Bonjour à tous,

Nous voici sur le dernier chapitre de cette petite affaire. Elle était courte, je sais, mais je ne me voyais pas l'allonger ! J'espère qu'elle vous aura quand même plu.

Par ailleurs, désolée si je ne réponds plus beaucoup aux reviews. Je ne prends pas le temps de le faire et les semaines défilent rapidement… J'avoue être quelque peu occupée par ailleurs. Quoiqu'il en soit, sachez que je les lis toujours avec bonheur et vous remercie !

Petite annonce supplémentaire ! Je rebossais la structure des prochaines affaires jusqu'à la fin et j'en suis venue à supprimer l'une d'elles. Elle n'avait strictement aucun intérêt, je n'avais pas d'idée pour la mettre en place, et les réflexions auxquelles elle devait répondre pouvait très bien se répartir sur les autres. Du coup, il n'y aura pas 25 mais 24 affaires, et toujours un épilogue avec.

Sur ce, on se retrouve la semaine prochaine pour entamer l'affaire 19 !

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Roumanie : Vladimir Bălan

Bulgarie : Andrey Boyadjiev

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 18 : Le mystère de la photo

Le cortège du conservatoire arriva devant le palais royal. Du haut de leur balcon, les souverains saluaient la parade et la foule, comme chaque année. L'orchestre acheva son morceau entouré par de nombreux visiteurs, ravis de pouvoir les suivre en rythme. Certains se mirent même à danser. Finalement quand les dernières notes résonnèrent, elles furent accueillies par un tonnerre d'applaudissement et des sifflements enjoués. Ils reçurent moult compliments. Ingénus, des enfants vinrent même demander une photo ou faire la bise à certains musiciens.

Lukas salua la foule comme tous ses collègues. Il aperçut bientôt Mathias avec un grand sourire jusqu'aux oreilles, accompagné d'Andrey. Il balaya rapidement la foule du regard et constata avec une pointe de déception qu'il ne voyait ni ses grands-parents ni son petit frère. Ils avaient pourtant l'habitude de se retrouver après son passage pour déguster des glaces et boire.

Tout en s'avançant vers Mathias et Andrey, il consulta son téléphone portable. Il avait reçu un message d'Emil lui indiquant sans aucun détour qu'il avait mieux à faire avec Jia Long. Boudeur, Lukas pinça les lèvres. Il tenta par la suite de contacter ses grands-parents mais tomba sur la messagerie.

Arrivé à la hauteur de son ami d'enfance et de son acolyte, ceux-ci l'applaudirent vigoureusement.

- Quelle performance ! Je t'ai rarement vu aussi passionné sur ton violon !

Andrey approuva d'un hochement de tête.

Lukas les scruta profondément, ce qui mit mal à l'aise les deux hommes.

- Euh… oui ?

- Non, rien. Reprenons là où nous en étions pour Vlad'. Je dois passer au conservatoire récupérer mon étui, puis à la maison pour emporter des pelles et des bêches. Et Andrey, tu viens avec nous, conclut-il en rendant ses clés à son ami

- Avec vous ? Où ça ? Enfin, ça ne me dérange pas. J'ai fini mon service de toute façon.

- Evidemment, souffla Lukas

Ils se mirent en route. Lorsqu'ils eurent récupérés tout ce dont ils avaient besoin et embarquèrent de nouveau, Mathias demanda la direction à prendre, ce qu'Andrey avait demandé auparavant. Pourtant, Lukas ne répondit à ce sujet ni à l'un ni à l'autre. C'est que, techniquement, lui non plus ne connaissait pas l'adresse exacte.

- Je t'indiquerai le chemin au fur et à mesure, lui déclara le détective

Tandis qu'ils roulaient, il tenta une deuxième fois de joindre ses grands-parents. C'est son grand-père qui décrocha finalement.

- Nous sommes à la maison. Nous avons dû rentrer plus tôt parce que ta grand-mère a pris le soleil un peu trop fort sur le crâne, confia le vieillard à mi-voix comme s'il dévoilait un terrible secret

- Je vois… Je pense que nous aurons du retard ce soir, au passage.

- Oh là ! Ne t'inquiète donc pas de cela ! Mathias vient aussi, n'est-ce pas ? Tu sais qu'il est plus que le bienvenu.

- Oui, je sais, marmonna Lukas

Ils se saluèrent finalement et le détective reprit ses indications routières. Ils roulèrent en direction de l'Ouest pour se retrouver à Frogner. Ils s'engagèrent bientôt dans ce quartier résidentiel, croisant peu de gens en ce jour de manifestations. Lukas les fit s'arrêter devant un terrain abandonné, envahi par les herbes folles, entre lesquelles se dressait une belle demeure du 19ème siècle aux fenêtres et portes condamnées.

Lorsqu'il referma la porte de la voiture, Lukas observa le manoir dans les moindres détails, cherchant à raviver dans sa mémoire le souvenir de cette journée, il y avait onze de cela. Il savait que lui, Andrey et Vladimir étaient venus pour s'y amuser, mais quel avait été leur but à ce moment là ? Pourquoi avaient-ils eu besoin d'enterrer quelque chose et qu'est-ce que c'était ? Cette information était introuvable dans sa vaste mémoire, une énorme frustration pour le détective qui se targuait de tout conserver soigneusement dans son esprit.

Il se tourna finalement vers Andrey.

- Tu te souviens de ce manoir ?

- Plutôt, oui. Il était réputé pour être hanté et c'était votre terrain de jeu favoris avec Vlad', soupira son ami d'enfance

- Un manoir hanté ? releva Mathias, cool ! Et alors ? Vous avez vu des fantômes ? Des objets bouger tout seul ?

Mathias pouffa de rire. Il ne croyait pas vraiment à toutes ces choses. Il était toujours partant pour un test de courage mais il était difficilement effrayé. Surpris, oui, mais pas effrayé. Quant au surnaturel, qui plus est dans les manoirs hantés, il était dans sa jeunesse plutôt le premier à instiguer de sales tours à ses camarades que de se laisser piéger par quelques bruits de vieille maison.

Néanmoins, il ravala son rire bien vite face au regard on ne peut plus sérieux de Lukas, le jugeant vertement.

- On ne se moque pas des âmes en peine. S'il te plaît.

Lukas se tourna une nouvelle fois vers Andrey.

- Tu te souviens de notre dernière année de lycée, quand on a fait la fête ?

- Et comment ! Les cuites que je me suis payées ! Les plus horribles de ma vie.

- Tu te souviens que nous sommes venus ici un après-midi ? Avec des pelles et des bêches ? Nous avons pris la photo devant la porte. Mais qu'avons-nous cherché à enterrer et où ?

- Euh… et bien… je me souviens de l'emplacement. A peu près. Il me semble qu'on n'a pas cherché plus loin que devant la porte, non ? Et pour ce qui de ce qu'on a enterré, c'est… c'est difficile à dire. Je ne me souviens plus.

- Tu es sûr ?

- Ah oui. Oui, oui. Je ne sais plus. Attends, onze ans se sont écoulés !

- Oui, évidemment.

Lukas ordonna à Mathias de sortir le matériel et de creuser près du perron. Mathias s'exécuta tandis que Lukas confiait l'autre bêche à Andrey et qu'il s'emparait de la pelle. Avant de se mettre à la tâche lui aussi, Lukas ôta la veste de son bunad. Il n'avait aucune envie de la salir, surtout pour trouver on ne savait quoi d'enterré.

Alors que Mathias et Andrey se démenaient, Lukas, appuyé sur la pelle, observa le terrain. En onze ans, les herbes avaient largement eu le temps de repousser et il n'était guère surprenant de ne trouver aucun indice là-dessus. Néanmoins, il pouvait également être certain que personne n'était passé récemment et n'avait fouillé la terre. Il essaya de reconstituer la scène dans sa tête. Ce devait être une belle journée. Lui et ses amis avaient encore bu, avaient encore déambulés dans les rues avec les autres jeunes gens de leur promotion, avaient encore fait les imbéciles. Et puis, tous les trois avaient décidé de se rendre sur leur terrain de jeu favori d'adolescents. A l'époque, ils pouvaient y passer des heures, surtout lui et Vladimir. Combien d'heures avaient-ils pu passer, jour et nuit, à tester toutes sortes d'appareils de leur invention afin de détecter n'importe quel type de présence ? Ils avaient même campés dans ce jardin déplorable !

Mais qu'importe l'effort, Lukas devait se rendre à l'évidence : tout ce qui précédait la disparition de son père, son esprit l'avait soigneusement rangé dans un coin obscur de son inconscience. Les images étaient floues, et il se souvenait à peine des sensations. L'effusion de joie de l'époque avait totalement été occultée par l'atrocité des évènements survenus par la suite. Etrangement, tout ce qui se situait plus loin dans le passé ne lui était pas étranger. Mais cette année précisément, ces quelques mois avant que tout ne bascule, avait comme disparu de sa mémoire. Ce n'étaient plus que des lambeaux aux allures irréelles.

Lukas jeta un coup d'œil à Andrey. Il était certain que lui n'avait pas pu oublier. S'ils avaient pris tous les trois cette photo, dans cet endroit particulièrement, armés de leurs pelles et bêches, c'est qu'ils avaient décidé de quelque chose de spécial. Mais quoi ?

Frustré, Lukas éjecta la terre remuée par Mathias et Andrey. Il buta bientôt sur quelque chose qui résonna dans un bruit sourd. Revigorés, ils s'activèrent un peu plus. Ils dégagèrent bientôt une boîte métallique scellée par un cadenas.

- Pourquoi vous aviez enterré un truc pareil ? Et en quoi cela va-t-il t'aider à retrouver Vladimir ? Je comprends rien à ton raisonnement aujourd'hui, Lukas… se désola Mathias

Lukas ne l'écoutait pas. Il avisa le cadenas. Il y avait quatre chiffres à trouver. Seuls eux pouvaient ouvrir cette boîte. Ils avaient donc dû choisir quelque chose de commun à tous les trois, qu'eux seuls pourraient connaitre et se souvenir. Il tenta 2005, l'année de leur fin de lycée. Il y eut un petit clic. Lukas souleva le couvercle. Le contenu de la boîte retrouva la lumière du jour après onze ans enterrée dans le jardin d'un manoir hanté.

Fascinés, les trois hommes demeurèrent muets, puis sortirent un à un les objets. Transportés dans le temps, Andrey et Lukas énumérèrent les trouvailles au fur et à mesure, à demi-voix : le papier des bonbons qu'ils avaient toujours mangés tous les trois, la bouteille vide de la première bière qu'ils avaient partagée, un appareil étrange qui devait servir à détecter les fantômes, les cristaux de quartz qu'ils avaient trouvé durant une randonnée et qui étaient pour Vladimir l'assurance d'une sécurité quand ils allaient dans la maison hantée, les trois figurines de bois qu'ils avaient taillés eux-mêmes pour se représenter, la clé d'un tiroir de chez Vladimir que sa mère avait cherché partout en vain, et une ribambelle d'autres babioles qui n'avaient à première vue aucune valeur, sinon affective pour les trois amis d'enfance.

- C'est une capsule temporelle, souffla Mathias

Lukas approuva. Il avait beau l'avoir sous les yeux, il n'avait strictement aucun souvenir d'avoir eu l'idée de cette capsule, d'avoir sélectionné et rassemblé tous ses objets. Il ne se souvenait que vaguement d'avoir creusé jusqu'à en avoir mal aux mains. Mais il savait que ce souvenir était surtout une reconstitution de la part de son cerveau qui venait de mettre en corrélation la photo de chez Andrey, le lieu sur lequel il se trouvait et la capsule temporelle qu'il avait en main.

Au fond de la boite, il dégagea une photo que le temps n'avait pas épargnée, comme en témoignaient les bords un peu jaunis. Elle datait assurément du début des années 90, Lukas comme Andrey et Vladimir n'ayant pas plus de dix ans. Ce devait être l'été au vu de leurs tenues et de leurs casquettes. Ils se tenaient autour d'un feu de camp avec des marshmallows plantés sur des pics à barbecue, des gobelets de jus de fruit à leurs pieds. On distinguait à l'arrière-plan des branchages et des draps qui formaient une cabane rudimentaire. Alors que Vladimir était fidèle à lui-même, exubérant, plein de confiance et plus fasciné par les flammes dansantes que l'appareil photo, Andrey, lui, affichait un grand sourire troué face au photographe. Lukas, quant à lui, était l'enfant sage, encore peu à l'aise dans sa nouvelle vie et regardait bien en face, les yeux pleins d'incompréhension et de curiosité, sans un sourire.

Mathias observait la photo par-dessus l'épaule de Lukas. Aussi, lorsque ce dernier se releva brusquement, il se prit son épaule dans la mâchoire. Le détective ne s'en préoccupa pas une seconde et rejoignit à grandes enjambées la voiture.

- En route. Nous allons à Malmøya.

Andrey se précipita pour remettre tous les objets dans la capsule temporelle et l'embarquer avec eux tandis que Mathias fourra les pelles et bèches dans le coffre. Lukas se souvenait très bien de l'endroit sur la photo. Il indiqua sans peine à son chauffeur la direction à prendre. Il leur fallut simplement éviter les rues interdites aux voitures pour la journée, ce qui les ralentit, mais ils arrivèrent bien vite aux abords d'une plage à demi-cernée par un bois, qui donnait une vue imprenable sur le fjord d'Oslo.

Obnubilé par la photo, Lukas sauta hors de la voiture et suivit d'instinct un chemin bien précis au travers des arbres. Il s'arrêta dans une petite clairière, à quelques mètres de l'orée donnant sur la plage. Il y avait des chaises pliantes, des tables de pique-nique, un barbecue éteint pour l'heure. C'est alors que dégringolèrent de nulle part des photos d'enfance, agrémentées de cotillons et de serpentins. Emil et ses grands-parents parurent au détour d'un arbre, Mathias chargé du kransekake et Andrey avec la capsule temporelle émergèrent à leur tour, puis Berwald, Tino, Peter et Vassili jaillirent hors des fourrés, Hanatamago sur les talons.

- Joyeux anniversaire ! hurlèrent-ils tous en chœur au point de faire fuir des oiseaux nichés dans les frondaisons

La petite chienne les accompagna d'aboiements enthousiastes enfin libérée de son mutisme. Ses maîtres la félicitèrent au passage pour son bon comportement, et surtout pour ne pas avoir fait capoter la surprise.

Lukas les observa tour à tour, les joues un peu rouges sans qu'il ne puisse rien y faire, et tentant désespérément de masquer un petit sourire en coin. Il n'avait pas prévu cela. Puis, alors que tout le monde venait lui faire la bise, l'étreindre ou lui assener une tape amicale, il chercha quelque chose du regard.

Un fumigène inoffensif, multicolore, s'écrasa soudain à terre. Une silhouette surgit alors depuis la cime d'un arbre.

- Joyeux anniversaire, vieux troll ! s'écria la voix hilare de Vladimir

Le pied dans un étrier accroché à une corde, le jeune homme atterrit et s'élança aussitôt sur Lukas.

- Alors ? Elle est pas belle ma surprise, hein ?

- La seule surprise a été de voir tout le monde débarqué ici, admit Lukas dans un sourire taquin

- Quoi ? Mais… tu m'avais cramé depuis le début ?

- Bien évidemment ! Ton petit frère qui vient me voir alors qu'il connait mieux Andrey, que ce dernier est de la police et que c'est un ami de plus longue date pour toi ? Mathias qui insiste pour que je parte à ta recherche alors qu'il avait envie de voir la parade de son collège ?…

- Oups, lâcha Mathias en se grattant l'arrière du crâne

- Mes grands-parents et Emil qui font faux bond à notre traditionnelle glace après mon défilé ?…

- Tss ! Tu vois, je te l'avais bien dis qu'on aurait dû dire que c'était toi qui t'étais pris un coup de soleil, reprocha la grand-mère à son époux, ça aurait été beaucoup plus crédible.

- Tu t'étais grillé depuis le début, mon cher Vlad'.

- Roh, zut ! Mais, eh, il était bien mon parcours photo, hein ?

Lukas choisit volontairement de laisser passer un instant de silence, le sourire en coin. Mathias intervint soudain.

- Oh mais comment j'ai trop flippé, moi, quand j'ai vu ta tête à la première photo ! Vladimir m'avait dit que ce serait un voyage dans le passé de ton enfance heureuse. Alors au début, je comprenais pas.

- C'était plutôt bien pensé, accorda le détective

Aussitôt, Vladimir sauta en l'air et enlaça une nouvelle fois Lukas.

- Allez, on fait péter les bières et le barbecue maintenant ! déclara-t-il dans une euphorie communicative

Au cours de la soirée, même Lukas se surprit à rire.


Fin de l'A18