Bonjour à tous ! o/
Merci pour tous vos retours face à l'affaire 10 ou encore face au fameux bisou. Rien qu'un tout petit riquiqui bisou de rien du tout, ah ah XD Moi, je joue avec vos nerfs ? Que nenni 8) C'est mal me connaître, voyons.
175 reviews, rendez-vous compte ? Cent soixante-quinze ! Vous êtes des fous… des fous… mais continuez à l'être, j'aime bien, ah ah XD
Aikorys : merci pour ta review constructive XD
ToraSama : les deux semaines sont passées, c'est bon ! Le calvaire est fini ! o/
mellyrn : ah ah ! En effet, je vois que tout le monde est un peu fou-fou XD Mais en tout cas, merci pour toutes les belles choses dans ton commentaire !
Bon, c'est pas tout ça, mais revenons aux choses sérieuses, voulez-vous ?
Prêêêêts ? Alors nous voici partis pour l'affaire 11 ! (11, bordel de crotte, quoi o.O) C'est un peu comme si on passait à la saison 2 x)
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 11 : Laissés pour compte
Les profondeurs de l'abîme.
Enfin il trouvait les mots pour décrire l'obscurité alentours. Une obscurité pénétrante dont il se sentait imprégné dans chaque pore de sa peau. Il aperçut sa main. Mais il n'était pas sûr que ce soit la sienne. Il tenta d'agiter les doigts. La main demeura inerte. Il sentit de la colère monter en lui. Il hurla. Il savait qu'il hurlait, mais aucun son ne lui parvenait. Lorsqu'il palpa son visage, il ne sentit ni bouche, ni yeux, ni nez, ni oreille, ni rien. Il n'était qu'une surface plane, molle, dans laquelle ses doigts s'enfonçaient comme dans du beurre. Et puis, tout à coup, il ressenti une vive douleur. La douleur d'être transpercé de toutes parts. Il aurait voulu se tordre, fuir, mais il demeurait immobile.
Tout à coup, la main qu'il voyait toujours se jeta sur lui et l'étouffa. Il n'avait pas de bouche, ni de nez, mais il étouffait. C'était certain. Cette main qui l'étouffait s'enfonçait en lui comme un poison et lui donnait la migraine. Il aperçut un fil qui se transforma en corde. De toute façon, lui-même n'était qu'une corde. Une corde qu'on noue et qu'on dénoue à sa guise. Il était la corde qui était en train de l'étrangler.
Et il ne pouvait rien y faire.
Rien ne réagissait en lui.
Il se sentait mou. Il était un caramel. On l'avala et le mastiqua. Il ne sentait même plus la douleur.
C'est alors qu'Emil ouvrit les yeux. Les rayons du soleil traversaient les épais rideaux et annonçaient une douce journée estivale. Mais la première sensation d'Emil était bien loin du sentiment d'aise que pouvait procurer le beau temps. Il hésita longtemps à bouger. Il parcourait sa chambre du regard, n'osant pas même cligner des paupières.
Pourtant rester immobile le terrifiait.
Sa jambe bougea et il sursauta bien involontairement.
Oui, il avait le contrôle sur son propre corps. Bien sûr que oui, c'était l'évidence même. Enfin… ça l'aurait été il y a encore un mois…
Emil se releva finalement dans son lit, rejeta la couverture et observa son corps. Il détailla le mouvement de ses orteils.
C'était stupide, se disait-il. Mais nécessaire. Il n'était plus sûr de rien depuis un mois. Comment l'être en même temps quand on découvrait qu'on ne savait pas même la moitié de la vérité à propos de sa propre famille. Enfin… tout ce qui lui restait de famille.
Alors enfant, il n'avait jamais ne serait-ce que songer que sa mère, inculpée pour le meurtre d'un inconnu à ses yeux, ait pu… faire plus, pire que ça. Il s'en voulait.
Il n'avait jamais ne serait-ce que songer que son frère, qui lui témoignait pourtant une affection toute particulière, voire trop étouffante, puisse lui mentir par omission. Parce que c'était bien de cela qu'il s'agissait, n'est-ce pas ? De mensonges. Toujours et encore des mensonges, des non-dits, des regards sous-entendus, des déformations ! Emil se rendait compte à quel point il avait été manipulé. Il n'avait pas d'autres mots ! Il avait été manipulé. Par sa mère, par son frère, par lui-même. Manipulé par lui-même, il fallait le faire ! Mais il avait soigneusement caché dans un recoin de son subconscient ses sentiments d'enfant, les avait étouffé et avait mis sa sensation d'être différent sur le compte du changement de pays, d'école, d'environnement total. Alors que sa différence était ailleurs. Il était différent non pas parce qu'il était Islandais mais parce que son enfance ne ressemblait à rien en celle des autres. Avait-il jamais quitté l'enfance ? La preuve en était que tout le monde le chouchoutait, le protégeait, le dorlotait, le prenait encore pour un gosse, quoi !
Emil frappa violemment le mur contre lequel était accolé son lit. Il grimaça. Il s'était fait mal. Il n'avait jamais utilisé ses poings.
Qu'est-ce qu'il faisait en Norvège sérieusement ? se demanda-t-il en observant son poing endolori. Etait-ce là sa place ? Dans ce pays ? Dans cette maison ? Il n'avait aucun lien avec cette maison. Pourquoi restait-il ? A quoi tout cela rimait-il ?
- Emil ?
Ce dernier releva brusquement la tête et aperçut Mathias, la brosse à dent dans la bouche. Il avait son air de merlan frit, signe d'interrogation et de perplexité.
- Quoi ?
- Ça va ? J'ai entendu un gros bruit.
- Je me suis cogné, c'est tout, répondit Emil abruptement
Mathias fronça les sourcils, grattant distraitement ses dents à l'aide de sa brosse. Il s'approcha d'un pas. N'ayant aucune envie de se confier à lui, Emil sauta sur ses jambes, attrapa son portable et se rua sur la salle de bain.
- Faut que je pisse, balbutia-t-il avant de faire claquer la porte
Mathias cligna des yeux.
Pauvre Emil, pensait-il. Il se doutait bien au fond qu'il lui avait menti, qu'il ne s'était pas cogné. Il avait aperçu son poing rougi. Mathias n'était pas idiot.
Par contre, il se retrouvait bien bête avec du dentifrice plein la bouche face à la porte close de la salle de bain. Il toqua.
- Emil ? Faut que je finisse de me brosser les dents. S'il te plaît….
Assis sur les toilettes, le couvercle rabattu, Emil traînait sans conviction sur Internet depuis son portable. Il finit par ouvrir sa boîte mail et composer un message. Il le relut, hésita et décida finalement de le laisser dans ses brouillons. A un énième coup à la porte porté par Mathias, Emil soupira. Il était facile de le mettre de mauvaise humeur dès le matin.
- Ben va en bas ! cria-t-il, de toute façon, y a que nous deux !
Mathias, qui s'apprêtait à toquer une nouvelle fois, suspendit son geste.
C'est vrai. Emil et lui n'étaient que tous les deux. Le maître de maison n'était pas là. Lukas n'était pas là.
Combien de temps cela faisait-il ? Mathias avait perdu le compte. Peut-être bien un mois, déjà. A dire vrai, ce n'était pas ce qui lui importait le plus.
Mathias se résolut à descendre dans la salle de bain adjacente à la chambre de Lukas. Arrivé devant, il n'osa d'abord pas y entrer.
Lukas ne supportait pas qu'on touche à ses affaires, qu'on pénètre dans sa chambre, sa salle de bain. Son intimité finalement.
Mathias passa un doigt sur ses lèvres mais ne rencontra principalement que du dentifrice mousseux. Le contact avec la pâte le surprit. Il secoua la tête, franchit le pas de la porte et alla se rincer la bouche. En relevant la tête, son reflet le dévisageait dans la glace.
C'est dans cette glace que Lukas se voyait tous les matins. Se regardait-il tous les matins ? Que pensait-il de lui-même ? Mathias passa de nouveau un doigt sur ses lèvres. Que pensait Lukas de Mathias ? Ce dernier nageait dans les interrogations. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé et, à dire vrai, se demandait même s'il n'avait pas rêvé. Il n'avait aucune preuve que… que… C'était difficile à concevoir pour lui. L'image d'un Lukas se penchant vers lui et déposant ses lèvres sur les siennes lui paraissait tellement lointaine, pareille à un songe, une hallucination. En même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? Lukas l'embrassant, lui, Mathias. Tout sonnait particulièrement absurde dans cette phrase. C'était tout bonnement impossible et illogique. Tout le contraire de Lukas. Et d'ailleurs, même en envisageant l'improbable, pourquoi diable Lukas se serait-il penché vers Mathias, déposant ses lèvres sur les siennes ? Pourquoi ?
Mathias savait se poser des questions. Mais peu importe combien il s'interrogeait, il n'était décidément pas doué pour comprendre, créer des liens, émettre des hypothèses, trouver des solutions où tout concordait, des faits au caractère de la personne en passant par les circonstances. Ça… ça, c'était le travail de Lukas.
Mais il n'était pas là.
Et Mathias continuerait à voguer sur les eaux troubles d'un destin incertain.
Il contempla la salle de bain, recherchant la présence du propriétaire des lieux dans les carreaux, les serviettes, la mousse à raser et le peigne.
La seule conclusion un tant soit peu satisfaisante à laquelle Mathias parvenait était le degré de traumatisme de Lukas sur le moment. Il avait emmagasiné tant de sentiments, vécu et revécu tant d'évènements en l'espace de vingt-quatre heures qu'il avait tout simplement craqué. Il avait craqué d'une bien étrange façon mais il avait craqué.
Mathias était convaincu que Lukas n'était pas insensible. C'était une personne humaine comme une autre. Il était capable d'aimer. Après tout, il aimait sincèrement son petit frère. Peut-être avait-il aimé son père également. C'était même plus que probable. Mais Lukas aimait d'un amour filial. Il ne pouvait pas aimer de… de cette façon-là ! Quel non-sens ! En plus de ça, il considérait à peine Mathias comme un être à part entière sous ce toit.
Tout au plus était-il une bonne distraction, pensa-t-il en se souvenant des termes que les grands-parents de Lukas lui avaient rapportés : « il est marrant, ça me plaît. » Un homme à tout faire, le guignol de service, le bras droit docile, tout dans les muscles, rien dans la tête, le bavard…
Comme il était difficile de se reconstruire une vie entière, de repartir de zéro sans aucune base. Voilà près d'un an et demi qu'il essayait de se reconstruire. Mais si l'image qu'il donnait au reste du monde laissait entendre qu'il était un joyeux luron toujours prêt à en découdre, lui-même, au fond, se demandait bien à quoi il ressemblait à présent.
Et si composer avec les autres ne lui avait jamais posé aucun problème, composer avec les deux frères était en revanche un véritable parcours du combattant. Mathias se sentait toujours à des années-lumière d'eux. A peine s'approchait-il de la lisière de la compréhension mutuelle qu'il se retrouvait projeté en arrière tant Emil comme Lukas le prenaient au dépourvu.
Le prendre au dépourvu !
L'expression était tellement faible comparé aux derniers évènements que Mathias écarquilla les yeux tout en reprenant le chemin de sa chambre. Il ouvrit une des fenêtres, attrapa le briquet qui traînait sur le bureau tout en s'affalant dans le fauteuil et s'alluma finalement une cigarette. Il observa d'un œil vague l'immeuble d'en face, jusqu'à très récemment encore en travaux où les derniers ouvriers s'activaient à enduire la façade. Ce même immeuble d'où un horloger suisse avait été contraint de tirer sur Lukas pour sauver sa sœur.
Sombre histoire encore que celle-là, se souvint Mathias en tirant un coup sur sa clope.
L'air était doux. Mathias ferma les yeux dans l'espoir de se changer les idées. Il aurait bien aimé que Lukas soit de retour. Au moins pour gérer le cas d'Emil, se dit-il en entendant la porte de la salle de bain finalement s'ouvrir. Il perçut le grincement des planches sous les pieds d'Emil qui retournait s'enfermer dans sa chambre. Puis, plus rien. Le calme complet, agrémenté seulement de la rumeur de la capitale norvégienne.
Mathias aurait pu goûter à la tranquillité de sa nouvelle vie. Loin de tout. Mais Lukas était parti. Et l'inquiétude, elle, était revenue.
A peine s'était-on assuré que Gerdi Thomassen, la perfide et malgré tout génitrice de Lukas et Emil, était aux mains des autorités islandaises, que le détective s'était détourné de tout le monde. Quand bien même il avait enlacé son frère, avait pleuré toutes les larmes de son corps, avait… embrassé Mathias (ce dernier grimaça en y repensant tant cela lui paraissait bizarre), sur le chemin du retour, Lukas n'était plus qu'un automate dont le cœur avait été arraché, peu importe qu'il fût auparavant de métal, de glace, de marbre ou autre. Il n'existait tout simplement plus. Lukas était vide et cela crevait les yeux. Il avait les traits tirés, marchait de façon mécanique, ne croisait le regard de personne, et surtout pas d'Emil et de Mathias. Il les avait soigneusement évités pendant les deux jours suivants. Et puis, un matin, il avait laissé un mot : « Ne me cherchez pas. Je reviendrai. Promis. »
Il n'avait rien ajouté d'autre. Ni date, ni heure, ni destination, ni désir, ni pensée. Rien. Rien que ces quelques mots qu'une machine à écrire aurait pu rédiger mécaniquement.
Un vent de panique s'était alors emparé de Mathias. Et un vent de colère pour Emil. Mathias ne l'avait jamais vu dans une telle fureur. Comparé à cela, ce matin avait été très calme.
Mathias tapota sa cigarette sur le rebord de la fenêtre pour en faire tomber la cendre.
Oui, Emil avait été furieux. Et sûrement l'était-il encore. Mais Mathias avait bien compris après s'être fait violemment envoyer paître que ce n'était même pas la peine d'essayer d'avoir une conversation avec lui. Cependant, si Emil avait mis longtemps avant d'épuiser ses réserves, l'inquiétude de Mathias s'était amenuisée rapidement. Angoissé, il fut rassuré par l'opinion des grands-parents de Lukas. Ils n'étaient pas plus ravis que lui d'affronter cette nouvelle disparition mais ils lui avaient assuré son retour.
- Jamais, au grand jamais, Lukas n'abandonnera cette maison. Elle lui est essentielle comme elle l'a été pour Erlend. C'était un des souvenirs les plus importants qu'il ait de son père. Il reviendra, lui avait-on dit
Et Mathias les croyait volontiers.
Mais quand ? Que faisait-il ? Où était-il ?
Lukas avait emporté son portable mais, au mieux lorsque son téléphone était allumé, il ne répondait jamais. Mathias et Emil ne pouvaient strictement rien faire d'autres que d'attendre. Attendre et poursuivre leur vie quotidienne.
Mathias sursauta à moitié lorsque la sonnette résonna dans la vieille demeure. Il tira une dernière fois sur sa clope puis l'éteignit et la jeta. Ce devait être Berwald. Il attendait la visite de l'ébéniste pour réparer le bureau de sa chambre, délaissé depuis belle lurette et qui commençait à rendre l'âme. Une fois arrivé sur le seuil de l'entrée, il ouvrit à la volée, souriant. Néanmoins, il se figea. Il ne s'attendait certainement pas à avoir en face de lui Andrey et Vladimir, les deux amis d'enfance de Lukas.
Affaire à suivre…
