. Il se frotta la nuque et, un peu gêné, détourna son regard de celui de Lukas, toujours braqué sur lui.
- Désolé, balbutia Mathias, je me suis un peu emporté.
Il tenta le rire candide pour détendre l'atmosphère. Lukas cligna finalement des yeux et détourna à son tour le regard.
- Sincèrement, je pense que tu t'en fais trop. Il y a trop de choses qui sont arrivés dernièrement et ça t'a complètement retourné. T'as besoin de repos. Et Emil rentrera plus tard, c'est tout, ajouta Mathias après un instant de silence
Il trouvait le moment opportun pour aller se planter devant un jeu télévisé bien débile, histoire de se changer les idées. Mais à peine avait-il fait demi-tour que Lukas réagit finalement :
- Même si sur d'autres cas, je peux envisager de réfléchir à ton statut, pour ce qui est de cette affaire… je ne peux pas t'en parler.
- Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?
- Il faut que tu restes en dehors de cette histoire. C'est tout.
- Arrête, tu m'intrigues encore plus. Pourquoi je devrais ?
Lukas observa ses mains. Ce fut comme si tout le stress était tout à coup retombé. Mathias s'inquiéta de le voir repartir comme le matin où il l'avait trouvé sur le carrelage de la salle de bain, le regard hagard. Lukas n'agissait pas du tout comme d'habitude depuis quelques jours. Mathias avait l'impression qu'il passait son temps à s'emmêler les pinceaux, à être obsédé par des choses qui n'auraient pas tant retenu son attention d'ordinaire. Il se préoccupait d'habitude beaucoup de son cadet mais au point de paniquer à 19h du soir à peine parce qu'il n'avait pas croisé son frère, majeur de surcroît ? Et puis même : il n'affichait pas la même distance que d'habitude. Lui aurait-il répondu qu'il pourrait « envisager de réfléchir à son statut » en temps normal ? Serait-il resté ainsi de marbre après sa tirade ? Ne l'aurait-il pas au moins dédaigné vulgairement, y ajoutant une petite pique sarcastique ?
Lukas accumulait des émotions dont il ne parlait pas, depuis son cauchemar jusqu'à sa dispute avec l'inspecteur la veille, en passant par le sentiment d'avoir été trahi par son idole, Mathias en était sûr, et l'assassinat de ce docteur qui occupait vraisemblablement une grande partie de ses pensées.
Face à ce Lukas étrange, il ne savait plus comment réagir. Sa bonne humeur en venait à être entachée. Quand il se retrouvait confronté à quelqu'un de déprimé, Mathias avait pour habitude de se jeter sur la personne et de lui offrir un gros câlin réconfortant. Parce que c'était des fois tout ce dont on avait besoin pour se sentir mieux. Mais il n'osait pas s'imaginer étreindre le détective. Il sentait arriver de loin le câlin rejeté avec violence.
Lukas attrapa finalement son portable et y jeta un coup d'œil. Il n'avait toujours aucune nouvelle d'Emil.
- Je suis sûr qu'il a juste pas entendu son téléphone. Il est peut-être dans un endroit bruyant.
Lukas serra son téléphone avant de se laisser tomber sur les marches.
- Je vais devenir fou, murmura-t-il en se prenant la tête dans les mains
Mathias ouvrit des yeux ronds face à sa réaction. Il s'avança, puis s'agenouilla face à Lukas. Celui-ci avait les yeux fermés. Ne sachant quoi faire, il s'assit finalement à côté de lui et pianota sur ses genoux. Il hésita un moment puis lui tapota le dos.
- Tu as besoin de repos.
Lukas ne dit rien, ne bougea pas, la tête toujours enfoncée dans ses mains.
- Tu pourrais… jouer du violon ? Ça fait longtemps que je t'ai pas entendu jouer.
Lukas releva la tête et observa la porte du salon. Il jeta un dernier coup d'œil à son portable. Mathias le sentit hésiter à ses côtés. Alors, pour l'aider, il lui donna une frappe amicale dans le dos et s'esclaffa :
- Allez ! Et après tu me rétameras aux échecs !
oOo
Mathias était en train de somnoler, la bouche entrouverte accompagnée d'un filet de bave sur l'oreiller. Il perçut inconsciemment du bruit dans la pièce voisine ce qui ne manqua pas de le réveiller. Aussitôt aux aguets, il prêta un peu plus l'oreille.
Ça venait de la chambre d'Emil. Il était donc revenu, voilà tout.
Mathias lorgna d'un œil brumeux sur son réveil : 5h. Il grommela. Il avait encore une demi-heure avant que ne sonne l'heure de se préparer mais comment se rendormir dans un si court laps de temps ? La poisse…
Il se leva alors et bailla tout son saoul. Il se gratta le bas du dos tout en enfilant ses chaussons et traina la patte jusqu'à la sortie. Dans le couloir, il s'arrêta net.
La porte d'en face était grande ouverte, la chambre en bazar ce qui était tout à fait normal, mais pas d'Emil en vue. Seulement Lukas qui se tenait debout dans la pièce. Il était encore habillé comme la veille, son teint était plus pâle qu'un cachet d'aspirine, et il tremblait. Il tremblait de tout son corps.
Intrigué, Mathias s'approcha. Il aperçut alors une feuille noirci à l'encre que Lukas froissait entre ses mains, les dents serrées. Au moment où il s'apprêtait à demander ce qui se tramait, Lukas fit volte-face, furieux. Il ne s'attendait clairement pas à tomber nez à nez avec Mathias.
Son visage se crispa et il se referma aussitôt comme une huître. Puis, il passa devant Mathias sans lui accorder un regard. Cependant, Mathias l'attrapa par le poignet.
- Attends !
Son cœur battait fort dans sa poitrine. Si Emil n'était pas dans sa chambre et si Lukas avait l'air à ce point dévasté, est-ce que cela voulait dire que… Mathias déglutit avec difficulté. Il se sentait coupable.
- Emil, il…
- N'est pas rentré, grommela Lukas
Il se dégagea violemment de la prise de Mathias et dévala les escaliers en froissant un peu plus la lettre qu'il avait en main. Mathias demeura seul dans la chambre d'Emil, penaud et inquiet. Puis, il courut dans le sillage de Lukas. Vu la fureur qui semblait s'être emparée de lui, il redoutait ce que pourrait faire le détective pour retrouver son cadet. D'autant qu'il n'avait vraisemblablement pas dormi de la nuit.
- Lukas, Lukas ! Lukas, attends !
Il trébucha dans les escaliers menant au rez-de-chaussée mais se rattrapa de justesse. Lukas était déjà en train d'enfiler sa veste. Mathias se jeta carrément sur lui mais Lukas le repoussa.
- Je le savais ! s'écria-t-il, je le savais. J'aurais dû me fier à mon instinct et partir à sa recherche dès que j'ai eu des doutes.
- Lukas, calme-toi !
Il l'attrapa par les épaules et le secoua.
- Calme-toi, tu ne pouvais pas savoir que…
- Si. Si, je le savais ! Et encore une fois, ce… cette pourriture !
Il cracha ce mot avec une telle haine que Mathias se figea.
- Cette pourriture a fait des siennes ! Et c'est la pire erreur qu'elle pouvait commettre. S'en prendre à Emil.
Il serra le poing, fourra la boulette de papier qu'était devenue la lettre à force de la froisser, et attrapa les clés de la voiture. Mathias sortit aussitôt de son incrédulité et les lui arracha des mains.
- Rends-les-moi.
- Tu n'es pas en état de conduire.
- Tout de suite.
Les rouages du cerveau de Mathias s'étaient rapidement mis en marche. Peut-être Lukas n'allait-il pas bien ces derniers jours, mais Mathias aussi s'inquiétait pour Emil et il imaginait très bien l'angoisse de Lukas. Son petit frère était sa seule famille, apparemment. Lukas n'était pas fou à ce point : il avait visiblement trouvé des preuves qu'Emil avait bien été enlevé. Et il savait qui c'était. C'était suffisant pour Mathias. Mais il était dans un tel état de fureur qu'il ne pouvait pas envisager de le laisser partir seul.
- Non. Je viens avec toi dans ce cas.
- Je t'ai dit de rester en dehors de cette histoire.
- Mais pourquoi ? Moi aussi je m'inquiète pour Emil ! Moi aussi je veux le retrouver ! Et puis, tu… je suis aussi super inquiet pour toi ! Tu ne vas pas bien, Lukas ! Et si tu cours après une nouvelle espèce de taré, je ne te laisserais pas y aller seul. Tu n'es pas en état !
- Tu ne peux pas m'accompagner sur ce coup-là. Je dois être seul !
- Donne-moi une seule bonne raison !
Il le regarda bien droit dans les yeux et Lukas soutint son regard, ouvrant et fermant la bouche à la recherche de ses mots. Pour la première fois, il avait en face de lui un Lukas incertain. Mathias patienta. Lukas déglutit, le regard fuyant.
- Je ne peux pas me permettre de perdre encore une fois une personne qui m'est chère.
Il baissa la tête, et, alors que Mathias écarquillait les yeux, il attrapa les clés et s'enfuit de la maison.
Affaire à suivre…
