Bonjour, bonjour !
(j'ai l'impression de toujours me répéter dans mes salutations… un jour, je devrai essayer d'innover…)
Nous voilà partis dans la 17ème affaire, je le répète sur 25, on s'approche doucement de la fin ! Ok, super doucement… Je préfère vous le dire tout de suite : ne vous attendez pas à ce que suite à sa réalisation, Mathias et ses sentiments chamboulent la fic du tout au tout. Tout vient en son temps ;)
Je vous laisse pénétrer dans cette affaire-ci, découvrir le décor et aller à la rencontre des personnages…
Prénoms cités dans ce chapitre :
Norvège : Lukas Bondevik
Islande : Emil Steilsson
Danemark : Mathias Køhler
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 17 : Le rendez-vous
Les beaux jours étaient à peine revenus qu'Emil était parti à l'assaut des entreprises les plus diverses. Plus qu'une fin d'année, c'était aussi la fin de son cycle universitaire. Le jeune homme ne souhaitant pas poursuivre ses études pour le moment, il avait décidé de se concentrer sur la recherche d'un emploi afin d'accumuler de la pratique. Ce n'est pas comme s'il se montrait très enthousiaste, son choix d'orientation n'ayant jamais été une vocation mais plus un maigre intérêt par défaut.
Là où se trouvait sa motivation en revanche, c'est qu'il était hors de question qu'il ait à supporter son frère comme Mathias cet été. A son grand damne, Jia Long allait surement passer la majeure partie de la saison chez son grand frère, Shanda, à Macao. Emil avait beau avoir été invité, il ne se voyait pas squatter chez l'aîné de son copain pendant plusieurs semaines. Déjà qu'il était mal à l'aise quand il venait le voir chez lui, ici même à Oslo… En dehors de cela, Emil n'avait pas envie de côtoyer son propre frère ces derniers temps. Il avait besoin de prendre du recul et de s'occuper par ailleurs. Il y trouvait donc son compte à décrocher un emploi, quand bien même il fut de courte durée dans un premier temps.
Ainsi, tous les matins depuis quelques jours, c'était le même rituel. Il se levait aux mêmes heures que Mathias et petit-déjeunait avec lui, ce qui ne l'arrangeait pas forcément. Emil mettait beaucoup de temps à émerger, tout le contraire de Mathias qui une fois la langue déliée était parti pour la journée. D'autant plus que, d'ordinaire seul le matin, il était ravi d'avoir un interlocuteur. Emil ne l'écoutait que d'une oreille se plaindre faussement des collégiens, s'interroger encore et toujours sur le pourquoi du comment Lukas avait accepté de le garder sous son toit, et dernièrement sur sa relation avec son frère aîné.
Au début, Emil avait failli s'étouffer avec son cappuccino lorsque Mathias lui avait déclaré de but en blanc, sorti de nulle part :
- J'ai découvert que ton frère me plait.
En voyant Emil tousser, Mathias avait hoché la tête en croisant les bras.
- Oui, je sais : c'est ridicule et je me fais des illusions.
Emil n'avait pas cherché à répliquer, préférant se tenir bien éloigné de ce genre de discussions. Il s'était tu et n'avait à vrai dire jamais échangé avec Mathias, toujours trop ensommeillé lorsque celui-ci décidait de papoter.
Heureusement pour Emil, Mathias entamait sa journée à huit heures. Il n'avait donc pas trop le temps de s'éterniser. Au contraire, Emil prenait tout son temps pour se réveiller et profitait notamment d'une bonne douche fraîche pour se remettre les idées en place. N'ayant pas cours la plupart des matins, il avait calé la plupart de ses entretiens en début de matinée. Une fois sur deux, lorsqu'il sortait, il croisait Lukas se réveillant à son tour. Ils échangeaient quelques mots, des banalités, et puis Emil partait, un sac en bandoulière sur l'épaule.
Ce matin ne fit pas exception. Emil n'avait rendez-vous qu'à dix heures, il était pourtant préférable qu'il parte le plus tôt possible. Il était en effet attendu dans un lieu particulier : une île privée en plein milieu du fjord. Plus précisément sur l'île de Kildholmen. Pour s'y rendre, il allait devoir oublier la voiture et demander un bateau-taxi. Voilà pourquoi il était nécessaire qu'il ne tarde pas trop.
Emil inspira profondément en ajustant sa veste. Alors qu'il vérifiait une dernière fois que tous ses papiers se trouvaient dans son sac, en plus de ses cours pour l'après-midi, il entendit les marches de l'escalier grincer sous les pas de son frère aîné.
- Encore un.
Emil ne put s'empêcher de hocher la tête, quand bien même il était certain que son frère ne lui avait pas posé la question, seulement constaté le fait. Comme d'habitude… marmonna-t-il dans son esprit.
- C'est le treizième. Attention à la malchance.
- Comme si tu y croyais toi-même, à ce genre de superstition idiote.
- Un point pour toi. De même, je ne te souhaiterai pas bonne chance, déclara Lukas en s'étirant, mais je suis sûr que tu feras de ton mieux. J'ai pleinement confiance en toi.
Emil pinça les lèvres. Il salua par la suite rapidement son aîné et sortit.
Une fois n'est pas coutume, c'était encore une journée pluvieuse qui s'annonçait. Emil préféra enfoncer sa capuche directement sur son crâne, puis prit le chemin des transports en commun. Tout s'arrangea pour le mieux durant son trajet, quoique le règlement de la course du bateau lui reste en travers de la gorge, et il fut pile dans les temps.
Le ponton de l'île de Kildholmen s'arrêtait devant un grand portail magnifiquement ouvragé, rehaussé de dorures. Aucun mur ne l'encadrait, seulement deux piliers massifs. Le portail se trouvait simplement là pour marquer l'entrée du domaine privée.
Alors qu'Emil appuyait sur la sonnette, les premières gouttes de pluie commencèrent à tomber.
Génial, maugréa-t-il dans sa tête.
Patientant, il observa les alentours. L'île paraissait très verdoyante et Emil pouvait à peine distinguer ne serait-ce que la silhouette d'une demeure au loin, cachée par les arbres. L'eau du fjord claquait sur les rochers entassés sur les berges. Il n'aurait pas été difficile de contourner le portail ainsi. Malgré la pluie qui tombait maintenant drue, le jeune homme pouvait embrasser du regard le fjord, et apercevoir au loin, nichés dans la baie, les bateaux de plaisance, les bâtiments alignés sur les quais et l'opéra d'Oslo semblable à un iceberg.
Les températures n'étaient pas bien hautes et Emil commençait à sentir le froid humide le piquer. Enfin une silhouette se dessina sur le chemin de gravier qui s'enfonçait dans les fourrés. Emil découvrit petit à petit un homme à l'air pincé, couvert par un parapluie en cloche, enveloppé dans un manteau dont il avait relevé le col et d'où s'échappait un épais foulard de soie. Ses cheveux bruns faisaient ressortir la pâleur de son visage, mais c'était ses yeux qui interpellaient le plus, avec leur éclat violet incisif derrière des lunettes. Arrivé à hauteur du portail, il demanda :
- Emil Steilsson, je suppose ?
- Oui, c'est moi.
L'homme fourra la main dans une poche et en ressortit une vieille clé, en métal lourd, large, qui paraissait tout droit sortie d'un passé lointain, preuve encore que le portail n'avait pas pour but d'assurer une quelconque sécurité.
Son hôte fit signe à Emil de s'engager sur le sentier. Il referma derrière lui puis le rattrapa en quelques enjambées, quoique ce simple effort suffise à l'essouffler. Ils gardèrent le silence tout le long du trajet, seulement interrompu par le clapotis sourds des gouttes de pluie sur le parapluie et la capuche.
Les arbres finirent par se faire moins dense et les deux hommes débouchèrent sur un vaste jardin précautionneusement entretenu, aux buissons clairsemés et taillés en formes géométriques, aux parterres de fleurs s'éveillant à peine en ce début de printemps, à la pelouse tondue au brin près. Au centre se dressait solennellement une demeure fastueuse, pareille à un manoir désolé à la splendeur passée à cause du mauvais temps. Lorsqu'une éclaircie devait se présenter, le paysage devait avoir quelque chose d'enchanteur : pierres de taille, sculptures antiques, fontaines, colonnades, balcons ornementés, fenêtres démesurées, il n'y avait aucun doute à avoir sur la fortune du propriétaire. D'autant plus qu'en s'approchant, Emil avisa un jardin d'hiver à la végétation luxuriante jouxté d'une serre amovible abritant une grande piscine, mais aussi deux voiturettes de golf, sagement parquées, et perçut même le hennissement de chevaux au loin.
Ils gravirent les marches du perron et Emil put enfin rabattre en arrière sa capuche.
- Après vous, déclara l'homme en lui cédant le passage
Lorsqu'Emil pénétra dans la demeure, il en resta plus encore coi. La beauté grandiloquente de l'extérieur n'avait rien à avoir avec le luxe imposant et presque écrasant de l'intérieur. Le jeune homme se sentit aussitôt mal à l'aise, étouffant sous les boiseries cirées, les tapisseries élégantes, les lustres pleurant leurs pierres précieuses, les finitions au stuc, les miroirs et les draperies. A côté de cela, le mobilier était tout ce qu'il y avait de plus moderne, dans un goût très contemporain, minimaliste, et agrémenté de la plus haute technologie.
Tandis que son hôte se délestait de son parapluie et de ses affaires, Emil demeura planté comme un piquet sur le tapis de l'entrée, ne sachant trop où se mettre. Il se demanda un instant ce qu'il faisait ici et où il avait bien pu tomber. Il avait un peu répondu par automatisme à toutes les annonces comportant les mots « communication » et « promouvoir ». Lorsqu'il recevait une réponse positive, il recherchait bien entendu des informations sur l'entreprise et se préparait au mieux pour son entretien. Il n'avait cependant pas trouvé grand-chose sur celui-ci. Il savait juste que son employeur était un riche propriétaire hongrois qui avait besoin de faire le lien entre Oslo et Budapest avec un résident norvégien.
- Accrochez votre veste à une patère, je vous prie. Le salon se trouve par ici.
Emil manqua de sursauter. Il s'exécuta docilement avant de rejoindre l'homme qui était déjà parti dans la pièce, sur la droite. Emil n'osa pas s'approcher ni même s'asseoir ou que ce soit.
- Monsieur Héderváry vous prie de l'excuser : un impondérable le retient. Il sera à vous dans un instant, glissa son hôte
Ce dernier avait vraisemblablement retrouvé la place qu'il avait quittée pour venir l'accueillir, dans un sofa agrémenté de nombreux coussins, un livre entre les mains. Apparemment, il vivait ici et n'était en rien un employé de la maison. Emil se permit une question :
- Excusez-moi… puis-je savoir à qui je m'adresse ?
L'homme abandonna sa lecture et haussa un sourcil qu'Emil jugea dédaigneux, ce qui l'agaça un peu.
- Je suis le maître de cette demeure et le gendre de Monsieur Héderváry, Roderich.
- Ravi de faire votre connaissance, articula Emil quand bien même l'attitude de ce Roderich l'agaçait de plus en plus
Au même moment, une porte claqua et des talons pressés claquèrent sur le plancher. Roderich leva brièvement les yeux au ciel, ce qui n'échappa pas à Emil. Quelques secondes à peine après, une femme à l'indomptable chevelure châtaine et aux grands yeux verts pétillants pénétra dans le salon par une porte dans le fond de la pièce, entrainant avec elle un tourbillon de bonne humeur et de vitalité. Elle s'arrêta en découvrant Emil, toujours planté debout.
- Bonjour à vous ! A qui avons-nous l'honneur ?
- Emil Steilsson, bredouilla-t-il, j'ai rendez-vous avez monsieur Héderváry.
Elle vint aussitôt lui serrer la main aussi bien chaleureusement que vigoureusement. Il fut étonné de sa poigne.
- Ah, je vois ! Enchantée ! Je suis sa fille, Erzsébet.
Constatant la gêne du jeune homme, elle le prit aussitôt par les épaules et lui proposa un des fauteuils en cuir qui couinait au moindre mouvement et rehaussé de riches broderies.
- Mais je vous en prie, ne restez pas debout.
Elle jeta un regard agacé à Roderich.
- Et bien sûr, Roddy, tu ne t'occupes pas de nos invités.
Aussitôt, l'homme se raidit, pinçant les lèvres.
- Ne m'appelles pas ainsi, je te prie. C'est inconvenant.
Erzsébet s'esclaffa à gorge déployée sans aucune retenue. Roderich s'agita sur son siège, goutant peu ses manières.
- Et pour ta gouverne, je m'en suis occupé : c'est moi qui suis allé le chercher au portail, marmonna-t-il
- Oh mon pauvre chéri, déplora faussement Erzsébet, et sous cette pluie en plus. Tes cheveux vont encore bouclés comme tu le détestes tant.
Un grand sourire aux lèvres, elle vint s'affaler sur le sofa à ses côtés et entortilla une de mèches brunes autour de son doigt. Roderich piqua aussitôt un fard. Et à dire vrai, Emil aussi. Il n'aimait pas être pris au milieu d'une scène qui ne le regardait pas. Il observa la pièce dans ses moindres détails.
- Il n'est donc guère possible de lire en paix dans cette maison ?
- Mais si, bien sûr ! Allez, je te laisse tranquille.
Elle planta un baiser sonore sur sa tempe et se releva.
- Je vous sers quelque chose pour patienter ? demanda-t-elle par la suite à Emil
Ce dernier agrippa son sac et refusa poliment. Elle s'excusa par la suite, devant s'absenter pour aller s'occuper de ses chevaux, mais elle pria Emil de ne pas hésiter à embêter son époux s'il avait besoin de quoi que ce soit.
Lorsqu'elle quitta la pièce, ce fut comme si elle avait emporté avec elle toute vie et la pièce retomba dans un silence froid comme la pluie qui cognait contre les carreaux. Seul se détachait le froissement des feuilles que Roderich tournait au fur et à mesure de sa lecture. Emil l'observait du coin de l'œil, sans mot dire. Alors que les entretiens lui donnaient naturellement le trac, celui-ci commençait à le rendre nerveux. Il priait intérieurement pour que son attente soit abrégée au plus vite. Roderich le mettait mal à l'aise avec son attitude hautaine et son indifférence feinte.
Son vœu fut finalement exaucé lorsqu'il perçut des pas, cette fois lourds et bruts. Dès que la haute silhouette vieillissante du patriarche se découpa dans l'encadrement de la porte, il sauta sur ses pieds.
- Zoltán Héderváry ? Ravi de vous rencontrer. Emil Steilsson, débita-t-il d'une traite en tendant sa main
Zoltán la considéra longuement avant de l'empoigner.
- Suivez-moi dans mon bureau.
Sa voix était profonde et caverneuse, marqué par le temps et l'expérience d'une société mondaine. Il tourna ensuite les talons. Emil fit volte-face et découvrit Roderich détaillant, les yeux plissés et le menton relevé, son beau-père. Il y avait de l'orage dans l'air, remarqua Emil. Il le trouvait bien susceptible de prendre la mouche pour avoir seulement dû braver la pluie pour venir lui ouvrir. Emil décida de ne pas s'attarder cependant. Il le salua promptement puis partit dans le sillage de Monsieur Héderváry.
Affaire à suivre…
