Bonjour à tous !

J'ai été énormément touchée par vos retours ! ça me fait très plaisir de voir que certains sont très attachés à cette fic (qui, sans que ça soit dévalorisant, n'est ni plus ni moins qu'une fanfiction).

J'ai commencé à rédiger l'affaire 13 cette semaine !

Par ailleurs, je pense que vous comprendrez dans ce chapitre à cause de QUI j'ai été si lente. Oui, je suis sûre que c'est sa faute XD

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 12 : Le chauffeur

Alors qu'ils se trouvaient au garage de Drammen, Emil tapait du pied, impatient, tout en consultant régulièrement l'heure sur son téléphone portable.

- Bon, il vient ce taxi ou quoi ? maugréa-t-il

Sur le trottoir, avec leurs sacs, Mathias observait les voitures défiler. Pas bien nombreuses, mais pas rares pour autant. Il guettait le couvre-chef blanc propre aux taxis.

- A quelle heure as-tu passé ton appel ? demanda Lukas

- Près de 18h30.

- Il faut environ quarante minutes de chez nous à Drammen. Il devrait arriver à 19h10.

- Il aurait dû ! Parce qu'il est 19h20, là.

- C'est l'heure de pointe. Le trafic doit être dense.

Pour toute réponse, Emil enfonça les mains dans les poches de son bermuda.

- J'aurais mieux fait de rester à la maison, maugréa-t-il en conclusion

- Ah ! s'exclama Mathias en se relevant brusquement, je crois que c'est pour nous !

Au coin de la rue, un taxi venait en effet d'apparaître. Et, miracle, il se gara même à leurs côtés. Un homme en descendit, vêtu comme tout bon chauffeur de taxi d'Oslo, avec la chemise blanche, la cravate rouge et la veste noire. Il avait le teint basané, des yeux olive, des cheveux châtains en bataille d'où se détachait d'ailleurs une étrange mèche doublement bouclée. Il avait un air décontracté, voire même presque apathique. En tout cas, il ne donnait pas la sensation de se soucier de son retard.

- Monsieur… Steilsson ? C'est bien ça ?

Même sa façon de parler était endormie. Il prenait bien le temps de détacher chacune des syllabes.

Etant la personne l'ayant contacté, Emil dut faire un effort pour répondre. Cependant, il fit tout pour abréger les présentations.

- Vous souhaitez déposer vos sacs dans le coffre ?

- Non, non, vous inquiétez pas on va les garder à nos pieds, affirma Mathias de son ton enjoué habituel

L'étrange élocution de ce chauffeur de taxi contrastait d'autant plus.

Impatients, à part peut-être Lukas qui n'en montrait aucun signe extérieur, ils se ruèrent sur la banquette arrière. Néanmoins, ils durent prendre leur mal en patience car ce n'était pas seulement sa façon de parler ou d'être qui paraissaient d'un calme olympien, presque soporifique, mais également sa façon d'agir. Tu m'étonnes qu'il ait été en retard, se dit Emil. Lorsque ce dernier lui donna l'adresse du 4 Meltzers gate, leur chauffeur appuyait un à un sur les boutons comme si c'était la première fois qu'il entrait des coordonnées GPS. Pourtant, on sentait qu'il savait ce qu'il faisait. Mais il le faisait lentement. Très lentement. Pour un peu, on aurait pu le prendre pour un paresseux. Au moins, on ne pouvait pas lui reprocher sa conduite. Elle était impeccable. On aurait même pu s'assoupir.

Le silence régnait dans la voiture. Ils roulèrent ainsi jusqu'aux abords d'Asker, jusqu'à ce que Mathias n'y tienne plus.

- C'est une bonne situation ça, chauffeur de taxi à Oslo ?

Il n'eut aucune réponse. Il s'apprêtait à réitérer sa question quand leur chauffeur ouvrit finalement la bouche :

- Je ne pense pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises situations. Qu'est-ce qu'une situation, sinon la corrélation entre lieu, moment, objet et être vivants ?... Une situation n'est-elle pas toujours bonne à partir du moment où on la regarde sous le bonne angle ? Si une situation fait référence à l'épanouissement personnel, tout dépend à présent de ce qu'on entend par épanouissement personnel. Le bonheur absolu ? La brièveté d'un bon souvenir ? La possibilité de s'exprimer pleinement ? De se recueillir ? S'épanouir revient à se sentir à l'aise et bien dans sa peau. Mais que cela signifie-t-il ? Après tout, je me sens bien une fois que j'ai bien mangé. Est-ce pour autant que je suis épanoui ? L'épanouissement ne viendrait donc pas des besoins essentiels comblés. Ce serait donc autre chose. Les sentiments peut-être ?...

Son soliloque était d'autant plus impressionnant qu'il parlait avec cette lenteur qui lui semblait caractéristique, tout en articulant soigneusement les mots et prenant des pauses aux endroits les plus incongrus, surement pour mieux formuler sa pensée.

- T'as vu, Lukas ? On dirait toi, version question existentielle, ah ah ! le coupa Mathias avec un grand sourire dissimulant mal son hilarité

Lukas lui jeta un bref regard dédaigneux avant de reprendre son observation minutieuse du paysage. Heureusement qu'il y avait son frère entre eux, sinon il était certain que Mathias se serait mis à l'agripper par le bras et les épaules, cherchant à le prendre à partie.

Mathias reprit à l'intention du chauffeur qui s'était finalement tut, sans pour autant avoir eu l'air affecté par la remarque de ce client pas gêné pour un sou :

- Vous êtes sûr que vous êtes chauffeur de taxi ?

- A mi-temps. Je suis aussi chercheur en philosophie.

Mathias haussa un sourcil interloqué.

- Chercheur en philo ? C'est pas un peu contradictoire ? Vous ne devez pas trouver grand-chose…

Là, leur chauffeur esquissa ce qui ressemblait vaguement à un sourire. Heureusement que Mathias était habitué avec Lukas à les déceler.

- Il n'a jamais été question de trouver quoique ce soit en philosophie. Il ne s'agit que de l'amour de la réflexion. Si vous préférez, c'est s'interroger plus que de trouver des réponses définitives.

Mathias se gratta le crâne, perplexe. Comment pouvait-on aimer s'interroger et réfléchir juste pour… s'interroger et réfléchir ? Où trouvait-on satisfaction là-dedans ? Cela restait un mystère entier pour lui.

- Et vous-même ? Que faites-vous dans la vie ?

- Pion dans un collège ! C'est sûr, ça pète peut-être moins que vous. M'enfin, avec les gosses aussi, parfois, on n'a pas le temps de trouver les réponses à nos questions, ah ah ! Et sinon, Lukas est détective privé.

- Je ne suis pas détective privé, déclara placidement ce dernier, je suis violoniste.

Le chauffeur releva les yeux vers le rétroviseur et détailla un instant Lukas avant de reporter son attention sur la route.

Mathias balaya l'air d'un geste.

- Et le petit ici présent, acheva-t-il en apposant sa main sur le crâne d'Emil, est encore un jeune étudiant en comm'.

- Je ne suis pas un gosse, merci, marmonna ce dernier ne daignant pas relever les yeux de son portable

- Vous n'êtes plus détective ? demanda leur chauffeur à Lukas

Celui-ci fit mine de rien mais il se redressa légèrement et tourna ostensiblement la tête vers la fenêtre. Il était mal à l'aise avec les étrangers. Lors d'une enquête, évidemment, il était confronté à tout un panel d'inconnus mais ce n'était pas la même chose. Il était dans le feu de l'action. Or, cependant, dans ce genre de situation sur lesquelles il n'avait pas le contrôle, il ne se sentait pas à sa place. Mais ça, bien sûr, Mathias n'avait pas l'air de l'avoir saisi… C'était facile pour lui, il était ouvert à tout le monde.

- Pff ! Faites pas attention à lui, affirma Mathias, c'est juste qu'il a eu quelques… soucis dernièrement. Mais c'est un détective, un vrai. Et un bon, par-dessus le marché. Autant qu'il est doué au violon en fait.

Puis, il commença à raconter les milles et une aventure qu'il avait pu vivre aux côtés du détective, alors que ce dernier s'enfonçait toujours un peu plus dans son siège, l'air de rien. Ne se rendait-il pas compte que cela le mettait mal à l'aise ? Pourquoi déballait-il sa vie au premier venu ? Et par-dessus le marché, en ce moment ? Tout indiquait que ce n'était pas le moment de parler de sa vie de feu détective.

Lukas finit par incendier Mathias du regard, lequel continuait de papoter gaiement avec le chauffeur. Emil lui vint en aide en assenant un léger coup de coude dans les côtes du colocataire.

- Pourrais-tu te taire, grinça des dents Lukas, s'il te plaît ? J'ai mal au crâne à cause de toi.

- Ah ? Euh… désolé. Motus et bouche cousu, promis.

Il fit signe de clore sa bouche à l'aide d'une fermeture Eclair. Cependant, il ne put s'empêcher d'ajouter une dernière chose :

- Si vous voulez en savoir plus, cherchez Lukas Bondevik.

Le reste du trajet se déroula sans incident notoire et, alors que le ciel commençait à peine à se parer de couleurs flamboyantes, le taxi s'arrêta devant la demeure citadine. Lukas eut tôt fait d'aller ouvrir la porte d'entrée sans demander son reste, talonné pour son cadet qui n'attendait qu'une chose, pouvoir se poser. Du coup, Mathias se retrouva bien obligé de payer leur chauffeur. Il ne put s'empêcher de s'excuser au nom des deux frères.

- Ils ne sont pas forcément impolis, vous savez. C'est juste qu'ils sont dans leur bulle. Et puis, ils ont besoin de temps en ce moment, je crois…

Mathias observa un instant la porte d'entrée par laquelle s'était échappé Lukas.

- Nous vivons tous une vie beaucoup trop pressée, affirma le chauffeur en rendant sa carte de crédit à Mathias

Ce dernier hocha vaguement la tête. Ils échangèrent encore quelques mots puis, leur chauffeur philosophe repartit pour d'autres courses.

Dès qu'il franchit le seuil de la porte, Mathias se sentit soulagé. Ce n'était peut-être pas la première fois, mais c'était bien la première fois qu'il en prenait conscience en tout cas : quand il rentrait au 4 Meltzers gate, il se détendait. Il se sentait de retour chez lui. Chez lui ? Maintenant qu'il y pensait, cela lui faisait tout drôle. Ainsi donc il s'était tant habitué à cette maison qu'il la considérait comme sienne ? Peut-être bien. Cependant, il doutait fort y rester pour l'éternité. Sauf que Mathias n'était pas homme à se soucier de l'avenir outre mesure. Il referma la porte d'entrée et monta à l'étage déposer ses affaires. Il passa devant la salle de bain où il pouvait entendre le puissant jet de douche.

Habitué des longues randonnées ou pas, il n'en restait pas moins que Lukas avait besoin d'une bonne douche après l'effort. Il avait pris néanmoins la sale habitude selon lui de rester des heures sous l'eau chaude à divaguer, et ce depuis qu'il était rentré de son étrange pèlerinage dont il n'avait parlé à personne. Et à dire vrai, il n'en parlerait sûrement jamais à personne. Mais voilà qu'il avait donc pris la manie de penser et de réfléchir à tout et à rien, à sa condition, celle d'Emil, de Mathias.

D'ailleurs, celui-ci le poussait dans ses retranchements dernièrement. Et Lukas aurait aisément parié qu'il ne s'en rendait même pas compte. Ce nigaud ! Toujours le sourire aux lèvres. Mathias semblait tout faire pour qu'il reprenne du service. Déjà la minuscule enquête sur la toile vandalisée de Feliciano Vargas et maintenant voilà qu'il discutaillait avec le premier venu sur sa « carrière » de « fameux » détective. Lukas soupira. Il avait résolu le mystère précédent, cela ne voulait pas pour autant dire qu'il était de retour. C'était plus comme un petit puzzle sans gravité.

Ses relations avec la police d'Oslo étaient toujours les mêmes : on ne voulait pas le voir sur le terrain, et Lukas n'était pas du genre à vouloir jouer les hors-la-loi.

Hors-la-loi, tu parles ! se dit-il, je ne fais que jouer, en équilibre sur les limites de la légalité. Oui, mais voilà, avant, il était approuvé. On avait fermé les yeux sur ses méthodes. Si on le surprenait avec des faux badges désormais, il était bon pour ouvrir son casier judiciaire.

Pourquoi Mathias tenait-il donc à ce qu'il assume à nouveau sa fonction de détective privé ?

Lukas s'extirpa de la douche et s'enveloppa dans une serviette tout en se posant la question. Et ce n'était pas la première fois. C'était une des rares questions à laquelle il ne trouvait pas de réponses. En se dévisageant dans le miroir, Lukas ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire. Peut-être était-ce comme la philosophie, peut-être était-ce une question à laquelle il convenait de ne pas trouver de réponse. Mais cela ne voulait-il pas dire dans ce cas… qu'il devait juste accepter la démarche de Mathias ? Lukas secoua la tête. Décidément, divaguer sous la douche n'était pas un bienfait pour lui. Il s'essuya les cheveux. Tout comme la philosophie n'était pas son truc.


Affaire à suivre…