Bonsoir tout le monde !

Nous sommes vendredi et le week-end débute à peine, il est vrai ! Néanmoins, il se trouve que je vais avoir un week-end plutôt chargé. Du coup, pour une fois, je préfère m'y prendre à l'avance et publier dès ce soir :)

Je vous souhaite par ailleurs à qui serait concerné une bonne rentrée ! Bon courage et hauts les coeurs !

Norvège : Lukas Bondevik

Autriche : Roderich Edelstein

Hongrie : Erzsébet Edelstein

Magyar : Zoltán Héderváry

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 17 : La visite

Roderich Edelstein convint d'une rencontre l'après-midi même, envisageant un échange entre musiciens. Lukas avait rendez-vous sur un quai, plus au sud-ouest de la ville où Roderich vint le récupérer en bateau, puisque la propriété se trouvait sur une île privée. Ayant décrypté le personnage, Lukas ne fut pas le moins du monde surpris lorsqu'il découvrit les riches abords de la demeure, avec ses jardins entretenus au centimètre carré près, ainsi que le vaste dôme amovible recouvrant une longue piscine en cette saison pluvieuse.

Depuis le garage à bateau, ils remontèrent le long du sentier, sous des bourrasques de vent et quelques gouttes pernicieuses, et arrivèrent devant la bâtisse de laquelle se détachait notamment une tour carrée et un jardin d'hiver. Par delà la verrière les plantes verdoyantes s'épanouissaient gaiement, ce qui contrastait grandement avec le temps agité qui sévissait. Cela fut d'autant plus frappant lorsque, après avoir pénétré l'intérieur, Roderich referma la porte derrière lui : le silence s'abattit alors, seulement agrémenté par l'eau de la fontaine cachée entre des fougères.

Il y faisait à dire vrai tellement doux qu'ils ôtèrent aussitôt veste et écharpe. Le maître d'hôte déposa dans un seau prévu à cet effet le parapluie qu'il avait malgré le vent tenu à emporter avec lui, jugeant ses cheveux plus importants que le reste. Roderich était un homme décidément soucieux des apparences, allant parfois jusqu'à braver le bon sens, se nota Lukas dans un coin de son esprit.

- Par ici, je vous prie.

Ses talonnettes claquèrent sur le sol de marbre et passèrent devant Lukas. Ils traversèrent le jardin en silence, jusqu'à une porte vitrée à double battant, qui donnait sur un petit salon luxueux et moderne. Lukas aperçut Roderich pincer les lèvres puis lui faire signe de le suivre.

Ils quittèrent la pièce, gravirent un escalier de bois dont les marches se révélèrent plus silencieuses qu'on n'aurait pu l'imaginer. En tout cas, elles étaient bien moins bruyantes que les vieux escaliers du 4 Meltzers Gate. Lukas avisa également les murs aux peintures impeccables, neuves. L'intérieur avait dû être rénové récemment, conclut-t-il après avoir également jeté un coup d'œil au plafond d'un blanc immaculé.

Néanmoins, le détective se fit la réflexion qu'il connaissait pour ainsi dire au moins de noms toutes les grandes familles établies en Norvège, qui plus est à Oslo. Et pourtant, le nom d'Edelstein lui était parfaitement inconnu dans ce registre. Il convenait qu'au sein du conservatoire ou de l'opéra, il avait déjà pu entendre parler de Roderich Edelstein en sa qualité de musicien, mais non pas de notable. Aussi soucieux des apparences fut-il, cet homme et sa famille avaient su rester parfaitement discrets. Il se fit par la suite la réflexion que l'acquisition d'une île dans le fjord passait difficilement inaperçue dans une certaine presse spécialisée, qu'il décortiquait de temps à autres lorsqu'il s'ennuyait. Lukas trouvait en effet passionnant de résoudre comme un puzzle ce jeu d'achats et de ventes, d'héritages, de coups bas parfois, de magouilles financières et autres, et de recréer ainsi l'imbroglio de connivences et de relations hostiles entre les membres de cette sphère invisible et étrange.

- Comment s'appelle votre beau-père ?

- Zoltán Héderváry.

Le nom d'Héderváry parla de suite beaucoup plus à Lukas : un riche propriétaire terrien hongrois ayant fait fortune dans la culture du paprika avant de diversifier ses activités en ouvrant de multiples établissements de soins thermaux dans son pays. Il se souvenait très bien, il y a une dizaine d'années, d'un article dans une revue économique qui relevait la somme immense d'un sexagénaire hongrois ayant anéanti toute autre proposition d'achat pour cette île. Les grands noms osloïtes s'étaient offusqués de cette acquisition par « un étranger sorti de nulle part », des réactions dont Lukas s'était délecté. Rien qu'en y repensant, il esquissa un bref sourire.

Cependant, il n'avait pas cherché à en apprendre plus sur le moment et une question lui brûlait maintenant les lèvres.

- Qu'y avait-il sur cette île lorsque monsieur Héderváry en est devenu le propriétaire ?

Roderich pinça une nouvelle fois les lèvres, un tic qu'il affichait dès qu'il se sentait contrarié, définit Lukas. Il n'aimait certainement pas qu'on rappelle à son beau souvenir que cette vaste propriété n'était pas sienne.

L'hôte prit le temps d'ouvrir la porte devant laquelle il s'était arrêté avant de répondre. Un petit salon bien loin du modernisme précédent se dévoila : coussins de satin, riches broderies, fauteuils rembourrés, épais tapis, lourdes étoffes aux fenêtres. Lukas avisa les peintures d'artistes germanophones et italiens : ce pouvait être tout autant des copies que des originaux. C'était comme revenir à la Renaissance. Au centre de la pièce trônait un piano à queue noir, majestueux, aux élégants reflets.

Lukas comprit la raison pour laquelle Roderich avait tenu à le faire venir dans cette pièce.

Ce dernier contourna le piano, une main époussetant vaguement les grains de poussière inexistants. Il tapota le siège, testa une touche ou deux puis vint prendre place sur le sofa. Il désigna un fauteuil face à lui et Lukas s'y installa.

- A l'époque, il n'y avait que deux petites cabanes de pêcheurs au sud et cette tour carrée dans laquelle nous nous trouvons. Elle était plutôt en mauvais état mais j'ai tenu à ce qu'elle soit rénovée. Zoltán voulait la raser tout bonnement. J'y ai installé mon salon de musique ainsi que nos appartements personnels à moi et mon épouse.

- Et lui ? Où loge-t-il ?

- Il a son bureau privé au rez-de-chaussée et sa chambre juste au-dessus, à l'opposé de la tour, ce qui fait que nous ne nous croisons que très peu finalement. Il accapare aussi régulièrement la bibliothèque et n'aime guère être dérangé lorsqu'il s'y trouve.

- Actuellement où est-il ?

- Parti chercher son petit-fils à la sortie des classes.

C'était donc tout à la fois un magnat des affaires et une personne aimante envers sa famille. A l'exception peut-être de son gendre, mais cela pouvait également être seulement l'impression de ce dernier. Zoltán aimait pour sûr sa fille au point de lui offrir une propriété entière sur une île privée du fjord. Toute méfiance à part, Lukas comprenait les interrogations de Roderich : si le père en avait fait cadeau à sa fille sans concession ou condition, et surtout sans y avoir mis les pieds depuis, pourquoi paraissait-il tout à coup attaché à cette bâtisse ? Est-ce que les dix ans symboliques l'avait incité à prendre connaissance de l'état de la maison ?

Lukas se leva et s'approcha de la fenêtre pour observer l'extérieur. La pluie s'amenuisait et les nuages gris commençaient à se trouer. Toute la propriété était entourée de bois aux denses frondaisons.

- La forêt était déjà là. Le centre a été rasé pour la construction, lui expliqua Roderich en se postant à ses côtés, bras croisés dans le dos

Le détective prit note de toutes les activités possibles sur l'île : golf, équitation, tir à l'arc, natation, promenade entre autres.

- Vous avez de grands sportifs dans la famille ?

- Mon épouse. Elle ne peut tenir en place ! C'est une tornade de rires, de force et de créativité.

Lukas détailla Roderich du coin de l'œil. Son regard se perdait à l'horizon, dans un sourire rêveur. Il était assurément amoureux de sa femme, ce qui assurait à Lukas que son hôte n'était pas dans la famille à cause de l'héritage ou de la fortune du beau-père.

- Profitons de l'absence de votre beau-père. Emmenez-moi dans son bureau.

Roderich parut aussitôt gêné. Il fit presque volte-face et dévisagea Lukas.

- Si vous voulez que je découvre quoi que ce soit, il faut bien que je puisse profiter de l'occasion.

- Vous aviez parlé de réaliser le portrait de Zoltán, pas de…

La fin de la phrase se perdit. Décidément, remarqua le détective, Roderich Edesltein était un homme plein de manières et de bienséances. Il avait dû longuement hésiter à contacter qui que ce soit pour découvrir ce que traficotait son beau-père. Ajouté à cela, il avait dû finalement s'y résoudre, ne se voyant décidément pas fouiller dans ses affaires. Il avait préféré refiler la sale besogne à quelqu'un d'autre. Un petit côté lâche peut-être, conclut Lukas.

- Il y a de multiples façons de dresser le portrait de quelqu'un. En l'occurrence, observer ses effets, expliqua Lukas en insistant bien sur le verbe, en est une. Qui plus est, s'il est en ce moment tout le temps chez lui, il vaut mieux, pour moi comme pour vous, que je profite de son absence pour faire un petit tour.

Roderich pinça les lèvres.

- Soit.

Il ajusta sa veste dépourvu du moindre pli, puis prit la direction de la sortie.

- Je ne pourrai cependant pas vous faire entrer dans son bureau qu'il maintient fermé à clé.

- Et les clés sont avec lui, conclut Lukas emboitant le pas à son hôte

Pour accéder à toute autre pièce du premier étage, il était nécessaire de redescendre au rez-de-chaussée. Ils traversèrent de fait une grande partie de la maison. Lukas prit note de chaque détail, cherchant à comprendre ce que Zoltán Héderváry lui-même pouvait bien regarder lorsqu'il passait son temps dans la maison, au point d'intriguer son gendre.

Devant la chambre du patriarche, Roderich s'arrêta net et n'osa pas faire un pas de plus ou ne serait-ce qu'ouvrir à Lukas, comme si ses empreintes sur la poignée était déjà de trop. Qu'à cela ne tienne ! Le détective pénétra dans la pièce sans une once d'hésitation.

Une première chose lui sauta directement aux yeux : la pièce tenait bien plus de la chambre d'ami que de la chambre personnelle. A première vu, elle était dépourvue de toute appartenance à Zoltán. Pour un peu, c'était comme une chambre d'hôtel luxueuse. Le mobilier était de très belle facture, incontestablement, mais rien ne trainait. Tout était dans des couleurs naturelles et neutres, faites pour capter la lumière. La décoration se limitait à des peintures, un buste en marbre, un plafonnier magnifiquement ouvragé, et s'accompagnait des commodités les plus modernes, mais nulle trace de photos personnelles, de souvenirs de voyage ou autre. Rien de transcendant. Néanmoins, c'était une première impression déjà révélatrice. Zoltán Héderváry avait beau avoir posé bagage ici pour une raison inconnue, il ne s'y était pas du tout installé pour autant.

Tandis que Roderich demeurait planté dans l'encadrement de la porte, bras croisé, Lukas ne se gêna pas pour opérer un minutieux tour de la pièce. Cependant, en dehors du mobilier ou de la décoration, il n'y avait rien de particulier. Zoltán ne laissait pas de lecture sur sa table de chevet, ni même un verre, des médicaments ou quoi que ce soit d'autres. Les tiroirs de cette dernière était vide et sentait même le neuf à dire vrai. Le patriarche était arrivé il y a deux semaines, dans une maison déjà investie par sa famille depuis des années. On ne mettait pas plus de deux semaines à s'approprier une chambre.

Il y avait, en effet, quelque chose d'étrange chez Zoltán Héderváry.

La penderie comportait quelques vêtements rangés de manière très chaotique. Aucun cintre n'était utilisé. Ah, voilà une information plaisante ! Le patriarche se souciait peu des apparences dans un cadre privé. Mais il comprit également quelque chose d'autres.

- Vous n'avez pas d'aide à domicile.

- Non. Il est vrai. Il en était parfaitement hors de question pour Erzsébet, mon épouse.

- Comment faites-vous avec une si grande maison ?

- Nous avons quelqu'un qui vient pour le jardinage, deux à trois fois par mois. Pour le ménage, nous ne sommes que trois à vivre dans cette demeure… enfin… quatre, mais trois la plupart du temps. Et de plus, la plupart des pièces sont inutilisées.

Lukas fronça légèrement les sourcils à l'écoute de ses mots, tandis qu'il avisait une tenue d'équitation, la seule un tant soit peu rangée correctement. Pourquoi avoir fait construire une si vaste maison pour l'offrir à sa fille, quand on savait qu'elle n'avait qu'un époux et un fils ? Etait-ce une sorte de folie des grandeurs ? Un goût immodéré pour le confort à outrance ?

Le claquement d'une porte au rez-de-chaussée le coupa dans ses réflexions.


Affaire à suivre…