Bien le bonjour !

C'est l'apocalypse météo chez moi, on s'en fout, je sais, mais voilà x)

Je suis ravie de voir que tout le monde a réagi à la tirade du scribe, alias mon alter ego, dixit mon entourage. Ne me demandez pas pourquoi Grèce en chauffeur de taxi, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai cette image de la Grèce (et surtout d'Athènes) avec ses taxis… Cela vient peut-être d'une anecdote de voyage de ma môman -qui adore la Grèce.

Et donc, oui, voilà, j'ai décidé que Grèce était la raison pour laquelle cette affaire avait été si longue à écrire. Vous comprenez, avec un personnage pareil, pour que ça bouge, il en faut de la patience, ah ah XD

Réponse aux reviews anonymes :

Yukiodu44 : et oui ! J'ai cité Otis ! J'ai osé XD Mais je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion, ah ah !

Le cookie tueur : alors déjà, j'adore ton pseudo XD Et merci pour les compliments ! ça me touche et j'espère que la suite de satisfera tout autant !

LesSoeursNeko : merci pour ta review et ta lecture assidue ! ça me fait très plaisir de voir avec quelle attention les lecteurs suivent cette fic.

Austurland : ne t'inquiète pas ! C'est déjà très gentil de laisser un commentaire ! Et merci, ça me rassurer, ah ah

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Grèce : Héraclès Karpusi (et ceci est un nom officiel, puisque quelqu'un se posait la question)

Bonne lecture !

Disclaimer : Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 12 : Il devait bien admettre

Le lendemain, en dehors des cris du macareux, que Lukas en venait presque à regretter d'avoir offert à son petit frère, la maison était silencieuse. Emil était sorti retrouver Jia Long, en tout cas Lukas l'avait-il déduit car, bien évidemment, son cadet demeurait discret et parlait peu souvent de ses projets. Tout comme il lui arrivait souvent d'être à des années-lumière de ce qui se faisait dans la maison. Quoiqu'il en soit, la maison était calme et pour cause, l'agitateur de service, l'énergumène attitré aux sifflotements, aux éclats de rire et aux monologues, était également de sortie.

Lukas devait bien avouer qu'il avait un instant envisagé que Mathias puisse voir Berwald ou Tino sans lui. Et cela l'agaçait d'autant plus d'en être conscient. De fait, il avait été soulagé d'entendre Mathias hurler à qui voulait l'entendre qu'il allait faire les courses. Ça aussi, ça avait agacé Lukas : d'être soulagé qu'il n'aille que faire les courses. Il n'appréciait pas réellement son propre comportement ces derniers temps.

Voilà donc Lukas, seul dans cette grande maison, frottant négligemment les cordes de son violon, avachi dans le fauteuil. Il avisa la table d'échecs. Tout seul, il avait déjà tout exploité. Inintéressant. La télévision ? Que des stupidités. Le journal ? Il l'avait tellement décortiqué qu'il pouvait précisément citer n'importe quel passage par simple évocation de la page. La console d'Emil ? Non mais et puis quoi encore ? Intégrer et battre un algorithme étaient tellement aisé qu'il n'y avait aucun défi. Les ouvrages de sa bibliothèque ? Il les connaissait par cœur. Internet et sa jungle ? Il avait l'impression d'avoir fait le tour et de ne rien pouvoir en tirer de plus.

Il devait bien se rendre à l'évidence. Il s'ennuyait. Il s'ennuyait ferme et n'envisageait aucune échappatoire, aucune perspective qui puisse le tirer de son fauteuil. Pas même le violon. Il venait de s'entraîner pendant une bonne heure sans éprouver aucune difficulté, répétant inlassablement et automatiquement les gestes adéquats.

Le pire étant que le beau temps l'attirait bien mais qu'il n'aimait pas se balader en ville, même dans les parcs. Pas assez perdu et sauvage à son goût. Hors de question de prendre les transports en commun pour rejoindre les sites de randonnées de Holmenkollen ou Vettakollen, qui devaient être qui plus est bondés en cette période de l'année. Et Mathias avait donc pris la voiture pour aller faire les courses.

Lukas s'autorisa un nouveau soupir.

Il entendit finalement la porte d'entrée s'ouvrir. Envisageant les sacs de courses, il se dit que dans toute sa mansuétude, il pouvait bien descendre aider Mathias. Après tout, il n'avait que ça à faire.

Lukas pinça les lèvres en s'extirpant de son fauteuil. Tout de même… en arriver à de telles extrémités. Aider Mathias à ranger les courses. Il devait vraiment y avoir quelque chose qui clochait pour ne pas trouver d'autres alternatives.

Il était encore dans l'escalier qu'il s'arrêta net. Il n'écarquilla pas les yeux mais son air interdit voulait tout dire.

Sur le seuil de l'entrée se tenait le chauffeur de taxi de la veille. Il n'avait pas revêtu son uniforme et avait en main une pochette dont les documents débordaient quelques peu.

En l'apercevant, le chauffeur le salua brièvement d'un hochement de tête, de sa lenteur coutumière.

Lukas fronça légèrement les sourcils.

Un homme avec une pochette sous le bras. Ne me dites pas que… pensa Lukas en pressentant la raison de la présence de cet individu chez lui.

Mathias arriva alors, gai comme un pinçon et posa sa main sur l'épaule du chauffeur.

- Entrez donc ! Venez vous installer dans la salle à manger, tenez, c'est par ici.

Il lui désigna la première porte sur la gauche. Le chauffeur se mit en mouvement, toujours sans aucune presse, un pas après l'autre.

- Ah ! Lukas, t'es là, remarqua Mathias, devine quoi ?

Lukas ne répondit d'abord pas, abasourdi qu'il était, il devait bien l'admettre. Puis, il descendit les dernières marches de l'escalier et s'approcha dangereusement de Mathias, les mains croisées dans le dos.

- Tu en es donc arrivé à ces extrémités là ?

Les paupières de Mathias papillonnèrent.

- Je te demande pardon ?

- Tu en es donc arrivé à ces extrémités là, répéta Lukas en plantant son regard dans le sien, tu me fais croire que tu vas faire les courses pour que je te laisse tranquillement ramener à la maison un individu qui a besoin qu'on résolve quelque chose pour lui. Cela m'arrache la gorge d'avoir une question sans réponse, mais pourquoi diable souhaites-tu tant à ce que je reprenne du service en tant que détective ? Que recherches-tu ?

- Hein ? Mais… mais pas du tout, bredouilla Mathias, je revenais des courses quand j'ai vu le chauffeur planté devant notre portail. Il avait pas l'air décidé alors je lui ai dit de pas se gêner et de rentrer pendant que je garais la voiture. D'ailleurs, j'aurais besoin d'aide pour décharger les courses. Il y avait des super-promos saisonnières sur les poissons et les biscuits. Je me suis fait plaize, j'ai pas pu m'en empêcher.

Lukas tenta de ne rien en montrer mais il en tomba des nues. Et voilà qu'il avait trouvé une nouvelle raison de se sentir agacé par lui-même. Il était tellement pitoyable qu'il en venait à échafauder des théories sans fondement pour contenter son ego. Ce n'était pas digne de lui.

Mathias se frotta le menton et se pencha vers lui.

- Mais dis-moi, mon cher Lukas, ne viens-tu pas de sauter aux conclusions. Hum ? Pourtant, il y a quelqu'un qui m'a toujours appris qu'on ne devait jamais aller trop vite en besogne. Hum ?

Agacé, agacé, agacé. Il était agacé. Et ce grand dadais ne l'aidait certainement pas !

Lukas fit volte-face et déclara sombrement :

- Renvoie cet homme chez lui.

- Quoi ?! s'étrangla Mathias, mais tu peux pas faire ça !

- Je suis chez moi.

- Je croyais qu'on en avait fini avec ce petit jeu-là ?

Lukas resserra sa prise sur la rampe.

- Et puis, je vais pas renvoyer ce pauvre monsieur. D'un, il a fait le trajet jusque chez nous. Et de deux, il nous a quand même ramené chez nous hier soir.

- C'est son travail.

Mathias croisa les bras.

- Et bien fais le tien, assena-t-il

Lukas serra les dents.

- Je suis vio…

- Ah ! Non, pas ça ! le coupa Mathias

Puis, il attrapa Lukas par le poignet et le tira vers la salle à manger.

- J'aime pas voir les gens dans la panade. Je le ferais bien, mais je ne suis pas un expert en enquête, moi, déclara Mathias, alors si tu ne le fais pas pour lui, fais-le au moins pour moi.

Lukas se dégagea.

- Pour toi ? Pourquoi le ferais-je pour toi ?

- J'en sais rien.

Sur ces dernières paroles pleines de profondeur, Mathias poussa Lukas en avant dans la salle à manger.

Le chauffeur s'était assis et tapotait d'un doigt songeur la pochette qu'il avait emmené. Lorsqu'il aperçut Lukas, il suspendit son geste.

- Je dérange peut-être ?

Lukas pourrait très bien affirmer que c'était le cas. Mais bizarrement, les mots ne voulaient pas sortir de sa bouche. Il conserva une figure inexpressive et, à défaut de pouvoir dire quoique ce soit, il secoua la tête éhontément. Un instant, le silence perdura.

- Votre nom ? finit par demander Lukas

- Héraclès. Héraclès Karpusi.

L'homme se leva et tendit une main. Lukas consentit finalement à s'en emparer.

- Pourquoi êtes-vous ici ?

Héraclès avisa la pochette pleine de documents.

- Ma mère est morte, déclara-t-il finalement

Un meurtre ? S'il se mêlait de ça, Lukas pouvait être sûr que la police finirait par lui tomber dessus à un moment où à un autre. Il s'apprêtait à refuser quand Héraclès poursuivit sans crier gare :

- Il y a un an et demi.

Lukas reconsidéra aussitôt la question dans sa tête. Cela changeait toute la donne en effet. S'il s'agissait d'un meurtre dont le dossier était clos, il n'y avait pas de raison pour que la police se rende compte de ses investigations.

Décidément, il ne pouvait pas s'empêcher d'être attiré par les mystères. Au moins cela l'occuperait-il, lui qui s'ennuyait tellement. Il se désespérait d'en venir à penser ainsi.

- Elle s'est suicidée.

Lukas fronça légèrement les sourcils, interloqué. Pourquoi donc cet homme venait-il voir un détective si sa mère s'était suicidée il y avait plus d'un an ?

- C'est ce qu'a conclu la police.

Terrain dangereux tout de même, finalement.

- Mais je sais qu'on l'a assassiné.

Très dangereux. S'il s'embarquait là-dedans, il s'opposerait clairement à l'autorité légale.

- Et je sais qui.

Héraclès posa la main sur sa pochette, prêt à l'ouvrir.

- Attendez, l'interrompit Lukas, comment êtes-vous certain qu'elle ne s'est pas suicidée ?

L'homme réfléchit, le regard rivé vers le plafond. Puis, il répondit :

- Ce n'est pas son genre.

C'est ce que la plupart se dit, pensa Lukas. Comment être certain que cet homme n'était pas un enfant encore en deuil, qui cherchait par tous les moyens un réceptacle pour évacuer sa peine ?

- Comment vous entendiez-vous avec votre mère ?

- Parfaitement.

Et voilà. A tous les coups, il n'arrivait toujours pas à accepter que sa propre mère se soit donné la mort.

- Pourquoi en venir à contester les résultats de la police ?

- Je ne… conteste pas la police, affirma Héraclès en prenant bien soin de choisir ses mots, elle s'est suicidée… Mais on l'y a poussée.

Hum… En effet, il était difficile de prouver ce genre de choses. Dans ce genre de cas, c'est un meurtre indirect et les responsabilités incombées sont d'autant plus subtiles à mettre en lumière. Lukas réfléchissait à toute vitesse. Néanmoins, aussi alléchante soit cette affaire, il gardait en tête la figure de la police d'Oslo incarnée par l'inspecteur, tel qu'il l'avait vu la dernière fois, sévère, il y a trois mois de cela.

- Pourquoi venez-vous après un an et demi avec cette assertion ?

- Je… réfléchissais. J'avais besoin de temps pour prendre du recul et mettre le doigt sur ce qui m'avait interpellé depuis.

Héraclès Karpusi était peut-être long à la détente mais il était sérieux dans sa réflexion. Ajouter à cela la démonstration philosophique dans le taxi la veille.

L'homme fit glisser la pochette vers Lukas.

- J'ai rassemblé tous les documents que j'ai pu trouver.

Lukas avisa la pochette sans oser y toucher pour autant. Mais il se retenait. Parce qu'il n'était toujours pas sûr de s'impliquer dans une affaire aussi importante. Il n'avait pour l'instant aucune preuve de douter des dires d'Héraclès.

- Pourquoi ne pas avoir apporté ces documents à la police directement ? demanda-t-il finalement après un temps de réflexion

- Le dossier est clos pour eux.

- Ils pourraient très bien le rouvrir si de nouveaux éléments se présentent, répliqua aussitôt Lukas

Il désirait pousser cet homme dans ses retranchements, voir ce qu'il avait dans le ventre et jusqu'où il était prêt à aller.

- Ils ne considéraient pas que les documents présentaient des éléments tangibles. Donc aucune raison valable pour rouvrir le dossier classé « suicide ».

En bref, ils ne lui ont pas accordé l'attention qu'il aurait aimé avoir. Mais si la police n'a pas jugé cela pertinent, pourquoi s'acharner ?

- Pensez-vous que, pour ma part, je trouverais plus de raison à me pencher sur cette enquête ?

Héraclès prit son temps, avant de hocher la tête.

- Pourquoi en êtes-vous si sûr ?

La pièce demeura longtemps silencieuse. On entendait plus que Mathias faire des allers-retours pour transvaser tous les sacs de course dans la cuisine et les décharger.

- Je n'avais jamais pensé à un détective privé auparavant, expliqua Héraclès, et c'est quand votre conjoint…

- C'est mon colocataire, coupa Lukas avant d'ajouter condescendant, et acolyte. De temps à autres.

- Oh. Je vois. Quoiqu'il en soit, quand hier dans la voiture, il a parlé de vous, je n'ai pas tout de suite fait le lien. Mais après être rentré, l'information avait fait son chemin. Et je me suis dit… oui, un détective privé, pourquoi pas. C'est une des dernières solutions qu'il me reste. Comme je vous connaissais désormais, et que j'avais vos coordonnées, je n'ai pas… jugé bon de chercher quelqu'un d'autres comme détective privé. Quant à ce que vous, vous trouviez quelque chose, je ne peux pas être entièrement sûr car la perfection est inexistante en ce monde. Mais… je peux au moins croire autant qu'il m'est possible que vous pourrez m'approuver. Vous n'êtes pas… tenu par les mêmes responsabilités et les mêmes méthodes que la police. Je me suis réveillé ce matin, en compagnie d'Héphaïstos - c'est un de mes chats, je l'ai appelé comme ça parce qu'il boite - et je me suis rendu compte que ce devait être la raison qui poussait les gens à solliciter un détective privé. D'autres recours. D'autres outils de recherche…

Lukas fronça légèrement les sourcils, scrutant le visage d'Héraclès. Celui-ci observait son poing. Soudain, il le desserra et l'apposa sur la pochette. Son geste était calme mais sa main était tout ce qu'il y avait de plus ferme.

- Il faut… Il faut me croire. Ma mère ne s'est pas suicidée.

- Je vais prendre votre pochette, déclara Lukas, je vais consulter les documents.

Le visage d'Héraclès sembla s'illuminer.

- Je vous rappellerai demain pour vous dire si ça vaut le coup ou pas.

Il demanda à Héraclès de lui confier ses coordonnées, puis il le laissa quitter la maison.

Seul dans la salle à manger, Lukas soupira.

- Arrête de te cacher derrière la porte.

Mathias, goguenard, apparut sur le seuil de la cuisine.

- Je savais que tu ne résisterais pas.

Lukas se leva sans un mot, embarqua la pochette avec lui et monta s'enfermer dans sa chambre. Il ne savait pas s'il avait résisté à quoi ce soit ou pas, mais une chose était sûre, les mots d'Héraclès Karpusi l'avait laissé songeur.


Affaire à suivre…