Bien le bonjour !

Il fait froooooooid. Voilà, c'était le commentaire du jour. Et bingo, ça n'a pas loupé : je suis malade, ah ah.

Prénoms cités dans ce chapitre :

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Køhler

Islande : Emil Steilsson

Belgique : Manon Maes

Luxembourg : Xavier-Henri Maes

Pays-Bas : Willem Maes

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 14 : Changement de plan

Lukas avisa tour à tour chacune des personnes présentes dans la pièce. Xavier-Henri était partagé entre la bouderie et l'inquiétude. Néanmoins, le jeune homme n'insistait pas pour changer les plans. Au moins avait-il compris au fil de son séjour qu'il était préférable de laisser les rennes au détective sans trop poser de questions.

De son côté, Manon affichait toujours son sourire enjoué, si semblable en un sens à celui de Mathias. Elle ne paraissait pas tant confiante, mais elle était tout du moins déterminée. Quelque part, Lukas était ravi de constater qu'elle avait appréhendé la gravité de la situation. Et en même temps, il était satisfait qu'elle ne se démonte pas : elle fera un parfait appât.

Il aperçut finalement l'expression de Mathias. Il était clairement mitigé, malgré son sourire jovial habituel. Il portait un regard inquiet, empreint de mélancolie, mais également teinté de fierté sur la jeune femme. Pour Lukas, le mystère ne faisait que s'épaissir, un des rares qui lui résistait. Mathias lui était toujours apparu avec une certaine transparence, comme un livre ouvert. Il savait pertinemment que lui et Willem se connaissaient bien, mais Mathias ne connaissait pas Manon lorsqu'elle était arrivée. Ce qu'il lui avait affirmé était donc vrai : Manon lui rappelait simplement quelqu'un. Cela dit, il avait plus important à penser pour le moment, et se devait de reporter à plus tard cette investigation-là. La chose tournait juste en arrière plan dans son esprit. Ça, il n'y pouvait rien en revanche.

Lukas perçut les pas d'Emil qui remontait discrètement dans son antre, ce qui le sortit de ses réflexions. Le détective vint se placer près de la fenêtre, les mains dans les poches. Il observait la rue, tournant le dos aux autres.

- Le but étant bien entendu de les amener à sortir de leur cachette, les pousser à l'action, mais sans éveiller leurs soupçons, il vous faudra avoir une réelle motivation de sortir. Vous avez été menacée ce matin, vous pouvez réagir de deux façons : vous enfermer ou sortir. Ils vous connaissent bien assez pour savoir que vous n'êtes pas du genre à vous laisser intimider. Ils s'attendent à ce que vous poursuiviez votre petite vie. Pour cela, vous ne pouvez pas sortir sans que cela paraisse naturel et dénué de toute attention à leur encontre. Vous allez donc prendre le chemin que vous prendriez tout naturellement pour rejoindre votre ami Antonio.

Xavier-Henri tiqua.

- Antonio ? Ton ex ?

Manon balaya l'air de la main.

- Je t'en prie, Xav', ça remonte à des années. C'est un ami.

- Mais tu le vois encore ?

Elle se contenta de sourire malicieusement.

- Will' va te tuer. Ou plutôt, il va le tuer, lui.

- S'il l'apprend ! Mais tu ne diras rien, n'est-ce pas ?

Xavier-Henri leva les yeux au ciel, impuissant. Le secret de Manon était bien gardé.

Lukas se rappela à leur bon souvenir. Il consulta l'heure sur son téléphone portable.

- 13h. Heure idéale pour simuler le départ chez un ami. Mettons-nous en route.

- Vous n'avez pas peur qu'ils vous aperçoivent ? demanda soudain Xavier-Henri

- Il y a peu de chance ! intervint Mathias, on est tous les deux des pros avec Lukas. Et puis, ce n'est pas le meilleur détective privé d'Oslo pour rien.

Lukas sembla passer outre le commentaire.

- Manon ne saura pas elle-même comment nous la suivrons. Tout ce qu'elle a à faire, c'est d'aller chez son ami sans se préoccuper de quoi que ce soit d'autre. Elle pourra seulement nous entendre dans l'oreillette. Et pour toute réponse, elle devra l'envoyer par SMS. Pas de message vocal de votre part, Manon, souligna le détective fermement

La jeune femme hocha docilement la tête.

- Très bien dans ce cas…

Lukas prit volontairement une petite pause théâtrale :

- Bon après-midi chez Antonio.

Manon acquiesça une nouvelle fois avant de tourner les talons et quitter la pièce d'un pas allègre. Il y avait pour elle quelque chose de grisant dans cette expérience. Ce serait certainement une aventure dont elle consignerait tous les détails dans un de ses nombreux carnets. Elle n'avait pas peur pour sa vie et n'était pas effrayée pour un sou, convaincue d'être dans le vrai, mais également d'être entre de bonnes mains. Lukas le lui avait assuré : ils n'attenteraient pas à sa vie au risque d'aggraver leur propre cas. Et elle le croyait parfaitement. C'est pourquoi elle quitta la demeure le cœur battant d'excitation.

La jeune femme emprunta le chemin habituel. Elle prit le parti d'observer les alentours, le ciel, les bâtiments, les vitrines dans une tentative de percevoir quelque chose du coin de l'œil, comme pour se prouver à elle-même qu'elle était capable de les coincer, ses crapules, et autrement que dans ses planches.

Manon traversa le parc et prit le tramway à l'arrêt du théâtre national sans que rien de particulier ne se déroule. Elle contempla, quoique le regard un peu dans le vague, les grandes artères animées de la capitale norvégienne tandis que le tramway les traversait nonchalamment.

Un quart d'heure plus tard, elle descendit du wagon sans avoir aucune nouvelle du côté de Lukas et Mathias. Elle ne percevait rien dans son oreillette et s'inquiéta un instant qu'elle ne fonctionne pas. Cependant, elle se rappela que Mathias les avait soigneusement testées avec elle avant que le détective ne vienne leur dire qu'il était l'heure. Elle s'engagea sur le petit chemin qui menait à l'immeuble d'Antonio. Toujours rien. Elle arriva finalement devant la porte, patienta, mais il ne se passa rien d'inhabituel. Prise d'un doute, elle décida de composer un message à l'adresse du détective et de son acolyte.

- Non, ne faites pas demi-tour, lui répondit une minute à peine après la voix de Lukas dans l'oreille

Manon se retint de sursauter du mieux qu'elle put.

- Faites comme si vous attendiez Antonio qui tarde à venir vous ouvrir.

Manon croisa donc les bras et tapota d'un pied impatient le sol, consultant de temps à autres son téléphone. Une neige fine commença même à tomber et la jeune femme remonta le col de son blouson au plus haut.

Dix minutes après, il ne s'était toujours rien passé.

Agacée, Manon tapa un nouveau message au détective. Alors qu'elle allait appuyer sur la touche d'envoi, elle reçut un appel d'un numéro inconnu. D'abord figé par l'étonnement, elle ne sut quoi faire. Mais au bout du compte, elle décrocha tout de même. Elle n'eut même pas le temps de dire « allô » qu'une voix s'adressait à elle :

- T'as rendez-vous au Bolette brygge 7, 5ème étage, appartement 506

- Xav' ?! s'exclama Manon en reconnaissant la voix de son frère, mais…

- Viens dès que tu peux ! Je peux rien dire de p-

On raccrocha aussitôt.

Manon demeura un moment incrédule, les yeux ronds.

- Xav' ? appela-t-elle en vain, Xav' !

- Que se passe-t-il ? demanda aussitôt la voix de Lukas

- C'est Xavier. Je crois que… je crois qu'on l'a enlevé.

Manon accusa le coup. Elle se laissa tomber contre le mur.

Sans qu'elle réalise d'où ils venaient, Mathias et Lukas furent en quelques secondes auprès d'elle. Mathias passa un bras autour de ses épaules.

- Tout est de ma faute, bredouilla-t-elle, on n'en serait pas là si je n'avais pas dessiné cette stupide bande dessinée.

- Non, ne dis pas ça. Vous n'en seriez pas là surtout si certaines personnes prenaient leur responsabilité, la rassura Mathias

Manon porta une main à son front.

- Tu as raison. Je divague. Je n'ai rien fait de mal, se répéta-t-elle bien que d'une voix beaucoup moins assuré que d'ordinaire

Mathias jeta un coup d'œil à Lukas. Il s'en voulait, c'était certain. Il avait le regard d'autant plus sombre que d'ordinaire et se mordait très légèrement la lèvre inférieure. Cela se voyait à peine mais Mathias avait appris à déceler ce genre de signe.

- Rapportez-moi votre exacte conversation.

Manon inspira profondément.

- C'était un numéro inconnu. Mais c'était la voix de Xav'. Il m'a dit que j'avais rendez-vous à Po-Bo-Polette bride quelque chose et puis ça a raccroché aussitôt. Il a juste eu le temps de me dire que je devais venir dès que je pouvais et qu'il ne pouvait rien dire de plus.

- Est-ce qu'il s'agissait de Bolette brygge ?

- Euh… oui, ça sonnait comme ça. Au numéro 7, 5ème étage. Appartement 506, je crois.

- Bien.

Lukas fit aussitôt volte-face et prit la direction des transports en commun, seule solution de déplacement qui s'offrait alors à eux. Manon et Mathias se ruèrent dans son sillage. Ils ne pouvaient que patienter à l'arrêt de tramway, Manon se rongeant les sangs.

- Mais comment ont-ils fait pour l'enlever ? se demandait Mathias en se grattant le crâne, Emil était à la maison…

- Emil était dans ses jeux vidéo, marmonna Lukas

Mathias haussa un sourcil. Il sentait comme une certaine animosité poindre dans la voix du détective à l'encontre de son cadet. C'était bien la première fois, tiens.

- Et donc, il n'a rien entendu et Xavier-Henri non plus ?

- Nous ne le saurons pas tant que nous n'aurons pas Xavier-Henri pour nous le raconter.

- Et pourquoi l'avoir enlevé exactement ? ça ne fait que les mettre dans une position délicate.

- Ils veulent faire chanter Manon.

La jeune femme demeurait silencieuse, le visage baissé. Mathias posa une main sur son épaule.

- Est-ce que ça va ? Ne t'inquiète pas, on va le tirer de là.

Mais Manon ne sembla pas prêter attention aux paroles rassurantes de Mathias. Elle releva la tête, le regard dur.

- Ils veulent me faire chanter ? Très bien. Je dois passer à la maison, déclara-t-elle gravement

Le tramway arriva et la jeune femme sauta presque dans le wagon. Mathias mit un temps avant de comprendre où elle voulait en venir. Puis, une ampoule s'alluma dans son esprit.

- Tu ne comptes tout de même pas… on va le tirer de là, je te dis. Tu n'as pas besoin de mettre tout ton travail en jeu. Tu t'es tellement investie là-dedans. Ton frère s'en sortira, on le sortira de là. Tu t'es tellement battue jusqu'à présent. Tu ne peux pas baisser les bras maintenant.

Néanmoins, Manon demeura sourde à ses appels. Tout le long du trajet, Mathias tenta en vain de la dissuader, mais elle continuait d'afficher une détermination inébranlable. Mathias se tourna bien vers Lukas sauf que le détective était plongé dans ses propres pensées, surement en train de fomenter un plan pour libérer Xavier-Henri. Mathias s'en trouva désespéré : ni l'un ni l'autre ne voulaient lui accorder d'attention. Il dut ronger son frein. Même une fois arrivé à la demeure, il ne put les arrêter dans leur élan. Il demeura donc planté dans l'entrée en attendant de les voir redescendre. Il s'empara seulement des clés de voiture, certain que Lukas allait lui demander de conduire.

Tandis que Manon tournait dans la chambre d'amis où elle récupéra des affaires, Lukas fit une violente irruption chez Emil. Celui-ci ne broncha pas, son casque planté sur les oreilles. L'aîné s'avança d'une démarche menaçante et Emil dut finalement le sentir car il se retourna et ôta son casque.

- Oui ?

- Sais-tu ce qu'il vient d'arriver ? siffla Lukas

- Je viens de perdre ma bataille… ? osa Emil avec un petit sourire

Il le sentait très bien que son frère aîné ne parlait certainement pas de ses jeux en ligne, que quelque chose de grave devait s'être produit et qu'il allait en avoir pour son grade, que ce soit justifié ou pas.

- Xavier-Henri a été enlevé.

Emil en tomba des nues. Il dévisagea son cadet les yeux ronds.

- Mais… comment ?

- Là est toute la question. Et j'aurais pensé que tu aurais pu m'apporter des éclaircissements à ce sujet.

Emil fut piqué au vif.

- Je ne suis pas une baby-sitter ! Et si j'avais su quoique ce soit, je t'en aurais informé immédiatement, tu le sais bien.

- Tu vis sous ce toit. Je dois pouvoir compter sur toi lorsque je suis de sortie.

- Et moi, je t'avais prévenu que je serais en ligne et qu'il pouvait bien se tenir tout seul.

- On n'enlève pas quelqu'un comme ça. Il s'est forcément produit quelque chose.

- ça, je n'en doute pas. Mais je suis au dernier étage, certainement pas du côté de la rue, et avec un casque sur les oreilles. Alors, je pense qu'un génie comme toi peut très bien comprendre qu'il est parfaitement possible pour moi de n'avoir rien entendu.

Manon apparut sur le pas de la porte, les traits toujours aussi grave. Elle avait son carton à dessin sous le bras.

- On peut y aller.

Lukas tourna les talons.

Une dizaine de minutes plus tard, le détective, son acolyte et Manon se retrouvèrent garés non loin de la rue en question. Manon s'apprêtait à sortir lorsque Mathias l'arrêta une dernière fois.

- Tu ne vas pas y aller toute seule, tout de même.

- Bien sûr que si ! J'imagine bien qu'ils ne veulent voir que moi débarquer. Ils vont en avoir pour la monnaie de leur pièce. Je reviens avec Xavier-Henri.

- Mathias a raison, intervint Lukas

- Ah bah merci ! Enfin tu daignes prendre ma défense.

- Avant que vous n'y alliez, il nous faut trouver de quoi vous suivre à distance et pouvoir être prêts à intervenir. Mathias, tu sors en premier et tu me préviens par SMS lorsque tu as trouvé une ouverture. Manon partira ensuite. Je resterai dans la voiture et jouerai les intermédiaires entre vous, tout comme je coordonnerai vos actions d'ici. Vous disposez d'un micro enregistreur Manon : tant qu'à faire, faites-les parler. Cela pourrait servir de preuve tangible par la suite.

La jeune femme hocha vigoureusement la tête.

- Es-tu vraiment sûre ? s'inquiéta Mathias

- Vraiment il ne faut pas t'en faire. Ne commence pas à me couver comme Will' le fait avec moi. J'ai horreur de ça. Je suis parfaitement capable de me débrouiller. Et je sais où placer un coup de pied ou un coup de poing quand il le faut, crois-moi !

Mathias en resta coi un instant avant de soupirer, puis de passer une main assurée dans ses cheveux blonds en bataille.

- Bon et bien, je n'ai plus qu'à reprendre du service. Souhaitez-moi bonne chance !

- As-tu vraiment besoin de chance ? le railla Lukas

Mathias lui répondit par un sourire de connivence. Il s'éloigna les mains dans les poches, sifflotant et observant les alentours comme un passant lambda en promenade. Bientôt, il disparut au détour d'un bâtiment.

La voiture fut plongée dans un silence pesant. Manon tapotait son carton à dessin nerveusement. Quant au détective, il ne quittait pas son téléphone des yeux. L'écran s'alluma finalement lorsqu'un message arriva. Mathias confirma avoir trouvé sa position. Lukas fit donc signe à Manon qu'elle pouvait y aller.

La jeune femme inspira profondément puis sortit à son tour de la voiture. Cette fois, tout sentiment d'excitation, d'aventure et de futures prises de notes alléchantes l'avait quitté. Son cœur battait toujours la chamade, sauf qu'il s'agissait bien cette fois de stress, voire peut-être même d'angoisse.


Affaire à suivre…