Bonsoir, bonsoir,

Désolée, je poste tardivement ce week-end ! J'avoue ne pas avoir grand-chose à dire, donc dans ce genre de cas, le mieux est encore de ne rien dire. Je vous laisse profiter de votre lecture hebdomadaire…

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Roumanie : Vladimir Bălan

Bulgarie : Andrey Boyadjiev

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 18 : Chez Andrey

Lukas prit la direction de la voiture, Mathias sur les talons.

- Andrey ? Pourquoi Andrey ? Comment… en es-tu arrivé à cette conclusion ?

Il ne se sentait pas à l'aise avec la question, car il avait bien l'impression qu'il y avait un rapport avec la photo des vingt ans de Lukas, un souvenir plutôt vif apparemment.

Lukas verrouilla la porte d'entrée des Bălan dans le silence. Puis, avant de pénétrer dans l'habitacle de véhicule, il daigna répondre :

- La photo a été prise chez Andrey.

- Je… je suis pas sûr de saisir le lien. Mais… ok.

Ils attachèrent leur ceinture et Lukas indiqua le commissariat central d'Oslo.

- Tu n'essayes pas de l'appeler ?

- Un 17 mai ? Il est en service quelque part en ville. Ou en parade. Il ne doit pas avoir l'opportunité de décrocher son téléphone si facilement. Autant aller demander au central de son secteur. Ce sera plus rapide.

Mathias acquiesça et démarra. En repassant devant Ellingsrud, ils aperçurent le début du cortège des écoles des environs, formé par les orchestres et les majorettes, se mettre en route. Lukas jeta un bref coup d'œil à Mathias, mais le conducteur fit mine de ne pas s'en préoccuper. Lukas se renfrogna.

Alors qu'ils étaient sur la voix express, bientôt prêts à sortir sur la bretelle qui devait les amener au centre de police, Mathias osa tout de même la question :

- Cette photo… t'en gardes un si mauvais souvenir ?

Il crut bien que Lukas ne voudrait jamais lui répondre.

- Oui et non. Elle évoque forcément des évènements douloureux, mais Vlad' et Andrey étaient là. Je n'ai jamais eu d'autres amis et ces dernières années, on ne s'est pas beaucoup vu, faute de concordance d'emploi du temps. C'était peut-être une des dernières fois où on était tous les trois. Donc, je comprends que cette photo compte beaucoup pour Vlad'.

Mathias jeta un bref coup d'œil à Lukas. Il observait par-delà la fenêtre le paysage, d'un regard absent. Son père lui manquerait certainement à jamais. Mais avec Vladimir et Andrey, il avait là deux précieux amis.

Bientôt, ils passèrent les portes automatiques de l'accueil du centre de police. Il n'y avait pas grand-monde en ce jour de fête, seulement ceux qui étaient d'astreinte. Seul un homme se tenait à l'accueil en touillant son café, en train de regarder les défilés à la télévision.

- Que puis-je pour vous, messieurs ?

Le réceptionniste était visiblement très content d'avoir de la visite.

- Je suis un ami d'Andrey Boyadjiev. J'aurais voulu savoir s'il travaillait aujourd'hui et si oui, où je peux le trouver.

- Un ami d'Andrey ? Vous êtes Lukas Bondevik ?

Lukas haussa légèrement un sourcil interrogatif. Aussitôt le réceptionniste alla consulter ses registres.

- Ah ah, pardon. Oui, il m'a… euh… parlé de vous. Comme ça, un jour. Autour d'un café.

L'homme se racla la gorge, gêné.

- Il est en service jusqu'à quatorze heures, à l'intersection entre Karl Johans Gate et Kirkegata.

Sur cette information, Lukas et Mathias remercièrent le réceptionniste lui souhaitant de bonnes festivités lorsqu'il pourrait se libérer de son poste. En remontant dans la voiture, Lukas affirma d'une voix neutre :

- Cet homme ment très mal. Autour d'un café, tu parles. Andrey a parlé de moi pour une raison bien précise.

- Oh tu crois ? Moi, je trouve ça plausible. Et puis, il est peut-être juste mal à l'aise.

- Un réceptionniste mal à l'aise ? Nous avons du souci à nous faire. Allez, démarre donc et rapproche-nous autant que tu peux du centre.

Lukas consulta son téléphone portable : déjà onze heures et demie. Quand il pensait à son pauvre violon dont il n'avait pas pu s'occuper ce matin…

Mathias fit de son mieux mais les places étaient bien évidemment difficiles à trouver. Ils durent par la suite marcher un bon quart d'heure avant de pouvoir rejoindre les lieux de la parade sur l'avenue Karl Johans. Lukas se fondait dans la foule colorée avec son bunad. Il en avait presque oublié qu'il l'avait sur lui. C'était les sourires et les regards à son égard, les demandes de photos de la part de journalistes ou de touristes qui le ramenèrent subitement dans la réalité du 17 mai norvégien. Il regrettait presque de ne pas avoir son drapeau avec lui.

- Trouvons vite Andrey et rentrons. Il faut que je me prépare pour la parade du conservatoire, décréta-t-il

Ils fendirent la foule en liesse et trouvèrent finalement Andrey en pleine conversation avec un collègue, à l'intersection Kirkegata comme prévu. Les deux collègues étaient parfaitement détendus : en ce jour de fête, assurer la sécurité pendant les défilés tenaient plus du principe que d'une véritable mission. Il y avait peu d'incidents à déplorer.

En apercevant Lukas, le visage d'Andrey s'éclaira et il agita la main dans sa direction. Lukas se retint de lever les yeux au ciel. C'était évident qu'il l'avait vu et qu'il se dirigeait vers lui, mais soit.

- Salut Lukas ! Ton costume te va toujours aussi bien, dis donc. Je suis presque déçu de devoir porter mon uniforme aujourd'hui, je t'avoue.

- Tu as vu Vlad' récemment, je suppose. As-tu une idée d'où il peut se trouver ? Sa famille le cherche partout en vain, abrégea Lukas

- En effet, il est passé chez moi. Par contre, je ne sais pas ce qu'il a fait ensuite. Il est juste venu me tenir la jambe sur ses histoires de vampire, comme d'habitude.

- Il a laissé quelque chose chez toi ? Pris quelque chose ?

Andrey haussa les épaules.

- Aucune idée ! Tu veux aller voir ?

Lukas acquiesça. Andrey fouilla dans une de ses poches et lui remit ses clés.

- Je finis à quatorze heures, mais bon, à tous les coups, je serais encore dehors. Tu me les ramènes quand tu veux.

- J'ai ma parade à treize heures trente. Je te les rendrai après.

- Ah oui, ta parade ! J'en verrai surement un bout. En tout cas, j'espère.

- Oui. Bien, bon courage.

Ils regagnèrent la voiture et prirent la route. C'était la première fois que Mathias se rendait chez Andrey également. Lukas lui indiqua le chemin. Ce n'était pas très loin du centre, au sud. Andrey habitait un appartement au huitième étage, et bien heureusement avec ascenseur.

Une fois encore, Lukas entra sans aucune hésitation quand Mathias marqua un temps d'hésitation.

L'appartement d'Andrey était très lumineux, bien rangé, propre, moderne et confortable. C'était en peu de mots l'expression même de la personnalité du propriétaire des lieux. Il était qui plus est de nature discrète, révélant peu ses goûts au travers de sa décoration. Tout se regroupait finalement sur le meuble aux nombreuses étagères, tiroirs et placards vitrés encadrant le grand écran de télévision. Là étaient disposés souvenirs de voyage, quelques livres, DVDs, CDs, bibelots et une collection de pierres. C'était un penchant dont Andrey ne parlait à personne mais qui les avaient considérablement rapprochés durant leur enfance avec Vladimir et Lukas. Il n'avait jamais cru à quoi que ce soit, et partir en chasse au troll était avant tout une bonne opportunité d'aller courir les bois et de ramasser toute sorte de cailloux, dont certains pouvaient révéler des surprises.

Il y avait également quelques cadres photos que Mathias prit un malin plaisir à détailler, dans l'espoir d'en apprendre toujours un peu plus sur Lukas. Une famille nombreuse à un grand repas dominical au milieu de laquelle on distinguait le visage grisé d'Andrey, deux verres levés certainement lui enfant en train de manger un yaourt comme un sagouin, sur les genoux d'une très vieille dame au sourire tendre et charmant une ribambelle de petits enfants, dont lui, couverts de boue et d'égratignures mais arborant des expressions malicieuses lui adulte avec des enfants en bas âge sur les genoux ou dans les bras. Pour le peu qu'il en savait, Mathias ne lui connaissait pas de vie de famille sur Oslo, il imaginait qu'il s'agissait de neveux et nièces. Il y avait peu de clichés qui ne concernaient pas sa grande famille, à la déception de Mathias.

Mais en se promenant dans le salon, en dehors du bureau que Lukas décortiquait, Mathias découvrit sur une petite table d'appoint dont le plateau était en verre, la découverte du siècle à ses yeux : un cadre avec une photo qu'il ne pensait jamais voir un jour dans sa vie. A l'avant d'une maison vétuste, vêtus de salopettes rouges et de tee-shirts blancs ornés du drapeau norvégien, les trois amis avaient l'air bien saoul, effet qui était accentué par les bouteilles de bière qu'ils avaient chacun en main. Ils avaient également avec eux une pelle et deux bêches, qu'ils tenaient sous le coude, les mains rouges, pleines d'ampoules. Le plus époustouflant cependant pour Mathias fut de découvrir un Lukas en plein fou rire, les larmes aux yeux. Il avait à l'époque les cheveux un peu plus longs, la frange recouvrant la moitié de son visage. Reconnaissant la tenue comme celle des Russ, ces jeunes lycéens qui fêtaient la fin de leur cursus à n'en plus pouvoir avant le début des examens, Mathias estimait que Lukas devait alors avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Il n'en revenait pas de découvrir son acolyte aussi expressif, aussi ouvert, aussi… heureux. Il jeta un coup d'œil à l'adulte qui fouillait les tiroirs et réalisa à quel point ces dix dernières années l'avaient métamorphosé. Peut-être bien que lui-même avait considérablement changé. Il se demandait si, un jour, lui aussi aurait l'occasion de voir un Lukas pareil à celui de la photo.

Le détective aperçut Mathias, le regard fixé sur lui avec un petit sourire en coin. Il haussa un sourcil interrogatif et aussitôt son acolyte recouvra ses esprits. Il reposa brusquement la photo sur la table en verre.

Lukas le dévisagea, perplexe. Sans un mot, il s'approcha et détailla à son tour le cliché. Son visage s'éclaira. Mathias observa méticuleusement chaque changement d'expression chez son acolyte. Il y avait quelque chose de fascinant à déchiffrer les pensées qui pouvaient bien furtivement faire surface chez Lukas. Ce dernier fronça ensuite les sourcils.

- Quoi ? demanda aussitôt Mathias

Lukas ne lui répondit pas. Il se tourna vers les étagères, balaya la pièce du regard, revint sur la photo. Il tapota le cliché d'un doigt songeur.

- Il y a quelque chose de bizarre sur cette photo ? C'est un montage ? T'as jamais fêté tes exams comme ça ?

- Non. Cette photo est tout ce qu'il y a de plus réel. Pourquoi ? Surpris ?

- En vérité… carrément ! T'as vu la tête que tu tires ? J'ai jamais vu ça, moi.

Lukas se contenta d'un haussement d'épaule.

- Ça a dû être une sacrée journée. Je sais pas ce que vous faisiez avec vos pelles, là, mais ça vous a explosé les mains !

Le détective approuva distraitement. Il détailla le fond de la photo.

- Je sais où elle a été prise.

- Cool.

- Mais je ne sais plus ce qu'on y faisait, marmonna Lukas très frustré

- Ah, mince !

Lukas jeta un coup d'œil à l'heure sur le décodeur de la télévision.

- Il faut vraiment que je prépare mon violon. J'emporte cette photo et on continuera plus tard.

Il prit la direction de la sortie à grand pas.

- Attends ! Tu es sûr ? Je veux dire, Vladimir est toujours porté disparu !

- Je ne raterai pas le défilé du conservatoire pour Vlad' qui se porte assurément comme un charme, où qu'il soit.

Mathias marqua un temps d'arrêt.

- Il va bien ? Tu en es sûr ?

- Certain. En route.

oOo

Lorsqu'ils se retrouvèrent chez eux, Lukas sauta aussitôt hors de la voiture et se rua sur son violon comme si sa vie en dépendait. Il avait peu de temps avant de devoir retrouver ses collègues. Mathias rejoignit la cuisine tout en écoutant d'une oreille distraite l'échauffement de Lukas.

Peu après, le violoniste quitta la maison vêtu de son bunad, petit drapeau coincé dans la ceinture et instrument en main.

Lukas retrouva son orchestre avec grand plaisir, quand bien même il l'exprimait peu. Il savait ses grands parents quelque part dans la foule sur le chemin. Emil devait également s'y trouver en compagnie de Jia Long. Les chants et les danses se multipliaient en cette douce journée printanière. Il ferma les yeux et se remémora dans une profonde mélancolie tous ces 17 mai qu'il avait partagés avec son père. Il le revoyait encore, braquant sa caméra sur son fils gêné, jouant pour l'orchestre du collège et du lycée. Il entendait sa voix grave chantonner avec entrain l'hymne nationale et les chansons paillardes. Il avait encore le goût des glaces qu'ils dégustaient tous ensemble sur un coin d'herbe verte du parc du palais royal. Il sentait encore sa propre petite main dans la sienne, si large et si tendre, lors de ses défilés d'école primaire. Il se souvenait des quelques cheveux sur le crâne qu'il agrippait, tout petit, alors juché sur ses épaules, curieux de voir tous ces inconnus défiler dans leurs costumes, chantant, dansant, jouant de la musique, marchant gaiement le sourire aux lèvres, un concept qu'il n'arrivait pas à saisir alors.

Lorsque son défilé se mit en route, que les premières notes s'envolèrent, Lukas se laissa volontiers transporter par l'allégresse, oubliant toute chose. Il n'y avait plus que lui, son violon, la mélodie et le souffle du vent dans les drapeaux norvégiens bordant l'avenue Karls Johan.


Affaire à suivre…