Bonjour à tous,

Qui l'eût cru… nous voici entrer dans la vingtaine ! J'ai par ailleurs pu un peu reprendre l'écriture de l'A21. Croisons les deux : il y a encore une chance pour que tout s'enchaine sans que je n'ai besoin de reprendre de hiatus.

En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances à ceux qui en ont, de bonnes fêtes à ceux qui les célèbrent, quelles qu'elles soient, et tout simplement de bonnes choses.

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 20 : Orages

C'était peut-être bien la rentrée la plus exténuante qu'il ait eu à vivre. Lukas était sur le chemin du retour depuis le conservatoire et, en toute honnêteté, le trajet ne lui avait jamais paru aussi long. Il savait que ce n'était qu'une déformation de son esprit mais cela révélait bien l'état dans lequel il se trouvait. Il sentait même la migraine poindre. Sa journée avait été rude, à enchainer réunion sur réunion, entrecoupées d'entrainements et de rencontres. Nouveaux élèves, organisateurs d'évènements, professeurs, collègues, chanteurs, musiciens étrangers. Toute la journée n'avait été qu'un tourbillon d'informations et de visages. C'était définitivement le début d'une nouvelle saison artistique. Mais celle-ci paraissait incroyablement chargée par rapport à d'autres. Aussi, son violon sur l'épaule, Lukas n'aspirait pour l'heure qu'à retrouver le confort et la solitude de son chez lui, accaparant le salon pour une partie d'échec ou s'enfermant dans sa chambre en compagnie d'un bon livre.

Lorsqu'il passa devant la voiture familiale, il sut qu'il était le dernier rentré, d'autant plus que l'éclairage public venait peu à peu remplacer la lumière du jour, qui commençait à se faire de plus en plus précoce en ce mois de septembre.

Il poussa mollement le portillon en fer forgé noir avant de s'engager dans les escaliers. Il s'était attendu à ce que la porte d'entrée soit déverrouillée mais, pour une obscure raison sur laquelle il n'avait aucune envie de s'appesantir pour le moment, la porte était close. Las, Lukas laissa son front retomber contre le panneau de bois en soupirant. Il ne savait même pas où il avait bien pu mettre ses clés…

Il avisa son sac en bandoulière, puis décida finalement d'appuyer sur la sonnette. Pour le coup, il se demanda un instant s'il s'agissait bien d'une déformation cérébrale, car le temps lui parut vraiment long avant qu'on ne vienne lui ouvrir.

Lorsqu'il entendit les clés tourner dans la serrure, il se redressa, histoire de faire un minimum bonne figure. Il tomba nez à nez avec Mathias. A voir les cernes creusées sous ses yeux, on constatait que la rentrée n'avait pas été non plus de tout repos pour lui.

- T'avais oublié tes clés ? lui demanda Mathias en guise de salut

Lukas passa devant lui en balayant l'air de sa main.

- La faute à l'imbécile qui a verrouillé derrière lui, surtout.

- Je sais plus, j'ai pas fait gaffe, rétorqua Mathias dans un haussement d'épaule, la faute à ton frère aussi.

Lukas dévisagea vaguement son colocataire dans un froncement de sourcil.

- Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ? marmonna-t-il alors que Mathias se penchait par-dessus la rambarde pour appeler à table le petit dernier de la maisonnée.

Tandis que Lukas déposait son étui à violon dans un coin de l'entrée et se défaisait de ses affaires, on entendit des pas dévaler les deux escaliers. Emil apparut, salua vaguement son grand frère et partit aussitôt se planter devant son assiette dans la salle à manger, le regard focalisé sur les détails de la vieille tapisserie.

Ok, comprit Lukas, Emil était d'une humeur orageuse. Au point de distraire Mathias ? Quelque part, trop fatigué, Lukas n'avait même pas envie de connaitre la réponse.

Ils s'attablèrent et entamèrent le repas dans une ambiance tendue qui ne plut à aucun des trois, tous étant éreintés. Emil finit par relever les yeux de son assiette et fusiller Mathias. Ce dernier l'ignora totalement du regard mais répondit sèchement :

- Je travaille tous les matins en semaine.

- Moi aussi désormais. Et je te ferais remarquer pour la énième fois qu'elle m'appartient avant toi.

- Premier arrivé, premier servi. Tu reveux des légumes, Lukas ?

Ce dernier tendit son assiette en se frottant le visage.

- Mon trajet est le plus long de toute façon.

- Ellingsrud est plus qu'accessible en transport en commun. Pas moi.

- Et je risque d'être en retard à chaque fois.

- Et moi donc ! Je suis tout seul à mon poste en plus.

- Ah, c'est faux ça. Il y a ta collègue, là, Elisabeth.

Emil piqua furieusement dans une petite pomme de terre.

- Erzsébet. Ce n'est pas ma collègue, c'est la fille de mon patron. C'est comme si c'était les yeux et les oreilles de mon boss sur place, oui !

- Erzsébet peut être ferme mais elle est bien trop candide pour remarquer quoi que ce soit, murmura Lukas en soufflant sur ses petits légumes

- Ah non, tu vas pas t'y mettre toi aussi, Lukas ! s'exclama son frère, et puis tu ne la connais pas au travail.

- Il n'empêche, intervint Mathias pour ramener à son propos la conversation, que je pense que j'en ai plus besoin que toi. Les sorties scolaires, tu y as pensé ? Je dois me débrouiller. Toi, une fois que t'es derrière ton bureau, t'es derrière ton bureau.

- Lukas ! La voiture est à ton nom et je suis assuré pour la conduire. Dis à Mathias qu'il n'a pas le droit.

- J'ai la migraine, fut sa seule réponse

- Il est crevé. Pas la peine de lui prendre la tête avec nos histoires, renchérit Mathias

- Vous me prenez la tête rien qu'à en parler à table. Que l'un de vous s'achète une nouvelle voiture et puis voilà.

Les deux hommes échangèrent un regard de défi.

- Tu travailles depuis plus longtemps que moi, t'as plus de fric.

Mathias serra les dents.

- Tu… t'es mieux payé que moi, tu auras rapidement de quoi. Voilà.

Il était clair qu'aucun des deux n'en démordraient. Et Lukas de se sentir encore un peu plus fatigué à cette perspective.

- Bon et bien, je vais vous laisser vous crêper le chignon tous les deux, hein.

Sur ce, il se leva et partit rejoindre son antre.

Ni l'un ni l'autre ne fut perturbé par le départ de Lukas. Ils ne se quittaient pas du regard, aucun des deux ne souhaitant lâcher l'affaire.

Lukas était non seulement las mais il était surtout peu intéressé par cette histoire de voiture. De fait, cela ne le regardait pas. Il délaissa son étui à violon à l'entrée de sa chambre et se laissa tomber dans l'ancien fauteuil de son père.

L'été s'était déroulé sans encombre. Emil avait son travail désormais. Mathias en vacances en avait profité pour lambiner. Tout au plus, Lukas s'était-il vu embarqué par son acolyte afin de rejoindre la petite famille Oxenstierna-Vänämöinen pour des après-midis de pêche, de randonnée ou de farniente sur les plages bordant le fjord. Tino les avait en effet souvent invités au nom de tous. Non seulement la rentrée avait démarré sur les chapeaux de roues, mais les vacances n'avaient pas été de tout repos, entrecoupées de quelques missions pour l'opéra. Quand bien même aucun mystère, aucune énigme n'avait croisé son chemin, Lukas réalisa qu'il était d'autant plus fatigué qu'il n'avait pas eu droit à une agréable distraction du genre.

Quand on frappa deux coups à la porte, Lukas sursauta et ouvrit brusquement les yeux. Il jeta un coup d'œil désorienté autour de lui.

- Oh pardon, tu t'étais assoupi, remarqua Mathias en pénétrant dans la chambre

Lukas consulta son réveil, perplexe. En effet, il lui manquait une bonne demi-heure dont il n'avait absolument aucun souvenir.

Mathias s'approcha et lui tendit une assiette garnie de biscuits à la confiture et une bonne tasse au breuvage fumant.

- Merci ?

- Oui, je voulais m'excuser pour tout à l'heure. T'étais dans le coltard et Emil et moi on se prenait le bec. C'était pas très agréable d'être coincé là-dedans. Désolé.

Lukas haussa les épaules. En portant la tasse à sa bouche, il sentit une drôle d'odeur. Il renifla la boisson plus précautionneusement.

- Mais… ce n'est pas du café, ça.

Mathias ne put s'empêcher de pouffer légèrement de rire.

- Continue comme ça et tu pourras faire détective, se moqua-t-il gentiment en se laissant tomber sur le lit aux côtés de Lukas

Ce dernier lui envoya un regard noir. Quoique légèrement embrumé par la fatigue.

- Non, c'est une infusion chargée en camomille. Avec ça, crois-moi, tu vas te faire une bonne grosse nuit.

- Mon shampoing est à la camomille.

- Ça aide aussi à dormir apparemment. Berwald qui m'a appris ça.

- Je connais les propriétés de la camomille.

- Evidemment.

- Alors, écoute, les biscuits, je les garde. Mais ton eau chaude, tu la rembarques. Je veux du café ou rien.

Sur ces mots, il fourra la tasse entre les mains de Mathias. Celui-ci fut à peine surpris de la réaction de Lukas. Il avait déjà préparé sa réponse et se pencha vers lui :

- Je redescends pas, moi. Si tu le veux vraiment ton café, tu descends te le chercher.

- Scélérat, souffla Lukas en se penchant à son tour

Il s'autorisa un petit sourire en coin. Mathias lui rendit la pareille. Il savait bien que Lukas serait bien trop fatiguée pour daigner se relever, à part pour aller au lit.

- A votre service, mon seigneur.

Il y eut un moment de flottement sans qu'aucun des deux ne détache son regard de l'autre, sourire mutin aux lèvres. Puis, tout à coup, les paupières de Mathias papillonnèrent et il se releva brusquement.

- Bon, bah, je vais me la boire, moi, cette camomille. Ça m'aidera à dormir, tiens… murmura-t-il ensuite, bonne nuit !

Alors que Mathias prenait le chemin de la sortie, Lukas l'interpella :

- Et pour la voiture du coup ? Qu'est-ce que vous avez décidé ?

Mathias soupira.

- On va alterner. Un jour sur deux, c'est moi qui aurait droit à la voiture et vice-versa.

Sur ces mots, Mathias avala une rasade de camomille et quitta la pièce. Lukas haussa un sourcil : quelle drôle d'idée que d'alterner à un rythme aussi fréquent. Invivable, conclut-il en avalant un biscuit.

Et invivable était également le terme qui vint à la tête d'Emil le lendemain matin, lorsqu'il dut sauter hors du bus et courir jusqu'à son bureau dans l'espoir de n'avoir que cinq minutes de retard. Une première journée avec cette méthode et c'était déjà la catastrophe. Bon, il ne le dirait pas à Mathias, mais il est vrai que s'il n'avait pas tardé au lit avant de se lever, peut-être que ça se serait mieux passé aussi. Peut-être. Ce n'est que lorsqu'il franchit les portes du centre de soins et spa d'Erzsébet qu'il s'autorisa à souffler.

Lorsqu'il avait signé avec Zoltán Héderváry, ce dernier avait décidé de l'installer dans les locaux de sa fille, en proche banlieue osloïte. Cela tenait autant au fait qu'il était encore en conflit avec son gendre, lequel avait finalement concéder à voir des chambres d'hôtes ouvrir sur l'île à condition que cette activité ne soit pas trop significative dans leur vie, ainsi qu'aux avantages qu'il voyait à ce que son employé soit en relation direct avec de potentiels clients.

- Tu veux un verre d'eau, Emil ?

Le jeune homme releva la tête et découvrit Erzsébet derrière le comptoir d'accueil en train de le dévisager.

- Désolé pour le retard…

- Oh, moi, cela m'importe peu.

Emil se raidit. Il n'avait pas menti, la veille, lorsqu'il l'avait décrit comme étant une potentielle espionne de son père. De toute façon, tout en elle lui rappelait son employeur. Il ne risquait pas de l'oublier. En dehors du regard émeraude vif, elle avait la stature d'une femme assurée quoiqu'avenante et chaleureuse. Ses cheveux avaient beau être ramenés en queue de cheval, ils ne faisaient que révéler son caractère fougueux. Elle partageait tout cela avec son père.

Emil accepta le verre d'eau que lui tendit Erzsébet, puis prit son poste. Il disposait d'un bureau à l'arrière, dans une pièce qu'il partageait avec la patronne de l'établissement. Il avait enfin démarré sa journée, répondant aux multiples mails qu'il avait reçus, lorsqu'une Erzsébet tentant de garder son sang-froid pénétra dans le bureau.

- Emil, réclama-t-elle les dents serrées, je sais que ce n'est absolument pas ton travail mais tu connais bien assez l'établissement désormais. Pourrais-tu t'occuper des clients qui viennent d'arriver s'il te plaît.

Elle se laissa tomber dans son fauteuil de bureau et grimaça en serrant les poings.


Affaire à suivre…