Bonjour, bonjour !
Vacances de la Toussaint pour les Français (je ne sais pas pour les autres francophones, désolée… il n'empêche que je vous souhaite bon courage !), j'espère que vous en profitez bien ! Et si vous en avez marre de la pluie, venez donc dans le Sud-Ouest : on y est bien, il fait beau et doux, huuuum :)
Pardon XD
Dans ce chapitre, on voit du monde !
Aikorys : je pense qu'il me manque un nom, ou un élément tout du moins, pour comprendre ta théorie )
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Italie : Feliciano Vargas
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 11 : Convaincre Emil
Première étape, Emil.
Autant commencer par ce qu'il avait sous la main.
Mathias se retroussa les manches. Puis, il franchit les quelques mètres qui le séparaient de la porte close de la chambre d'Emil. Il frappa un coup sans qu'on lui réponde. Il réitéra son geste mais n'eut toujours aucun résultat. Il haussa les épaules alors avec un franc sourire.
Emil devait être plongé dans un jeu vidéo, son casque planté sur le crâne, incapable de l'entendre entre deux explosions ou dialogues mouvementés.
Mathias prit donc le parti d'ouvrir le sacro saint sanctuaire suprême du jeune adulte.
Contre toute attente, Emil n'était pas à son ordinateur. Un instant, Mathias crut même qu'il avait loupé la sortie du jeune homme. Mais un pas dans la pièce et il l'aperçut assis sur son lit, en train d'écouter de la musique, le regard rivé sur son portable.
Emil l'ignora royalement et continua à pianoter.
Mathias prit son courage à deux mains et s'approcha. Comme Emil ne disait toujours rien, il s'installa au bord du lit. Il demeura silencieux, chose qui n'était pas forcément facile pour lui, joyeux luron qu'il était d'ordinaire.
Emil finit par relever la tête et lui jeter un regard noir, quoiqu'un peu fatigué également. Puis, il soupira et délaissa son casque.
- Qu'est-ce que tu veux ?
Mathias présenta les billets.
- Tu te souviens de Feliciano Vargas ? Il va bientôt repartir en Italie et il nous invite à son tout premier vernissage ! Tu te rends compte : nous sommes des VIP.
- C'est toi, la vieille pie. Sérieusement, qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Je l'ai à peine vu, ce gus.
- Il voulait nous remercier.
- Mais me remercier de quoi ? C'est Lukas qu'a tout fait, ajouta-t-il dans un grommellement
Mathias haussa les épaules et sourit de toutes ses dents.
- Tu sais, j'ai pas fait beaucoup plus. A part courir après son frère, ah ah !
- ça m'intéresse pas, coupa Emil prêt à remettre son casque
- Mais si tu viens… peut-être que ça le fera revenir, lui aussi.
Mathias leva les yeux et observa innocemment le plafond. Emil, lui, le dévisagea, inexpressif.
- T'es bête ou quoi ? Comme si ce vernissage stupide pouvait le faire sortir de son trou… T'as de l'espoir, toi.
Mathias ne se départit pas de son sourire.
- Ouais, je sais. Et puis, tu sais pourquoi tu dois venir aussi à cette soirée ?
Emil soupira profondément.
- Parce que c'est ton cadeau d'anniversaire, déclara Mathias fier de lui
Sur le coup, Emil ne put s'empêcher de hausser un sourcil et juger très sèchement Mathias. Celui-ci eut comme un doute.
- C'est bien ton anniv', le 17 juin ?
- Oui. Mais il est pourri ton cadeau, assena Emil sans le moindre scrupule
- Oh ! ça me blesse, ça ! Ah ah !
Emil haussa les épaules. Il n'en avait rien à faire de blesser Mathias. De toute façon, c'était bien fait pour la face du monde s'il blessait quelqu'un, lui à qui on a toujours menti et par conséquent manipulé et blessé. Blessé par sa propre mère, par son propre frère. Son propre frère, se répétait-il. Il lorgna sur son téléphone portable, toujours ouvert sur les brouillons de sa messagerie. Il sursauta lorsque Mathias posa une main ferme sur son épaule. Celui-ci avait le regard déterminé.
- Viens, Emil. C'est pas la peine de rester cloîtré. Tu veux que je te dise, déclara-t-il d'un ton grave qu'Emil ne lui connaissait pas, si tu veux faire réagir quelqu'un, ignore-le. Pas la peine de le harceler.
Mathias jeta un regard entendu au téléphone portable. Emil se sentit rougir malgré lui. Il aurait bien voulu nier, mais il était trop fatigué pour ça. Fatigué par toute cette ambiance morbide, par tous ces non-dits, tout ce passé ressurgi sans crier gare.
Emil esquissa tout à coup un maigre sourire.
- Si je comprends bien, si je t'ignores là, maintenant, tu commenceras à réagir.
- Exactement ! Et crois-moi, je peux être très chiant quand je veux.
- Oh, ça ! J'en doute pas… Mais si j'accepte de venir mercredi soir, est-ce que ça sous-entendrait que tu me ficherais la paix jusque là ?
- Possible.
- Ok… je viens. Mais tu me laisses tranquille !
- D'accord, d'accord, assura Mathias en levant les mains en l'air
Ravi de sa transaction, Mathias se leva du lit, frappant les billets qu'il tenait en éventail dans sa paume. Il s'apprêtait à partir lorsqu'Emil lui demanda :
- Est-ce que ça vaut pour tout le monde ton truc d'ignorer les gens ?
Mathias tapota l'épaule d'Emil.
- On est tous humains, mon cher Emil, on est tous humains.
Emil attrapa son téléphone et commença à effacer un à un les messages qui étaient dans ses brouillons tandis que Mathias, débordant de confiance, quittait la chambre.
Et hop ! En voilà un dans la poche ! se dit-il.
oOo
Il lui avait envoyé un seul et unique message. Le premier depuis plusieurs semaines. Ce message était totalement formel, sans familiarité, ni émoticônes qui envahissaient d'ordinaire ses messages. Pas cette fois. Ce message qu'il avait reçu samedi était d'une grande sobriété, ne compilant que les informations nécessaires. Il ne lui en avait pas envoyé d'autres. Il ne s'était pas assuré qu'il l'avait bien reçu. Il n'avait pas cherché de réponse de sa part. Et quelque part, cela l'énervait extrêmement, le frustrait. Il savait pertinemment que la simplicité du message avait pour but de piquer sa curiosité. Sauf qu'il ne pouvait pas répondre au risque de se trahir, lui qui s'était enferré dans un silence de marbre depuis un mois. Chaque jour, il avait consciencieusement relu cet unique message. Il ne voulait pas se l'avouer mais il cherchait quelque chose par delà les mots.
En poussant le portillon de fer forgé noir, ce soir-là, il s'était un instant bercé de l'illusion qu'on l'aurait entendu et qu'on serait venu ouvrir la porte d'entrée. Cependant, celle-ci était verrouillée. La vieille demeure était plongée dans l'obscurité, seulement éclairée par les réverbères de la rue, et avec, son visage impassible. Il passa les clés dans la serrure, posa la main sur la poignée. Sa gorge était nouée. Pourtant, il savait pertinemment qu'il n'y avait pour l'heure personne à l'intérieur de la maison.
Il était 19h. Ils étaient déjà là-bas. Et c'était tant mieux. Parce qu'il n'était pas sûr de pouvoir leur faire face, là, sous ce toit où il vivait tous les trois. A l'un, il n'avait jamais raconté l'entière vérité, l'entorse la plus dramatique qu'il ait pu faire à ses principes. A l'autre, il s'était dévoilé dans son entièreté, une autre entorse dramatique à ses principes.
Il s'avança dans le hall d'entrée et demeura un long moment dans la pénombre avant d'allumer. Il se débarrassa de ses affaires de voyage, puis alla se chercher une bière dans le réfrigérateur. Il en avala une grande rasade avant de monter à l'étage.
Il était tout de même content de rentrer chez lui. Car cette maison avait toujours été la seule qu'il ait jamais connu et qu'il reconnaîtra à jamais comme son foyer. Tant de souvenirs y étaient inscrits.
Sur le perron du premier étage, les évènements lui revinrent à l'esprit. C'était il y a déjà un mois et pourtant ce n'était qu'un mois. Il pénétra dans le salon en avalant une autre grande gorgée de bière. Son regard se posa sur la table basse adjacente à son fauteuil de toujours, là où on lui servait habituellement son café. Dessus, trônaient un billet et une feuille pliée en quatre.
Il ne faisait pas les choses à moitié, se dit-il en dépliant ce qui se révéla un message de quelques lignes. Il le parcourut des yeux, puis s'effondra sur son fauteuil dans un grand soupir. Pourquoi avait-il accepté de le garder ? Il le savait, ou plutôt, il avait pressenti que ça tournerait plus ou moins ainsi.
« Hey ! Bon retour !
Oui, je sais que tu es rentré. T'as vu, moi aussi je suis capable de deviner des choses, ah ah. En tout cas, j'espère que je ne me trompe pas… Je me fous le doute tout seul, eh eh.
Emil et moi sommes partis au vernissage de Feliciano. Je t'ai laissé ton billet si tu souhaites nous rejoindre.
Sinon, il reste une assiette de cabillaud en papillote et sa poêlée de légumes dans le frigo. T'as plus qu'à faire réchauffer. J'ai changé tes draps ce matin ainsi que les serviettes de bain. J'ai aussi remplacé ton tube de dentifrice et ta mousse à raser qui étaient vides.
- Mathias »
Mathias faisait preuve de bienveillance et de prévenance. De beaucoup trop de bienveillance et de prévenance. Et Lukas ne savait pas comment réagir. Il avait très bien compris que Mathias lui avait mis tout ça sous le nez pour lui rappeler qu'il n'était pas seul, et surtout que des gens, comme Feliciano, le considéraient à sa juste valeur.
Lukas attrapa le billet et l'observa longuement.
oOo
Emil se demanda une nouvelle fois ce qu'il faisait là. Il attrapa au passage une coupe de champagne qu'il avala pour ainsi dire cul-sec.
Dès qu'ils étaient arrivés à la galerie d'art où avait lieu le vernissage, Mathias s'était montré aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau, et pourtant ! Il ne connaissait pour ainsi dire personne.
Feliciano était venu à leur rencontre et les avait remerciés de leur présence. Il avait soigneusement caché sa déception de ne pas voir le détective.
- Ne vous inquiétez pas, lui avait assuré Mathias en fourrant les mains dans les poches de son complet
Il lui avait adressé une œillade que le jeune Italien n'avait, semble-t-il, pas su interpréter. Il avait répondu d'un simple petit sourire.
Et depuis, Mathias avait attrapé une coupe, des toasts et étaient partis discuter avec toutes les personnes qu'il croisait comme s'il les connaissait de longue date. Emil avait vite été lassé de ce petit jeu d'interactions sociales et avait délaissé le grand dadais pour se caler dans un coin, près du buffet.
- Vous aussi, vous vous faites chiez ?
Emil sursauta. Il dévisagea l'homme qui s'était planté à ses côtés, comme si de rien n'était. Il reconnut finalement le frère aîné de Feliciano, Lovino de son prénom, qui tirait sa tête des mauvais jours. Ou peut-être était-ce simplement sa tête des jours habituels. Il ne le connaissait pas assez. Et il le connaissait tellement peu qu'il opta pour un haussement d'épaules. Emil ne tenait pas particulièrement à entretenir la conversation avec qui que ce soit.
A dire vrai, Lovino non plus. Lui-même semblait avoir trouvé l'opportunité de se mettre dans un coin et d'attendre d'être déchargé de toutes obligations. A bien y réfléchir, ce n'était pas exactement pareil. Après tout, rien ne retenait Emil sinon sa bonne volonté. C'est pourquoi il décida finalement de poser sa coupe vide sur la table du buffet.
- Si vous voulez bien m'excusez, maugréa-t-il à moitié, je vais rentrer.
Ce fut au tour de Lovino de hausser les épaules. Au moins se comprenaient-ils l'un l'autre sur ce point.
Néanmoins, Emil n'avait pas fait un pas qu'un homme au teint halé se rua sur eux, une assiette de victuailles dans les mains et un verre dans l'autre.
- Ah ! Lovi' ! Enfin, je te retrouve ! Oh, bonjour… eh, mais… Ah mais si ! Vous êtes le petit frère du détective, non ?
Emil se raidit à ces mots. Il grimaça un sourire et hocha faiblement la tête.
- Je suis le compagnon de Lovino, vous vous souvenez de moi : Antonio ?
Emil hocha de nouveau la tête, il aperçut le regard compatissant de Lovino. Puis, celui-ci se tourna vers Antonio en lui arrachant l'assiette de mangeailles des mains.
- On avait dit que tu te la fermais ce soir sur notre relation. P'tain, t'écoutes jamais rien, c'est incroyable !
- Roh, Lovino, je vois vraiment pas ce qui te gêne. Je ne suis pas non plus en train de te peloter devant tout le monde.
Antonio lança une œillade chargé de sous-entendus à Lovino tandis que celui-ci piquait un fard. Emil ne savait plus où se mettre. Non seulement il n'avait rien à faire à ce vernissage, mais il n'avait rien à dire à Lovino ou Antonio. Il les connaissait à peine et rien que les premiers mots de cette conversation lui donnaient envie de gerber.
- Si vous vou…
Mais il fut aussitôt coupé par Antonio, plus enthousiaste que jamais :
- Je trouve que Feliciano a eu une excellente idée de vous inviter, vous, votre frère et son acolyte.
L'expression de Lovino se rembrunit.
- Je ne vous remercierais jamais assez d'avoir prouvé mon innocence et d'avoir empêché ce petit imbécile, dit Antonio en pinçant tendrement la joue de Lovino, de faire la plus grosse bêtise de sa vie.
Ce dernier se dégagea et avala des petits-fours, l'air grognon. Emil contempla son verre.
- J'y suis pour rien. Faut voir avec mon frère.
- Où est-il d'ailleurs ?
Emil se raidit. Que devait-il répondre ? « J'ai perdu la trace de mon frère depuis un mois à cause d'une affaire familiale, une broutille, voyons, ma mère est une aliénée qui a perpétré plusieurs meurtres sans que je sois au courant, fascinant n'est-ce pas ? » Emil resserra la prise sur son verre. Il jeta furtivement un coup d'œil à la foule, à la recherche des mèches rebelles de Mathias. Il les lui aurait bien fait bouffé, ces mèches, à ce crétin : il se retrouvait coincé à discuter avec deux types qui commençaient à se demander où était Lukas. Génial…
- Quelque part, répondit-il finalement très évasif
- Il faut absolument que je le vois pour lui serrer à nouveau la main.
Emil aurait bien rit sous cape d'ordinaire : serrer la main de Lukas, tout ce que le détective aimait, tiens ! Mais il n'avait pas la moindre envie de plaisanter. Il n'aspirait qu'à rentrer. Il prit un peu abruptement congé des deux hommes sans les regarder.
Alors qu'il fonçait vers la sortie, il fut entrepris par Feliciano.
- Ah ! Emil, attendez !
Emil lâcha un léger soupir, ferma les yeux, avant de les rouvrir et faire volte-face vers le jeune artiste. Celui-ci était aux côtés de deux hommes bien plus âgés que lui. L'un était fort de carrure, avait des muscles saillants, la peau olivâtre et un sourire aguicheur, tandis que l'autre n'était qu'une brindille fripée, couverte de pied en cape, le crâne dégarni et les mains osseuses.
- Je vous présente Emil, le frère du détective qui m'a aidé à retrouver Lovino l'année dernière. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans eux.
Emil commençait sérieusement à en avoir marre qu'on lui rappelle sans cesse qu'il était le frère de môssieur le grand détective.
- Et Emil, voici mes grands-pères Ottavio, déclara Feliciano en tendant la main vers le plus bronzé des deux, et Pietro.
- Ah ! Ravi de vous rencontrer jeune homme ! s'exclama Ottavio de son accent chantant en lui assenant un grande claque dans le dos.
- Enchanté, salua Pietro, visiblement le plus vieux des deux, dans un murmure à peine audible
- De même, balbutia Emil
Je suppose, ajouta-t-il dans sa tête. Il avisa la sortie qui n'était qu'à quelques centimètres de lui. Qu'on le laisse franchir ces portes !
- Ah ! J'aperçois Mathias ! s'écria Feliciano en commençant à agiter les bras, il faut que je vous le présente. Venez, venez !
Et le jeune peintre tout comme son grand-père Ottavio délaissèrent aussitôt Emil, tandis que Pietro le jaugea des pieds à la tête d'un regard qui lui fit froid dans le dos. Puis, le vieil homme se détourna de lui et partit rejoindre son petit-fils surexcité. Emil en profita pour filer. Sur le seuil de la porte, il se trouva nez à nez avec Lukas.
Affaire à suivre…
