Bonsoir tout le monde,
Nous voici partis pour l'affaire 19. Qui est complètement timbré, je trouve ! Pas d'étonnement donc.
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Islande : Emil Steilsson
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 19 : Les congés
Lukas ne rechignait jamais devant le travail. A dire vrai, quand bien même il devait fournir un effort, la satisfaction de faire travailler ses méninges ou manipuler son violon l'emportait. Néanmoins, pouvoir disposer de son temps comme il le souhaitait était également très satisfaisant, raison pour laquelle Lukas ne crachait pas sur un quelconque jour de congé.
Chemise ouverte, étendu sur le canapé, les pieds reposant sur l'accoudoir opposé, il feuilletait un roman à l'histoire un peu fade mais qui avait le mérite d'être rédigé dans un style très élégant. Le vocabulaire lui plaisait et, aujourd'hui en tout cas, c'est tout ce qu'il demandait. Il attrapa la bouteille de bière posée sur le vieux plancher et en avala quelques fraiches goulées.
La pièce était parcourue par les brises fraiches dans la chaleur de l'été osloïte, soulevant les rideaux. La clameur urbaine de la capitale norvégienne s'engouffrait comme un murmure mystique dans la demeure, une ambiance qui satisfaisait pleinement Lukas. Il n'avait pas envie d'un silence complet, mais ne souhaitait pas allumer radio ou télévision. Emil tout comme Mathias au travail, il avait la maison pour lui tout seul, et ainsi se sentait vraiment détendu.
Un moment vint où il s'assoupit sans qu'il s'en rende compte. Son livre s'affaissant sur son menton ne le réveilla même pas. Bercé par les effluves marines du fjord et la rumeur citadine, sa respiration s'apaisa tandis qu'il plongeait dans un profond sommeil.
C'est finalement la sonnerie qui le tira du pays des songes.
En se relevant brusquement, son roman s'étala à terre et renversa au passage la bière. Lukas lâcha un juron avant d'entendre de nouveau la sonnerie. En toute hâte, il boutonna sa chemise et la rentra dans son pantalon. Il n'aimait pas se montrer de manière trop décontracté face à autrui. Il dévala les escaliers, passa une main dans ses cheveux, notamment pour remettre sa pince à sa juste place. Il inspira un bon coup puis se sentit près à faire face à quiconque se trouvait derrière cette porte.
Il découvrit sur le perron un visage familier qu'il ne pensait pas revoir de sitôt pourtant. Sa surprise ne transparaissait pas sur son visage et pourtant elle était totale. En face de lui, on pouffa de rire, ce qui n'était guère surprenant pour la personne. Lukas fronça les sourcils. Puis, on lui désigna ses cheveux. Il plaqua rapidement une main sur son crâne pour s'apercevoir au touché qu'un épi s'était tenu en l'air, comme une antenne dressé sur un toit. Les joues de Lukas se colorèrent, un peu gêné. Il se racla ensuite la gorge, cherchant à reprendre contenance.
- Puis-je savoir ce que vous faites ici ? Je vous croyais rentrée chez vous, en Belgique.
En effet, Lukas était face à une jeune femme d'une trentaine d'années, à l'expression joyeuse et malicieuse qui n'échappait à personne et mettait en avant son caractère effronté, qu'elle entretenait volontiers. Manon Maes, de son prénom, avait été hébergée par le détective en novembre dernier. Elle et son frère cadet avaient été placés là par leur aîné, Willem, une connaissance du détective, qui avait demandé à ce qu'il veille sur sa sœur et son frère, tous deux dans la panade pour des histoires de révélations de fraudes fiscales à l'échelle européenne.
Une histoire rondement résolue dont l'investigation, les preuves et le coup final avaient été portés par Manon elle-même. Lukas n'avait au final pas eu besoin d'apporter grand-chose à cette enquête, réalisa-t-il à sa grande frustration. Manon lui avait en quelque sorte volé la vedette et, même s'il se considérait parfaitement mature, la pilule avait encore un peu de mal à passer.
Remise de son rire, Manon passa ses mains derrière elle et se pencha en avant comme sur le ton de la confidence.
- Ne vous en faites pas, Lukas, je suis ici uniquement en touriste cette fois. Pas de gros bonnets véreux ou de fraudes alléchantes à révéler. Je suis en vacances. Et croyez-moi, pour une bdéiste, c'est un luxe que je ne devrais pas me permettre !
Quand bien même elle affirmait être en vacances, le cerveau de Lukas s'était aussitôt mis en action, et cherchait à comprendre la raison pour laquelle la jeune femme était venue se présenter à sa porte, par un bel après-midi en ce début de mois de juillet.
Si elle était en vacances, pourquoi avoir choisir la Norvège alors même qu'elle y était déjà venue, et y avait résidé quelques temps, un mois pour ainsi dire ? Pourquoi ne pas profiter d'une autre destination ? Pourquoi un été en Norvège, venir frapper à sa porte ? Elle qui avait déjà parcouru la capitale, elle aurait dû se trouver à des kilomètres de là, profitant des immenses fjords de la côte ouest, des hauts plateaux du Jotunheimen dans le centre, des centres historiques de Bergen, de Trondheim voire de Tromsø par-delà le cercle polaire. Pour Lukas, le mystère restait entier.
Et tout à ses réflexions, il n'avait même pas proposé à Manon de pénétrer dans la demeure.
- Vous êtes seule ? demanda-t-il finalement toujours dans le seul but de comprendre la raison de sa présence
- Pour le moment, oui. Suite à un malheureux concours de circonstances, je suis aujourd'hui toute seule à Oslo.
- Vos frères ? Il fallait s'y attendre de la part de Willem cependant. Il est toujours ailleurs.
Manon approuva d'un signe de tête, mais réfuta cependant aussitôt après :
- Mais non. Il ne s'agit ni de Will', ni de Xav'. Mon compagnon devait me rejoindre à Bruxelles et nous aurions dû prendre notre vol pour Oslo ensemble. Sauf qu'il y a eu quelques perturbations de son côté et il n'arrivera que demain…
Un ange passa.
- Et comme Tonio travaille encore, me voilà venue prendre de vos nouvelles ! Je suppose que Mathias non plus n'est pas rentré.
- Il ne devrait pas tarder.
Le silence retomba une fois de plus. Manon se balança sur ses pieds tandis que Lukas demeurait de marbre.
- Et donc ? Comment allez-vous ? demanda finalement la jeune femme
Encore plongé dans son analyse, Lukas mit quelques secondes avant de lui répondre. Ajouté à cela, sa sieste imprévue l'avait quelques peu ramolli et il devait encore recouvrer ses esprits.
- Bien.
Le visage de Manon se fendit d'un sourire, s'attendant à une réponse plus construite. Voyant que cela tardait, elle reprit aussitôt :
- Je viens du musée Ibsen. Je ne connais pas vraiment ce dramaturge mais pour sûre que j'irai y jeter un œil désormais !
Ne sachant que répondre, Lukas hocha pensivement la tête. Le silence s'appesantit de nouveau. Il voyait bien que Manon n'était pas disposée à partir mais il avait envie d'être seul et ne savait pas comment abréger la conversation. Les trivialités, ce n'était pas son fort. Au plus fort d'une énigme, entretenir la conversation était un jeu d'enfant. Ce n'était qu'une banalité illusoire qu'il manipulait afin de soutirer des informations. Mais là… il n'y avait rien à dire… Et il savait pertinemment qu'il serait malvenu de claquer la porte au nez de quelqu'un. Pourtant, quelque part, ce n'était pas l'envie qui lui manquait.
Le regard de Lukas s'éclaira lorsqu'il aperçut Mathias apparaitre au coin de la rue dans sa voiture. Lui saurait quoi faire face à une conversation comme celle-ci.
Manon se tourna également et apercevant Mathias, elle agita le bras. Derrière son volant, ce dernier sortit de ses pensées et demeura comme deux ronds de flanc, stupéfait de trouver là la jeune femme. Il se gara rapidement et bondit hors de l'habitacle.
- Bon sang, mais… Manon ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Lorsqu'il arriva à leur hauteur, la jeune femme sauta à son cou.
- Quel bonheur de te revoir ! Je suis en vacances et je ne pouvais pas manquer de faire un petit détour par ici pour écouter tes milles et une anecdote.
Elle adressa à Mathias un clin d'œil. Gêné, ce dernier se frotta la nuque.
- Je suis si bon conteur que mes histoires te manquent ?
- Mais tout à fait !
Il éclata de rire.
- Préviens-moi si tu fais un album sur moi.
- Ah ça ! C'est une idée !
- Viens, entre, je t'en prie. Salut, Lukas. Bonne journée ? demanda Mathias en passant devant le violoniste
Il ne s'attarda pas sur la réponse de Lukas, bien trop habitué désormais à ce que ce dernier ne lui réponde qu'à peine dans le meilleur des cas. Il entraîna Manon dans la cuisine et lui proposa un verre de citronnade maison qu'il avait réalisé le matin même.
Et voilà, se dit Lukas en refermant la porte d'entrée derrière lui, c'était bien plus simple quand c'était Mathias qui gérait les invités. Au fond de lui, il enviait un peu son acolyte d'entrainer aussi facilement et simplement les gens avec lui. Il n'avait aucun problème pour lancer ou entretenir une conversation. Ce naturel chez Mathias était un mystère de plus pour le détective, qui réalisa tout à coup qu'il y avait tout de même beaucoup d'énigmes qui lui résistait.
Il s'apprêtait à remonter l'escalier, retrouver son antre, lorsqu'il se souvint que sa bière s'était étaler sur le plancher. Il soupira : le voilà bien obliger de repasser par la cuisine. Et si Mathias s'occupait volontiers de invités, bien souvent, il ne savait pas poser les limites et ne comprenait pas, ou peut-être oubliait, que Lukas était bien loin d'être comme lui.
Cette fois ne fit pas exception. Lorsque Lukas franchit le pas de la cuisine, juste pour s'armer de quoi rincer le plancher, Mathias le héla :
- Ecoute ça, Lukas ! La BD de Manon, le tome 2 qui devait faire scandale, va paraitre avec du retard mais va bel et bien sortir !
- Le mois prochain, oui, précisa Manon
Elle porta son verre à ses lèvres et se délecta d'une longue gorgée rafraichissante. Aussitôt, elle félicita Mathias pour cette boisson plus que bienvenue en cette chaude journée.
- Mais de rien ! T'en veux un verre, Lukas ?
Lukas avisa l'éponge et le vieux linge qu'il avait en main.
- Non merci. J'ai déjà ma bière.
Mathias haussa les épaules et reprit aussitôt une conversation enjouée avec Manon.
Lukas prêta l'oreille et les observa du coin de l'œil avant de quitter la cuisine. Ces deux là s'entendaient décidément très bien. Il pinça légèrement les lèvres en grimpant les marches. Il essuya peut-être un peu plus énergiquement qu'il n'aurait dû le plancher. Il avisa le fond de la bouteille : plus une seule goutte de bière. Frustrée, il la descendit au tri. Il repassa par la cuisine et découvrit avec surprise sur la table un troisième verre, rempli de citronnade. Il leva les yeux vers Mathias et celui-ci lui adressa une œillade rapide. Sans un mot, Lukas attrapa le verre et s'adossa au mur.
- Et comme on ne m'avait pas cru, ben… ça n'a pas loupé : ils sont tous tombés à la flotte, conclut Mathias sous le rire taquin de Manon, eh ! Pour une fois que ce n'est pas moi qui finit à l'eau.
- Quand est-ce que tu es en vacances dans tout ça ?
- C'était mon dernier jour justement.
- Parfait ! Raison de plus pour que je fasse ma proposition.
Lukas et Mathias échangèrent un coup d'œil. Etait-ce une nouvelle énigme ? Lukas se redressa.
- Est-ce que vous êtes disponibles demain midi ?
- Euh… j'imagine oui.
- Et bien, messieurs, je vous invite tous deux au restaurant afin de vous remercier pour le service rendu la dernière fois.
Lukas rongea son frein : ce n'était pas une enquête à mener.
Affaire à suivre…
