Bonjour !

Ah ! Le NaNo est sur le point de commencer ! Et d'ailleurs, je m'engouffre dans Venise pour l'histoire que j'ai prévu d'écrire. M'enfin passons.

Je pense que certains l'auront compris, Ottavio est Rome/Empire Romain/Papy Rome (appelez-le comme vous le voudrez !). J'ai choisi ce prénom en référence au premier empereur romain : Auguste qui fut d'abord appelé Ottaviano. Mais il s'avère qu'Ottavio est un prénom plus usité et qui correspond bien à la tranche d'âge de papy, donc, voilà x) Néamoins… savez-vous qui se cache derrière Pietro ?

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Italie : Feliciano Vargas

Romano : Lovino Vargas

Rome : Ottavio Vargas

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 11 : Malaises

Emil et Lukas se faisaient face à l'entrée de la salle dans un profond malaise. Aucun des deux n'osait faire le premier pas et, de fait, l'un et l'autre demeuraient de marbre. Les invités évoluaient autour d'eux sans les apercevoir, alors même qu'ils bloquaient l'accès à la salle d'exposition. Force était de constater que Lukas était le dernier arrivé et qu'après lui, il y avait peu de chance que quelqu'un d'autre se présente.

Toute la soirée on lui avait parlé de son frère, cet aîné que personne ne soupçonnait avoir disparu sans donner de nouvelles pendant un long mois et ce, juste après avoir infligé à Emil le plus grand des désarrois. Il n'avait cessé de mâchonner sa rage, dans son coin pendant tout ce temps, tout en étant bousculé la nuit, entre deux cauchemars, par une foule de questions. Et maintenant que Lukas se trouvait en face de lui, Emil se trouvait coi, incapable de faire venir une question avant l'autre, ou même un mot, la gorge sèche.

Quant à Lukas, même s'il savait pertinemment qu'il retrouverait lors de cette soirée son petit frère et son acolyte, il ne s'attendait certainement pas à ce que le hasard mette sur son chemin précisément celui-là même qu'il craignait le plus. Lui aussi était sans voix, désarçonné. Lui qui avait le goût de la théâtralité aurait voulu soigner son entrée et reconquérir les bonnes grâces d'un être à qui il était intimement lié, et qu'il savait avoir profondément déçu. Mais il se retrouvait bloqué par son propre égo.

Constatant que son frère ne montrait aucun signe pour entamer la discussion, Emil se renfrogna. Lukas se ramenait et il n'était même pas fichu de trouver quoi dire. Pathétique. Désespérant. Il n'avait plus qu'à rentrer une bonne fois pour toute et se lancer dans une partie de jeu vidéo pour une bonne partie de la nuit. Serrant les poings, il dépassa Lukas.

- Tu…

Emil s'arrêta. Il n'osa pas se retourner.

- Tu prends un verre ?

Emil roula des yeux. Voilà que Lukas sortait les phrases bateau. A quoi s'attendait-il ? A ce qu'Emil lui réponde avec un sourire, une grande claque dans le dos, ravi de revoir son aîné ?

- J'ai déjà bu deux coupes, merci, marmonna-t-il sèchement

Lukas fronça les sourcils.

- Tu as mangé avec ça ?

- Bien sûr ! Je sais me gérer quand même ! s'exclama Emil en faisant volte-face

Lukas, de sa figure impassible habituelle, digéra l'information. Dans cette phrase, il entendait le refus de son cadet de demeurer ainsi dépendant de lui. Peut-être exagérait-il, mais c'était bien cela qu'il comprenait à cet instant.

- Je suis désolé, chuchota-t-il finalement, si bas qu'au début Emil n'était pas sûr d'avoir bien entendu

Il croisa les bras et haussa un sourcil dubitatif.

- Pour ?

- Pour ce mois d'absence.

- Et ?

Lukas demeura muet. Emil laissa retomber ses bras le long du corps, exaspéré.

- J'en ai rien à foutre que tu sois parti.

C'était deux beaux mensonges. Car Lukas et Emil n'arrivaient définitivement pas à passer au-delà de leur blocage, à réellement s'avouer ce que l'un et l'autre avaient sur le cœur. Ils s'observèrent un moment. Lukas aurait voulu s'expliquer mais il était parfaitement inconcevable qu'il le fasse ici et maintenant, à un vernissage, entouré d'inconnus. Et de même, il était improbable pour Emil de se confier réellement.

Et Emil fut le premier à rendre les armes. Il souffla puis retourna dans la salle d'exposition.

- J'ai soif.

- Quand on sera à la maison…

- J'y compte bien, le coupa Emil en attrapant deux coupes de champagne qu'un serveur promenait sur un plateau

Il tendit l'une d'elles à Lukas, lequel l'attrapa. Ce fut dès lors comme s'il n'y avait eu aucune absence, comme si les deux frères étaient arrivés ensemble.

Bien qu'en pleine conversation avec le grand-père de Feliciano, Ottavio, définitivement le plus bavard des deux patriarches, Mathias avait aperçut Emil s'enfuir de la salle pour s'arrêter net. Lukas était là. Il avait observé du coin de l'œil leur échange qui s'était limité à quelques gestes et d'autant moins de paroles. De là où il se trouvait, Mathias n'avait perçu qu'un calme olympien. Pourtant, il se serait presque attendu à ce qu'Emil explose, lui, le jeune homme au caractère vulcanien. Mais non.

Quant à lui, il ne savait pas comme aborder Lukas. Il avait en effet réussi à le ramener, en tout cas, s'en attribuait-il l'entier mérite, en lui mettant sous le nez l'invitation de Feliciano mais aussi l'anniversaire d'Emil. Cependant, il devait se rendre à l'évidence : il n'avait rien envisagé pour après. Il passa furtivement un doigt sur ses lèvres. Lukas était-il redevenu… normal ? Si tant est qu'on puisse se l'imaginer ainsi. Allait-il reprendre ses grands airs et son impassibilité ? Allait-il même seulement reprendre les enquêtes ? Comment allait-il considérer Mathias dès lors ?

Mathias avala une gorgée de champagne et rit de l'anecdote grivoise qu'Ottavio venait de raconter sans vraiment l'avoir écouté. Pietro à ses côtés semblait le juger froidement.

- Enfin bon ! Les aléas de la jeunesse ! Aaah, soupira Ottavio un grand sourire flottant sur son visage, mais vous savez, je suis persuadé que Feli' n'est pas en reste. Et s'il n'est pas le tombeur de ces dames avec son coup de crayon, je veux bien me faire prêtre, tiens !

Ottavio assena un léger coup de coude entendu à Pietro. Seulement ce dernier sembla le prendre comme une offense. Ses petits yeux réduits à de simples fentes, il toisa Ottavio avant de s'en détourner, le menton relevé et marmonnant des paroles inaudibles.

- Si je peux me permettre, déclara Mathias une fois que le vieillard se fut éloigné, j'espère pour vous que tout le monde n'est pas comme lui dans votre belle-famille.

Ottavio balaya l'air de la main.

- Oh, ce Pietro est un vieux sénile. Aucun humour ce type-là ! D'autant plus qu'il m'en veut. Et pas seulement parce que mon fils a mis sa fille en cloque avant le mariage, ah ah !

Il avala une grande rasade de champagne qui acheva son verre. Il échangea aussitôt la coupe vide pour une nouvelle. Mathias l'interrogea, curieux. Autant qu'il s'accroche à cette conversation, sans quoi il finirait immanquablement par se rappeler de la présence de Lukas. Ce qui le stressait, il devait bien l'avouer. Il n'avait vraiment aucune idée sur le comportement à adopter.

- En fait, si Feli' est aussi doué, il faut bien dire ce qui est, confia Ottavio en se penchant vers Mathias avec un sourire en coin, c'est en grande partie grâce à moi.

- Ah ?

- Je me suis très souvent occupé de Feliciano quand il était petit, et c'est moi qui lui aie trouvé un professeur privé d'excellente réputation pour la peinture. Mais de toute façon, Feli' était déjà très doué pour les arts. Quelle petite bouille d'ange, ah ah !

Mathias s'apprêtait à répondre lorsqu'il aperçut un visage familier qu'il ne manqua pas d'interpeller.

- Vous… désolé, mais votre tête me dit quelque chose. On se connaît, non ?

- Oui, à moi aussi, votre tête me dit quelque chose, renchérit Ottavio

Le jeune homme qu'ils avaient en face d'eux, qui avait d'abord eu l'air perplexe, se blasa aux mots du patriarche.

- Enfin, nonno, j'espère bien que tu me reconnais : je suis ton petit-fils…

- J'ai un troisième petit-fils ? Ah ah ! La vieillesse commence à bien se faire sentir, hein !

Tandis qu'Ottavio riait aux éclats, Mathias était toujours en train de farfouiller dans sa mémoire en quête de ce visage. Et puis ce fut la révélation.

- Ah mais oui ! Paris, avril dernier ! Vous aviez volé une photo, non ?

Le jeune homme qui leur faisait face s'empourpra.

- Ah, attendez, j'ai votre nom sur le bout de la langue. Laissez-moi deviner, hein. Vous étiez le copain d'une certaine Stéphanie… hum…

- Fiancés, marmonna l'inconnu

- Mais oui ! Mon petit Valeriano !

Et aussitôt, Ottavio prit son petit-fils chaleureusement dans les bras alors que ce dernier était un peu défait que son grand-père ait mis tant de temps à se souvenir de lui.

- Oh bah ça, pour une surprise, s'exclama Mathias, vous faites partie de la famille de Feliciano et Lovino Vargas ?

- Je suis leur cousin. Et je suppose que si vous êtes ici, le détective est là également.

Valeriano frissonna. En même temps, il avait de bonnes raisons de se sentir réellement mal à l'aise face à Lukas. Le détective était descendu sur Paris à la demande express d'Arthur Kirkland, il y avait deux mois de cela. Une photo de couple avait été volée et Lukas, encore maître de son art, avait porté une accusation sur Valeriano. Qui s'était en effet trouvée être le coupable, quand bien même son acte était parti d'une bonne intention. Le jeune homme semblait désormais terrorisé par le détective. Mathias n'osa pas lui dire qu'il pouvait bien se détendre : le détective en Lukas n'était plus que l'ombre de lui-même ces derniers temps.

Mathias chercha un instant du regard Lukas. Il l'aperçut silencieux, aux côtés de son frère cadet, chacun triturant machinalement son verre. Quelle ambiance… Peut-être était-ce le bon moment pour les rejoindre, en mode grand fanfaron ? Mais impossible pour lui de s'éclipser, Ottavio passa un bras sur ses épaules et l'autre sur celles de Valeriano, puis les guida jusqu'à un tableau.

- Regardez-moi cette composition, cette lumière, ces couleurs ! s'extasiait-il

- C'est qu'à nous trois, avec Lovino et Feliciano, on fait un sacré trio d'artistes, n'est-ce pas ?

- Lovino ?

- Oui. Et moi aussi, insista Valeriano, je vais être parfumeur quand même. C'est pas rien, hein ?

Ottavio frotta son menton mal rasé et leva les yeux au ciel, pensif. Puis soudain, il éclata de rire et assena quelques tapes dans le dos de Valeriano, qui, lui, ne savait pas trop comment réagir.

- Lovino, un artiste, ah ah !

Mathias esquissa seulement un sourire, de peur de froisser Ottavio s'il ne prenait pas part à la plaisanterie, mais il le trouvait quand même un peu vache pour le coup. Et il déglutit en apercevant le regard de Lovino, alors à quelques mètres de son grand-père. Le jeune homme tourna bien vite les talons.

Puis, de la direction opposée survint Feliciano traînant presque derrière lui Lukas.

- Papy, papy ! s'exclamait-il en faisant de grands signes à son adresse, le voilà : le détective !

Il n'y avait pas grand-chose à voir sur la tête de Lukas, insondable comme à son habitude, mais Mathias était persuadé d'y percevoir un semblant de tristesse. Etre appelé à tout bout de champs le détective n'était peut-être pas ce que Lukas rêvait d'entendre en ce moment…

Ottavio ouvrit grand les bras, si bien que Valeriano fut obligé de se reculer s'il ne voulait pas s'en prendre une malencontreusement.

- Aaah ! Le fameux grand détective privé d'Oslo !

Il attrapa aussitôt la main de Lukas dans les siennes et l'agita frénétiquement.

- Mon petit-fils n'a pas arrêté de parler de vos brillantes déductions.

- Une étoile qui brille finit toujours par s'éteindre, répondit platoniquement Lukas

Mathias se concentra sur sa coupe. Gloups, quelle bonne ambiance… Puis, il releva la tête et interpella Feliciano d'un raclement de gorge.

- Et donc toutes les toiles exposées ici sont les vôtres ?

Feliciano ne semblait pas le moins du monde interloqué par le comportement de Lukas, pris dans l'euphorie de son tout premier vernissage. Il hocha vigoureusement la tête.

- Toute une salle rien que pour moi. C'est un peu gênant, ve~ En tout cas, reprit-il, la rencontre avec le détective m'aura beaucoup inspiré pour plusieurs œuvres. C'est aussi pour ça que je tenais à ce que vous veniez !

Et il offrit son plus beau sourire à Lukas qui tenta d'en esquisser un maigre en retour. Mathias se frappa le front intérieurement : un Lukas déprimé au milieu de peintures inspirées par ses enquêtes. Il s'interposa aussitôt en élevant la voix, peut-être même un peu trop :

- Et donc, qu'est-ce que vous cachez sous ce drap ?

Il désigna un pan de mur couvert d'une étoffe blanche que beaucoup observaient du coin de l'œil mais que personne n'approchaient outre mesure.

Feliciano prit un air espiègle. Il consulta l'heure sur son portable.

- Vous n'allez pas tarder à le savoir.

Il fila de suite après ces mots, se glissant au travers de la foule. On le retrouva quelques secondes après devant le grand drap en question. Il avait en main un couvert, sûrement issu du buffet, et sa coupe de champagne qu'il fit tinter l'un contre l'autre. Aussitôt l'assistance se tourna vers lui et se fit toute ouïe. Feliciano rougit puis se lança avec envergure :

- Bonsoir à tous et merci d'être venu ! C'est un grand honneur pour moi d'être là et de voir exposées mes toiles.

L'artiste passa ensuite aux nombreux remerciements qu'il avait à formuler.

Mathias en profita pour s'approcher de Lukas. Il avait pris sa décision, ou plutôt toutes ces questions de comportement à adopter lui prenait tellement la tête qu'il s'était résolu à faire comme il avait toujours fait, à savoir : se fier à son instinct et se montrer de bonne humeur. Il glissa donc à l'oreille de Lukas :

- Ça fait plaisir de te voir.

Lukas cilla à peine mais se reprit aussitôt, décidant d'ignorer Mathias. D'autant plus que Feliciano achevait son petit discours :

- Pour clore cette soirée, j'aimerais découvrir devant vous, l'œuvre que je considère comme la plus importante et la plus emblématique de mon séjour et de ma formation ici, en Norvège. Je vous présente : Oslo à l'italienne !

Il tira sur le grand drap qui tomba à terre et découvrit la fameuse toile.

Tout le monde demeura muet. A commencer par Feliciano. La toile était méconnaissable. En lambeaux.


Affaire à suivre…