Bonjour tout le monde !
Il fait chaud, il fait beau, c'est le jour de la Marche des Fiertés (j'aime bien ce nom), quelle meilleure journée que celle-ci pour un petit chapitre qui se déroule en plein hiver XD
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Islande : Emil Steilsson
Danemark : Mathias Køhler
Finlande : Tino Väinämöinen
Suède : Berwald Oxenstierna
Sealand : Peter
Vietnam : mademoiselle Lien
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 15 : Le plan aux innombrables pions
Du côté de Lukas et Tino, le train filait toujours plus vite vers le nord. Maintenant qu'ils avaient dépassé la gare d'Ed, dernière ville suédoise, ils se rapprochaient de la frontière qu'ils atteindraient dans quelques kilomètres. L'aménagement tortueux du circuit ferroviaire donnait l'impression de s'en rapprocher et de s'en éloigner à chaque instant.
Tino formula de nouvelles excuses, se tortillant les doigts. Puis, gêné, il engouffra une poignée de bonbons alcoolisés.
- Ce qui est fait est fait, déclara enfin Lukas, ce n'est pas la peine de te répéter. La première fois suffisait amplement.
- Mais ne t'inquiète pas, par contre : ils n'ont aucun détails concernant le Thaïlandais et sa garde du corps.
Lukas ne répondit pas, se contentant d'aviser son téléphone portable. Il se demanda s'il ne devrait pas maintenant répondre aux appels de son frère cadet. Que lui dirait-il dans ce cas ? Il n'y avait rien à faire pour le moment. Il disposait d'un plan, mais pour ce faire, il avait besoin qu'Alfred ait progressé. En d'autres termes, en l'état actuel des choses, seul Alfred détenait la clé. Les mains du détective se crispèrent.
Il n'appréciait guère de déléguer le travail qui plus est en connaissant le caractère frivole du jeune homme. Emil était doué, mais pas surdoué. De même, Mathias était efficace, mais il n'avait pas les capacités pour. Cette spécificité de devoir s'en remettre aux données et à des connaissances en langage informatique que seul Alfred possédait dans son entourage chiffonnait le détective. Il se fit la promesse de se consacrer un jour à l'étude de ce domaine, qui commençait à cruellement lui faire défaut.
- Et sinon, dit tout à coup Tino rompant le silence, tu veux savoir ce que j'ai dégoté de ma petite promenade ?
Lukas lui jeta un coup d'œil. Il ne paraissait pas vraiment angoissé. Il ne tapotait pas du doigt nerveusement, aucune de ses jambes ne tressautait. Son tic nerveux vis-à-vis des ongles s'était calmé depuis qu'il avait avoué à Lukas avoir tout raconté à Berwald. Ce qui l'angoissait le plus finalement était d'ordre purement éthique. Rien à voir avec la situation en elle-même. Quand bien même il y aurait une bombe, Tino ne ressentait pas la peur que tout à chacun pourrait avoir. Il n'était pas non plus dépourvu de patience, de part son passé de sniper.
- Si, évidemment.
- Alors, j'ai aperçu un homme portant des lunettes noires.
- Fantaisie.
Tino marqua un temps d'arrêt.
- Il est en effet très étrange que quelqu'un porte des lunettes noires en cette saison et par ce temps, détailla Lukas, mais l'intrus ne veut pas se faire repérer. Et ça, ça le compromettrait beaucoup trop facilement et rapidement. Ce n'est donc qu'une fantaisie vestimentaire.
- Oh ! Oui, bien sûr. Ça se comprend. Donc même tous ceux qui ont gardé leurs chapeaux, j'oublie ?
- Tout dépend du type de chapeau, et s'il y a d'autres signes distinctifs. Tu peux oublier les chapeaux trop voyants, fantaisistes, de luxe. Il faut penser que cette personne s'est habillé de façon discrète forcément mais aussi pratique. C'est une personne qui ressemble quelque part à mademoiselle Lien. Elles répondent au même critère. Ajouter à cela, il faut garder à l'esprit qu'il n'y a peut-être qu'une personne, peut-être plusieurs, peut-être groupées, peut-être dispersées.
- Dans ce cas, j'en ai deux. Un homme entre 20 et 30 ans assis bien droit, avec un bonnet vert foncé. Son portable était posé bien en face de lui sur ses genoux.
- Le dos au repos contre le dossier ou pas ?
Tino dut faire un effort de mémoire, n'ayant pas forcément retenu jusqu'à ce genre de détails.
- Non, pas contre le dossier. Il avait l'air assez austère et prêt à bondir. Il m'a fait froid dans le dos, je dois dire.
- L'accoudoir de son siège côté couloir relevé ?
- Euh… oui. Oui, je crois.
Lukas ne formulant pas d'autres questions, Tino poursuivit :
- Et le deuxième était un homme un peu plus âgé, habillé tout en noir avec une casquette sur le crâne. Ce qui m'a parut bizarre chez lui, c'est qu'il y avait de la place partout pour les bagages, mais il a gardé son gros sac sur les genoux et il pianotait vigoureusement sur son téléphone tout en jetant des coups d'œil aux alentours.
Lukas se plongea dans une profonde réflexion. Avec un total de six personnes repérées, tout en gardant à l'esprit que Tino pouvait s'être trompé, il fallait maintenant déterminer qui. C'était là le plus compliqué. Il aurait fallu pouvoir envoyer des photos à mademoiselle Lien. Elle qui assure les arrières de son protégé depuis si longtemps aurait été plus à même de reconnaitre des détails pertinents. Il leva la tête et aperçut la caméra de surveillance niché dans un coin du wagon, après les distributeurs de confiseries.
- Tino, déclara-t-il finalement, ton téléphone prend de bonnes photos ?
- Oh oui ! Je suis pas déçu de mon achat. Parce que j'ai vraiment hésité quand j'ai dû en changer.
- Va au distributeur automatique de la prochaine voiture, achète-toi des bonbons et prend une selfie.
Tino écarquilla les yeux.
- Tu veux que je m'achète des bonbons et que je me prenne en photo avec ? Ah ! Tu veux que je l'envoie à Berwald afin de rassurer les autres, c'est ça ? Mais tu sais, je pense qu'on a plus urgent à faire et je ne suis pas sûr que ça les rassure vraiment… Ils comprendront qu'on essaye de détourner leur attention…
L'inconvénient avec Tino, se dit Lukas, c'est que, parfois, pour une raison qui lui échappait à son grand damne, une valve s'ouvrait et Tino devenait tout à coup très bavard. La veille au soir, avant d'entrée dans la salle de concert, dans une ambiance impatiente palpable, Tino était tellement fébrile qu'il n'avait pas arrêté de parler dans la file d'attente. En repensant à cela, Lukas réalisa à quel point tout ceci lui paraissait lointain et presque irréel.
- Une fausse selfie. Il faut que tu prennes une fausse selfie. Pour avoir un visuel du wagon.
Comprenant finalement la démarche, Tino mit le plan à exécution.
Tandis qu'il était parti, le téléphone de Lukas sonna. Pensant d'abord qu'il s'agissait d'une énième tentative de la part d'Emil, le détective pinça légèrement les lèvres. Puis, en découvrant le numéro d'Alfred s'afficher, il s'empressa de répondre.
- Qu'en est-il ?
- C'est trop un truc de fou ! C'est la première fois que je fais ça, mais finalement, c'est du gâteau. Je suis un boss, eh eh.
- Alfred.
Un petit rire gêné lui répondit. Puis, il entendit un raclement de gorge avant qu'Alfred n'annonce :
- Les trames courtes, c'est bien un polling. Mais les longues, elles envoient les coordonnées GPS du train à intervalle régulier. Du coup… ouais, ça pourrait bien être la bombe.
Bien malgré lui, le cœur de Lukas rata un battement. Il ne cessait de se répéter qu'il avait un plan, que tout allait bien se passer, puisqu'il avait un plan infaillible. Mais rien n'y faisait cette fois : il ne pouvait empêcher son cœur de s'emballer à la mention de la bombe. Il se rendait bien compte qu'il était plus nerveux que d'habitude. Et il détestait se sentir ainsi. Il avait l'impression de pouvoir perdre le contrôle n'importe quand. Le plus frustrant étant toujours de devoir s'en remettre aux capacités d'Alfred. Elles étaient indéniables mais pas de son fait. La question même lui arracha un rictus.
- Comment s'annonce la suite ?
- Oh bah c'est simple !
Le regard de Lukas s'assombrit. Il détestait quand les autres trouvaient les choses simples mais pas lui.
- Maintenant que j'ai installé mon sniffer et qu'il a décortiqué tout ça, j'ai plus qu'à isolé les deux terminaux. Je vais détourner les commandes de l'un et de l'autre et leur envoyer à chacun des réponses fantasques pour leur faire croire qu'ils se parlent toujours !
- Et tu ne peux pas simplement arrêter leur échange ?
- Oulah ! T'es pas fou, mec ! Suffit qu'ils aient programmé le détonateur pour qu'en cas de non-réponse, il s'active et boum ! Plus de train en direction d'Oslo ! Et puis, j'ai pas les outils pour de toute façon. La seule chose que je peux faire, c'est ça : leur faire croire qu'ils communiquent toujours alors que j'aurais dévié tous leurs signaux et répondu à leur place. Les commandes ne répondront plus, mais le détonateur sera toujours fonctionnel. Si j'étais aux States, je dis pas mais là, c'est nope.
- Bien, déclara Lukas tentant toujours d'avaler la pilule de son impuissance, fais ce que tu as à faire. De mon côté, j'ai mon plan. Préviens-moi quand tu auras fini.
- Ça roule ! T'imagine pas tous les feels ! C'est à la fois super excitant et super stressant. Je m'éclate !
Lukas retint du mieux qu'il put un soupir. Puis, il esquissa un léger sourire et conclut la conversation d'un ton mielleux :
- Et aussi quand ce sera fait, n'hésite pas à rassurer Emil et toutes les personnes que tu connais : cette bombe ne nous ferra pas de mal.
Un peu décontenancé par ce revirement de consigne, Alfred balbutia quelques mots avant de raccrocher.
Pendant ce temps, Tino venait de revenir et observait lui aussi Lukas, de manière assez perplexe.
- Tu veux en parler à tout le monde maintenant ?
- J'ai mes raisons. Tu verras. Alors, cette photo ?
Tino lui mit le cliché sous les yeux.
- Plutôt bien cadrée ma foi.
- En général, c'est Berwald qui prend les photos…
Depuis le portable de Tino, Lukas se l'envoya à lui-même avant de la faire parvenir à mademoiselle Lien, suivi d'un bref message. La réponse ne tarda pas.
« L'homme au bonnet vert foncé. »
En retour, Lukas fit parvenir à la garde du corps une nouvelle consigne. Ça y est, il plaçait ses pions et reprenait peu à peu la main. Plus qu'un pion à mettre en jeu, et pas des moindres.
Alors qu'il se penchait vers Tino qui suçotait ses bonbons alcoolisés, le train s'arrêta en gare d'Halden.
- Ah ! On est Norvège, ça y est.
Aussitôt, il engouffra un dernier bonbon avant d'attraper son téléphone portable.
- Attends, lui dit Lukas, va d'abord découper l'homme au bonnet vert sur ta photo de groupe et envoie-la à tous tes contacts.
- Tous ?
- A tes connaissances dans l'armée mais aussi aux autres. Oh, et envoie-la moi aussi. Pour ce qui est des informations à transmettre, je vais te demander de rédiger un détail de la situation aux autorités, et un mot plus… accrocheur, disons, pour les autres.
Tino dévisagea Lukas un instant, circonspect, avant d'obtempérer. Ils quittèrent la gare que les deux messages étaient partis. Lukas fit parvenir à tous ses contacts la photo de l'homme au bonnet vert, accompagné d'une petite note. Il reçut bien évidemment une réponse immédiate, outragée et ahurie, de la part d'Emil. Mathias, au même titre que bien d'autres, se montra très perplexe et très inquiet.
Malgré tout, Lukas se sentait peu à peu reprendre le contrôle de la situation. La bombe était toujours là, certes, mais il avait enfin la sensation de pouvoir s'opposer à elle à forces égales.
Alors qu'ils dépassèrent la gare de Sarpsborg, il reçut finalement des nouvelles d'Alfred, lui confirmant que tout était en place.
Désormais, il n'y avait plus qu'à attendre. Tout était prêt. Il ne restait plus que cinq gares avant d'arriver à Oslo. Il ne pouvait rien faire d'autres. Il était convaincu que son plan fonctionnerait. Néanmoins, devoir s'en remettre à tant de monde lui laissait une petite part de doute, bien décidé à ne pas le laisser en paix. Ses doigts tapotaient nerveusement la tablette. Il suffisait que tout le monde joue le jeu, se répétait-il.
C'est ainsi, dans cette attente lancinante, que Lukas, Tino, mademoiselle Lien et son protégé franchirent les derniers kilomètres qui les séparaient de la gare centrale d'Oslo. Sans pouvoir y résister, les battements de cœur du détective s'accélérèrent à mesure qu'il reconnut les bâtiments de sa ville natale. L'heure de vérité approchait et il aurait presque entendu le tic-tac incessant d'un décompte fatal.
Lorsque le train freina finalement, tout son corps se contracta. Les premiers passagers rassemblèrent leurs affaires et prirent la direction de la sortie, tout à leurs préoccupations. Lukas et Tino les imitèrent. Ce dernier détailla l'expression de son compagnon de voyage qui demeurait plus fermé que jamais.
Puis, en descendant du train, ce fut comme un poids qui s'ôta tout à coup de leurs épaules. Les voyageurs surpris étaient invités par les forces de l'ordre à évacuer les lieux dans le calme, suivant le couloir qu'ils avaient aménagés. L'équipe de déminage était en train de préparer son matériel pour leur intervention.
Lukas et Tino échangèrent un regard soulagé. Leur message avait parfaitement eut l'effet escompté. Ils suivirent ensuite le mouvement. En passant, ils aperçurent l'homme au bonnet vert foncé et trois comparses, dont un inconnu qui devait avoir toujours été sur place ici à Oslo, pris la main dans le sac en pleine tentative d'enlèvement. L'un des trois tenta bien de déclencher le détonateur mais il ne se passa rien. Même s'il s'était crispé en le voyant appuyer sur le bouton, Lukas eut un sourire sardonique en constatant que son plan avait fonctionné. Il croisa le regard de mademoiselle Lien. Elle hocha gravement la tête en signe de remerciement. Le détective le lui rendit.
En dehors de la gare, les voyageurs, les passants curieux, les employés de la gare et toute une foule de journalistes ayant été avertis étaient massés. Tout s'était donc déroulé comme prévu. En ayant ainsi prévenu le plus de monde possible, Lukas avait coupé l'herbe sous le pied aux traqueurs qui avaient voulu rester discrets jusque là. Tout le monde était arrivé à bon port et il était fermement convaincu que mademoiselle Lien et son protégé pourrait maintenant cesser de fuir.
Une haute silhouette se fraya un passage puis se jeta sur Tino. Berwald étreignit son compagnon avec une force peu commune, enfouissant son visage dans son cou. Tino manqua de chuter en arrière et fut dans un premier temps surpris par cette réaction, les yeux écarquillés. Puis, il le prit à son tour doucement dans ses bras, lui caressant le dos. Ils furent bientôt rejoints par Peter qui se joignit à l'étreinte.
Puis arrivèrent Emil et Mathias. Le cadet s'approcha de son aîné et se figea. Aucun des deux ne sut comment réagir. Il était clair que tous deux avaient eu très peur sans oser se l'avouer ou l'avouer à l'autre.
- Tu viens ? On rentre, lâcha finalement Emil, t'as un concert à nous raconter.
Lukas s'autorisa un petit sourire.
Resté en retrait, Mathias ne savait pas plus comment réagir. Alors qu'Emil faisait demi-tour, il s'avança vers Lukas.
- J'ai eu la peur de ma vie, admit-il franchement
- Il ne fallait pas, lui assura Lukas
Puis, il lui tendit sa valise.
- Merci d'être venu me chercher.
Mathias baissa les yeux et s'aperçut que les mains de Lukas tremblaient. Il jeta un coup d'œil à son acolyte mais celui-ci avait détourné la tête. Un large sourire s'épanouit alors sur le visage de Mathias. Il attrapa la valise et passa un bras sur les épaules de Lukas qui sursauta à moitié.
- Allez ! Emil a raison : t'as un concert à nous raconter !
Il entraina Lukas avec lui au travers de la foule et rejoignirent Emil à la voiture.
Affaire à suivre…
