Bonsoir à vous, chers lecteurs

Je vous présente là le dernier chapitre de l'affaire 11 et, par la même occasion, à ce jour le dernier chapitre écrit. De fait, la fanfiction sera en hiatus pour une période indéterminée mais soyez assurés qu'elle reprendra bel et bien un jour !

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Italie : Feliciano Vargas

Rome : Ottavio Vargas

Romano : Lovino Vargas

Espagne : Antonio Fernandez Carriedo

Seborga : Valeriano

Vatican : Pietro

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 11 : La fin d'un voyage

Lukas se dirigeait non pas vers la toile, mais vers Ottavio. Il l'interpela sans détour :

- Vous aviez vu la toile alors que Feliciano voulait la garder secrète. Pourquoi ?

Pris au dépourvu, le grand-père du jeune artiste cligna des yeux plusieurs fois avant de retrouver son sourire jovial et de déclarer :

- Mais parce que je déborde de fierté pour mon adorable petit-fils !

Il attrapa aussitôt Feliciano et l'enlaça avec force, étouffant à moitié ce dernier.

- Vous étiez seul à l'avoir vu ?

- Oulà, non ! admit-il sans aucun souci

Il relâcha Feliciano mais conserva une puissante main sur son épaule.

- Je ne pouvais pas laisser Lovino en dehors de ça. Pensez-vous : son petit frère ! Il est passé par là, je l'ai attrapé au vol et on y a jeté un petit coup d'œil. De toute façon, je n'aurais pas supporté d'être le seul à ne pas l'avoir vu je préférais encore être le dernier.

- Mais ce devait être une surprise ! bouda le jeune artiste peintre

Son grand-père lui tapa gentiment le crâne.

- C'est bien pour ça qu'on a attendu que tu sois aux toilettes. Je ne voulais pas la gâcher. Enfin, se reprit-il après une pause, je n'avais certainement pas envisagé que ça tournerait ainsi. Je suis sincèrement désolé, Feliciano, et je compatis. Sache-le mon garçon.

Cet élan de sincérité et de compassion de la part de son grand-père toucha Feliciano au plus au point. Il s'apprêtait à pleurer de nouveau et il vint enfouir son visage contre le torse rassurant et protecteur du patriarche qui l'accueillit volontiers.

Lukas, pour sa part, ne s'émouvait guère. Bien qu'il apprécie énormément d'enquêter, il avait en horreur les surdoses de sentimentalisme, chose qui ne manquait pas du côté de la famille italienne.

- Qui l'avait vu avant vous ?

Ottavio le dévisagea un instant, ayant comme oublié l'essence même de la conversation. Puis, il afficha un large sourire :

- Valeriano. Sur le coup, je ne me rappelais pas qui c'était. Il a débarqué à la dernière minute alors que Feliciano nous faisait entrer dans la galerie et je me disais bien qu'il était de la famille, mais sur le coup, je ne voyais vraiment pas de quel parent il s'agissait. Comme ça m'intriguait beaucoup, je l'ai souvent observé du coin de l'œil. Et pardi ! Il a osé soulever le drap pour voir la toile avant tout le monde !

Ottavio paraissait sincèrement choqué de cet affront, alors même qu'il n'était pas exempt d'accusation.

Lukas envisagea un bref instant la culpabilité de Valeriano. Si tel était le cas, alors on n'aurait pu envisager le jeune homme comme un récidiviste. Entre ça et l'histoire de la photo volée. Néanmoins, le détective n'était pas de ceux qui allaient trop vite en besogne.

- Qu'avez-vous vu du tableau ?

- Pas grand-chose, je l'admets, répondit Ottavio, Lovino avait tellement peur de se faire prendre la main dans le sac qu'on a à peine eu le temps de poser les yeux dessus qu'il est devenu rouge comme une tomate et a rabattu le drap. Visiblement, il tenait vraiment à respecter sa parole, ajouta-t-il à l'adresse de Feliciano

Ce dernier sourit. Lukas se demanda momentanément s'il était pertinent de faire part du portrait psychologique du jeune peintre. Il refreina cette envie, quand bien même il devait admettre qu'il aurait aimé faire clairement comprendre qu'il n'aimait pas les bienheureux qui ne captaient jamais rien à la situation et vivaient dans leur petite bulle d'illusion. Ça l'exaspérait et c'était aussi pour cela qu'il aimait résoudre des enquêtes. Pour ce petit plaisir perfide, pour pouvoir crever cette petit bulle d'illusion qui berçait les gens inconscients de la cruauté de la réalité.

Lukas tourna finalement les talons et scruta l'assemblée du regard. Il repéra finalement Valeriano qui sortait des toilettes. Il semblait s'être calmé et passait vaguement la main sur sa veste pour en ôter les plis. Quant à Pietro, le vieux patriarche n'avait pas bougé d'un iota. Le détective eut alors une dernière question pour Ottavio :

- Et qu'en est-il de Pietro ? L'avez-vous aperçu soulever le rideau ?

- Pietro ? s'étonna Ottavio, c'est un amateur d'art mais il ne croit pas au talent de Feliciano et n'y accorde aucun intérêt. Sûrement parce qu'il est persuadé que j'ai eu une mauvaise influence sur lui. Il n'est venu que parce qu'il y avait été invité et môssieur ne refuse jamais une invitation. Pourtant Feli est le nouveau Michel-Ange !

Lukas envoya un regard entendu à Ottavio qui était une fois de plus parti pour chanter les louanges de son petit-fils.

- Enfin, bref, non, je ne l'ai pas vu.

C'était tout ce dont Lukas avait besoin.

Il délaissa Ottavio pour se diriger finalement vers les deux dernières personnes constituant la famille Vargas ce soir. Il pourrait par la suite en venir aux camarades d'étude de Feliciano venus assistés au vernissage.

En le voyant s'approcher, Valeriano déglutit et afficha un sourire de circonstance.

- Monsieur le détective… Promis, cette fois, c'est pas moi ! s'exclama-t-il subitement, je n'ai aucune raison de m'en prendre à Feliciano ! J'adore mon cousin ! La preuve : j'ai fais le voyage depuis San Remo pour assister à son tout premier vernissage. Je suis venu l'aider à installer et je ne lui ai même pas demandé de m'héberger. J'ai aucun problème avec lui et en fait, faut dire aussi qu'on ne se connait pas des masses. Mais en tout cas voilà, je n'ai pas de mobile valable et…

- Si, vous en avez un, le coupa posément Lukas

Feliciano venait de rejoindre le détective et tomba des nues lorsqu'il entendit ça. Valeriano, quant à lui, avait les bras ballants et les yeux écarquillés. Tout le contraire de Pietro, qui semblait à moitié somnoler, même si on sentait une présence éveillé émanée de lui. Il était strictement redressé, les mains rigoureusement placées l'une sur l'autre.

- Ah bon ? J'ai un mobile ? demanda Valeriano nettement troublé

- Votre reconnaissance dans la famille, déclara le détective, vous êtes toujours en quête de la reconnaissance de votre grand-père, Ottavio. Vous êtes sans cesse en train de vous mettre en avant, de vous rendre utile, de rappeler votre existence à votre entourage. Croyez-moi, vous n'êtes pas très discret.

Interloqué, Valeriano interrogea son cousin du regard mais celui-ci demeura stupéfait. Apparemment, aux yeux de Feliciano, Valeriano était tout ce qu'il y avait de plus discret. C'était à désespérer, se dit Lukas en levant légèrement les yeux au ciel. Puis, il revint directement à ce qui l'intéressait en premier lieu.

- Vous avez soulevé le drap pour voir la toile. Qu'avez-vous vu ?

- Et bien, j'ai essayé de faire ça discrètement donc j'ai pas soulevé de beaucoup mais il y avait euh… de la couleur ? C'était une rue. Et il y avait… des ombres. Enfin, des silhouettes. On aurait dit Rome. Mais c'était beau ! J'étais subjugué ! J'avais hâte de la découvrir au grand jour.

Lukas coula un regard vers Pietro.

- Et vous, l'avez-vous soulevé pour voir la toile en secret ?

Le vieillard mit longtemps avant d'ouvrir cette bouche qui était la sienne au sein de son visage savamment creusé de rides. Ses yeux s'ouvrirent à peine plus. Il se redressa un peu plus sur son siège si cela était encore possible mais conserva rigoureusement les bras le long du corps et les mains sur les genoux.

- Non. Je ne manque jamais à ma parole. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'une promesse faite à un enfant.

- Ve~, j'ai 22 ans papy quand même… se désola à moitié Feliciano

Lukas gardait le silence. Son regard passait silencieusement de Valeriano à Pietro. Tout à coup, le détective sembla se détendre, pour une obscure raison, et enfouit les mains dans ses poches.

- Avez-vous entendu la dispute entre Feliciano et Lovino ?

- Tout à l'heure ? Difficile de ne pas les entendre. Surtout Lovino, affirma Valeriano en secouant la main

Pietro conserva le silence, n'ayant sûrement rien d'autre à ajouter.

- Avez-vous entendu de quoi il en retournait précisément ?

- J'ai entendu les insultes, mais après… avoua Valeriano, un doigt songeur sur le menton

Pietro n'avait en toute vraisemblance rien à redire.

- Connaissiez-vous Antonio avant ce soir ?

- Non, pas du tout, répondit à nouveau Valeriano en leur nom à tous les deux

Lukas esquissa un léger sourire en coin. Il avait tout ce dont il avait besoin. Le mystère était résolu et le coupable serait bientôt dévoilé. Il s'envola à grande enjambée vers Mathias. Celui-ci surveillait toujours la sortie, bras croisés, et n'en démordait pas malgré les récriminations dont commençaient à faire preuve certains invités. Mathias ignora royalement les personnes autours de lui pour offrir un grand sourire plein d'entrain à Lukas. Celui-ci ralentit l'allure. Lukas observa les invités courroucés attroupés autour de Mathias.

- Tu peux les laisser sortir. Ne doit rester que les Vargas et Antonio.

- Bien, chef !

Et il lui adressa un petit signe militaire. Puis, il ouvrit aussitôt les portes et laissa le flot se déverser en dehors de la galerie, tout comme il supporta les regards noirs de certains convives. Ou plutôt les ignora-t-il de nouveau.

Une fois vide, la salle paraissait immense avec ses murs éclatants de blancheur. Feliciano, Valeriano et Pietro se tenaient toujours au même endroit. Ottavio était toujours près de la toile, tandis que Lovino et Antonio étaient à l'autre bout de la pièce.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Feliciano, vous avez trouvé le coupable ?

- Exactement.

Lukas ne bougea pas d'un pouce, ni n'ajouta un mot, ce qui confirma aux autres que c'était à eux de le rejoindre s'ils voulaient connaître le fin mot de l'histoire.

- Le coupable est parmi eux ? chuchota Mathias à l'oreille de Lukas qui s'en trouva indisposé

- Et bien ! quémanda Ottavio en écartant les bras, manquant une nouvelle fois de donner un coup à Valeriano, ne nous faites pas languir ! Ne me dites pas que… il se trouve ici ?

- Ici même.

Tout le monde se dévisagea les uns les autres, à la fois surpris et inquiets. Lukas les laissa faire pendant quelques minutes, s'amusant au fond de lui face à ses pauvres âmes désarçonnées. Puis, d'un doigt théâtral qu'il élança dans un geste sec, il désigna le coupable.

- Pietro.

L'assistance se tourna comme un seul homme vers le vieillard qui n'esquissa pas un mouvement. Ils demeurèrent tous interdits, même Ottavio qui pourtant n'avait eu de cesse de critiquer le père de sa belle-fille. Lukas les observa ainsi, alors qu'ils restaient pantois, pendant quelques instants avant d'enchaîner.

- Vous avez tous vu la toile en cachette. Ottavio et Lovino n'étaient pas les derniers. C'était Pietro. Constatant que tout le monde l'avait fait et en était ressorti bouleversé, piqué par la curiosité, il n'a pas pu résister. Qu'y avait-il donc de si intriguant dans cette toile ? Au demeurant, une toile d'amateur, d'enfant. Puisque son petit-fils ne sera jamais ni plus ni moins qu'un enfant et ne pourra jamais prétendre être un artiste digne de ce nom. Vieilles rancœurs familiales. Stupides. Mais passons. Pietro a vu le tableau et l'a de suite détesté. Parce que cette œuvre était une œuvre de maître. Mais également à cause des détails. Deux figures féminines entrelacées : lorsqu'on ne sait pas, on a du mal à s'imaginer qu'il puisse s'agir d'allégories. Mais là où tout a pris un sens, c'était le couple. Un couple d'hommes. Un couple marchant de dos et se tenant par la main, néanmoins reconnaissables. Et Pietro les a reconnus. Il a enfin compris qui était cet Antonio et pourquoi il était là. Mais ça, il ne pouvait pas l'accepter. Donc double mobile : ne pas vouloir reconnaître le talent de Feliciano ne pas vouloir reconnaître la relation de Lovino et Antonio. Comment je l'ai su ? Très simple, expliqua Lukas en apercevant Valeriano qui s'apprêtait à poser la question, Pietro a cillé lorsque j'ai parlé d'Antonio. Méchamment cillé. Mais la dernière preuve, la preuve véritable et compromettante se trouve dans sa main droite.

Tout le monde abaissa le regard vers les mains de Pietro qu'il conservait l'une sur l'autre devant lui. Le vieillard se crispa.

- Du sang s'est déposé sur la toile, certes en petite quantité. Vous avez une coupure dans la main droite. Et c'est pour cela que vous ne vous êtes pas un instant éloigné des toilettes. Cependant, Valeriano vous a mis des bâtons dans les roues sans le vouloir parce qu'il ne vous a pas quitté un instant par la suite. Ça pique, n'est-ce pas ?

Pietro avait désormais le regard vif et noir. Il daigna finalement ouvrir sa paume droite. Il y avait en effet une coupure encore rougeoyante. Cette révélation déchaîna les foudres des autres membres de la famille. Ottavio et Lovino furent les plus hargneux et ils mirent longtemps avant de se calmer. Ottavio notamment demeurait intraitable et Pietro allait devoir affronter le courroux du patriarche.

Lukas n'avait dès lors plus rien à faire. La résolution sentimentale ne l'intéressait aucunement. Il avait rempli sa part du marché. Il était l'heure de rentrer. Point.

Mathias hésita à le suivre, voulant tout de même dire au revoir, d'autant plus qu'il ne le reverrait peut-être bien plus jamais, mais il ne voulait pas non plus interrompre le règlement de compte familial qui se faisait de plus en plus houleux. Il soupira et partit finalement dans le sillage du détective.

Alors qu'ils franchissaient les portes menant à l'extérieur, Feliciano les rattrapa. Haletant, il les héla avant qu'ils ne montent dans la voiture, Mathias au volant. Feliciano reprit son souffle puis il se jeta dans les bras de Lukas et l'étreignit. Celui-ci se crispa sensiblement. Et Mathias de pouffer de rire.

- Merci ! Merci pour tout Lukas. Vous êtes vraiment un détective hors pair.

Il se détacha de Lukas qui expira, preuve qu'il avait arrêté de respirer pendant l'étreinte.

- Et… même si ma toile est… ce qu'elle est… je pourrais la refaire. Mais malgré tout je suis heureux : j'ai pu vous revoir une dernière fois et vous remercier encore pour tout ce que vous avez fait pour moi. Et pour Lovino aussi !

Feliciano avait les yeux gonflés de larmes. Il renifla. Puis, il tendit brusquement une main en avant.

- Alors au revoir, Lukas. Au revoir à vous aussi Mathias ! Et encore merci pour tout ! Venez me voir si vous passez à Rome.

Lukas observa la main, le sourire de Feliciano baigné de larmes, de nouveau la main. Il perçut Mathias étouffer un nouveau rire. Lukas empoigna alors la main de Feliciano et la secoua vigoureusement. L'artiste lui glissa discrètement une dernière phrase :

- Vous savez, je ne suis certainement pas doué pour les enquêtes, mais il y a certaines choses qu'un Italien capte bien mieux que tout le monde.

Et il lui lança une œillade.

Alors sur le chemin de retour, Lukas se concentrait sur le paysage nocturne, n'ayant aucune envie de croiser le sourire de bienheureux de Mathias qui s'évertuait à lui jeter des coups d'œil. Ce dernier ne dit rien mais n'en pensait pas moins. Il était aux anges.

oOo

Ils venaient à peine de se garer près de la vieille demeure osloïte qu'Emil apparut au coin de la rue. Ce dernier s'arrêta un instant. Lukas détourna le regard et alla ouvrir. Ils pénétrèrent tous les trois dans la maison et un cri perçant manqua de faire sursauter Mathias et Emil.

- Bordel, c'était quoi ce truc ?

- Un cambrioleur, vous croyez ? demanda Mathias sur le qui-vive

- Ton cadeau d'anniversaire, annonça Lukas

Emil demeura interdit et en même temps profondément perplexe. Poussé par la curiosité, surtout qu'un deuxième cri éclata, il gravit les marches jusqu'au dernier étage. Les deux autres le suivaient. Dans sa chambre, Emil découvrit une cage. Et dans cette cage… un macareux.

- C'est une blague ?

- Non, un cadeau. Mais je te suggère de le laisser au rez-de-chaussée, vu le bruit qu'il fait.

Mathias partit dans un grand éclat de rire, tandis qu'Emil se prit la tête entre les mains, n'osant pas faire un pas dans sa propre chambre.

- Lukas… tu… tu m'as offert un macareux, quoi ! T'en es conscient ?

- Oui. Parfaitement. Il vient d'Islande.

Emil marqua un temps d'arrêt. Il se tourna vers son frère aîné et le dévisagea longuement. Il finit par baisser les yeux. Puis, il s'approcha de l'animal. Il observa à nouveau son frère. Quelque chose passa dans leur regard. Mathias, dont le fou rire était passé, esquissa un doux sourire et prétexta aller prendre sa douche.

Cette nuit-là, Lukas et Emil eurent la plus longue conversation de leur vie.


Fin de l'affaire 11 !

On se retrouve je ne sais quand pour la suite, mais on se retrouvera.