Bonsoir !
Oui, je publie tard et un vendredi soir qui plus est !
En effet, je ne pourrais pas poster ce week-end, ni même les deux premiers de juin car je serais à l'autre bout de la planète x)
Je vous fais donc parvenir un dernier chapitre avant mon départ !
Et désolée, je n'ai pas encore répondue au review, mais elles m'ont fait plaisir :)
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Grèce : Héraclès Karpusi
Grèce Ancienne : Evangelía Karpusi
Chypre : Neoklis Adnan
République Turc de Chypre du Nord : Rauf Adnan
Turquie : Sadiq Adnan
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 12 : Reconstitution
Héraclès était toujours songeur. C'était bien normal en un sens. Du temps avait coulé sous les ponts, et avant pareil évènement, peu de gens faisaient réellement attention à ce qui les entourait.
Lukas fit finalement volte-face. Un chat était à ses pieds. Il lui jeta un coup d'œil. Le félin miaula. Lukas l'ignora. L'instant d'après, il sentit une paire de griffes lui lacérer le pantalon.
- Viens là Arès, dit Héraclès au chat en agitant devant lui une plume
Aussitôt le chat se rua dessus. Une fois qu'Héraclès n'eut plus besoin de la lui agiter dans tous les sens sous le nez, il se redressa et répondit finalement aux questions de Lukas :
- C'était un bon Noël. Le jour-même, j'entends. Rauf était content de ses cadeaux. J'ai joué aux cartes toute la nuit avec Neoklis et Sadiq. Ma mère était trop fatiguée pour veiller. Ça s'est fini en strip-poker d'ailleurs… Et j'ai perdu…
Mathias retint un sourire. Ce n'était pas très poli de rire alors qu'on replaçait les circonstances de la mort de quelqu'un.
- Sinon… Rauf est entré au collège cette année-là. Et Neoklis au lycée. Et ma mère a sorti un nouveau livre en octobre.
- Parlez-moi de ce livre.
Héraclès se leva alors et se dirigea vers l'étagère où était posée la seule photo de famille de la pièce. S'y trouvaient également des livres, tous signés du nom d'Evangelía Karpusi. Il en sortit un qu'il présenta à Lukas.
- Dans chacun de ses romans, ma mère décrit un personnage nomade. Nomade sous tous les aspects possibles. Je suppose que ça vient surtout du fait qu'elle-même a beaucoup voyagé.
Lukas feuilleta quelques pages, surtout au début et à la fin. Puis, il s'installa de nouveau sur le canapé où il croisa les jambes tandis que Mathias prenait également ses aises, étendant ses bras sur le dossier. Puis, le détective invita Héraclès à poursuivre.
- Elle est née en Grèce, a vécu à Rome, puis est partie en Norvège en passant par divers pays d'Europe. Même en habitant ici, elle a continué à vagabonder. Parfois, elle m'emmenait, parfois je restais à Oslo. Je pense que c'est une sorte de signature, ces personnages qui errent à travers le monde. Quand je n'avais pas la possibilité de parler à ma mère, je lisais des passages de ses romans au hasard.
Il prit une pause.
- Ce roman était pareil à tout autre. Je l'ai lu plusieurs fois. Même après sa disparition. Je voulais m'assurer qu'elle n'avait laissé aucun message caché entre les lignes. C'est l'histoire d'un triangle amoureux à Rome. En cela, il est compréhensible que ça n'ait pas été son plus grand succès.
- Qu'elle était sa réputation d'autrice ?
Héraclès haussa lentement les épaules.
- Elle pouvait prétendre gagner sa vie en écrivant. Elle était sous contrat avec une petite maison d'édition mais elle était leur autrice privilégiée. Donc je pense que d'une certaine manière, on pourrait dire qu'elle était populaire.
Lukas referma le livre d'une main.
- Racontez-moi votre vie.
- Ma vie ? Il s'agit pourtant de ma m…
Le détective l'interrompit d'un claquement de langue.
- Je suis né à Lillestrøm d'une mère grecque et d'un père dont je n'ai aucun souvenir. Ma mère n'a jamais voulu m'en parler. Elle disait de lui que ce n'était qu'une amourette de passage et que, même si ça avait été plus sérieux, elle n'aurait pas voulu m'élever avec un conjoint infidèle. Je suppose qu'il l'a trompé et qu'elle l'a rapidement quitté quand je devais avoir trois, quatre ans. Ma mère n'était pas le genre de femme qui se complique l'esprit. Elle va toujours au plus simple. Certains comme Sadiq disaient que c'était par flemme. Moi, je pense qu'elle ne voulait pas s'embarrasser et qu'elle souhaitait surtout vivre pleinement. De toute façon, cet homme détourne toujours ses qualités en défaut.
- Je ne vous ai pas demandé de me parler de Sadiq Adnan, le coupa Lukas, parlez-moi de votre vie.
- J'ai donc grandi avec ma mère. Elle n'était pas encore écrivaine et se démenait pour nous faire vivre correctement. Elle, moi et les chats aussi. Ce qu'elle a brillamment réussi. Je n'ai jamais eu à me plaindre de rien. En même temps, ma mère pouvait faire des miracles lorsqu'elle se retroussait les manches. Elle n'en avait peut-être pas l'air mais elle était très polyvalente : architecture, lettres, sports, arts dramatiques, médecine, histoire, dessins… elle avait même des notions de droits et d'agriculture. Quand j'étais petit, j'avais vraiment l'impression qu'elle pouvait tout faire. Un matin je la voyais partir en salopette avec un casque de chantier sous le bras, un autre en tailleur avec un attaché-case.
Tout à coup, Héraclès sourit.
- Je me souviens qu'un jour je lui avais même dit que j'arrêtais l'école parce qu'elle pouvait bien tout m'apprendre. Elle avait éclaté de rire avant de m'ébouriffer les cheveux. « Je ne serais pas toujours là. » C'est ce qu'elle m'avait répliqué… Et je repense encore souvent à cette phrase. J'ai même hésité à la choisir pour en faire la base de mon mémoire d'ailleurs… C'est elle qui m'a donné le goût de la philosophie. Elle ne se compliquait peut-être pas la vie, mais elle avait toujours le don de me répondre avec des phrases alambiquées et un air mystérieux. Il n'y a pas grand-chose d'autres à dire sur ma vie, déclara enfin Héraclès après une pause
- Qu'est-ce qui pouvait énerver votre mère ?
- Qu'on puisse réprimer des libertés. Surtout la liberté de parole. C'est quelque chose qu'elle défendait corps et âme. Sinon, elle était plutôt du genre détendu. Par contre si elle vous prenait la main dans le sac à essayer de l'arnaquer, elle devenait terrifiante.
Lukas écoutait d'une oreille attentive ce que lui disait Héraclès. Il gardait cependant les yeux fermés afin de mieux s'imprégner de chacun de ses mots, et ce afin de séparer notamment les véritables informations de tout l'affect dont pouvait faire preuve Héraclès. Mathias passait d'un visage à l'autre sans rien dire, réprimant de temps à autres un bâillement. Il fallait croire que la voix d'Héraclès Karpusi avait véritablement des vertus soporifiques.
Le détective tapotait la couverture du livre qu'il avait toujours entre les mains.
- Je vous l'emprunte.
Pris de court, Héraclès resta un instant sans voix. Puis, il opina.
Lukas ouvrit les yeux et réajusta sa position dans le canapé. Il avait encore un certain nombre de questions. Cependant, lorsqu'il se laissa aller contre le dossier, il sursauta subrepticement en sentant le bras de Mathias. Il lui envoya un regard noir et son acolyte eut tôt fait de dégager.
- Passons maintenant à Sadiq Adnan.
- Je vous ai déjà tout dit sur cet homme, répliqua aussitôt Héraclès
Le détective plissa légèrement les yeux. La vivacité dont faisait preuve Héraclès Karpusi dès qu'il s'agissait de Sadiq Adnan était très révélatrice.
- Vous m'avez tout dit de ce que vous pensiez de cet homme. Vous ne m'avez pas dit ce que vous connaissiez de la vie de cet homme. Nuance. Je veux savoir ce qu'il fait dans votre vie. Comment votre mère l'a rencontré, comment ils en sont venus à vivre ensemble, à avoir des enfants, depuis combien de temps, etc. Des faits et rien que des faits.
Héraclès attrapa Aphrodite qui se léchait encore les babines, surement ravie de son festin de chat. Il la posa sur ses genoux et elle se laissa faire sans rien dire. Elle se lova même aussitôt, émettant un léger ronronnement dès qu'Héraclès commença à la caresser.
- Je devais avoir 8 ans la première fois que je l'ai vu. Il parlait d'histoire autour d'un café quand je suis revenu de l'école. Ce n'était pas la première fois qu'il y avait quelqu'un à la maison quand je rentrais, mais… il la draguait ouvertement. Alors même que je n'avais que 8 ans, je le voyais clairement. Mais les choses sont devenues plus sérieuses… deux ans plus tard, je dirais. En tout cas, elles le sont forcément devenues quand ils se sont installés ensemble. Neoklis est ensuite né. Et quatre ans plus tard, Rauf.
- Pourquoi vous souvenez-vous qu'ils parlaient d'histoire ?
- Parce qu'il racontait que les Ottomans et les Byzantins, c'était la même chose. Ce à quoi je lui ai répliqué que si les Ottomans et les Byzantins, c'était la même chose, on aurait tout aussi bien pu dire que les Ottomans et les Perses aussi. Ça l'a beaucoup fait rire. Puis, il a reconnu que j'étais le digne fils de ma mère. Ça ne m'a pas beaucoup plu…
Il laissa passer un moment de silence.
- Il savait qu'il racontait n'importe quoi, et encore heureux. Et puis, ma mère n'est pas bête, elle lui aurait répondu si je ne l'avais pas fait.
- C'était votre première rencontre avec lui. Mais elle ? Evangelía s'est-elle confiée à vous ?
Héraclès secoua la tête.
- Ma mère était très secrète en un certain sens. Elle ne me racontait pas beaucoup de choses qui la concernaient. C'est bien pour ça que je lisais ses livres la plupart du temps. Pour connaître ma mère et ses pensées, c'est toujours un travail de fouilles.
- A quoi ressemblait leur couple ?
- Sadiq était tout le temps sur son dos.
- Objectivement.
- Il la couvrait d'attentions et de cadeaux. Mais c'était beaucoup trop : ma mère se sentait étouffée.
- Comment pouvez-vous affirmer cela ?
- Au fur et à mesure, elle râlait derrière son dos. Une fois même elle avait voulu partir en voyage sur un coup de tête et Sadiq lui a fait tout annuler.
- En même temps… se permit soudain Mathias, je ne sais pas à quelle période de sa vie c'était, mais si c'était sur un coup de tête…
Héraclès, tout comme Lukas, le dévisagèrent. Mathias se sentait tout à coup mal à l'aise : avoir deux visages inexpressifs qui vous détaillaient, c'était très perturbant.
- Enfin, je dis ça, hein… mais j'en sais rien évidemment.
- C'est une remarque…
Mathias voyait déjà les adjectifs péjoratifs s'aligner les uns derrière les autres.
- … qui n'est pas dénué d'intérêt.
Il n'en crut pas ses oreilles. Venait-il bien d'entendre ce qu'il avait cru entendre ? Lukas venait d'approuver ce qu'il avait dit ? Bon sang de bon soir ! Incroyable, se dit-il en écarquillant les yeux. C'était à son tour de dévisager le détective. Mais celui-ci l'ignora comme à son habitude, reportant son entière attention sur Héraclès Karpusi.
- Comment voulez-vous que je vous crois quand vous m'affirmez qu'Evangelía Karpusi a été incitée au suicide par Sadiq Adnan si vous n'êtes pas précis et le plus objectif possible ?
Un verre se brisa à terre. Toutes les têtes se tournèrent alors vers Rauf, debout dans l'encadrement de la porte du couloir.
- Quoi ? balbutia-t-il avant de s'égosiller, alors c'est pour ça que le détective est venu ?! Parce que tu veux mettre papa en prison ?!
L'adolescent se jeta sur Héraclès, ce qui fit fuir Aphrodite et les chats alentours. Héraclès n'eut pas le temps de réagir, ou plutôt était-il trop lent à réagir. Rauf l'avait attrapé par le col et le secouait.
- De toute façon, t'as jamais aimé papa ! C'est toujours de sa faute pour toi ! Y en a marre de votre guéguerre à la con ! Et puis d'abord, c'est peut-être ta faute, non ?!
En revanche, Mathias sauta sur ses jambes, lui, et attrapa Rauf qui se débattait comme un diable. On entendit des pas précipités dans le couloir, puis Neoklis débarqua à son tour dans le salon, en panique. Il écarquilla les yeux devant la scène.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il s'avança mais sa plante de pieds rencontra les morceaux de verre. Il grimaça.
Héraclès qui demeurait muet, face à Rauf qui s'agitait toujours et l'invectivait. Peut-être était-ce sous le coup de la surprise. Peut-être était-ce sous le coup de la détermination. Nul n'aurait su le dire dans cette pièce, pas même Lukas. Celui-ci était d'ailleurs toujours installé dans le canapé. Il observait la scène sans mot dire.
- Papa, il aurait jamais fait ça ! C'est pas sa faute si maman… si maman…
Rauf hoqueta plusieurs fois avant de fondre en larmes. Il s'abandonna alors à Mathias qui l'attira contre lui tout en lui caressant les cheveux. Neoklis le rejoignit à cloche pieds et vint prendre son petite frère dans ses bras. Il avait les larmes aux yeux. L'émotion s'était également emparée de lui. Il inspira profondément avant de faire face à Héraclès.
- Je sais ce que tu penses, Héraclès. Mais… tu ne crois pas que vous pourriez enterez la hache de guerre papa et toi ? Nous… Rauf et moi, on n'a pas à être coincés entre vous deux.
Héraclès plongea dans le regard de son demi-frère. Puis, sans crier gare, il se tourna vers Lukas.
- Ma mère n'avait aucune raison de faire ce qu'elle a fait. Il faut me croire, monsieur le détective.
Au même moment, la porte d'entrée claqua.
Affaire à suivre… dans 3 semaines ! Prochain chapitre le 17 juin !
