Bonjours à tous,

Aussi redondant cela puisse-t-il être, merci pour vos commentaires !

J'ai pas grand-chose à dire donc on va abréger le bla-bla XD

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 10 : La déchirure, partie 2

Elle le toisait toujours, reprenant son souffle. Elle s'apprêtait à prendre la parole, mais Lukas se leva à son tour et soutint son regard. Il poursuivit dans sa hargne, déversant tout ce qu'il avait sur le cœur, toutes ces émotions, ces pensées intimes qu'il n'avait jamais confiées à personne, pas même à lui-même.

- Tu n'as jamais pensé qu'à ta petite personne. Malade ou pas malade, là n'est pas la question. Ce que tu as fait pour nous « préserver », comme tu aimais le dire, était peut-être du fait de la maladie, mais tu ne me feras pas croire que ton amour envers moi, ton amour maternelle n'était pas purement égoïste. Je sais parfaitement de quoi je parle ! s'écria-t-il en la voyant prête à rétorquer

Il étala brusquement tous les papiers de la pochette cartonnée et frappa un coup sur la table.

- Tout est là. Je sais tout et Erlend savait tout également. Il était tellement bon qu'il est allé jusqu'à retrouver ma mère folle à lier pour nous réunir. Il se sentait seul dans sa vie, je le sais aussi, j'ai consulté son journal, et même s'il n'avait certainement pas envie de me perdre, il a quand même pris le risque de nous rabibocher. Il n'était peut-être qu'un nom sur un bout de papier, comme tu le dis, mais il a réellement été un père, un parent, une famille pour moi. Et toi ! Toi, comment l'as-tu remercié pour t'avoir donné des nouvelles de moi ? Tu l'as assassiné !

- Non…

Elle s'effondra sur sa chaise, le visage au creux de ses mains moites.

- Si ! Tu l'as assassiné comme tu en avais assassiné tant d'autres auparavant ! Il a littéralement sacrifié sa vie pour que je retrouve ma mère !

- Non, non, tu ne comprends pas, hoquetait-elle

- Je comprends parfaitement et tu ne t'en tireras pas. Je ne te pardonnerai pas d'avoir assassiné la seule personne que je n'ai jamais aimée. La seule personne en qui j'avais réellement confiance, qui était un vrai repère. Tu as détruit ton fils une deuxième fois.

- Non, arrête, tais-toi, ne cessait-elle de répéter, tu ne comprends pas. Il n'arrêtait pas de me parler de toi. Il m'a volé mon fils. Il m'a volé mon petit trésor, mon petit chéri, mon enfant à moi. Je… je ne pouvais pas supporter l'idée qu'il y avait quelqu'un entre nous. Il fallait que tout redevienne comme avant. Qu'il n'y ait plus que nous deux.

- Et alors cet enfant aussi, tu l'aurais tué ? Pour qu'il n'y ait plus que nous deux ?

Il y eut un blanc. Elle releva brusquement la tête et cligna des yeux, perplexe. Ses larmes se séchèrent d'un coup.

- Quel enfant ?

- Ce petit garçon. Ton petit garçon. Ton fils.

- Je n'ai jamais eu que toi comme fils. Ne sois pas jaloux. Il ne faut pas t'inquiéter de ça.

- Tu recommences.

- Non, je ne recommence pas. Je veux juste ton bonheur, mon petit trésor.

- Erlend et moi avons chamboulé tous tes plans, n'est-ce pas ?

Elle secoua vigoureusement la tête et se mordit la lèvre inférieure.

- Bien sûr que si. Tu as quitté la Norvège pour l'Islande. Tu t'es établie ici. Tu as eu une nouvelle vie, un nouveau fils. Il allait devenir ton nouveau jouet, loin de tout, de tout le monde. Vous seriez à l'abri de toute intrusion. Tout pouvait recommencer. Tu n'avais plus qu'à vivre heureuse avec ta nouvelle poupée, comme si de rien n'était. Tu m'avais oublié parce que j'avais été souillé par le monde extérieur. Je n'étais plus ta chose. De toute façon, ça n'avait déjà plus d'importance. Et voilà qu'un homme débarque et vient perturber ta petite vie d'ermite, te rappelant ta vie d'avant. La Norvège, ton premier fils. Quel malheur ! Tout s'en trouvait chamboulé ! Mais pas de souci, il suffisait de te débarrasser de cette gêne. Tu as fait croire à un accident, les falaises sont si escarpés en Islande. Sauf que tu as oublié deux légers détails.

Lukas se pencha un peu plus en avant sans jamais quitter le regard indigo qui était si semblable au sien. Il leva un doigt :

- La science a progressé mais tu n'es certainement pas au courant. Les experts ont rapidement compris qu'il s'agissait d'un meurtre et non d'un accident.

Il observa son visage se durcir. Il leva un deuxième doigt :

- Et moi. Car tu n'avais certainement pas prévu que j'enquête de mon côté pour comprendre. J'ai trouvé tout ce qu'il me fallait dans les affaires de mon père : les lettres qu'il n'a jamais envoyées mais qui t'étaient clairement adressées, son journal qui faisait part de ses recherches, de ses doutes, de son désir malgré tout de te retrouver pour moi et sa décision finale d'aller en Islande.

De rage, elle attrapa sa tasse de café encore pleine et la jeta par terre. Elle explosa. La boisson gicla et vint s'échouer en gouttelettes sur ses jambes. Elle attrapa la tasse de Lukas et la jeta sur la pochette cartonnée, les papiers et les photos qui s'imbibèrent rapidement de café. Lukas avait retrouvé son air insensible et froid. Il avait l'impression de s'être complètement vidé, complètement déchargé. Maintenant qu'il avait parlé tout son saoul, il se sentait de nouveau parfaitement maître de lui-même. Aussi assena-t-il finalement sans joie, sans haine, juste d'une voix implacable :

- Tout ça ne sont que des copies de ce que j'ai déjà remis aux autorités. C'est fini. Ils viendront te chercher mais je tenais personnellement à t'annoncer la nouvelle. Tu seras arrêtée pour meurtre et si tu ne te décides pas à prendre au sérieux ta maladie, et de surcroît ta guérison, personne ne pourra désormais rien pour toi.

Elle déglutit et osa défier Lukas du regard.

- On ne m'enfermera pas aussi facilement. J'ai un enfant à charge et…

- Et on te l'enlèvera aussi facilement qu'on t'a séparée de moi, déclara placidement Lukas, mais ne t'inquiète pas. Je ne tiens pas à ce que cet enfant suive le même parcours que moi. Je demanderai d'en avoir la garde puisque je suis majeur. Après tout, je suis son grand frère.

oOoOo

Lukas ouvrit les yeux. Il serra les dents. Voilà les seuls souvenirs que cette maison à la façade écaillée lui rappelait. Près de dix ans s'était écoulé depuis. A ses yeux, elle débordait d'une aura malsaine et d'ondes maléfiques. Il n'était pas superstitieux. Il savait juste ce qui se trouvait entre ces murs.

Il avait pris un retard considérable. Il ne se le pardonnait pas. Et il se le pardonnerait encore moins s'il découvrait qu'il était advenu quoique ce soit.

Lukas avait remonté la piste de la lettre. La piste de Gerdi Thomassen. Il avait fouillé tout Oslo à l'aube dans l'espoir de retrouver Emil dans une cachette que la ravisseuse aurait pu choisir. Avec dégoût, il s'était mis à sa place, il s'était mis à penser comme elle afin de déterminer quels allaient êtres les potentiels lieux où elle se cacherait.

Il connaissait sa vie par cœur. Ce n'était pas bien compliqué.

Et puis, l'horreur l'avait frappé : elle n'était nulle part. Et aucune trace d'Emil non plus. Evidemment.

Il savait pertinemment ce qu'elle cherchait à faire. Son plan suintait dans chacun des mots qu'elle avait adressés mielleusement dans sa lettre à Emil. Elle avait éveillé en lui les souvenirs, la vie calme et paisible dans une ferme islandaise, bien loin de toute intrusion, rappelant à Emil les moments joyeux qu'ils avaient partagés.

Elle avait cherché à retrouver Emil car elle le considérait encore comme son fils. Ce qui n'était plus le cas de Lukas depuis bien longtemps mais il n'en avait rien à faire. Dans l'imaginaire de cette femme, ce qui lui appartenait, la chair de sa chair, devait vivre à jamais avec elle. Emil était sa possession. Et ça, Lukas n'était pas sûr qu'Emil l'ait un jour su.

Il ne lui avait jamais dit toute la vérité. Il ne lui avait jamais dévoilé toute l'histoire de leur mère. Pour Emil, sa mère avait été arrêtée pour un meurtre. Sans plus. Il ne savait rien des horreurs passées, d'où elle venait, de sa vie d'avant. Et pour cause, ce n'était qu'un gosse. Sa mère avait été aimante avec lui. Il n'avait eu aucune raison de se méfier quand celle-ci avait cherché à le recontacter, lui étalant des excuses, une fausse honte de ses actes, un désir de renouer avec son fils.

Et Lukas était intimement convaincu qu'Emil avait au fond de lui attendu ce moment depuis qu'il avait quitté l'Islande.

Car Gerdi Thomassen était une mauvaise personne sous bien des rapports, mais pas une mauvaise mère. Elle débordait d'amour pour ceux qu'elle reconnaissait comme ses enfants. Mais c'était bien là tout ce dont elle était capable.

Il observa ses mains. Il n'avait rien pour se défendre. Il connaissait la violence de cette femme. Il aurait dû prévenir la police, il le savait. Toute sa logique le lui hurlait, et ce n'était pas pour flatter son ego qu'il ne les avait pas contactés. Simplement, le goût cuisant de la honte et de la colère qu'il avait encore depuis sa dispute avec l'inspecteur.

Il ne ferait pas appel aux autorités.

Il s'agissait d'une histoire familiale.

Apercevant le garage indépendant de la maison, il s'y rendit. Il trouva un pied de biche. Il s'en empara et remonta l'allée jusqu'à la porte d'entrée.

Il savait qu'il ne risquait rien. Elle n'utilisait jamais d'armes à feu. Peut-être la paranoïa en elle avait-elle besoin d'une preuve concrète d'avoir accompli son œuvre, satisfaction macabre qu'une balle ne pouvait apporter.

Lukas franchit la porte d'entrée d'un pas assuré. Pourtant, son cœur rata un battement lorsqu'il posa le pied à l'intérieur.

Il y avait du bruit dans la cuisine. Des chuchotements, des rires. Quelques bruits de vaisselles. Des bruits tout à fait ordinaires.

Lukas retint son souffle.

Elle ne l'avait donc pas entendu entrer ? Elle qui était pourtant toujours aux aguets, toujours prompte à repousser hors de son cercle intime tout intrus.

Il s'avança vers la cuisine. Il sentait son cœur tellement compressé qu'il n'arrivait plus à reprendre sa respiration calmement. Il sentait le pied de biche glisser dans sa main un peu plus moite à chaque instant. Il raffermit sa prise dessus.

Juste avant de pénétrer dans la pièce, encore caché dans l'ombre du couloir, Lukas s'arrêta.

Elle se serait déjà rué sur lui, couteau au poing, si elle avait vraiment voulu le tuer. Il n'était donc pas menacé. Pour le moment.

Après une longue inspiration, il fit un pas en avant et se présenta dans l'encadrement de la porte.

Elle était là. Plus décharnée encore et marquée par la vie que la dernière fois qu'il l'avait vue. Elle le toisait de son regard indigo identique au sien. Il plongea dans son regard, prêt à ne pas se laisser déstabiliser par la ressemblance étouffante.

Emil était là. Il n'était pas bâillonné. Il n'était pas attaché. Il était totalement libre de ses mouvements. Et pourtant, il ne bougea pas d'un pouce à l'entrée de Lukas. Seuls ses globes oculaires se tournèrent vers son frère aîné. Ils portaient en eux à la fois de la joie, de l'effroi, de l'embarras et une colère sourde. Tout le reste de son corps était amorphe, assis sur une chaise, face à une tasse de lait chaud.

Lukas la toisa d'autant plus.

- Tu as osé le droguer.

Sa voix était froide, implacable.

Du coin de l'œil, il aperçut les yeux d'Emil s'embuer.

Elle détourna finalement le regard et poussa en avant une assiette de biscuit.

- Tu veux un gâteau ?

- Emil n'est pas une poupée dont tu peux disposer à ta guise.

Elle tressaillit.

- Non, ce n'est pas une poupée, bredouilla-t-elle, ce n'est pas une poupée… Ce n'est pas une poupée qu'on trimballe et pourtant tu me l'as enlevé ! Tu m'as enlevé mon seul et unique fils, la seule source de vie que j'avais !

Elle se jeta sur Emil et l'enlaça avec force. Ce dernier ne broncha pas, n'esquissa pas un mouvement, la drogue le paralysant toujours. Seuls ses yeux appelèrent Lukas à l'aide.

Lukas eut un pincement au cœur mais n'en laissa rien paraître.

- Tu n'as jamais su reconnaître tes torts et tes faiblesses. Et c'est ce qui a toujours causé ta perte.

Elle serra Emil un peu plus fort contre elle, déterminée.

- Lâche-le.

Elle le toisa.

- Laisse Emil tranquille. Laisse-le vivre. Ne ruine pas sa vie comme tu as ruiné la mienne.

Elle tourna la tête d'Emil vers elle et posa sur lui un regard tendre, d'où la folie s'était échappée. Elle lui déposa une bise sur le front.

- Je n'ai ruiné la vie de personne, assura-t-elle d'une voix calme, ce sont les autres qui ont toujours ruiné la mienne. Emil mérite d'être protégé. Protégé des personnes comme toi. Intrusives. Etouffantes. Qui veulent à tout prix tout contrôler.

Lukas résista au coup de poignard verbal, même si sa main se crispa sur le pied de biche qu'il tenait toujours. Elle ne semblait pas du tout affolée par l'objet. Il se força à lâcher un petit rire sarcastique. Ses propos étaient tellement risibles. Se rendait-elle seulement compte qu'elle dressait le portrait de sa propre personne ? se disait-il afin d'échapper à la voix de sa conscience.

- Et qu'en est-il de toi ? Tu fais comme si je n'avais jamais été qu'un individu lambda mais pourtant tu continues de t'acharner sur moi.

Elle le fusilla du regard.

- Je n'en ai rien à faire de toi, lui cracha-t-elle

- Tu n'as fait que du mal aux personnes qui m'étaient chères. Mon père biologique, tous ceux qui m'ont approché durant ma petite enfance, Erlend, le docteur Knutsen ! Touche à un seul cheveu d'Emil et je te jure que…

Elle esquissa un sourire perfide. Elle caressa les cheveux d'Emil, enroulant ses doigts autour de certaines mèches. Elle le narguait.

Lukas vit rouge. Il leva le pied de biche, hurla, s'élança.


Affaire à suivre…