Bonjour à tous !
Ce chapitre est un peu particulier dans sa forme, je vous le dis tout de suite, car il se compose essentiellement de narration. Ce qui fait donc des gros pavés… Désolée pour ceux que ça rebuteraient !
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Køhler
Islande : Emil Steilsson
Belgique : Manon Maes
Luxembourg : Xavier-Henri Maes
Pays-Bas : Willem Maes
Espagne : Antonio Fernandez Carriedo
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 14 : La vie est un long fleuve tranquille
Les journées grises, froides et pluvieuses de novembre s'enchaînèrent et les résidents du 4 Meltzer gate s'enlisèrent peu à peu dans leur quotidien.
Mathias avait finalement monté son nouveau bureau à l'aide de Manon. L'air de rien, ils y avaient passé tout un après-midi, ponctué par des fous rires. Ni l'un ni l'autre n'était bricoleur mais au moins étaient-ils de bonne volonté et résolus à aller jusqu'au bout.
Quand ils eurent terminé, Mathias avait envoyé une photo à Berwald qui avait répondu par un simple émoticône qui levait le pouce en l'air. Manon étant intriguée par cet étrange personnage, Mathias lui décrivit Berwald, mais aussi Tino, Peter et l'adorable petite Hanatamago, au nom si particulier. Il lui raconta leur rencontre, comment s'était forgée leur relation, et ce faisant, il fut pris d'une bouffée de nostalgie. Cela ne remontait pas à si longtemps, et pourtant, il lui semblait avoir toujours connu la petite famille des Oxenstierna-Väinämöinen, qu'ils avaient toujours été liés et avaient partagé énormément de choses ensemble. C'était en partie vrai, puisqu'ils célébraient bon nombre de festivités ensemble, mais cela ne ferait que deux ans en février prochain. Le temps était décidément un concept bien relatif, s'était pris à penser Mathias.
Malgré la bonne humeur, notamment entre ceux de nature joviale, il n'en restait pas moins que Manon et Xavier-Henri étaient sous la protection et surveillance de Lukas.
Aux yeux de Mathias, le détective s'avérait beaucoup trop laxiste pour le coup. Il ne tenait pas à ce que Manon ou Xavier-Henri s'éclipsent de la maison sans un mot. Quand bien même Lukas ne semblait donc pas s'en préoccuper beaucoup, Mathias, lui, préféra mettre de suite les choses à plat. Il savait que ce n'était pas tant sa mission, qu'elle avait été confiée à Lukas, que Willem s'était adressé à ce dernier en particulier, s'entretenant même de détails avec lui auxquels Mathias n'avait et n'aurait certainement jamais accès. Mais il se sentait bien trop investi émotionnellement pour devoir à nouveau faire face à un bête accès de panique par manque de communication. Sans compter que Lukas n'avait aucunement l'intention de priver Manon et Xavier-Henri de sortir, toujours en quête du moindre mouvement suspect aux alentours.
Mathias préféra donc se mettre d'accord avec la sœur et le frère. S'ils tenaient réellement à sortir, ils devaient impérativement prévenir Mathias ou Lukas et s'assurer que l'un d'eux soit avec eux. Manon et Xavier-Henri étaient tout fait prêt à consentir, d'autant que l'un et l'autre appréciaient la compagnie de Mathias, toujours avenant et chaleureux. Mais Lukas s'y était opposé, répliquant qu'il perdrait là tout l'intérêt en tant que détective de s'afficher avec eux.
Manon et Xavier-Henri durent se résoudre à accepter qu'on les surveille à distance, chose qui les avait passablement rebutés au début. Manon en particulier avait d'abord refusé, décrétant qu'elle n'avait pas à se priver de compagnie sous prétexte que ses détracteurs l'avaient peut-être suivie, ce à quoi elle croyait de moins en moins plus les jours passaient. Xavier-Henri, pour sa part, pour peu qu'on le laisse parcourir Oslo et ses hauts lieux de la royauté, du luxe et de la culture, n'y voyait aucun inconvénient.
De fait, la cadette et le benjamin avaient peu à peu aligné leur emploi du temps sur celui du violoniste et du surveillant de collège.
Manon travaillait assidûment sur ses planches en semaine et profitait largement de la bibliothèque de Lukas. Ce dernier avait mis un certain temps à consentir à la voir venir régulièrement dans sa chambre et passer de nombreuses minutes à parcourir les ouvrages, les feuilleter, en emporter certains. Mais Mathias avait fini par le convaincre, lui mettant sous le nez une argumentation objective que le détective n'était pas capable d'assumer, tant il se montrait possessif envers ses propres effets.
Manon profitait par ailleurs de Lukas lorsqu'il n'avait pas besoin d'aller au conservatoire ou à l'opéra pour aller se changer les idées et prendre l'air lorsque le temps s'y prêtait. Elle ne cachait pas que c'était également sa façon à elle de se venger de toute cette histoire de surveillance rapprochée, quand bien même cela était plus destiné à Willem qu'à Lukas même. Mais son frère aîné n'étant pas là, ce fut malheureusement Lukas qui devait prendre pour lui. Le week-end, Manon prenait souvent du bon temps avec Antonio lorsque celui-ci n'était pas trop occupé par son travail d'instituteur ou jalousement gardé par Lovino, son petit ami. Elle aidait également régulièrement Mathias pour tous les petits travaux de la maison, loin d'être feignante.
Ce trait de caractère revenait plutôt à Xavier-Henri qui, sous ses allures polies et élégantes, n'en restait pas moins un étrange spécimen parfois. Il avait la fâcheuse tendance d'oublier qu'il n'était pas dans un hôtel cinq étoiles et que chacun sous ce toit vivait sa propre vie sans avoir à être à sa botte. Manon ne manquait pas de le ramener à l'ordre, tantôt en grande sœur intransigeante, tantôt en confidente plus douce. Mathias prenait les demandes farfelues du benjamin avec humour pour cacher son agacement, car il fallait bien avouer qu'il était parfois encore plus invivable que Lukas. Sans compter que Lukas, pour le coup, avait quelque part le droit de se prendre pour le petit roi, sachant qu'il était maître de sa demeure. Au contraire de Xavier-Henri.
Ce dernier passait le plus clair de son temps emmitouflé dans son peignoir, trouvant toujours qu'il faisait trop froid dans la maison, et jonglait entre l'écran de sa tablette et celui de son téléphone portable. Il s'était un jour plaint que la majeure partie des chaînes de télévision soit en norvégien, langue dont il ne comprenait pas un traitre mot, et Manon comme Mathias, Lukas et même Emil lui avaient bien fait comprendre qu'il frisait les limites de l'insolence. Pour le coup, Xavier-Henri avait montré des signes de remord, reconnaissant qu'il avait poussé le bouchon un peu loin.
Mathias avait fini par bien cerner le personnage : il n'était pas méchant, juste un peu trop gâté et dans sa bulle, doublé d'une certaine paresse, mais en aucun cas il n'avait fait exprès d'embêter son monde. C'est juste qu'il ne s'en rendait pas compte, habitué à un autre style de vie.
Dès qu'il le pouvait, Xavier-Henri ne se privait pas d'une sortie au musée, dans les boutiques, dans les caves à vin, au théâtre, à l'opéra, aux vernissages, etc. Le jeune homme avait un besoin indéniable de discuter, d'entrer en contact avec d'autres. Autant il supportait de se languir dans le canapé, autant il se lamentait sans cesse de n'avoir personne à qui parler. Ce n'était pas faute pourtant d'avoir entrepris Lukas sur des sujets culturels, ayant bien remarqué que ni Mathias ni Emil ne répondait à ses goûts et ses centres d'intérêt, mais le détective, fidèle à lui-même, avait tôt fait de lui apposer un argumentaire détaillé, qu'il prenait un malin plaisir au fond de lui à débiter à la vitesse grand V. Ce qui faisait pouffer de rire Mathias. Pourtant, Xaver-Henri ne se démontait pas et apprécia peu à peu cette manière incongrue de deviser avec le détective. Il en arriva même au point de pouvoir lui tenir tête et lui opposer de nouveaux arguments. Lukas ne le reconnaitrait certes jamais ouvertement mais il finissait lui aussi par apprécier ces joutes verbales, caractérisé par la résistance et la ténacité dont faisait preuve le jeune homme.
Là où Lukas s'en trouvait moins content, en revanche, fut lorsque Xavier-Henri se mit en tête de profiter de l'accès VIP de Lukas pour passer du temps à l'opéra. Une chose était certaine, lorsque le jeune homme avait une envie en tête, il était bien décidé à l'obtenir. Il avait quasiment forcé la main à Lukas pour qu'il lui permette d'assister à des répétitions et des avant-premières à l'opéra. Au grand malheur du détective, Xavier-Henri comprit que ce dernier connaissait, si ce n'est de nom, beaucoup de beau monde. Le jeune homme poussa donc jusqu'à vouloir participer à des soirées mondaines ou des brunchs, ce que Lukas avait accueilli avec de multiples regards noirs, trouvant que c'était une fort mauvaise idée.
Enfin était venu la fin du mois de novembre. Les premières neiges avaient commencé à tomber, se mêlant à la pluie givrée, et faisant des rues et des trottoirs de vraies patinoires dangereuses à souhait. Le soleil se faisait rare dans la capitale septentrionale et plus encore lorsqu'il était la majeure partie du temps caché derrière une épaisse couche nuageuse couvrant tout le fjord.
Face à ce genre de météo, il n'y avait guère que Lukas et Emil pour ne pas s'en préoccuper. Mathias, Manon et Xavier-Henri étaient habitués à plus d'ensoleillement et de douceur, et leur humeur s'en trouvait ternie. Quelle ne furent donc pas leur joie lorsqu'ils se levèrent un dimanche matin pour découvrir des températures avoisinant certes les -2°C, mais aussi un ciel clair et un soleil resplendissant pointant le bout de son nez derrière les immeubles. Mathias fut pris d'une frénésie ménagère.
Lorsqu'il eut finalement terminé, il se posa dans la cuisine baignée de lumière et scintillante grâce à ses bons soins. Manon arriva au même moment.
- Dîner ?
La jeune femme ne manquait jamais une occasion de l'aider à préparer les repas. Elle s'accordait ainsi une pause dans son travail intellectuel, et tous deux passaient le plus clair de leur temps à discuter de choses et d'autres. Mathias appréciait énormément ces conversations triviales, chose dont il ne pouvait pas souvent profiter. Impossible de tenir une conversation aussi simple et détendue avec Lukas. Il ne parlait même pas d'Emil. En fait, la dernière personne avec qui il avait pu partager ce genre de moment remontait à son ancienne vie. Celle qu'il tentait désespérément d'oublier. Mais force était de constater qu'il n'y arriverait pas de sitôt, surtout avec Manon dans les parages.
Mathias sortit un grand saladier et une grosse poche d'haricots verts. Ils s'installèrent à la table et commencèrent à les équeuter.
- J'ai encore eu droit à un magnifique regard noir de la part de Lukas, gloussa Manon, lorsque j'ai réfléchi à voix haute en consultant un de ses ouvrages.
- Tu n'y échapperas pas ! Même s'il te tolère dans son antre, je l'imagine mal l'accepter totalement. Si tu savais le temps que ça m'a pris de lui faire accepter que je fasse le ménage dans sa chambre.
- Je n'ose pas imaginer.
Après un instant de pause, elle reprit sur le ton de la confidence.
- Lukas est une personne très intéressante, mais je t'avoue que je ne pense pas que je la supporterai tout le temps si je ne savais pas que cette situation n'était que temporaire. Comment fais-tu, toi ?
- Euh… je ne sais pas. Il a ses petits côtés insupportables, oui, mais on finit par s'y habituer. Et puis, ce n'est pas insurmontable. Il a aussi ses bons côtés.
Manon haussa un sourcil intrigué, tandis qu'un sourire mutin s'élargissait au coin de ses lèvres.
- Comme ?
Mathias fut pris de court. Il se gratta la nuque.
- Et bien... il s'inquiète toujours beaucoup pour les autres.
- Non, ça, c'est ce que tu es toi, Mathias, affirma Manon sans l'ombre d'une hésitation
Mathias ne répliqua pas mais il pensait qu'elle se trompait. A ses yeux, Lukas faisait preuve de beaucoup plus d'empathie qu'il ne voulait bien le laisser paraître lui-même. Surtout envers Emil et lui. Et Erlend, son père adoptif, pour ce qu'il en savait. Mathias n'avait pas l'intention de s'expliquer, ne voulant pas dévoiler des pans de la vie de Lukas qui n'appartenait qu'à ce dernier de parler. Néanmoins, il se fit la réflexion que peut-être Manon avait raison en un sens : Lukas s'inquiétait beaucoup pour certaines personnes en particulier. Pas tout le monde. Sur quel critère, ça, il n'en savait fichtre rien.
- Pourquoi vis-tu avec les deux frères, en fait ?
Mathias haussa les épaules. Il n'avait pas non plus envie d'épiloguer sur sa vie.
- J'ai atterri ici, je m'y suis plu et on a bien voulu que je reste.
- Lukas a bien voulu que tu restes ? Quelle mansuétude de sa part, répliqua-t-elle avec une pointe de sarcasme non dissimulée
Mathias eut un petit sourire en coin.
- Il ne faut pas non plus le diaboliser à tort, le pauvre. On a tous nos travers. Lukas m'a sauvé de bien des façons jusqu'à maintenant, et sa présence a quelque chose de réconfortant, rassurant. Quand je suis ici, je ne me sens pas en danger. Et j'ai la sensation que si j'avais un problème, je pourrais m'appuyer sur lui. Comme il peut s'appuyer sur moi, ajouta-t-il après une brève pause, mais ça, j'ai l'impression qu'il ne l'a pas vraiment compris. J'aimerais bien qu'il me fasse plus confiance. J'aimerais bien qu'il sache qu'il peut tout me dire, tout me confier, tout me demander.
Manon hocha pensivement la tête, le regard fixé sur Mathias.
- Toi, tu as prévu de rester longtemps ici, n'est-ce pas ?
Mathias pouffa de rire.
- Très sincèrement, je n'en sais rien. Je ne veux pas leur causer de problème. Mais oui, j'aimerais bien.
- En tout cas, conclut Manon avait un grand sourire malicieux, tu es sur la bonne voie : Lukas te fait déjà assez confiance pour que tu fasses le ménage dans sa chambre !
Ils éclatèrent de rire tous les deux et poursuivirent leur discussion. Alors que Mathias achevait une blague, un projectile vint crever le carreau de la fenêtre.
Affaire à suivre…
PS : oui, j'ai bien mis poche pour parler d'un sac plastique ! C'est mon côté Sud-Ouest qui parle :p
PS2 : et oui aussi, Manon dit dîner pour déjeuner. Dites-moi si je me trompe, amis belges, mais tant que faire se peut, autant la faire parler en vraie Belge
