Bien le bonjour !
Désolée pour le petit retard, je n'étais pas disponible hier. Et avec ce chapitre, l'affaire 10 devient officiellement la plus longue x)
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 10 : Elle
Mathias cligna plusieurs fois des yeux. Une étrange atmosphère s'était installée dans le salon des grands-parents Bondevik. La nature s'éveillait au-dehors mais il régnait dans la pièce une ambiance lugubre. Lui-même se sentait bouleversé par l'émotion. Le couple ne s'était pas encore remis de la perte de leur fils. Il repensa à ses propres proches qu'il avait perdus au cours de sa vie, parfois de façon tragique.
Il serra les dents pour arrêter ses lèvres de trembler. Il tenta de faire le vide dans son esprit. Il n'avait qu'une priorité pour l'instant : retrouver Lukas. En entier et sans que celui-ci ait fait quoi que ce soit d'irréversible.
Donc, réfléchit-t-il, si c'est « encore » le cas, Lukas devait penser à « elle », à la même personne qu'il avait accusée du meurtre de son père.
- Vous avez une idée de qui se cache derrière ce « elle » ?
L'un comme l'autre secouèrent la tête.
- Tout ce que je sais, soupira la vieille, c'est ce qu'il m'a dit avant de partir. Il a fouillé les affaires d'Erlend et a tout compris.
- Vous-même, vous n'avez pas regardé dans les affaires de votre fils ?
Elle eut l'air parfaitement scandalisé. Il lui était impensable de violer l'intimité de son fils, visiblement, même après sa mort. Le vieux non plus ne semblait pas penser autrement.
- Sans compter que dès son retour, Lukas a tout rangé et conservé dans ses affaires. Il ne voulait plus en entendre parler.
Elle laissa son regard se perdre dans le vague. Le vieux dit alors :
- Lorsqu'il est rentré d'Islande, Lukas n'était plus le même.
Mathias fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que vous entendez par là ?
- Il est revenu avec Emil. Vu qu'on était quand même perplexe, il nous a assuré qu'il avait un lien de sang avec lui mais il n'a jamais voulu en parler. Je me suis toujours demandé s'il nous disait vraiment la vérité.
Mathias l'interrogea du regard.
- On ne sait pas d'où il sortait, ce frère, ni même comment Lukas l'avait trouvé, s'il y avait un rapport avec la disparition d'Erlend….
- Oh, il y en a forcément un, affirma la vieille
Le vieux s'agita dans son fauteuil.
- Quoiqu'il en soit, Lukas avait officiellement la charge de ce gosse. Il venait d'être diplômé de l'Académie Nationale de Musique et a commencé une bonne petite carrière de violoniste. La seule chose qu'il ait jamais accomplie de bout en bout dans sa vie… Pourtant, il commençait à magouiller des trucs dans son coin. On le voyait parfois recevoir des inconnus, les traiter avec une froideur qu'on n'avait pas vu chez lui depuis les premières années après son adoption, leur rendre des rapports, ce genre de choses.
- C'est après être rentré d'Islande que Lukas s'est intéressé aux enquêtes et qu'il a commencé à se tailler une réputation de détective privé. Avant cela, il n'avait jamais montré aucun intérêt pour l'investigation.
La vieille avait le regard sévère et les lèvres pincées. Elle ne voyait vraisemblablement pas d'un très bon œil son activité.
- Pourtant, c'est pas faute d'avoir tout testé avec ce gamin ! répliqua le vieux en claquant une main sur sa cuisse, il était tellement amorphe quand il était ado ! On a tout essayé avec lui pour voir s'il se découvrait un intérêt pour quelque chose. Heureusement qu'il y a eu le violon à 15 ans, parce que personnellement, je commençais à désespérer.
Mathias se perdit alors dans ses pensées. Il essayait de tout remettre dans l'ordre, de s'assurer qu'il n'oubliait aucune question, mais tout allait si vite qu'il sentait poindre un mal de crâne. Comment faisait Lukas pour mener à bien un interrogatoire ? Comment s'assurait-il d'avoir récolté toutes les informations dont il avait besoin ? Comment savait-il qu'il avait tout ce dont il avait besoin ?
Mathias se massa la tempe. Au moins, la dernière fois, quand on avait infligé à Lukas une blessure par balle, Mathias avait mené à bien l'enquête sans aucun problème. Mais tout ça, c'était sûrement parce qu'il avait des indices à disposition, des pistes précises à suivre. Dans le cas présent, Mathias était submergé par le flot d'informations. Tout cela remontait à tant de temps auparavant ! Sans compter qu'il avait l'impression de suivre un chemin sinueux et flou. La dernière fois, Lukas était à l'hôpital, il pouvait malgré tout lui venir en aide, lui donner des directives. Mathias se retrouvait complètement seul cette fois. Et cela l'angoissait énormément.
- Est-ce que tout va bien ? finit par lui demander le vieux
Mathias releva brusquement la tête.
- Pardon ! J'étais perdu dans mes pensées.
- Ne vous en faites pas, assura la vieille en relevant le menton, Lukas a toujours eu le don de donner des migraines à son entourage.
Mathias eut un faible sourire. Une voix dans sa tête lui hurlait de se bouger, de penser à Lukas qui était parti précipitamment avec cette fureur, cette folie dans le regard quelques heures auparavant. Où pouvait-il bien être ? A qui pensait-il ? Comment allait Emil ? Que pensait faire Lukas ? Dans le dédale de ses pensées torturées, il remit la main sur une question primordiale, que l'urgence et la déroute l'avait fait oublié un instant.
- Que s'était-il passé dans la vie de Lukas avant son adoption ? Pourquoi suivait-il des séances chez le psy ? Comment s'est-il retrouvé à l'orphelinat en fait ?
- Malheureusement, jeune homme, nous ne pourrons pas t'apprendre grand-chose sur ce qu'a vécu Lukas durant sa petite enfance, confia le vieil homme en posant sa tasse de café vide sur la table basse du salon, c'était Erlend qui savait tout.
- Nous avons été brièvement mis au courant de la situation de Lukas avant qu'Erlend ne l'adopte, afin de nous épargner de mauvaises surprises face à son comportement étrange.
- On nous avait dit que ce petit avait été élevé par une mère solitaire, qu'il n'avait jamais connu son père.
- Sa mère était, semble-t-il, malade. Elle était à l'hôpital pour suivre un lourd traitement sur plusieurs années et que c'était la raison pour laquelle Lukas avait été placé en foyer de l'enfance. Il n'avait pas de famille en dehors d'elle pour s'occuper de lui.
Mathias fronça les sourcils.
- Vous croyez que Lukas pouvait parler d'elle ? Qu'il pouvait parler de sa mère biologique comme d'une…
Il n'osa pas prononcer le mot de « meurtrière. »
Le vieux haussa les épaules.
- Ça serait bien étrange venant de lui. Il ne l'a jamais revu. Il avait six ans quand il a été placé en foyer. On ne sait même pas s'il se souvient d'elle…
- Nous ne savons rien de ce qui est advenu d'elle, expliqua la vieille, peut-être est-elle toujours à l'hôpital, peut-être est-elle morte…. Nous ne savions même pas de quel genre de maladie elle souffrait.
Bon, pensa Mathias, au moins la personne contre laquelle Lukas était remonté avait vraisemblablement un lien avec ce qui était arrivé à son père adoptif. A moins que ça n'ait un lien avec le présumé coupable du docteur Knutsen ? Ou les deux ? Mathias écarquilla les yeux. Il n'avait pas pensé à cette éventualité. Et si l'assassin du docteur Knutsen était la même personne que celui qui avait tué son père neuf ans auparavant ? Il ne devait écarter aucune possibilité.
Mathias repensa soudain au dossier que Lukas avait constitué au prix de nombreuses heures de sommeil. Il était encore sur son bureau, dans sa chambre, mais Mathias n'avait pas pris le temps d'y jeter un coup d'œil, n'ayant pas envisagé sur le moment que tout était peut-être lié, que Lukas avait simplement été affecté par la mort du docteur parce qu'il avait longuement connu celui-ci au cours de leurs séances durant son enfance.
Quel bien piètre détective il faisait ! s'exclama-t-il dans son esprit.
Mathias avala rapidement le reste de café et posa brusquement la tasse sur la table basse. Il se leva.
- Je pense que je vais vous laisser. Il faut que je euh… continue mes recherches. Désolé pour cette visite si tôt le matin.
Le vieux secoua la tête.
- Pas du tout. Il s'agit de Lukas après tout. Erlend… Il n'aurait pas aimé savoir son petit Lulu en danger.
Mathias sourit tristement face au surnom que son père adoptif lui avait attribué. Il était certain que Lukas piquerait une crise s'il savait que Mathias l'avait appris.
Le couple le raccompagna à la porte. Il leur serra la main et à sa grande surprise, la poigne de la vieille fut plus vigoureuse que son mari. Elle plongea son regard bordé de rides dans le sien, lui faisant bien comprendre qu'il avait intérêt à leur ramener leur petit-fils. C'était indéniablement une grand-mère fière de ce que Lukas était devenu et qui lui portait beaucoup d'amour, même si elle n'avait pas l'air de le montrer. C'était fou ce que Mathias trouvait comme ressemblance entre eux.
Puis, Mathias se mit en route. Retour à la maison. Il grimaça pendant tout le trajet en énumérant dans sa tête tout ce qu'il avait mal fait. Il aurait dû réellement jeter un coup d'œil à tout ce qui se trouvait dans la chambre de Lukas. Il aurait même dû ne pas jeter un coup d'œil mais tout passer au peigne fin ! Il aurait dû aussi lire le journal jusqu'au bout. Sur le moment, face à la trivialité des pensées d'Erlend couchées sur le papier, Mathias n'avait pas jugé pertinent de poursuivre sa lecture. Et ce n'était que maintenant qu'il se rendait compte de sa bêtise. Une véritable erreur de débutant !
Agacé, il frappa rageusement le siège de bus vide devant lui.
Il pressa le pas jusqu'au portillon en fer noir forgé, claqua la porte d'entrée derrière lui, gravit les marches quatre à quatre et se rua dans la chambre de Lukas.
Bêtement, il jeta un coup d'œil au salon au passage, s'attendant presque à apercevoir Lukas, installé dans son fauteuil en train de lire le journal, ou bien en transe, son violon entre les mains, les sourcils froncés, concentré. Mais non, bien sûr que non, il n'y était pas. Mathias serra les poings. Il devait retrouver Lukas. Tout comme Emil. Il devait ramener les deux frères. Il s'en faisait une affaire presque personnelle.
Mathias se jeta quasiment sur le bureau. Il ramena la chaise sous ses fesses et ouvrit fébrilement le dossier. Il n'avait jamais regardé à quoi ressemblait les rapports que Lukas avait bien pu écrire dans sa vie. Une autre idée germa alors dans son esprit : Lukas devait bien garder une trace de toutes ses enquêtes, non ? C'était sa fierté ! Il devait forcément y avoir des dossiers du même genre que le détective conservait quelque part.
Mathias secoua la tête : ne pas s'éparpiller ! Il devait d'abord se concentrer sur le dossier du docteur Knutsen, puis lire de fond en comble le journal d'Erlend et enfin il chercherait une éventuelle trace de rapports. Il jeta un coup d'œil à l'heure sur son portable : déjà 9h40 ! Mathias paniqua.
Il tournait avidement les feuilles cartonnées où Lukas avait collé des articles de journaux, de blogs sur le net qu'il avait imprimés. Certains passages étaient surlignés, d'autres entourés. Mathias plissa les yeux face à une photo du cadavre entouré de membres de la police scientifique : Lukas y avait entouré au stylo rouge des marques sur le corps mais malheureusement, à cause de la qualité de la photo et du fait que ce n'était qu'une photo de journaliste, on ne distinguait pas vraiment de quoi il s'agissait. Lukas avait cependant pris soin de rédiger une note :
« Coups de couteau sur le flanc gauche (source de stress récurent chez elle). A tous les coups, un couteau de cuisine (elle a toujours fonctionné avec un couteau de cuisine). + un coup en plein cœur. Procédé identique à ses meurtres précédents. Voire liste de ses crimes perpétrés entre 1986 et 1991 à la fin du dossier.»
Mathias suivit les indications et découvrit en effet à la fin du dossier une feuille où avait été imprimée une liste d'une dizaine de meurtres commis à la fin des années 80. Les détails étaient inscrits entre parenthèses et la ressemblance entre eux était frappante. Il y avait également de nombreuses similitudes avec le meurtre du docteur Knutsen.
Lukas traquait donc une serial-killeuse.
Mathias releva la tête du dossier, les yeux exorbités. Il savait que Lukas pouvait se mettre dans un pétrin incroyable et côtoyer des malfrats étranges mais il ne lui avait encore connu aucun démêlé avec ce genre de criminel.
C'était extrêmement dangereux !
Mathias déglutit. Lui-même n'avait jamais connu ce genre de personnes. Et pourtant, qui sait combien il en avait vu…
Lukas avait-il soupçonné cette femme de vouloir assassiner Emil ? Ça expliquerait sa panique et sa fureur, ainsi que le fait qu'il ne voulait pas voir Mathias impliqué. Sauf qu'à s'opposer aveuglément face à cette meurtrière, Lukas se mettait lui-même en danger ! Et les forces de l'ordre ne pourraient rien pour lui puisqu'il ne leur avait rien transmis ! Qui sait si cette tueuse n'avait pas non plus attrapé Emil dans l'espoir de mettre la main sur Lukas dans le but de se venger ?!
Affaire à suivre…
