Bonjour à tous !

J'espère que vous vous portez bien, et que les Français en vacances en profitent également (sous un grand soleil pour notre part dans le Sud-Ouest).

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Moldavie : Vassili Bălan

Roumanie : Vladimir Bălan

Bulgarie : Andrey Boyadjiev

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 18 : Les souvenirs en commun

Vassili passa devant Mathias en agitant ses manches dans tous les sens. Il se jeta sur Lukas qui sortait de la cuisine et s'accrocha à la veste de son bunad comme si sa vie en dépendait. Le détective haussa vaguement un sourcil interloqué.

- Lukas ! Vlad' a disparu, il faut que le retrouves !

Lukas observa un instant l'adolescent, puis releva la tête vers Mathias. Ce dernier haussa les épaules et leva les mains en signe d'incompréhension.

- Et qu'est-ce qui te fait croire qu'il a disparu ? Pourquoi ne serait-il pas comme tout le monde, comme tes parents, attroupé auprès du groupe de ton école pour te voir défiler ?

Vassili cligna plusieurs fois des yeux, se calma aussitôt et croisa les bras l'air pensif. Lukas en profita pour ajuster sa veste. Il était sur le point de prendre la direction de l'étage, afin de s'occuper de son violon, mais Vassili lui agrippa le bras.

- Lukas s'il te plaît ! Quand je me suis réveillé ce matin, il n'était déjà pas à la maison. Papa et maman ne l'ont pas vu non plus. Depuis hier après-midi ! Et puis… il avait dit qu'il m'emmènerait au défilé, qu'il était impatient de partager ce moment avec moi et…. Et… et voilà. S'il n'est pas là, c'est pas normal !

Mathias vint poser ses mains sur les épaules du jeune Vassili.

- Ça m'a l'air plutôt étrange tout ça. Tu ne trouves pas, Lukas ? Est-ce que c'est dans le caractère de Vladimir de ne pas tenir sa promesse auprès de son petit frère ?

Lukas pinça les lèvres. Il avait bien envie de répondre par l'affirmative. Il se souvenait bien de ce jour, il y a quelques années de cela, où Vladimir avait débarqué avec des filets à papillon chez son ami d'enfance pour partir à la chasse aux fées. Oui, il s'était mis en tête à l'époque que les fées étant aussi à l'aise dans les airs que l'étaient les papillons, ce serait par le filet qu'ils réussiraient à en récupérer. L'idée lui était venue en fouillant son garage. Cependant, Vladimir avait alors complètement oublié qu'il avait promis à son petit frère d'aller pêcher avec lui. Lukas soupira légèrement. Il avait un minimum conscience que Vassili n'avait pas forcément envie d'entendre cela.

Il croisa les bras néanmoins.

- Avez-vous essayez de l'appeler ? Avez-vous essayez de contacter ses proches ?

- Bah… euh… je te contacte, toi, Lukas, répondit innocemment Vassili

- J'ai un défilé orchestral à préparer.

- Allez, Lukas, insista Mathias, il s'agit quand même de ton ami d'enfance.

Lukas ne répondit rien. Il observa tour à tour Vassili et Mathias, longuement. Ils affichaient tous les deux la même expression, qui lui faisait étrangement penser à des petits poissons. Le macareux cria, agitant ses ailes dans sa cage.

- Bon, très bien. Je vais voir ce que je peux faire.

Aussitôt le visage de Vassili s'éclaira et il sauta au cou du détective.

- Oh merci, Lukas, merci, merci !

Lukas refreina son envie d'aller se réfugier dans la cuisine, bien loin des attaques au câlin. Vassili avait bien ça de commun avec son frère aîné. Et Lukas ne s'était jamais habitué à ceux de Vladimir… Mathias pour sa part affichait un large sourire enchanté.

- Attrape donc les clés de voiture, somma le détective avant de s'adresser à Vassili, allez, dépêchons-nous maintenant. On te déposera au collège en route.

Vassili approuva et sauta aussitôt sur ses pieds. Alors que lui et Mathias prenait la direction du véhicule, Lukas s'assura qu'il ne restait rien au four, prévint Emil qu'ils s'absentaient et ferma la porte à clé derrière lui.

Ils durent opérer un énorme détour puisque les voitures n'étaient pas admises dans le centre-ville en ce mardi 17 mai. Cela leur prit de fait deux fois plus de temps pour rejoindre le collège Ellingsrud. Ils eurent tôt fait de déposer Vassili qui remercia encore une fois Lukas. Il lui confia également les clés de la maison pour qu'il puisse fouiller les lieux, avant de s'en aller rejoindre ses amis, dont Abigail qui tapait furieusement du pied.

- Gare-toi où tu peux, ordonna Lukas

- Pourquoi ? s'étonna Mathias, vaut mieux y aller en voiture chez Vassili, non ?

- Tu as dit que tu voulais voir le cortège de ton collège. Ce qui se comprend, vu que tu y travailles.

- Ah ! ça ! Ah ah oui, mais… mais en vérité c'est pas grave si je n'y assiste pas. Il y aura bien d'autres occasions. Et puis tu n'aimes pas conduire, et si jamais t'as besoin de faire d'autres déplacements, il vaut mieux que je sois là. Je peux bien faire ça pour toi et…

- D'autres occasions ? C'est la parade du 17 mai. Tu connais d'autres 17 mai dans l'année, toi ?

Mathias ouvrit la bouche, puis la referma quelques secondes après.

- Bon. Alors va te garer.

Mathias jeta un coup d'œil à la foule enthousiaste de laquelle dépassait moult drapeaux norvégiens. Puis, il se tourna vers Lukas dont les doigts s'agitaient nerveusement sur sa cuisse.

- Non, décréta Mathias, plus vite t'auras fini, plus vite tu pourras rejoindre ton propre cortège, non ? Tu as rendez-vous à quelle heure ?

- Treize heures.

- Et bien ne chômons pas dans ce cas !

Sans laisser le temps à Lukas de contester sa décision, Mathias embrailla et prit la direction de chez Vladimir et Vassili.

Ils se garèrent devant un petit pavillon blanc au toit sombre, identique à ses congénères agglomérés dans les environs. La maison était très sobre, encadrée par son grillage pour le jardin à l'arrière, bordée de haies touffues sur l'avant.

Lukas s'avança sans hésitation vers la porte d'entrée qu'il déverrouilla avec les clés que lui avait confiées Vassili. Ce n'était pas la première fois qu'il se rendait chez eux sans que personne n'y soit. Vladimir et lui se connaissaient depuis tant d'années et avaient fait les quatre cent coups ensemble, allant chez l'un ou chez l'autre, que personne chez les Bălan ne se posait de question sur la présence de Lukas chez eux.

Mathias n'osa d'abord pas pénétrer dans l'entrée. Lui ne s'en sentait pas le droit. Mais Lukas lui fit signe et lui assura que cela ne posait aucun problème. Il suivit donc le détective, le regard attiré par toute chose, jusqu'à l'étage où se trouvait la chambre de Vladimir.

Cette dernière était figée dans le temps, une dizaine d'années auparavant. Cette pièce n'avait pas bougé depuis que Vladimir avait pris son envol pour la Roumanie. Même s'il revenait régulièrement en Norvège et considérait toujours cette maison comme la sienne, il n'avait jamais pris le temps de faire évoluer sa chambre avec lui. Elle était restée coincée à l'époque de ses vingt ans. Et le bordel avec.

Mathias lâcha un long sifflement en balayant la chambre du regard. Impossible de faire un pas en avant sans trébucher sur un livre, un artéfact réel ou en toc, des bocaux d'herbes ou de rochers, des outils de prestidigitateurs et autres.

- Vlad' n'a jamais rangé sa chambre, expliqua Lukas pour répondre à l'étonnement de Mathias, et encore moins depuis qu'il fait des allers-retours entre ici et Bucarest. Il a toujours dit qu'il retrouverait quelque chose sans problème. Ce n'est qu'une question de télépathie d'après lui. Enfin, c'est Vlad'…

- J'ai encore du mal à vous imaginer en grands potes à faire n'importe quoi tous les deux. Pour le peu que j'en sais de ce Vladimir, vous avez l'air diamétralement opposé.

Lukas esquissa un léger sourire.

- La vie a pris des chemins différents pour chacun de nous mais durant notre enfance, nous avions les mêmes centres d'intérêts et la même façon de régler les problèmes.

Mathias haussa un sourcil interrogatif tandis que Lukas ramassait un bocal avec des pierres.

- Par exemple, ça… On devait avoir huit ans. On voulait capturer des gobelins. On a écumé tous les ouvrages de la bibliothèque municipale sur le fantastique et le folklore, pour en venir tous les deux à la conclusion que le meilleur moyen était de les attirer avec ce qu'ils appréciaient le plus : les pierres et les métaux. Je dormais chez Vlad' ce soir là, on a pris des affaires pour camper dans la forêt, et on a attendu.

- Et alors ?

- On a tiré nos cartes au tarot toute la nuit…

Plus de vingt ans après, on sentait encore chez lui une petite pointe de frustration. Mathias sourit.

Lukas reposa le bocal sur le bureau envahi de paperasses en tout genre.

- J'imagine du coup, que cette chambre regorge de souvenirs pour toi aussi…

Lukas hocha distraitement la tête en consultant un carnet noirci qu'il avait trouvé trônant sur une pile de linge sale. Il esquissa de nouveau un sourire. Il se mordit même la lèvre inférieure pour ne pas pouffer de rire. Mathias l'observant fut surpris de voir s'épanouir une telle expression sur son visage. Il savait que Lukas avait beaucoup souffert dans son enfance. Mais il existait aussi un petit Lukas qui avait été heureux à un moment donné, et que cet enfant là, Mathias le découvrait à peine.

- Qu'est-ce qu'on cherche exactement du coup ? demanda-t-il tout à coup

Lukas referma le carnet et le déposa également sur le bureau.

- N'importe quoi qui nous aiguille. Des choses qui manquent qui indiqueraient qu'il est parti dans un but particulier.

Ils entamèrent une fouille minutieuse des lieux. Mathias finit par se perdre dans la contemplation des bocaux, et surtout celle des photos et cartes postales accrochés au-dessus du bureau, sur un tableau aimanté. Vladimir était présent pour ainsi dire sur toutes, à tous les âges. On pouvait aisément retracer toute la vie du jeune homme en observant les clichés : allongé à côté d'un nouveau-né, surement Vassili jouant dans du papier cadeau comme on jouerait dans un tas de feuilles mortes bataille de boules de neige avec Andrey et Lukas sourire avec une dent en moins camping en famille accompagnée d'Erlend et Lukas premier gâteau d'anniversaire dont on souffle la bougie costume de bric et de broc pour ses premiers pas de magiciens au musée avec ses deux amis et ainsi de suite.

- Et bien ! En effet, vous avez l'air d'en avoir fait des choses ensemble, tous les trois.

Lorsqu'il se retourna, Lukas était assis sur le lit. Il avait entre les mains une photo. Le visage du détective s'était assombri, son sourire fané.

Mathias s'approcha et prit place silencieusement à ses côtés. Il jeta lui aussi un coup d'œil au cliché. Il s'agissait une fois encore de Lukas, Vladimir et Andrey. Ils étaient déjà adultes quoique Mathias leur trouve des traits plus jeunes. Il fut conforté dans son hypothèse en découvrant le gâteau trônant devant eux, orné de bougies en forme de chiffres représentant un vingt. Vladimir avait passé son bras par-dessus les épaules de Lukas et le serrait contre lui, visage plaqué contre le sien, avec un grand sourire. Andrey montrait plus de retenu mais autant d'enthousiasme. Seul, au centre, Lukas paraissait une âme vide de toute émotion. Et pour le connaitre suffisamment désormais, Mathias savait distinguer chez son acolyte une inexpressivité en cachant une autre, d'une véritable mort intérieure. C'était le cas sur cette photo. Lukas n'exprimait rien. Ce n'était qu'une coquille vide. Mathias n'eut pas besoin de plus pour comprendre qu'il devait s'agir de son premier anniversaire après la disparition de son père.

Mathias hésita un instant puis passa son bras par-dessus les épaules de Lukas et lui frictionna le sien, sans que ce dernier ne réagisse. Il arrêta alors et patienta sans un mot.

Lukas se leva finalement. Il observa la table de chevet, puis son regard se posa sur l'étalage de photos accroché au mur. Il s'avança vers elles. Puis, soudain, il se mit à soigneusement ranger le bureau. Les livres d'un côté, la paperasse et les brochures de l'autre, les crayons dans leur pot, les classeurs dans le fond, les fournitures sur l'étagère du bas, les bibelots sur celle du haut. Lukas connaissait par cœur les habitudes de Vladimir. Il se retrouva finalement face à un aimant. Il l'attrapa et l'utilisa pour replacer la photo de ce terrible anniversaire sur le tableau : tout en bas, à droite, dans l'ombre de la bibliothèque garnie d'ouvrages sur le folklore et le fantastique, dans l'ombre de son enfance heureuse.

Lukas inspira profondément, ferma les yeux un instant. Lorsqu'il les rouvrit, il se tourna calmement vers Mathias.

- Allons trouver Andrey. Il a des informations pour nous.


Affaire à suivre…