Bonjour à tous ! o/

Déjà mi-août ! Vous rendez-vous compte ? Moi pas... ça passe à une vitesse... M'enfin, on va essayer d'en profiter encore x)

Le montage du spin-of est bientôt achevé. Ne nous reste que quelques détails à régler et le générique à faire (et bon dieu ce que c'est infernal d'imaginer un générique . Plus jamais ça pour moi XD).

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 10 : Visite au passé

Le temps d'enfiler des vêtements, de sauter dans le bus et de traverser tout Oslo en direction du Sud-est, Mathias arriva devant la maison aux parements jaunes aux alentours de 8h15. Il n'avait pas pris le temps de se raser, à peine avait-il écrasé un gant d'eau fraîche sur sa figure pas tant pour le réveiller (les évènements du petit matin ayant suffit) mais pour se calmer un minimum. Il n'avait pas pris le temps de demander des détails sur les grands-parents de Lukas et débarquait un peu comme une fleur.

Il ne savait pas du tout à quel genre de personnes il allait avoir à faire. Vladimir avait laissé entendre que Lukas et eux étaient en bon terme, ce qui était déjà rassurant. Mais il ne savait pas à quoi ils ressemblaient et ne pouvait donc pas savoir s'il était à la bonne adresse.

Pourtant, pas de doute : il était bien au Måkeveien 46, sur la charmante petite île d'Ulvøya où les maisons proprettes affichait l'aisance de leurs propriétaires.

Mathias déglutit et s'avança dans l'allée de graviers. Sans trop savoir pourquoi, il grimaçait face au crissement de ses pas, comme si le bruit le trahissait. Ce n'était pourtant pas comme s'il devait réellement se faire discret. Néanmoins, la sensation d'être un intrus était tenace. Peut-être à cause de l'heure précoce à laquelle il se présentait devant de parfaits inconnus.

Déglutissant, Mathias appuya sur la sonnette.

Plus de 8h du matin. Les personnes âgés étaient des lèves-tôt, n'est-ce pas ? tentait-il de se dire pour se rassurer.

Bientôt, il entendit des pas sur le parquet, des clés qui s'agitaient dans le trou de la serrure et enfin la porte qui s'ouvrit. Mathias, raide comme un piquet, se retrouva face à un vieillard en peignoir, une légère moustache soigneusement entretenue et des yeux qui le dévisageaient avec circonspection.

- Alors maintenant, on fait du porte à porte dès l'aube ?

Mathias demeura d'abord silencieux. Quand il réussit enfin à dénouer sa gorge et à libérer ses cordes vocales, il balbutia :

- Monsieur… Monsieur Bondevik ?

Les yeux du vieillard se plissèrent pour ne devenir que des fentes. Il étouffa un petit rire sarcastique.

- Ah les p'tits plaisantins, de nos jours… Oui, je suis bien Monsieur Bondevik. Et non, je n'ai aucun lien avec ce fichu politicien de mes deux. Ni ce chercheur en je sais plus quoi de Bergen. Ce patronyme est rare, oui, n'empêche qu'on n'a pas tous le même sang. Voilà, vous êtes content ?

- Euh… vous êtes bien le grand-père de Lukas Bondevik ?

Aussitôt le visage du vieillard s'éclaira comme s'il venait de reconnaître Mathias. Il abaissa toutes ses défenses et Mathias sentit la tension s'envoler de ses épaules. Le vieux l'attrapa par le bras et lui donna une joyeuse bourrade.

- Ah ! Vous connaissez notre petit Lukas ! Ah, mais ça change tout ! Entrez, entrez.

- Euh… oui, merci… euh, désolé de déranger si tôt…

Mathias se perdait en politesse. Quand bien même il était résolument plus grand et plus fort que le vieillard, celui-ci le poussa sans aucune difficulté jusqu'à un salon dont la baie vitrée donnait sur le fjord gorgée de lumière matinale.

Une vieille dame, également en peignoir, émergea d'une pièce adjacente, sûrement la cuisine vu l'odeur de café.

- Ai-je bien entendu prononcé le nom de Lukas ?

- Bon-bonjour madame. Je m'appelle Mathias et je vis avec Lu…

- Ah ! Vous êtes le fameux Mathias !

- Euh… peut-être ?

Mathias était si interloqué par les exclamations de la vieille dame, malgré son air pincé, que le vieux n'eut aucun mal à l'asseoir sur le canapé en lui pressant les épaules. Mathias se laissa tomber dedans sans problème.

- Vous êtes bien le colocataire de Lukas, son compagnon ?

Mathias manqua de s'étrangler.

- Com-compagnon ?

- Compagnon de travail.

- Partenaire serait un mot plus juste, rectifia le vieux d'un ton sérieux

Sa femme lui envoya un regard noir et Mathias y reconnut celui de Lukas. Il devait avoir pris ce regard calculateur de cette vieille dame.

- Oui, bon, peu importe. Ça ne peut être que vous. Vous êtes exactement tel qu'il vous a décrit !

- Il m'a décrit ? Quand ça ?

- Mais l'année dernière, quand vous avez fait connaissance, bien sûr. Quels étaient ses mots exacts, d'ailleurs ? Tu as plus de mémoire que moi, toi, déclara la vieille à son mari, qu'est-ce qu'il disait de lui, Lukas ?

- Un grand dadais un peu stupide sur les bords, coiffé comme un balai brosse. Ah, ah ! Il manquait pas d'humour, le petit. Je crois qu'il était content de son affaire. « Mais ça va, il est marrant, ça me plaît », qu'il nous avait sorti.

La vieille lui donna une tape sur son crâne dégarni.

- Ce n'était peut-être pas la peine de préciser ça. Il avait l'air gêné la dernière fois au téléphone. Pas la peine de déballer toutes ses pensées, non ?

Mathias tentait de tout faire concorder dans son esprit. Il se sentait un peu dépassé.

- Comment ça ? Qui était gêné ? Lukas ?

- Un café ? proposa la vieille en guise de réponse

Perdu, Mathias accepta d'un hochement de tête. La vieille partit dans la cuisine tandis que le vieux croisa les jambes dans son fauteuil.

- Alors dites-nous, qu'est-ce qu'il a fait cette fois ?

Mathias haussa un sourcil intrigué. Le vieux haussa les épaules.

- L'expérience. On sait comment il est, ce petit.

La vieille opina, revenant de la cuisine, chargée d'un plateau sur lequel trônaient trois tasses de café noir fumantes. Tiens, tiens, encore une preuve que Lukas avait bien grandi parmi eux, se dit Mathias en goûtant à l'amertume du breuvage brûlant.

Après une gorgée, il inspira profondément pour tenter de remettre de l'ordre dans son esprit. Le couple l'avait déstabilisé un instant avec leur comportement. Sans compter le fait de rencontrer des personnes qui avaient vraiment vécu avec Lukas, outre son frère, ce qui était une première pour Mathias. Il avait toujours considéré le détective comme un être sorti de nulle part finalement. Mais non, il avait une famille. Et une enfance complexe visiblement…

Mathias entreprit de narrer tout ce qui s'était déroulé les derniers jours, veillant à n'omettre aucun détail. Il avait en face de lui les personnes les plus à même de lui apporter des réponses, des personnes chaleureuses et conviviales qui avaient partagé la vie de Lukas. Quand il eut achevé son récit, qu'il commençait à connaître par cœur à force de le répéter à tout bout de champ depuis quelques heures, les deux vieux le regardaient non pas avec surprise, mais le front barré par l'inquiétude. Leurs sourires s'étaient estompés. La vieille s'installa dans un fauteuil adjacent à celui de son mari.

- Je comprends mieux pourquoi il nous a appelé il y a de cela trois jours. En fait, expliqua-t-elle en voyant le regard curieux de Mathias, Lukas n'est pas du genre à donner des nouvelles de lui-même. C'est toujours nous qui appelons. Ou alors il a une raison bien précise. Mais lors de son dernier appel… c'était une conversation tout à fait banale. Il semblait un peu distant.

Mathias était surpris par le terme employé. A ses yeux, Lukas avait toujours l'air un peu distant. Il n'aurait sûrement pas senti la différence.

La vieille porta la tasse de café à sa bouche et en avala quelques petites gorgées. Le vieux avait les mains crispées sur la sienne.

Mathias déglutit, ne sachant trop comment continuer. Les dizaines de questions qui s'entassaient dans son cerveau lui donnaient le tournis, et il sentait que certaines étaient résolument indiscrètes. Il décida de commencer doucement.

- Dites-moi… quand Lukas a été adopté… euh… comment ça s'est passé ?

Les grands-parents s'échangèrent un regard. La vieille était un peu désabusée par le souvenir, visiblement. Quant à son mari, il esquissait un franc sourire.

Il observa tour à tour toutes les personnes présentes dans le salon. Le seul qu'il connaissait était un grand homme débonnaire aux pommettes saillantes qui, malgré sa corpulence, débordait de charisme. Il n'avait jamais vu un être aussi imposant que lui.

Enfin, il n'était plus très sûr…

Il avait vaguement souvenir d'une aura imposante à ses côtés mais chaque fois qu'il y pensait, son cœur se mettait à faire un bond dans sa poitrine et il ne pouvait s'empêcher de commencer à trembler. Or, comme il était déterminé à ne rien laisser paraître sous peine d'être pris pour un faible, il faisait tout son possible pour ne pas penser à cette grande aura mystérieuse qui lui semblait venir d'un rêve ou d'un passé lointain et brumeux.

Ce grand homme gardait chaleureusement sa main dans la sienne et se tenait à ses côtés. Face à eux se trouvaient un vieux monsieur et une vieille dame qu'on aurait crû tout droit sorti d'une de ces vieilles photos en noir et blanc présentant la haute-bourgeoisie des années 50. C'était exactement l'impression qu'il avait, mais avec les couleurs et surtout les rides en plus.

- Tu dis bonjour, Lukas, s'il te plaît. Ce sont tes grands-parents désormais.

Il les dévisagea encore longuement tandis que les deux vieux tous fripés, quoique habillés élégamment, le fixaient également en retour.

- Tu es sûr que c'est un enfant que tu as adopté ? lança le vieux en boutade

Mais sa femme ne semblait pas prompte à la plaisanterie car elle enchaîna aussitôt :

- Pourquoi as-tu voulu de cet enfant, Erlend ? Il n'aura même pas de mère !

Erlend serra un peu plus fort sa main dans celle de son fils adoptif. Ce dernier lui jeta un coup d'œil. Il avait le regard déterminé. Comme lui lorsqu'il avait décidé de ne plus parler. Néanmoins, à dire vrai, lui-même se posait la question.

Pourquoi cet homme, seul, dans les affaires, tenait à faire de lui son fils ? Un chien n'aurait-il pas fait l'affaire ? se demandait-il au fond avec pragmatisme. Et à en juger par l'air pincée de la vieille, elle semblait du même avis.

- Maman, nous en avons déjà parlé, soupira-t-il, j'ai toujours voulu des enfants. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir de compagne et peut-être bien que ma stérilité a beaucoup joué là-dedans, je ne sais pas…

- Mon fils, l'interrompit le vieux, tu n'as juste jamais voulu de compagne. Pas besoin de le nier.

Mais Erlend ne sembla pas prêter attention à la remarque et poursuivit :

- Le fait est que la situation est idéale. Tout l'entourage de Lukas s'accorde à dire qu'il a besoin d'un environnement comme le mien. Te rends-tu compte : moi, un homme de quarante-deux ans, célibataire, on a accepté que je m'occupe d'un enfant qui n'avait jamais supporté les familles d'accueil.

Sur ces paroles, il le souleva, lui qui ne pesait pas bien lourd malgré ses dix ans. Il colla sa joue mal rasée contre la peau encore toute douce et déclara avec une émotion certaine dans la voix :

- Lukas a accepté que je m'occupe de lui.

Lui ne réagit pas et cligna seulement une fois des yeux face aux deux vieux.

- Pour une surprise, c'était une vraie surprise, déclara le vieux après une gorgée de café, Lukas était un enfant étrange : muet comme une tombe, pas un sourire, pas une crise de colère. Très sincèrement, à un moment, je me suis demandé s'il n'était pas muet. Mais je faisais confiance à mon propre fils. Il l'aimait ce gamin.

- Erlend a été extrêmement patient avec lui. Et il l'a accompagné jusqu'au bout.

Le vieux serra les mains. Son épouse lui caressa affectueusement le bras. Mathias sentit sa gorge se nouer. Mais il avait besoin de savoir ! Il ne pouvait pas passer à côté de cette information ! Il prit une brève inspiration.

- Je sais que je vais paraître un peu intrusif mais il faut que je sache. Sans ça, je ne pourrais pas retrouver Lukas. Est-ce que vous imaginez qui il peut avoir en tête ? Est-ce que ça a un rapport avec… avec son père ?

La vieille pinça les lèvres et prit un air hautain, sûrement pour enfouir sa peine sous un semblant de dignité.

- C'est possible. Vous savez, il n'y a pas beaucoup de personnes que Lukas désignerait comme des personnes chères à son cœur. Erlend en était assurément une.

Le vieux ne disait rien, le regard plongé dans les sombres ondulations de son breuvage amer.

- La… la disparition d'Erlend, expliqua la vieille en inspirant avec force, a été un véritable choc. Plus encore pour Lukas.

- Lukas ! Lukas, arrête-toi !

La vieille, le souffle court, dévala l'escalier, tentant de rattraper son petit-fils. Elle posa une main sur son cœur, contente que Lukas se soit enfin arrêté pour enfiler veste et chapeau. Enfin, à moitié contente.

- Lukas, mon enfant, je te prie de ne pas…

Il fit volte-face, les yeux enflammés.

- De ne pas quoi ? De ne pas y aller ? De ne pas aller en Islande pour retrouver le… pour retrouver mon père ?

Elle s'approcha de lui et posa ses deux mains toutes fripées sur ses épaules de jeune homme. Il la dépassait d'une bonne tête et demie. Quand avait-il autant grandi ? Hier encore ce n'était qu'un petit garçon muet et atypique. Elle se surprit à verser quelques larmes.

- La nouvelle nous a bouleversé tout autant que toi, mon enfant. Mon fils est parti avant moi et je… j'ai l'impression que je ne pourrais jamais me le pardonner…

Elle s'effondra. Sans une expression sur le visage, il la rattrapa pourtant tendrement et l'assit sur le rebord de la fenêtre en baie. Elle tremblait et extirpa difficilement d'une poche de son gilet un mouchoir.

- Pourquoi veux-tu y aller, Lukas ? On va nous ramener le… on va nous le ramener. Tu n'es pas obligé d'y aller.

Il se releva, plus sûr que jamais.

- Je sais ce qu'il s'est réellement passé.

Il ferma sa veste, passa une écharpe.

- Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ? Comment peux-tu savoir quoique ce soit de ce qu'il s'est passé là-bas ?

- Je viens de fouiller ses affaires, dit-il sans l'ombre d'un remord

Il attrapa sa valise, posa la main sur la porte.

- Laisse les autorités faire leur travail et reste. Je t'en prie !

- Il est hors de question qu'elle s'en sorte.

Il ouvrit et sortit d'une démarche assurée.

- Lukas !


Affaire à suivre…