Bonjour !

Merci pour tous vos retours ! ça fait vraiment plaisir !

Pour le/a Guest español : ¡Gracias !

Pour Austurland : Mon dieu, oui, 93 chapitres… mais t'inquiète, cette fic n'est pas encore prête de s'arrêter ;) Je suis un peu en retard du coup, mais j'ai pensé très fort « merde » quand même XD J'espère que le brevet s'est bien déroulé !

Et tant qu'à faire, vu que Zero-ryuu me parlait du terme « autrice » que j'avais employé, autant en faire profiter tout le monde ! Sachez que ce terme est beaucoup plus ancien qu'on ne le croit. Seulement, lors de la création de l'Académie Française, les vieux barbus (pour rester polie) ont décrété que les professions nobles (dont auteur) ne pouvaient être exercées par des femmes. Et afin de favoriser ceci, ils ont tout bonnement décidé de supprimer les pendants féminins des dites professions. Du coup, ils ont supprimés « autrice » 8) On applaudit bien fort ce bel exemple de sexisme s'il vous plaît.

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Grèce : Héraclès Karpusi

Grèce Ancienne : Evangelía Karpusi

Chypre : Neoklis Adnan

République Turc de Chypre du Nord : Rauf Adnan

Turquie : Sadiq Adnan

Egypte : Gupta Muhammad Hassan

Bonne lecture !

Disclaimer : Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 12 : Chez le voisin

Lukas entendit la porte d'entrée claquer.

Ainsi donc, Mathias était vraiment de sortie. Il n'avait pas l'intention d'être à ses côtés aujourd'hui. D'un côté, il bénissait cette initiative. Pour une fois qu'il n'allait pas l'avoir sur le dos pendant son investigation. Mais… en même temps, d'un autre côté, il se demandait bien ce que Mathias avait de prévu pour ne pas pouvoir l'accompagner. Lui qui se targuait toujours d'être son acolyte.

Le détective acheva de nouer sa cravate bleu outremer.

Il en vint à se demander s'il n'allait pas le filer. Pour découvrir ce qui pouvait bien préoccuper Mathias plus que cette enquête, cela va s'en dire. Il était à deux doigts de repousser ses investigations à plus tard pour s'embarquer là-dedans. Et puis, il se fit la réflexion qu'il était bien le premier à lui faire remarquer qu'ils avaient chacun leur vie.

Il attrapa le dossier et le roman d'Evangelía Karpusi qu'il fourra dans un sac en bandoulière. Il passa vite fait par la chambre de son cadet, mais Emil dormait encore profondément malgré l'heure avancée.

Lukas prit alors la route qu'ils avaient empruntée la veille pour rejoindre l'immeuble où vivait Heraclès. Dès qu'il posa les mains sur le volant, il inspira profondément. La vérité, ce n'était pas qu'il voulait éviter tout effort injustifié, mais il n'aimait simplement pas conduire. Il n'aimait pas devoir se concentrer sur sa route, les panneaux, les autres automobilistes, les piétons, les animaux. Trop de choses fatigantes auxquelles il fallait penser lorsqu'on était au volant. Mais bon. C'était plus rapide à expliquer comme ça et personne n'avait jamais insisté là-dessus. C'était tout aussi bien.

Une fois arrivée dans le hall d'entrée, Lukas s'approcha des boîtes aux lettres. Il y repéra aisément le nom du voisin : Gupta Muhammad Hassan. L'information en tête, il entreprit de rejoindre l'appartement de ce voisin avec lequel Heraclès avait eu un bref échange. Néanmoins, aussi court fut-il, il était clair qu'ils se connaissaient au-delà d'une banale relation de voisinage. Ce Gupta aurait peut-être quelque chose à lui apprendre.

Lukas sonna à la porte. Attendant qu'on vienne lui ouvrir, il ajusta sa cravate et lissa sa chemise. Il ne le remarquait que maintenant, mais il s'était habillé bien formellement. Il avait décidément la tête ailleurs en ce moment.

Lorsque la porte s'ouvrit, il découvrit un jeune homme basané qui devait être dans les environs de son âge, proche de la trentaine. Sommairement vêtu d'un marcel et d'un bermuda, ses cheveux d'ébène étaient pourtant peignés, son visage rafraîchi et son oreille ornée d'une boucle. Tout portait à croire qu'il n'avait pas envisagé de sortir de chez lui. Bonne nouvelle, pensa Lukas, il pourrait faire durer la conversation autant qu'il le souhaitait.

- Bonjour. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

- Gupta Muhammad Hassan ?

- Oui, c'est bien moi. Ah… attendez… je vous ai vu hier.

Cet homme avait une bonne mémoire visuelle. C'était également un bon point. Sa voix paraissait posée et réfléchie mais tout de même plus dynamique qu'Héraclès.

- Vous étiez chez Héraclès. Vous vouliez le voir ?

- Non, j'étais venu vous rencontrer, vous.

Gupta écarquilla ses yeux mordorés teintés de vert, allongés en amande. Lukas ne doutait pas de ses racines méditerranéennes.

- Pourquoi ? demanda-t-il simplement

- Puis-je entrer ?

- Euh… oui. Bien sûr.

Gupta dégagea le passage et invita d'une main Lukas à pénétrer son appartement.

Le détective fit un rapide tour des lieux. Tout n'était que modernité, commodité, dans un style très épuré aux teintes chaudes et naturelles. Ocre, gris cendré, quelques touches dorées et bleues. Beaucoup de bibelots, de livres, de rouleaux parcheminés même. La pièce à vivre servait tout à la fois de salon, salle à manger et de bureau visiblement, avec une cuisine à l'américaine.

- Je vous sers quelque chose ? Un thé ?

- Un café, s'il vous plaît.

Tandis que Gupta préparait la cafetière, il demanda de nouveau à Lukas :

- Et donc, pourquoi vous vouliez me voir ?

- Savez-vous qui je suis ?

- Aucune idée.

Réponse claire et sans détour. Il ne paraissait pas très bavard mais sa franchise équilibrait le tout.

- Je suis détective privé.

Lukas se mordit discrètement la lèvre inférieure.

Gupta, lui, ne parut pas le moins du monde le remarquer. A dire vrai, il n'eut aucune réaction. Il se contenta de continuer ses affaires.

- Et Héraclès m'a demandé de m'occuper d'une certaine enquête.

Toujours aucune réaction.

Cette absence de réaction était-elle justement la preuve qu'il avait tout saisi et se renfermait, peu désireux de confier à un inconnu son point de vue ? Tant de gens se renfrognaient lorsqu'une tiers personne s'immisçait dans leur vie, défense somme toute naturelle.

- Comment connaissez-vous Héraclès ?

- Je garde ses chats.

Lukas haussa un sourcil. Il y avait pourtant bien assez de personnes chez lui pour s'en occuper. Sans compter que Neoklis le faisait déjà. Le détective se permit de le lui faire remarquer.

- Quand Héraclès s'absente pour plusieurs jours, il préfère me confier ses chats plutôt que les laisser avec les autres, expliqua Gupta en achevant la préparation de son thé, quand tout le monde est absent aussi, je m'occupe des chats. Et de l'appartement dans ces cas-là.

Lukas fronça légèrement les sourcils. Leur relation était donc plus profonde qu'elle n'y paraissait. On ne confiait pas à une bonne connaissance la responsabilité de huit chats quand ce n'était que pour quelques jours, et qu'il y avait en plus de cela d'autres personnes.

Gupta vint offrir sa tasse de café à Lukas. Il l'invita par la même occasion à prendre place sur le canapé. Le jeune homme se laissa tomber à ses côtés.

- C'est comme ça que nous nous sommes connus. Je suis arrivé ici et nous nous sommes découvert une passion commune pour les chats. Ça rapproche.

- Vous n'en avez pas pourtant, releva Lukas

A part des statuettes à foison de Bastet ou de représentations antiques de chats, il n'y avait pas trace de félin dans cet appartement. Pas de gamelle, pas de litière, sans compter la propreté exemplaire qui ne dévoilait aucun poil perdu.

- Je ne peux pas me permettre. Je suis ici temporairement, je suis souvent en déplacement, je n'ai malheureusement pas de temps à consacrer aux chats.

- Que faites-vous dans la vie ?

- Je suis docteur en archéologie, spécialisé dans l'étude des influences des grandes aires ethniques de l'Antiquité. Je suis en Norvège depuis deux ans pour travailler sur une potentielle relation entre l'Empire de l'Ancienne Egypte avec les sociétés vikings. L'école nous enseigne malheureusement l'Histoire d'une façon très cloisonnée, ce qui peut se comprendre en un sens, mais même avec des échanges rares, toutes nos civilisations étaient en communication, aussi éloignées puissent-elles avoir été. Les gens ont tendance à l'oublier.

En fait, il n'avait pas l'air bavard… mais ce n'était bien qu'un air. Lukas comprenait tout à coup la raison pour laquelle Héraclès et Gupta s'entendaient bien : ils paraissaient tous deux introvertis mais cachaient en réalité une soif de partage et de réflexion. Le détective souffla sur sa tasse. Gupta s'affichait de plus en plus comme une source d'informations précieuse.

- Avez-vous connu sa mère, Evangelía Karpusi ?

- Comme je ne suis ici que depuis deux ans maintenant, je ne la connais que très peu. On s'est déjà croisé.

- Qu'avez-vous pensé d'elle ?

- Trop dynamique.

- C'est-à-dire ?

- Elle avait toujours l'air pressé. Elle semblait avoir toujours milles choses à faire. Je pouvais reconnaitre ses talons claquer sur le sol du couloir. Ils étaient très caractéristiques.

Lukas sortit un calepin et un crayon.

- Avez-vous noté quoi que ce soit d'étranges dans son comportement, pour le peu que vous la connaissiez ?

- Notre première rencontre, affirma sans hésitation Gupta

Le détective leva les yeux vers lui. Comment pouvait-on présumer une attitude étrange alors même que c'était la première fois qu'on rencontrait une personne ? Il avala une gorgée de son café.

- Développez.

- Nous étions sortis en même temps de nos appartements respectifs. Ma présence l'a fait sursautée dans un premier temps, mais je suppose que c'est parce qu'elle était plongée dans ses pensées et ne m'avait pas aperçu. Nous sommes descendus ensemble dans l'ascenseur. Même si je ne faisais mine de rien, elle jetait des coups d'œil vers moi.

Dans l'habitacle de l'ascenseur, seul résonnait alors une petite musique dans le fond. Evangelía faisait mine de contempler l'intérieur, les boutons d'appel, se recoiffait vite fait dans le miroir, pour toujours revenir vers le visage de Gupta, qui était alors impassible. Elle avait finalement pris une grande inspiration et s'était tournée vers lui.

- Vous êtes nouveau, je me trompe ?

- Non, c'est exact.

Gupta n'ayant pas donné suite, un long silence s'était à nouveau éternisé. Puis, Evangelía avait insisté :

- Vous êtes de la région ?

- Pas du tout. Je suis égyptien. Je viens du Caire.

- Oh.

Evangelía avait semblé se rembrunir. Alors qu'elle arborait un air pincé, l'ascenseur s'était finalement arrêté. Dès que les portes s'étaient ouvertes, elle était partie à grandes enjambées sans se retourner, sans un mot de politesse pour Gupta.

Lukas détailla son interlocuteur tandis que ce dernier achevait sa tasse de thé. Il ne paraissait pas faire cas de ce qu'il s'était passé, il y avait de cela deux ans désormais. En revanche, pourquoi donc Evangelía avait-elle réagi ainsi ?

- Héraclés est-il au courant de cet échange ?

- Pas venant de moi en tout cas. Il sait que c'est là que j'ai rencontré sa mère, mais je ne vois pas pourquoi, qui plus est au début de notre relation, je lui aurais dis que sa mère s'était refermée comme une huître au moment où je lui ai appris que je venais d'Egypte.

- Certes. Et Evangelía ne vous a jamais à nouveau entrepris sur ce sujet ? demanda Lukas après une gorgée de café, vous ne saviez pas si elle avait quelque chose à voir avec votre patrie ?

- Le peu de fois où nous nous sommes revus par la suite, cela se résumait à des échanges de politesse.

- Une certaine distance ?

Gupta secoua la tête.

- Avez-vous lu ses ouvrages ?

- Pas le temps de lire autre chose que les articles de confrères. Et ses livres ne m'ont jamais vraiment inspiré.

- Avez-vous déjà été en contact avec d'autres membres de la famille ?

- Avec Sadiq, oui. Echanges de bons services entre voisins et conversations triviales qui vont avec. Les garçons, pas plus que ça. Je vois parfois Neoklis ou Rauf partir pour l'école, mais rien de plus.

- Et au quotidien, avec Héraclès ?

- On se prend régulièrement un café chez moi. On papote. Beaucoup. On refait le monde, ce genre de choses.

Alors que Lukas consignait ce que Gupta lui confiait, ce dernier lui demanda tout à coup :

- Pourquoi enquêtez-vous sur la mort d'Evangelía ?

- Je vous l'ai dit, répondit posément le détective, parce qu'Héraclès me l'a demandé.

- Il ne croit toujours pas à son suicide, n'est-ce pas ?

- Il vous a confié quelque chose à ce sujet.

- Il était persuadé que quelque chose de dramatique s'était déroulé dans la vie de sa mère. Mais impossible pour lui de savoir quoi. Il était également convaincu que c'était du côté de Sadiq qu'il fallait chercher. A cause de leurs disputes, ajouta-t-il après une pause

- Vous les aviez déjà entendus se disputer ?

- Tout l'étage a dû les entendre. Il y a eut des vases cassés.

- Que pensez-vous de la théorie d'Héraclès ? Pensez-vous que sa mère ait pu être poussée au suicide ?

Gupta haussa les épaules. Il ne connaissait pas assez sa mère. Il n'avait jamais porté d'avis là-dessus et n'en porterait jamais. Mais il avait tendance à bien vouloir croire Héraclès. Un fils savait sentir ce genre de choses.

- Pourquoi affirmez-vous cela ? demanda Lukas en fronçant légèrement les sourcils

Sa propre mère lui vint à l'esprit et il se renfrogna intérieurement. Quand bien même il la haïssait de tout son être, il voulait bien reconnaître qu'il savait reconnaître les agissements et les méthodes de sa génitrice sans aucune difficulté.

- Je me retrouve un peu dans Héraclès. Je suis moi-même très attachée à ma mère. Et si elle venait à se suicider, je trouverais moi aussi cela louche. Très louche. Nos mères ne se ressemblent pas tant que ça, mais elles ont au moins ça en commun : ce sont des croqueuses de vie qui ne veulent pas prendre le temps de regarder en arrière. Cela dit, ma mère est beaucoup plus avenante et détendue que la sienne.

L'attachement à une mère était un concept quasiment étranger à Lukas. Il ne comprenait de fait pas pourquoi des adultes, de son âge qui plus est, pouvaient montrer autant d'affection envers leur maternelle. Et par la même, avoir ce genre de réflexions plutôt puériles à son sens.

- Avez-vous remarqué quoi que ce soit d'inhabituel, de manière générale, avant la disparition d'Evangelía ?

- Le livreur venait souvent chez eux.

- Vous souvenez-vous du nom de l'entreprise ?

Gupta tritura sa boucle d'oreille distraitement.

- DelivEx… quelque chose dans ce genre.

- Savez-vous ce qu'ils se faisaient livrer ?

- Il n'avait jamais rien à livrer. Il venait toujours avec de la paperasse. Héraclès ne m'en a jamais parlé. Je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant. Evangelía lui a déjà ouvert plusieurs fois, pour sûr, par contre.

Le détective continua à interroger Gupta. Constatant qu'il ne pourrait finalement rien en tirer de plus, il prit congé.

De retour chez lui, Lukas constata que la maison était calme. Très calme. Mathias n'était donc pas là. Il avait du mal à le croire, mais apparemment, son colocataire avait bien quelque chose à faire. Il dégaina son portable, tenté pendant un instant d'envoyer un message pour savoir où était réellement Mathias. Puis, il se reprit, se traitant intérieurement d'imbécile : qu'est-ce qu'il en avait à faire, franchement ?

Lorsqu'il se laissa tomber sur sa chaise de bureau, Lukas passa un doigt songeur sur son menton. Prenant les choses dans l'ordre, il se focalisa dans un premier temps sur le début de la conversation. Il sentait d'instinct qu'Evangelía avait quelque chose contre l'Egypte. Elle n'aurait pas réagi autrement sinon, elle qui était si joviale et bonne vivante. Et son instinct ne se trompait pas. La question était de savoir quoi. De tout ce qu'il avait pu lire sur elle, elle n'avait pas été dans ce pays, ne l'avait vraisemblablement pas côtoyé de près ou de loin. D'après les dires de Gupta, elle avait été intriguée par le jeune homme, sans oser lui adresser la parole dans un premier temps, chose qui contrastait également avec sa personnalité. Quand bien même Gupta était typé, il aurait été impossible de deviner du premier coup d'œil qu'il était égyptien et non d'un pays alentours. La seule hypothèse valable était qu'Evangelía avait connu quelqu'un venu d'Egypte, une personne qu'elle avait retrouvée dans les traits de Gupta.

Lukas alluma son ordinateur tout en poursuivant ses réflexions.

Evangelía voyageant régulièrement, elle avait dû rencontrer bon nombre de personnes. Pour autant, pour qu'Héraclès n'ait jamais rien soupçonné, semblait-il, on pouvait envisager que c'était un évènement antérieur à l'enfance d'Héraclès, ses souvenirs de bambins étant bien évidemment flous. Le meilleur point de départ restait encore l'université romaine dans laquelle elle avait été.

Le détective se mit en quête des promotions antérieures à 1988, année de naissance d'Héraclès. Il détailla chaque nom et chaque portrait du trombinoscope, en quête d'un semblant d'appartenance à l'Egypte, ou tout du moins au monde arabe. Il retrouva le nom de Karpusi sur six années. Mais aucun nom qui lui mette la puce à l'oreille sur une quelconque personne d'origine égyptienne. Il entreprit de faire le tour du corps pédagogique, puis des autres départements universitaires pendant ces années-là. Lukas ne cacha pas sa surprise lorsqu'il découvrit le nom d'Ottavio Vargas, qui avait été professeur à l'université.

Néanmoins, sa deuxième trouvaille occulta bien vite cette surprise : il trouva le nom de Muhammad Hassan. Miral Muhammad Hassan.


Affaire à suivre…