Bonjour, bonjour,

J'imagine et je comprends tout à fait que l'affaire 17 ait pu être déstabilisante et ce, pour diverses raisons. Mais tout vient à point à qui sait attendre, comme qui dirait :p Sans vous en dire plus, je vous lance dans l'affaire 18 qui, je dois dire, est une de mes favorites.

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 18 : Une journée spéciale

Il ne pouvait pas faire temps plus clair, plus agréable et plus magnifique qu'en cette journée printanière. Le ciel était dégagée, quoique parsemé de quelques nuages à l'ombre bienfaisante. Une chaude brise s'enroulait et se déroulait dans le fjord comme une tendre caresse, secouant les frondaisons désormais verdoyantes. L'eau balançait les bateaux dans un léger ressac ponctué de clapotis. Les températures étaient si douces à dire vrai que bars, cafés et restaurants avaient finalement fait étalage de leurs tables en terrasse, débordant sur les rues piétonnes, ouvrant quelques parasols. C'était décidément la journée parfaite pour tout ce qui allait advenir.

Les rues d'Oslo n'étaient jamais aussi resplendissantes, aussi colorées et aussi parcourues qu'en ce jour. Banderoles rouges, bleues et blanches serpentaient au-dessus des passants, les drapeaux de toute taille flottaient au vent, accrochés aux réverbères, aux balustrades, aux fenêtres. Ballons aux poings des enfants de tous âges, rumeurs enjouées parcourant la capitale norvégienne comme un murmure excité, sourires et bonne humeur sur tous les visages, le ton était donné.

Au 4 Meltzers Gate, Mathias prenait son temps pour se réveiller. Une grasse matinée de temps en temps, cela ne faisait pas de mal, d'autant plus lorsqu'il s'agissait d'un jour férié. Il se faisait presque un devoir de sortir de l'ordinaire pour marquer l'occasion. Il consulta son réveil et eut un large sourire. Aussitôt, il rejeta brusquement les draps et sauta sur ses pieds. Il dévala les escaliers et se rua vers la chambre de Lukas qu'il ouvrit brusquement, sans aucune gêne.

- Joyeux an-

Mathias fut coupé dans son élan lorsqu'il s'aperçut que le propriétaire des lieux n'était ni dans son lit, ni nulle part dans la pièce. A neuf heures du matin pourtant, Lukas était plutôt du genre à somnoler. Mais il n'y avait personne. Les rideaux volaient au vent, les fenêtres grandes ouvertes. Et surtout, constata Mathias avec étonnement, le lit n'était pas fait. Les draps étaient ramassés au pied du lit, pêle-mêle, ce qui était bien loin des habitudes de Lukas, lui toujours si soigneux.

Mathias se gratta le crâne, avant d'être pris d'une pensée soudaine. Son visage retrouva aussitôt sa gaîté et il eut tôt fait de se précipiter dans l'escalier menant au rez-de-chaussée. Accroché au pommeau de la rambarde, il opéra un virage à cent quatre-vingt degrés et déboula dans la cuisine. Il leva les bras en l'air et lâcha un tonitruant :

- Joyeux anniversaire Lukas !

Ce dernier sursauta et en lâcha aussitôt sa spatule, faisant gicler quelques gouttes de pâte à gâteau.

Dans l'entrée, le macareux répondit en écho d'un cri rauque et battant des ailes, comme pour imiter Mathias.

Lukas fit volte-face, les joues légèrement rouges, gêné par sa propre réaction et d'être ainsi découvert de si bon matin aux fourneaux. Il baissa la tête et souffla de brefs remerciements avant de se remettre à sa cuisine.

Mathias contempla sans surprise le matériel de pâtisserie étalé sur le plan de travail et la table envahie d'ingrédients, d'emporte-pièces, de plaques et de moules. La fenêtre était grande ouverte et transportait les odeurs chaudes et sucrées qui émanait du four en pleine activité. Sur le feu, bouillait une casserole de lait vanillé qu'agitait Lukas de temps à autre. L'évier était plein à ras-bord et l'égouttoir devait composer avec les nombreuses coquilles d'œuf vides. Seule trônait au milieu de ce bazar organisé une tasse de café fumante. Mathias esquissa un sourire.

Pris de curiosité, il piqua vers la salle à manger et observa avec délice les assiettes garnis de biscuits encore tièdes. A l'autre bout de la table, le couvert était soigneusement dressé avec pour l'occasion assiettes et serviettes aux couleurs du pays. Le pain était niché dans sa corbeille, gardé par les pots de confitures et la motte de beurre. Les tranches de saumons fumées, de fromages et de charcuterie s'alignaient élégamment dans les plats. La cafetière dégageait des effluves de café fort, installée aux côtés d'une boisson peu commune pour un petit déjeuner, une belle bouteille de champagne.

La sonnerie du four résonna dans tous le rez-de-chaussée.

- Mathias ? Sors-les du four, s'il te plaît.

Mathias s'exécuta aussitôt joyeusement.

- Chaque année tu me fais le coup, et chaque année j'oublie ! s'exclama-t-il tout sourire, je pense plus à ton anniversaire qu'à la fête nationale. Alors qu'on peut dire que toi, c'est parfaitement l'inverse !

- C'est plus intéressant, justifia Lukas en pétrissant la pâte à biscuit

Mathias coula un regard en coin vers son colocataire. Il le détailla un moment tout en déposant les gâteaux dans un plat. Plusieurs fois, ces derniers mois, il observait furtivement Lukas sans que celui-ci ne s'en rende compte. Ou tout du moins sans qu'il n'en laisse rien paraitre. Et à chaque fois, il se faisait la même réflexion : il pouvait le regarder des heures durant sans jamais voir le temps passer. Mais Mathias réfrénait de lui-même sa spontanéité ordinaire, n'ayant pour une fois aucune envie de brusquer les choses et de devoir réparer les pots cassés par la suite. Il ne se faisait pas d'illusion. Il préférait chérir sa relation avec Lukas. Il était déjà amplement satisfait de pouvoir vivre avec lui, partager avec lui.

Lukas débarrassa ses mains du surplus de farine en les tapant l'une contre l'autre. Il se tourna ensuite vers la table et réfléchit profondément au choix de l'emporte-pièce.

Mathias sourit tendrement. Lukas accordait tellement plus d'importance à la fête nationale qu'à son propre anniversaire. Il était extrêmement pointilleux avec l'affaire et tout devait y passer. Mais Mathias aurait plutôt aimé, lui, que Lukas profite de cette journée pour lui.

- Tu es sûr de ne pas vouloir faire quelque chose de particulier aujourd'hui ? demanda-t-il finalement

Lukas releva brusquement la tête, les yeux ronds de surprise.

- Parce que tu trouves que ce n'est pas assez particulier aujourd'hui ? retourna-t-il avec une pointe d'ironie dans la voix

- Oui, bien sûr, mais je parle de quelque chose rien que pour toi !

Lukas haussa un sourcil perplexe. Pour une fois, il ne saisissait réellement pas le propos.

- J'ai mon propre bunad qui était celui de mon père. En début d'après-midi, je joue dans la parade du conservatoire. Et après cela, on va dîner chez mes grands-parents. Ce sont des choses bien à moi, tout de même.

Mathias leva les yeux au ciel, amusé.

- Je ne te parle pas de costumes ou de retrouvailles familiales. Tout le monde le fait en Norvège, le 17 mai. Laisse tomber, va !

- Mes grands-parents tiennent absolument au gâteau d'anniversaire quand on vient. Là, c'est particulier, ça, non ?

- Ah ah ! Oui, si tu veux !

- Tiens, finis de préparer la crème pâtissière au lieu de blablater.

- Chef, oui, chef !

Alors que tous deux s'activaient désormais aux fourneaux, le macareux dans l'entrée lâcha plusieurs cris de contentement à la suite. Les marches de l'escalier craquèrent. Le paquet de graines se déversa dans la mangeoire de l'oiseau. Puis, arriva un Emil endormi, les cheveux en bataille et encore en pyjama. Sur le pas de la porte, il lâcha un long bâillement.

- Et bien ! Heureusement que tu dors la nuit !

Emil ne se tourna même pas vers Mathias et s'avança vers Lukas qui finissait d'aligner les biscuits sur la plaque de cuisson. Sans prévenir, il l'étreignit.

- Joyeux anniv'. Grand frère.

Lukas ne put réprimer un large sourire de s'épanouir sur son visage. Il répondit à l'étreinte de son cadet et le remercia avant de lui ébouriffer les cheveux. Aussitôt, Emil redevint Emil.

- Ah non ! Pas les cheveux ! J'ai faim, je vais manger.

- Attends-nous tout de même. C'est un jour spécial aujourd'hui.

Emil balaya l'air de sa main.

- Les rues du centre-ville sont interdites aux voitures. Tellement spécial en effet !

- C'est doublement spécial aujourd'hui, oui ! Voire même triplement ! On fête les trente ans de Lukas tout de même, insista Mathias en tirant la langue à ce dernier

Pour toute réponse, et elle était déjà bien assez extraordinaire, Lukas lui jeta de la farine au visage. Mathias éclata de rire et Lukas s'autorisa un petit sourire en coin. Puis, il décréta que c'était l'heure de la pause. Ils se joignirent à Emil, avachi sur sa chaise comme une épave.

- Mais qu'est-ce que t'as fait hier soir ? Ou cette nuit, peu importe, demanda Mathias en servant le café

- Jia Long.

- Quoi ? Vous avez fait ça à distance ?

Lukas tiqua et laissa tomber sa tartine, quant à Emil il vira à l'écarlate aussitôt.

- N'importe quoi ! Non, il a voulu qu'on se lance dans une partie de Don't Starve Together. Et j'ai dit oui…

- Ah. Et c'était pas bien ?

- Si. Mais on a tellement bien joué que notre partie s'est éternisée jusqu'à trois heures du mat'.

Ni Mathias ni Lukas ne savaient de quel jeu il était question mais pour sûr que cela devait être très prenant.

Alors qu'Emil se redressait sur son siège et que chacun entamait son petit déjeuner, la rumeur de la ville depuis la cuisine vint jusqu'à eux. On entendait la foule au dehors, déjà enthousiaste, riante et chantante, grisés pour certains. On percevait également plusieurs mélodies se mêlant les unes aux autres dans une joyeuse atmosphère. Les parades avaient commencé depuis un moment déjà.

- La parade des élèves d'Ellingsrud est en fin de cortège. Ils devraient être dans le coin vers midi. J'avais complètement zappé que c'était aujourd'hui du coup. C'est peut-être la grande nouveauté cette année, mais j'aimerais bien y aller. Bon, aucun d'eux n'est dans l'orchestre de l'école ou dans le club de majorettes, mais Peter, Abigail, Rauf, Ruben, Vassili et tous les autres vont défilés. Et j'ai bien envie de voir ça ! Berwald et Tino doivent être au taquet et ont dû dégainer la caméra, ah ah !

Mathias était de nouveau parti à faire la conversation tout seul. Néanmoins, pour une fois, ce n'était pas à cause du mutisme dont faisait preuve les deux frères. L'un était en train de dormir à moitié perdu dans son assiette et sa tasse de café, et l'autre, aussi étonnant celui puisse-t-il paraitre, était en train d'engouffrer son petit déjeuner à vitesse grand V.

- Lukas… doucement, t'as le temps avant ta parade.

- Non. Il faut que je finisse les gâteaux, que je prenne ma douche, que je m'habille, que j'accorde mon violon, que je me délie les doigts, que je…

- Olala du calme, Lukas ! Ah ah ! T'as tout ton temps ! Mais écoute, je m'occupe des gâteaux. Ça te va ?

Lukas fit la moue. Il n'avait pas tant l'air contrarié que boudeur : il estimait que toute tâche ayant trait à la fête nationale lui revenait. Mais le sourire de Mathias eut bientôt raison de lui et il releva le menton en croisant les bras.

- D'accord. Mais ! Tu ne lésines pas sur le beurre. Tu as une sale tendance à mettre moins de beurre que dans la recette. Ça m'exaspère.

Mathias éclata de rire, réveillant à moitié Emil. Puis, il entreprit d'ouvrir la bouteille de champagne. Elle n'allait pas rester là, à trôner indéfiniment sur la table.

Lorsqu'ils achevèrent le petit déjeuner, repus, il ne restait plus rien. Mathias prit en charge de débarrasser la table tandis que les deux frères montaient pour leur toilette. Il les entendit s'opposer sur la question du bunad d'Emil.

- Non, je ne le porterai pas !

- Pourtant, il te va comme un gant. Et je l'ai acheté tout spécialement pour toi.

- Oui, mais non. Une fois, c'était bien suffisant.

- Jia Long va en porter un, non ?

- Tss… Tu essayes de jouer avec mes sentiments mais ça ne marchera pas.

Mathias leva les yeux au ciel. En toute occasion, Lukas et Emil restaient les mêmes. Pendant ce temps, il s'attela promptement à la cuisine. Il en profita pour faire du ménage et lorsque Lukas reparut, une heure plus tard, tout était en ordre.

En le voyant sur le pas de la porte, Mathias ne put s'empêcher d'apprécier l'élégance, la noblesse de Lukas tout simplement magnifique dans son costume traditionnel. Cette année plus encore que les précédentes, il réalisa à quel point il le trouvait superbe, éclatant de joie et de sérénité. Il se demanda même à un moment si ses propres joues ne rosissaient pas.

Lukas ajusta sa veste.

- Et bien quoi ? Ferme la bouche. Tu as fini les anneaux du kransekake, bien.

Il s'avança pour contempler les gâteaux qu'il ne restait plus qu'à assembler et coller avec le glaçage.

Au même moment, on sonna. Mathias sortit de sa contemplation et se rua sur la porte d'entrée. Il découvrit avec surprise Vassili, un des élèves du collège d'Ellingsrud où il travaillait.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas être avec les autres pour la parade ?

- C'est bien plus important ! Lukas ? appela l'adolescent en agitant ses manches beaucoup trop longues dans tous les sens, Lukas ! Mon grand frère a disparu ! Vlad' a disparu !


Affaire à suivre...