Bonjour, bonjour !
Ça va ? Vous avez survécu à la canicule ? Elle était violente, celle-là, il faut le dire. En tout cas, dans le Sud-Ouest, on était gâté, youhou…
Austurland : Pour tout dire, ce n'est pas mon premier voyage à Tôkyô ;) et c'était super !
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Grèce : Héraclès Karpusi
Grèce Ancienne : Evangelía Karpusi
Chypre : Neoklis Adnan
République Turc de Chypre du Nord : Rauf Adnan
Turquie : Sadiq Adnan
Bonne lecture !
Disclaimer : Hetalia, son univers et ses personnages ©Himaruya Hidekaz
Affaire 12 : Les bienfaits d'une dispute
Mathias rattrapa en quelques enjambées Lukas.
- Attends, je suis désolé, mais je n'allais pas te laisser te faire défoncer par ce Sadiq.
Lukas fit volte-face et plongea son regard dans le sien.
- C'est vrai quoi, reprit Mathias en désespoir de cause, le type, il n'avait clairement pas envie que tu sois là en tant que détective. Franchement, je ne sais pas jusqu'où ce type aurait été capable d'aller. Je veux vraiment que tu te remettes à enquêter, mais je ne veux pas que tu te fasses jeter comme une vieille chaussette comme ça, quoi ! En plus de ça, même si tu t'y prends comme une crotte en relationnel…
Lukas haussa un sourcil.
- Le prends pas mal, hein, s'empressa d'ajouter Mathias, mais c'est un peu ma faute si on en est là et j'ai pas envie que tu t'en prennes plein la gueule. A cause de moi. En un sens…
Mathias levait les yeux au ciel, en pleine réflexion. Visiblement, Héraclès Karpusi avait également déteint sur lui.
Lukas soupira finalement avant de tapoter la portière. C'était Mathias qui avait les clés. Ce dernier comprit aussitôt la demande et s'exécuta. Lukas grimpa dans le véhicule côté passager. Une fois Mathias également attaché et prêt à démarrer, Lukas marmonna :
- Sadiq Adnan ne m'aurait rien fait. Quand bien même il était clairement énervé, et ce surtout à l'encontre d'Héraclès, il nous a toujours parlé poliment et même cordialement. Il nous aurait simplement congédiés en bonne et due forme. Il n'y avait aucune nécessité que tu agisses de la sorte.
La clé dans le contact, Mathias arrêta son geste.
- Tu veux y retourner ?
Lukas croisa les bras.
- Ne crois pas que je sois aussi stupide en relations sociales. Et puis, tu l'as dit toi-même : il est tard. On rentre.
Mathias opina du chef sans mot dire. Il s'engagea sur la route et tout devint silencieux dans l'habitacle, Lukas fuyant tout contact en observant facticement par-delà la vitre. A un feu rouge, Mathias tapotait le volant en sifflotant vaguement un air du moment. Comme l'attente s'éternisait, car ils circulaient en pleine heure de pointe, Mathias finit par se pencher légèrement vers Lukas.
- Au final, on s'est un peu disputé, tu ne trouves pas ?
- Peut-être. Et ?
Mathias haussa les épaules.
- J'essaye de voir si ce qu'a dit Héraclès est vrai : exploser un bon coup, tout ça, tout ça, si ça permet vraiment de se libérer.
Lukas, de marbre, jugea Mathias. Ce dernier leva les mains en signe d'innocence.
- Je réfléchis, c'est tout.
- C'est vert.
Le conducteur appuya sur l'accélérateur.
Quand bien même, il avait porté un regard critique sur Mathias et sa déclaration, Lukas n'en rejetait pas moins l'expérience. Au moins était-elle instructive. C'était surtout le fait que Mathias considère leur petit échange électrique comme une véritable dispute qui le dérangeait finalement. Il ne voyait pas où Mathias avait pu considérer ça comme une querelle. Ce n'était tout au plus que des opinions divergentes.
Ce qui l'inquiétait par ailleurs, c'était que Mathias se montrait de plus en plus protecteur à son égard. Bon. Au fin fond du tréfonds de son âme, il devait avouer que ce n'était pas pour lui déplaire.
Vraiment tout au fond.
Cependant, Mathias prenait des initiatives qui entravaient parfois les siennes. Et ça, ça ne lui plaisait pas. Mais, en allant encore plus loin, ce qui lui en mastiquait une surface, c'était ses propres réactions. Ou plutôt absence de réaction, en l'occurrence. Qu'est-ce qui l'avait empêché de refuser de se laisser entraîner par Mathias tout à l'heure ? Outre la force de ce dernier, il n'avait pour ainsi dire quasiment émis aucune résistance. Lukas se rendait compte à quel point il pouvait se sentir faible face à l'influence de Mathias et cela l'agaçait.
Tant et si bien que, plongé dans le fil de ces pensées-là, Lukas sauta hors de la voiture dès qu'elle fut à l'arrêt et monta d'un pas vif les marches du perron, laissant Mathias dans l'incompréhension la plus totale.
- Oh, conclut-il pour lui-même, il m'en veut. A tous les coups, il m'en veut vraiment.
Lukas était monté directement dans sa chambre et s'y était enfermé toute la soirée pour lire le dernier livre écrit par Evangelía Karpusi.
Le détective ne savait certes pas à quoi ressemblaient ses précédents ouvrages et notamment ses succès, mais il était évident que celui-ci ne pouvait pas en faire partie. On devinait un certain ennui derrière l'écriture, ce qui contredisait quelque peu le portrait qu'il avait eu de cette femme, si fraîche et dynamique. Cette différence n'était pas une preuve, tangible ou pas, qu'il y avait anguille sous roche, que le suicide n'en était pas un. Elle lui permettait néanmoins de croire que cette autrice avait traversé une période trouble pendant la rédaction de son manuscrit, donc une période évidemment antérieure à sa publication.
Lukas relut une nouvelle fois longuement le dossier. Il n'y trouva aucune précision sur l'état d'Evangelía avant août. Héraclès n'avait donc pas perçu de malaise chez sa mère. Suicide ou pas, Héraclès était surement inconscient qu'il existait une véritable raison à la disparition de sa mère.
On toqua à la porte de chambre du détective pour ouvrir aussitôt après, sans même attendre de réponse de la part ce dernier.
- On mange, Lukas, annonça Mathias
Découvrant le détective à son bureau, entouré de papiers divers et du fameux roman, il n'osa pas s'approcher de peur que Lukas le réprimande à nouveau mais demanda tout de même par curiosité :
- Tu as découvert quelque chose ?
- Hum.
Mathias se fit la réflexion que ce genre de réponse évasive n'avait rien de rassurant. Peut-être Lukas était-il en train de s'enfermer dans son travail afin de le fuir.
- Je ne viendrais pas manger, déclara finalement Lukas sans quitter des yeux la feuille qu'il avait sous les yeux, et je ne veux plus qu'on me dérange jusqu'à demain matin minimum.
Mathias déglutit. C'était du sérieux, dis donc. Mais il valait surement mieux qu'il ne contrarie pas le maître des lieux.
- Je… je vais juste t'apporter un encas. Quand même.
Il referma doucement la porte pour la rouvrir aussitôt.
- Promis, je t'embêterai plus !
Alors que Mathias quitta véritablement les lieux cette fois-ci, Lukas releva la tête. Que venait-il de dire ? Il ne l'avait même pas écouté. Puis, il haussa les épaules. De toute façon, c'était Mathias, ça ne devait pas être de grandes paroles.
Ce qu'il était en train de lire était tout de même bien plus intéressant. Héraclès, si précis et minutieux pour parler de sa défunte mère, n'avait pas jugé bon de remonter avant août, mois pendant lequel il avait constaté une dispute entre elle et Sadiq, une première vraisemblablement. En tout cas, la première qu'Héraclès ait jugée bonne de consigner.
Lukas tenait à avoir la nuit devant lui pour relire, d'une traite mais également le plus consciencieusement possible ce roman.
C'était l'histoire d'une étudiante tunisienne qui, en échange à Rome, était tombée amoureuse d'un de ses professeurs, lequel l'avait par la suite trompée avec une autre étudiante, égyptienne. Autrement dit, une histoire désespérément basique et sans saveur de prime abord, qui aurait très bien pu être qualifié de romance de bas étage et niaise. Comment expliquer qu'une femme comme Evangelía, cultivée et polyvalente, ait pu écrire un récit aussi fade autant dans la forme que dans le fond ?
Lukas consulta sur le net les autres écrits signés Evangelía Karpusi et prit connaissance de leur contenu. Ce roman, intitulé Rompt, était d'autant plus intrigant que ses succès étaient présentés sous les titres de Le Styx de l'Est et L'Atlantide rêvée qu'il ne devait jamais trouver. Ils traitaient pour l'un de la migration européenne à travers les yeux d'une jeune albanaise, et pour l'autre d'un tour d'Europe initiatique sur fond de philosophie. Des romances, elle en avait déjà vraisemblablement écrites, mais toutes comportaient un élément inhabituel, tout en abordant des sujets divers et variés de société : religion, politique, orientation sexuelle, quête identitaire, maladies, etc. Les thématiques ne manquaient pas.
Et pourtant, ce roman-là décrivait en tout et pour tout un banal triangle amoureux avec deux femmes et un homme.
Le seul élément intéressant vraisemblablement était la toile de fond : l'université romaine et ses coulisses. Très détaillées d'ailleurs, ce qui laissait à penser qu'elle connaissait bien les rouages de l'enseignement supérieur en Italie.
Lukas passa ainsi toute la nuit à relire ce roman, en en faisant presque l'analyse littéraire dans l'espoir de capter les pensées d'Evangelía. Il ne pouvait pas croire que cette femme avait rédigé ce manuscrit sans y inscrire une réflexion particulière comme elle l'avait fait dans tous les autres livres qu'elle avait créés. Ça n'aurait pas concordé avec sa personnalité.
oOo
Le lendemain matin, Mathias descendit de sa chambre pour rejoindre la cuisine en quête d'un café, histoire de lui ouvrir les yeux. Alors qu'il s'arrachait la mâchoire, il s'arrêta net devant la chambre de Lukas.
Le plateau composé d'un café brûlant -qui était parfaitement glacé désormais, d'une assiette de victuailles recouverte d'une cloche et d'un cupcake aux airelles surmonté d'une généreuse crème au beurre… ce plateau qu'il lui avait confectionné avec grande attention était toujours devant la porte de la chambre du détective, dans l'exact état où il l'avait laissé.
Mathias se compressa les joues.
C'était pire que ce qu'il croyait ! Lukas lui en voulait véritablement ! Il ne lui avait toujours pas pardonné son initiative de la veille. Peut-être même qu'il lui en voulait d'autant plus de lui avoir forcé la main sur cette affaire.
Mathias avait mal au ventre tout à coup. Il attrapa silencieusement le plateau et déguerpit vers la cuisine, la gorge sèche.
Il allait devoir mettre les bouchées doubles s'il voulait que Lukas lui pardonne. Mais pas de souci, se conforta-t-il en se retroussant les manches, il n'allait plus se mêler de quoi que ce soit. Promis, juré, craché.
Et comme pour s'aider à concrétiser cette promesse, il cracha réellement dans l'évier.
Tandis qu'il attrapait de quoi faire du café, il réfléchit à son programme du jour. Mieux valait qu'il en ait un, histoire de se dissocier de Lukas et lui assurer qu'il n'interfèrerait plus. Aujourd'hui, il se paierait un ciné. Pour voir quoi, il n'en savait fichtre rien. Puis, il se baladerait sur les quais et finirait surement dans un bar. Ce n'était pas une si mauvaise journée en perspective, se dit-il alors qu'il mettait la cafetière en route.
Pendant ce temps, dans sa chambre, Lukas somnolait sur son bureau. Les rayons estivaux lui caressaient le visage et finirent par l'extirper de son demi-sommeil. Il avait pour ainsi dire fait nuit blanche. Ses traits étaient tirés et ses yeux cernés.
En même temps, il n'avait pu que rester éveillé lorsqu'il avait mis en lumière un quatrième personnage dans ce roman. Il n'avait, de prime abord, pas grande importance et pourtant, il apparaissait toujours dans les moments les plus opportuns pour lui, ceux qui le mettaient forcément en avant et le montraient sous son meilleur jour, brave chevalier servant toujours prêt à secourir la protagoniste en plein désarroi amoureux. Encore un cliché du genre qui paraissait incongru dans l'œuvre d'Evangelía, elle qui semblait toujours aller au-delà des apparences et des stéréotypes. Mais ce qui était d'autant plus déroutant était la prise de parole de ce personnage, de cet homme, dont les répliques contrastaient nettement avec ses actions. Alors qu'il se posait donc en sauveur, tout ce qu'il disait ne pouvait faire naître que l'antipathie chez le lecteur.
Evangelía était le genre d'autrice à s'inspirer à la fois de recherches et de témoignages mais également de son propre vécu. Comme tout auteur, on retrouvait évidemment une part d'elle dans ses récits. Ce qui était étonnant, c'était que la seule chose que Lukas avait pu mettre en relation avec sa vie, c'était Rome, ville qu'elle avait en effet fréquentée à la fin de son adolescence suite à un déménagement familiale. Elle avait été à l'université là-bas avant de commencer le norvégien « parce qu'elle était curieuse », tel que l'avait décrit Héraclès.
Voilà donc où en était Lukas. Beaucoup de mystères qui titillaient sa curiosité. Même s'il ne s'agissait que d'un suicide, ça aura au moins eu le mérite de le distraire. Un puzzle comme un autre.
D'une démarche trainante, il se rendit jusqu'à la salle de bain afin de se laver complètement et se remettre accessoirement les idées en place. Il descendit par la suite en quête d'une ou deux tasses de café revigorant, mais aussi et surtout d'un bon repas comme se plut à lui rappeler son estomac.
Mathias était en train de prendre son petit déjeuner. Il leva les yeux vers lui, la bouche pleine. Ce qui lui donnait un air un peu bêta…
- Salut !
Lukas marmonna une réponse en retour avant de lâcher un long bâillement.
- Ouh. Longue nuit ?
Lukas hocha vaguement la tête avant de se servir une tasse. Il attrapa des tartines, du fromage et de la charcuterie dans le frigo. Lorsqu'il se posa en face de Mathias, il déclara :
- Je vais voir le voisin d'Héraclès aujourd'hui.
- Comme tu veux.
- On part vers 11h.
- J'avais prévu autre chose, en fait.
Pendant une bonne minute, Lukas demeura impassible. Puis, il haussa un sourcil.
- Pardon ?
- Ouais, j'ai des trucs à faire.
Là, Lukas se permit de hausser les deux sourcils.
- Tu ne viens pas avec moi ? Toi qui me tannes toujours pour m'accompagner ?
Mathias lui présenta un franc sourire, quoiqu'un peu maladroit. Lukas fronça les sourcils. Aussitôt, son acolyte se leva et balança presque la vaisselle dans l'évier. Il tapota l'épaule de Lukas.
- Bonne journée !
Puis, il quitta la pièce.
En gravissant les marches, Mathias se sentait comme puissant. Il avait réussi à tenir bon. Yes ! ça, c'était bien joué. Tout guilleret, il monta s'habiller en sifflotant.
Dans la cuisine, Lukas observait toujours le couloir de l'entrée, circonspect.
Mais qu'est-ce qu'il lui prenait ? C'était quand même lui qui l'avait poussé dans cette histoire. Et le voilà qu'il le délaissait. Quel manque de responsabilité ! Outré, Lukas avala une grande gorgée de café qui manqua de lui brûler la gorge.
Affaire à suivre...
