Bonjour à tous o/

J'adooooooore voir vos réactions dernièrement, tellement jouissif x)

Le montage du spin-of progresse. La vidéo devrait sortir en août ;) (et à force de reprises, je me rends compte d'erreurs grossières de ma part OTL Mais vu que c'est dans la boîte, il n'y a rien à faire… C'est en forgeant qu'on devient forgeron, hein ? Et c'est aussi en se tapant sur les doigts avec le marteau qu'on apprend à l'utiliser ah ah).

Bref ! Un chapitre pleins de réflexions et surtout… de pavés ! J'espère que vous ne vous embêterez pas trop…

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 10 : A la frontière des secrets

Mathias demeurait comme deux ronds de flanc, en pyjama, dans le hall d'entrée. Les derniers mots de Lukas résonnaient étrangement dans son esprit, se répétant en boucle.

« Je ne peux pas me permettre de perdre encore une fois une personne qui m'est chère. »

Il n'était pas sûr de savoir ce qui le perturbait le plus, entre le « encore une fois » et le « une personne qui m'est chère. » Il n'était pas fou ? Lukas venait bien de lui faire comprendre que Mathias comptait dans sa vie ? Il venait bien de le placer au-dessus du la case colocataire, là, non ? Et qui d'autres avait-il perdu au cours de sa vie ? Pas son frère quand même ? Lukas n'était pas dérangé au point de considérer Emil comme déjà perdu ? Il ne serait pas parti avec une telle rage au ventre si ça avait été le cas. N'est-ce pas ? Mais alors qui ?

Mathias n'y comprenait plus rien. Il tentait de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre mais tout demeurait flou. Décidément, il ne connaissait vraiment rien de Lukas. Et cela commençait à sacrément peser !

Il détourna le regard vers la grande fenêtre de l'entrée et observa, les yeux dans le vague, les ombres allongées dans la rue et le ciel teinté d'orange tandis que le Soleil perçait peu à peu à travers les nuages. Il n'avait même pas perçu le vrombissement du moteur quand la voiture était partie. Il sursauta lorsqu'il entendit son réveil sonner deux étages plus hauts, dans le silence de la demeure.

Mathias se résolut à gravir les marches et éteignit d'un coup sec et violent son réveil. Il se laissa tomber sur le lit, passa une main lasse sur son visage et dans ses cheveux.

Où était parti Lukas ? Il n'avait aucun moyen de le savoir. Il ne savait pas ce que le détective avait en tête. Il ne savait jamais rien de ce que le détective avait en tête !

Mathias frappa d'un grand coup de pied le sommier du lit. Il se fit mal au talon mais la douleur qui remontait le long de sa jambe ne lui faisait ni chaud ni froid tandis qu'il pouvait évacuer sa frustration en assenant des coups.

Comment pouvait-il maintenant retrouver Lukas ET Emil ? La source de leurs maux semblait cachée dans le passé de Lukas. Mais comment dénicher une info sur son passé, lui qui était si secret ?

Mathias repensa alors au journal intime dont il avait lu un bref passage par-dessus l'épaule de Lukas, alors endormi dans son fauteuil. Quelqu'un y parlait d'un Lukas d'une vingtaine d'année plus jeune environs. C'était peut-être trop loin dans le passé pour comprendre, mais c'était la seule piste qu'il avait et il ne pouvait se résoudre à rester en arrière, à trépigner dans sa chambre alors qu'il n'avait aucune idée d'où était Lukas, tout comme Emil, ni même ce qui pouvait bien leur arriver en ce moment-même.

Déterminé, Mathias redescendit au premier étage et se planta devant la porte ouverte de la chambre de Lukas. Il devait réellement être complètement déboussolé pour laisser la pièce accessible. Mathias pénétra dans la chambre et regarda autour de lui : c'était le bazar complet ! Plus encore que d'habitude, lui semblait-il. Même si la chambre de Lukas ressemblait à un véritable capharnaüm, chaque chose paraissait avoir sa place, regroupées en tas. Mais ce qu'il avait là sous les yeux n'était qu'un ensemble d'affaires utilisées puis délaissées. Le bureau était enseveli et on n'en voyait même plus le bois les draps du lit était défait signe de nuits agitées, recouverts de journaux. Seule peut-être la bibliothèque avait résisté à la tempête.

Mathias se gratta le crâne. Il ne savait pas trop où chercher à dire vrai. Certes, il déculpabilisait de fouiller dans des affaires qui n'étaient pas les siennes quand il voyait déjà le bordel, mais cela ne l'arrangeait pas plus. Il souleva tout ce qui lui passait sous la main pour voir ce qui se cachait en dessous. Il fouilla la table de chevet, les tiroirs du bureau, retourna les oreillers, regarda sous le lit, inspecta minutieusement la penderie. Mathias tâtonna du bout des doigts le globe sur pieds que Lukas conservait dans sa chambre. Il lui donna un grand élan et l'observa tourner avant de l'arrêter d'une main. Il soupira.

Ne restait plus que la bibliothèque. Il ne voyait pas bien pourquoi quelqu'un irait ranger un journal intime parmi les autres ouvrages d'une bibliothèque, mais bon… c'était sa dernière idée. A moins qu'il ne doive fouiller la maison de fond en comble pour retrouver une cachette secrète. Mais pourquoi donc se donner tant de mal pour un journal intime ?

Mathias passa en revu les différents ouvrages. Les recueils de contes et légendes jouxtaient les manuels de vulgarisation scientifique et les essais d'ethnologues, de linguistes, ou sociologues. Les différents volumes de plusieurs encyclopédies, tout comme les atlas et autres livres volumineux, étaient éparpillés sur les étagères, sans respecter aucun ordre, encadrées par des bibelots de tout horizon. Le regard de Mathias se posa finalement sur une boîte qui dépassait légèrement de l'étagère du fait de son volume. Il l'attrapa, l'ouvrit et découvrit finalement un cahier à la couverture ocre craquelée. Posant la boîte sur le lit, il le feuilleta et aperçut plusieurs dates.

Le journal.

Mathias jeta un coup d'œil à la boîte : elle était pleine de feuilles pliées en deux, jaunies pour certaines. Son attention revint sur le journal. Il le reprit au début et découvrit, coincée entre la couverture et la première page, une liasse de trois pages qu'on avait tapé à la machine à écrire.

Si ces feuilles étaient au début du journal, c'était donc là le début de l'histoire, pensa-t-il.

Il attrapa la chaise de bureau et la cala sous ses fesses. Il commença par la suite sa lecture. Les mots s'enchaînaient d'abord sans qu'il n'arrive à en comprendre le sens jusqu'à ce que soit évoqué pour la première fois le prénom de Lukas :

[…] Depuis qu'il a intégré le service pédiatrique, Lukas n'a jamais prononcé une seule phrase complète, son expression demeurant monosyllabique et onomatopéique. Même au cours de nos séances, il ne me livrait aucune confidence, et toutes les conclusions que j'apporte encore à l'heure actuelle sont basées sur son comportement. On m'avait rapporté qu'à l'école on n'avait constaté aucun changement chez Lukas. De nature discrète, il participait en classe comme à l'ordinaire et maintenait un niveau des plus studieux. L'apprentissage de la lecture, qu'il avait de fait démarré en retard, fut rattrapé bien plus vite qu'on ne le supposait, à commencer par moi-même, je l'avoue. A l'école comme au foyer, il passait (et passe toujours) de longues heures à lire, même les ouvrages qu'on n'imaginerait pas entre les mains d'un enfant de sept, huit ans. Il est par ailleurs capable de restituer les connaissances qu'il en a tiré avec une précision peu commune, que je qualifierais de passe-temps en ce sens que, étant déterminé à ne pas parler (car l'absence de dialogues chez Lukas est issu de sa seule et unique volonté), Lukas s'est tout naturellement porté vers les activités qui ne demandaient aucune communication. Retenir de multiples informations est un jeu pour lui. Les membres du foyer m'ont également demandé s'il était normal qu'un enfant de son âge se soit mis aux échecs. Rien n'est normal ou anormal dans le choix d'une activité, et, dans ce cas particulier, il m'apparaît même logique. Cet enfant n'est pas dénué de bon sens et fait même preuve de capacité motrices et cérébrales performantes, outres des lésions qui n'entachent en rien ses facultés usuelles, mais force est de constater qu'elles obstrueront sûrement de façon peut-être, malheureusement, quasi irréversible sa perception du monde et de son être propre, ainsi que son rapport aux autres.

Mathias interrompit sa lecture. Le foyer ? A l'école comme au foyer ? Lukas avait-il été un enfant spécial ? Un enfant turbulent ? Qu'entendait-on par foyer ? Sans parler de la mention du service pédiatrique et des séances qui le rendaient d'autant plus perplexe.

[…] Lukas a déjà eu l'occasion par deux fois d'être intégré dans une famille d'accueil, différentes à chaque fois. La première était un couple d'une quarantaine d'années ayant par ailleurs un fils, un an seulement plus âgé que Lukas. Ils l'accueillirent au terme de huit mois de services psychiatriques et trois mois en foyer de l'enfance, et ce, pour une durée de quatre semaines. Malheureusement, l'intégration s'est soldée par un échec au terme de deux semaines seulement. La deuxième était un jeune couple d'une trentaine d'années, sans enfant mais avec deux chiens, qui l'accueillirent pour une durée initiale de quatre semaines également. De même, l'expérience se solda par un échec, plus vif encore puisque, soixante-douze heures plus tard, l'enfant était de retour au foyer. Entre les deux familles d'accueil s'étaient écoulés onze mois.

Mathias écarquilla les yeux : Lukas était un enfant adopté. Non pas que ça changeait grand-chose à sa vie mais dans ce cas, où étaient passés ses parents ? Que leur était-il arrivé ? Qu'avait vécu Lukas dans son enfance pour se retrouver en foyer de l'enfance, à l'orphelinat ? Toujours plus de questions…

[…] Lukas n'accordait aucune attention à l'autorité paternelle mais présentait une forte affection envers lui, malgré une inexpressivité flagrante. La figure masculine était comme un élément extérieur à la communauté familiale, une connaissance ou un bon ami de la famille. Lukas se montrait bon envers la figure masculine mais de manière toujours détournée et, un jour, lors d'une de mes visites, lorsque, après avoir discrètement glissé un biscuit de plus de son assiette à celle du père, je le lui ai fait remarquer, l'enfant avait écarquillé les yeux et s'était frappé à la main, comme pour se punir d'une bêtise. En revanche, l'autorité maternelle se détachait de celle paternelle, car affectait clairement Lukas.

Mathias ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en coin en imaginant un Lukas, haut comme trois pommes. Son expression s'assombrit cependant face à la suite.

[…] Chose surprenante était de constater que Lukas obéissait au doigt et à l'œil de la figure maternelle mais toujours avec une profonde crainte. Même les mots et les gestes les plus tendres semblaient une attaque à sa propre personne. Son premier réflexe demeurait cependant toujours de s'accrocher à la jambe de la mère, le visage contrarié. Quand bien même la figure maternelle était source d'anxiétés aigües, elle n'en restait pas moins l'élément le plus visible, le plus vivant dans lequel il avait autant de craintes que de confiance. Elle était au centre de son univers et il est parfaitement compréhensible qu'il en fût ainsi aux vues de la situation familiale de Lukas avant son entrée en psychiatrie.

Quelle situation familiale ? Mathias était piqué par la curiosité mais pointait également en lui l'inquiétude, la peur de découvrir un passé dont il ne devrait peut-être pas prendre connaissance. Lukas avait sûrement de bonnes raisons de ne pas en parler.

Il passait son temps à observer dans la plus grande discrétion la mère et, quand ceci devenait trop oppressant pour elle et qu'elle s'emportait quelque peu, il est vrai, Lukas avait la particularité de la fixer du regard et de hocher gravement la tête avant de s'en aller. Il fallait alors compter entre douze et vingt-quatre heures avant qu'il ne s'intéresse de nouveau à elle.

[…] L'unique frère qu'il ait jamais connu n'avait pas plus de réalité que les deux chiens avec qui il n'avait jamais joué ni même exprimé d'attention ou de méchanceté : la présence d'Autrui, humaine ou animale, se caractérise par une réaction de Soi, qu'elle soit positive ou négative, or Lukas faisait preuve d'absence totale de réaction, laissant entendre que sa perception de la réalité était altérée, voire même obstruée, avancerai-je.

Mathias relu les derniers mots. Lukas était-il malade ? Qu'entendait-on par « sa perception de la réalité était altérée » ? Il fronça les sourcils.

Une troisième tentative échoua dès les premiers instants, six mois après la précédente : à peine le couple de femmes d'une quarantaine d'années s'était-il présenté pour la première fois que Lukas entra dans une crise proche de la folie. Dès lors, l'expérience ne fut pas renouvelée. […]

Aussi fus-je surpris de recevoir une nouvelle candidature à examiner. Aux vues des tentatives précédentes, je n'étais pas des plus prédisposés et aurais souhaité à cet enfant de vivre en foyer tant qu'il démontrerait l'envie de jouer avec les jouets du foyer (un refus de sa part pour cela aurait signifié à mon sens qu'il ne voyait plus ni utilité, ni plaisir à être en foyer de l'enfance, ayant constaté deux mois à peine après son intégration que, face à un ensemble de jouets du foyer auxquels se mêlaient d'autres jouets, Lukas jouait à tout ce qui venait du foyer mais évitait soigneusement les autres). Cependant, le caractère singulier de la candidature comparée aux précédentes force en moi l'hésitation et je me prends à penser que oui, cela pourrait marcher. […]

En ma qualité d'expert psychiatrique de l'enfance, je soussigné D. Knutsen rend compte de mon approbation envers cette candidature et autorise M. E. Bondevik à prendre en charge Lukas le temps d'une période d'essai de deux semaines.

Le docteur Knutsen !

Mathias ne se priva pas de sauter sur ses pieds. Les feuilles entre les mains, il déchiffra à plusieurs reprises le nom qu'il avait sous les yeux. C'était donc lui, le fameux docteur Knutsen ! Il s'agissait du psychiatre qui s'était occupé de Lukas, enfant !

C'était comme si on avait allumé la lumière dans une partie de son cerveau. Mathias comprenait enfin pourquoi Lukas avait accordé tant d'importance à ce médecin ! Il n'avait pas dû supporter d'apprendre que quelqu'un avait assassiné le docteur Knutsen, alors même que ce dernier avait dû marquer son enfance. Etait-ce donc cela qu'il entendait par « perdre encore une fois une personne qui m'est chère » ?

Bouche bée, Mathias releva la tête.

Mais ce document soulevait également bien d'autres questions. Lukas avait été adopté. Où était son père adoptif désormais ? Qu'était-il advenu de ses parents biologiques ? Que s'était-il passé entre sa naissance et ses sept, huit ans ? Pourquoi ne faisait-on mention d'Emil nulle part ? Ils étaient bien frères pourtant, non ?

Mathias sentait qu'il venait de toucher du doigt les secrets les plus intimes de la vie de Lukas. Il n'y avait plus de retour arrière.


Affaire à suivre…