Bien le bonjour !
Oui, je poste encore un vendredi mais c'est la dernière fois. Après, je reviens à la publication hebdomadaire du samedi :)
Autant vous l'annoncer tout de suite, après l'affaire 11, je ne sais fichtre pas quand la 12ème sera prête x) Je vais participer au NaNoWriMo (National Novel Writing Month, si ça vous intéresse !) et j'ai prévu pour ce challenge qui couvre tout le mois de novembre un tout autre projet (+ le mois d'octobre consacré à sa préparation). Et après viendra déjà le mois de décembre qui sera occupé par deux autres trucs que je tiens à finaliser avant 2017 (ça fait deux ans que je me dis ça, notez XD). Bref, si j'arrive ne serait-ce qu'à écrire l'affaire 12 au mois de décembre, elle ne pourra vraisemblablement être publiée qu'en janvier ;)
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Bulgarie : Andrey Boyadjiev
Roumanie : Vladimir Bălan
Suède : Berwald Oxenstierna
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 11 : Retrouvailles
Installé dans le square de l'autre côté de la rue, il observait les allés et venues. Les touristes, reconnaissables à leur air curieux ou perdu, représentaient une masse conséquente des personnes qu'il détaillait. Chose qui n'était pas étonnante vue que la saison estivale était la plus propice aux visites venues des quatre coins du monde. Les rues de la ville étaient larges et le vent marin s'y engouffrait aisément. A cela s'ajoutait une senteur de sel du fait de la proximité maritime mais également entretenu par les canaux. Les hauts bâtiments, droits, imposants, grandioses resplendissaient sous le soleil et couvaient de quelques ombres les étrangers. Rythmée par les festivals, les découvertes de monuments somptueux, les concerts, les théâtres et les opéras, la ville vibrait. C'était un véritable ballet au fil des jours longs.
Il esquissa un maigre sourire.
Un ballet. Y avait-il meilleur terme pour qualifier l'élégante Saint-Pétersbourg en ce mois de juin ?
Il observa un petit attroupement qui s'était formée sur le parvis d'un bâtiment à la façade verte et blanche, face à une voiture qui venait de s'arrêter.
Non, il n'y avait pas d'autres mots. Et le ballet ne se jouait pas sans musicien, pensa-t-il en attrapant son étui.
Il traversa la route prenant garde aux automobilistes qui n'étaient pas réputés pour leur prudence au volant. Puis, il s'adossa sur un poteau d'affichage du siècle dernier et patienta. Il avait là la vue parfaite : d'un côté le théâtre Mariinsky donnant sur la grande rue Glinki, de l'autre une rue adjacente passant par-dessus le canal Kryukov et desservant des entrées latérales au théâtre. Sur le trottoir, à l'entrée, les appareils photos et les caméras se disputaient la place quand les perches et les micros s'insinuaient entre deux journalistes. On vint dégager la foule sur les côtés puis on ouvrit la porte arrière de la voiture noire lustrée. Une grande silhouette humblement vêtue mais éblouissante de part son sourire déclencha aussitôt le crépitement des flashs.
Iryna Chernenko, la cantatrice, était une égérie, une muse et une idole. Et il n'y avait rien d'étonnant à cela, se dit-il, sa voix était pure et sincère tout comme l'était sa personnalité.
Mais pouvait-il encore en être sûr ? Il doutait de tout désormais. Ou plutôt n'aurait-il jamais dû cesser de douter.
Iryna s'avança, signant ça et là quelques autographes, adressant des saluts et des sourires dès qu'elle le pouvait. Si on ne l'avait pas poussé en avant pour franchir les portes, peut-être même se serait-elle arrêtée et aurait-elle volontiers répondu à toutes les questions qu'on lui posait.
Il l'observa passer les portes du théâtre Mariinsky. Puis, il délaissa du regard la cantatrice. Il savait qu'elle n'était qu'une diversion. Et ses prédictions se virent confirmer lorsque, quelques minutes à peine après, une porte discrète donnant accès au canal de Kryukov s'ouvrit sur deux personnes. Le premier, grand, portait de façon incongrue une écharpe sur une chemise légère. Il ne faisait aucun doute il ne pouvait que s'agir d'Ivan Braginski, le journaliste et frère de deux éminentes artistes russes. Quant à la deuxième, les cheveux relevés en chignon, deux longues mèches flottant au vent, des lunettes-mouches qui cachaient un regard tranchant et glacial : Natalya Arlovskaya. Ballerine prestigieuse d'une des troupes les plus nobles du monde. Mais aussi… une bien cruelle déception.
Il se mordit furtivement la lèvre inférieure.
Ivan et Natalya s'approchaient. Elle s'accrochait à son frère aîné comme une bienheureuse. Ce dernier semblait moins à l'aise cependant. Elle ne semblait pas le moins du monde au prise avec sa conscience. Neuf mois s'étaient écoulés depuis… Aucune trace de remord, de regret, de culpabilité sur son visage serein, complice. Seul aurait peut-être pu la trahir son air mutin, si celui-ci n'avait pas été connu de tous comme une habitude chez elle.
Il rajusta son chapeau, extirpa de son étui un violon. Il le porta à son épaule, attrapa son archet, inspira, expira. Puis, il fixa brusquement la danseuse du coin de l'œil, cherchant à accrocher son regard mais surtout, son oreille.
Acte III, Siegfried déclare son amour éternel à Odile croyant s'adresser à Odette. Supercherie. Tromperie. Le piège était parfait.
Transporté par ses sentiments, il ferma les yeux un court instant. Lorsqu'il les rouvrit, elle s'était arrêtée. Natalya l'observait sans retenue, sans émotion. Elle n'avait pas abaissé ses lunettes mais il devinait le froncement de sourcils. L'avait-elle reconnu ? Ivan, souriant, déverrouilla les portes de la voiture en un clic. Il invita sa cadette à prendre place. Elle releva le menton avant de se détourner du violoniste.
Acte IV, Odette, trahie par son amour, se meurt.
Il ne voulait pas savoir ce qui l'avait motivé. Cela ne l'intéressait pas. De plus, il n'était pas prêt à affronter les dessous de la vérité. Il voulait juste qu'elle sache. Qu'elle sache que lui, Lukas, le détective privé d'Oslo, ou tout du moins ce qu'il en restait, était parfaitement au courant de son délit, de sa culpabilité et par-dessus tout, de son double jeu. Il voulait qu'elle sache qu'il avait été meurtri, abusé par sa confiance, que de son fanatisme ne restait plus que des lambeaux de suspicion et de déception.
La voiture s'arrêta au feu, juste à côté du violoniste qui baissa un peu plus la tête mais appuya sur son archet, transportant la désillusion d'Odette face à la promesse rompue.
Natalya abaissa la vitre. Elle écoutait. Sans aucun scrupule, elle s'affichait, lui faisait entendre qu'elle assumait pleinement ses actes. Quant à lui, Lukas entamait maintenant d'une main de maître le dénouement. Ou tout du moins un des dénouements qu'il avait choisi parmi toutes les versions existantes du Lac des Cygnes, et une des plus dramatiques. Le feu passa au vert. Natalya apposa une main sur celle de son frère qui allait passer une vitesse. Il n'y avait de toute façon personne derrière eux. Regardant droit devant elle, elle déclara à mi-voix :
- Odette et Odile ne seraient-elles pas une seule et même personne ?
Puis, elle fit signe à son frère d'accélérer. Lukas releva alors les yeux. Au même moment, Natalya tourna la tête une dernière fois et abaissa ses lunettes. Leurs regards se croisèrent. Lukas arrêta son violon. La ballerine esquissa un sourire malicieux avant de remonter la vitre.
Lukas observa la voiture tourner puis s'éloigner.
Et voilà. Tout était dit. Sans aucun mot mais l'un comme l'autre s'était expliqué. Lukas se sentait tout à coup beaucoup plus léger. Il ne savait pas s'il recroiserait un jour Natalya Arlovskaya ou ses aînés, mais au moins était-il venu exprès à Saint-Pétersbourg pour faire face. Il n'avait pas attendu neuf ans pour mettre les choses au clair cette fois…
Lukas ramassa son étui et y rangea soigneusement son violon. Il jeta un dernier coup d'œil à la façade verte et blanche du théâtre Mariinsky.
Et maintenant ? Allait-il rentrer à Oslo ? Aurait-il le courage d'affronter tout le reste ?
oOo
Bien que toujours très surpris, Mathias fit volontiers place à Andrey et Vladimir pour qu'ils puissent entrer. Vladimir fourra les mains dans les poches et lâcha un long sifflement.
- Nom d'une gousse d'ail ! ça fait une éternité que je suis pas venue ici…
- Tant que ça ? demanda Mathias en refermant derrière Andrey
- Oh oui, affirma ce dernier, plus de dix ans, je pense.
- J'ai l'impression que les âmes errantes sont partout dans cette baraque !
Vladimir jetait un œil partout au rez-de-chaussée, ne se gênait pas pour fouiller, comme s'il était parfaitement chez lui. Il se retournait de temps à autres en frissonnant.
- Je suis sûr qu'ils sont là ! Pauvre esprit torturé de papa Bondevik !
Andrey l'observa, un brin blasé.
- Y a que ton esprit, de torturé…
- C'est que t'as pas le bon flair pour ça, toi. Tu sniffes les criminels, moi, leurs pauvres victimes qui ne sont plus sur ce plan pour témoigner.
Andrey roula des yeux.
Mathias les interrompit d'un petit raclement de gorge.
- Euh… c'est super sympa de passer mais… pourquoi vous-êtes là exactement ?
- On est venu voir Lukas, déclara Andrey
- Vu que môssieur ne daigne pas nous répondre au téléphone depuis des semaines. Je suis outré.
- Vlad'…
Les deux compères se tournèrent vers Mathias qui faisait la moue. Ils l'interrogèrent du regard.
- Il n'est pas là, répondit simplement Mathias, quoiqu'un peu gêné.
Vladimir s'approcha de lui et colla son visage à quelques centimètres seulement de Mathias, le fixant droit dans les yeux. Mathias se rendit alors compte que ce qu'il avait toujours pris pour un défaut de la photo était en fait une réalité : Vladimir avait bien des yeux marron incrustés d'éclats rouge vif. Impressionnant, ne put-il s'empêcher de penser.
- Vous l'avez caché quelque part ?
- Non. En fait, il…
- Il est mort et il hante ces lieux ! Ah ! Je le savais !
Vladimir leva les bras en l'air avant de se laisser tomber sur le rebord de la fenêtre en baie. Andrey ne put s'empêcher de rouler des yeux une fois de plus.
Mathias tenta une nouvelle fois d'intervenir :
- Excusez-moi, mais en fait, je ne suis pas sûr de bien comprendre. Alors, je sais que je vous ai prévenu un peu tard de tout ce qui s'était passé, mais du coup, vous êtes bien au courant que Lukas est un peu…
- Pommé ? tenta Andrey en fourrant les mains dans les poches
- C'est ça. Et donc comme j'essayais de vous le dire, Lukas a disparu.
- Encore ?! s'exclama Vladimir, faudra penser à le faire exorciser à ce train-là.
Andrey l'interrompit d'un geste et invita Mathias à poursuivre.
- Pour être exact, il nous a laissé un message après être parti mais ne nous a pas dit où il allait ni quand il comptait rentrer.
Andrey et Vladimir demeurèrent silencieux.
- Mais il rentrera ! Il nous l'a promis, s'empressa de rajouter Mathias
Puis, on sonna de nouveau à la porte.
- Le moins qu'on puisse dire, déclara Vladimir tandis que Mathias allait ouvrir, c'est que ça change de l'isolement prolongé dans sa chambre…
Sur le perron, se trouvait Berwald en petit chemise légère, mais chargé d'une boîte à outils et d'une mallette de travail. Mathias était on ne peut plus ravi de le trouver là.
- Super ! Merci d'être là !
- Pas de quoi.
Berwald franchit le pas de la porte et aperçut Andrey et Vladimir. Il ne s'y était clairement pas attendu et il s'arrêta net. Gêné, son visage se contracta en une grimace qui se voulait sûrement sympathique mais qui eut plutôt l'effet inverse…
Andrey et Vladimir se raidirent et le saluèrent poliment d'un hochement de tête avant d'échanger un regard entendu.
- Bon ben euh… vu que Lukas n'est pas là, on ne va pas rester plus longtemps, je pense. N'est-ce pas, Vlad' ? ajouta Andrey avec instance en voyant que celui-ci jaugeait sans aucune discrétion l'ébéniste
- Ouais, ouais.
Andrey dut néanmoins poussé vers l'avant son ami d'enfance.
- C'est gentil d'être passé en tout cas, assura Mathias, je vous tiendrais au courant s'il y a du nouveau.
- Merci beaucoup !
Andrey et Vladimir dévalèrent ensuite les marches du perron et rejoignirent le portillon en fer forgé.
- Il était flippant ce mec, hein ?
- Carrément.
De l'autre côté de la porte d'entrée que Mathias venait de refermer, Berwald baissa les yeux un peu penaud.
- Tu crois… que je leur ai fait peur ?
- Mais non !
Mathias balaya l'air de la main avant de l'inviter à le suivre vers le premier étage.
- C'est juste qu'ils s'attendaient juste à voir débarquer… euh…
- Lukas ?
- Ouais, voilà. Ils s'attendaient à voir Lukas rentrer.
- Où est-il ?
Mathias en avait marre de répéter qu'il ne savait pas. Bordel, il ne savait pas ! Mais dans sa grande joie de vivre, il se contenta de hausser les épaules. Berwald s'arrêta en plein dans les marches et fronça les sourcils.
- ça fait longtemps ?
Mathias s'accouda à la rambarde.
- Trois semaines… quelque chose comme ça.
C'était bien de dire « trois semaines ». C'était beaucoup moins angoissant qu'un mois.
Puis, Berwald reprit son ascension. Une fois arriver sur le palier du premier et à hauteur de Mathias, il apposa une main sur son épaule.
- Ne t'inquiète pas. Ça ira.
Mathias ne put s'empêcher de rigoler, comme pour prouver qu'il n'y avait pas à s'en faire et que tout allait bien. Lukas n'était pas là ? Pff ! Mais on s'en fichait !
- Ah mais je suis pas inquiet, hein ! J'ai ma vie, il a sa vie. Tout va bien ! C'est cool…
Berwald plissa les yeux et Mathias déglutit un tantinet. Il était surprenant de constater que Berwald se préoccupait de ce qui se passait dans cette maison.
Alors qu'ils s'apprêtaient à monter au dernier étage, on sonna une nouvelle fois à la porte ! Mathias proposa à Berwald de monter sans l'attendre. Puis, il revint sur ses pas pour retourner ouvrir la porte d'entrée. Il avait l'impression de ne faire que ça aujourd'hui…
Ah non. Il ne faisait pas que ça aujourd'hui. Il était aussi plusieurs fois surpris. Comme maintenant, où il était plus qu'étonné de se retrouver face à l'Italien peintre qu'ils avaient aidé, il y avait de cela plus d'un an maintenant. C'était quoi son nom déjà ?
Affaire à suivre…
