Bonjour chers lecteurs,

J'imagine que certaines attentes commencent à se faire cruellement sentir, mais je vous assure que d'une part, je sais où je vais, qu'il y a un point final et qu'il s'agit encore et toujours d'une fanfiction DenNor. Donc que le DenNor, vous l'aurez. Parce que je le veux moi aussi !

Norvège : Lukas Bondevik

Danemark : Mathias Khøler

Islande : Emil Steilsson

Hongrie : Erzsébet Héderváry

Bonne lecture !

Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz


Affaire 20 : Transactions

Emil suspendit son geste au-dessus du clavier et leva le nez de son écran. Il dévisagea Erzsébet quelques secondes avant de demander :

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il crut d'abord qu'elle ne répondrait pas. Mais elle frappa du poing sur la table.

- Je connais très bien mon métier et les bains hongrois sont les meilleurs. Non mais pour qui elle se prend, cette petite gourde, marmonna-t-elle ensuite entre ses dents

Emil cligna plusieurs fois des yeux.

- Vous…

- Tu ! Je te l'ai déjà dit, Emil, on se tutoie !

Il n'y avait plus qu'à obtempérer. Erzsébet avait pris la mouche, et il ne valait mieux pas se trouver sur son chemin lorsqu'elle était en colère. C'était une chose qu'il avait parfaitement intégrée depuis deux mois qu'il travaillait ici.

- Tu as appelé une cliente « petite gourde » ?

- Pas face à elle, non, bien évidemment. Mais j'avais besoin de me calmer ! Alors je lui ai dis que je devais vérifier une info. Et là, tiens-toi bien Emil, là, elle sort à son compagnon que c'est bien la preuve que je n'y connais rien en soins thermaux. Si je pouvais, je…

Elle laissa sa phrase en suspens mais ne contint pas son râle.

- Bref ! Je vais garder mon calme !

Emil avait comme un doute mais ne pipa mot.

- Je ne veux pas avoir à faire à une salle enquiquineuse de première, venue pour le seul plaisir de critiquer mon établissement.

La colère s'évapora soudain pour laisser place à la lassitude. Elle se coucha à moitié sur son bureau. Puis, elle joignit les mains et supplia Emil.

- Je t'en prie. C'est la seule fois que je te demande ça. Promis !

- Euh… je veux bien mais… Même si je connais le spa, je ne peux pas les conseiller plus que cela. Je n'y connais rien en soins thermaux.

- Peu m'importe. Une de perdues, dix de retrouvées. Je m'en fiche de faire fuir cette cliente. Elle n'aura que ce qu'elle mérite !

Emil ne chercha pas à la convaincre du contraire. Lorsqu'Erzsébet était convaincue de quelque chose, impossible de la faire changer d'avis. Elle restait sourde à tout autre argument. Il garda son soupir à l'intérieur et se rendit à l'accueil.

Les deux clients étaient toujours là. Ils avaient la vingtaine pas plus. Si le jeune homme paraissait un brin ingénu, à observer tout autour de lui, d'une curiosité naturelle, la jeune femme, elle, tapotait impatiemment le comptoir. En dehors de leur comportement, on aurait eu du mal à leur trouver des signes distinctifs. Châtains tous les deux, elle plus foncée que lui, les yeux marrons, vêtus dans un style décontracté, il n'y avait rien de particulier chez eux. Pourtant, dès que la jeune femme l'aperçut et le fusilla du regard, Emil sut qu'elle devait à tous les coups avoir un fort caractère, d'où les frictions avec Erzsébet.

- Vous en avez mis du temps.

Son compagnon se frotta la nuque, gêné.

- Vous avez trouvé la meilleure formule du coup ? Autre que celle affichée dans votre brochure qui, franchement, n'est pas du très haut de gamme.

- Anna…

- Mais quoi ? C'est vrai ! Chez nous, on offre de bien meilleurs services.

Emil se racla légèrement la gauche.

- Vous vous y connaissez donc en spa ?

- Et comment ! Et vous ? Vous êtes hongrois comme votre collègue ?

- Ah ? Euh, non, pas du tout. Je suis norvégien né en Islande.

Le jeune homme écarquilla les yeux alors que la cliente, elle, poursuivait son blâme :

- Au moins, vous vous y connaissez en eaux chaudes. Non mais je vous jure, les Hongrois, ils croient tout savoir sur les spas, mais c'est faux. Il n'y a que…

Elle fut interrompue par son compagnon qui l'attrapa par le bras et l'entraina dans un coin pour deviser à voix basse. Emil ne sut pas trop ce qu'il devait faire. Il n'osa pas bouger et demeura finalement derrière le comptoir de l'accueil.

Les deux clients revinrent finalement et la jeune femme se pencha vers Emil sur le ton de la confidence, son compagnon les yeux pétillants en retrait.

- Vous connaissez bien le coin du coup ?

Même si leur approche était étrange, Emil comprit qu'il s'agissait surtout de touristes. Leur question tombait à point nommé. Non seulement, cela rentrait parfaitement dans ses compétences mais en plus de cela, il pourrait peut-être redorer l'image de l'établissement auprès de cette cliente très critique.

- Parfaitement. Voulez-vous que je vous aiguille sur les incontournables d'Oslo et des alentours ? Je peux vous fournir une carte si vous le souhaitez.

- Une carte, oui ! s'exclama le jeune homme

- Comme Johan dit, approuva la cliente, mais les incontournables, on s'en fiche. Si vous connaissez bien le coin, nous, ce qu'on veut, c'est l'adresse d'un bon libraire.

Emil cligna des yeux.

- Un libraire ? répéta-t-il bêtement

- Exactement ! Mais attention, hein, pas un jeune libraire ou quoi. Nous, on veut le libraire le plus vieux, celui qui connait tous des livres norvégiens de A à Z.

- Euh… c'est pour quoi exactement ?

Les deux jeunes gens se jetèrent un coup d'œil, l'air un brin ennuyé.

- On recherche un ancien éditeur.

- Dans ce cas… peut-être que des bibliothécaires ou des universitaires en littérature pourront vous informer.

Emil vit la jeune femme grimacer.

- Ou bien… je peux regarder moi-même par exemple. Dans un premier temps.

Il se trouva bien stupide. Emil n'était pas un connaisseur du tout. A part Gyldendal, bien sûr, et Damm, les maisons d'édition étaient un terrain inconnu pour lui.

- Enfin, je ne m'y connais pas beaucoup, reconnut-il, mais mon frère aîné apprécie énormément la littérature. Il peut vous aider si vous souhaitez rester plus… discrets.

Le jeune homme embarqua de nouveau sa comparse par le bras vers le coin de la pièce pour s'entretenir avec elle. Ils échangèrent de façon plus houleuse visiblement. Emil de son côté était en train de récapituler la situation dans sa tête. Il réalisa qu'il était encore tombé sur un cas : deux étrangers préfèrent l'interroger pour trouver un moyen de remonter la piste d'un ancien éditeur alors qu'il était supposé leur vendre des soins thermaux… Pourquoi est-ce que ça tombait encore sur lui ? Il s'autorisa un petit soupir discret.

Les clients revinrent, la jeune femme en avant. Elle apposa fermement ses mains sur le comptoir.

- C'est d'accord. Où pouvons-nous trouver votre frère ?

- C'est-à-dire qu'il travaille aujourd'hui. Si vous disposez du livre, je peux toujours le lui remettre ce soir et vous le rendre demain. Si vous le souhaitez, bien entendu.

La jeune femme plissa les yeux tout en se frottant le menton, méfiante. Elle appliquait sur lui le même genre de regard scrutateur que Lukas lorsqu'il cherchait à déceler une arrière-pensée chez quelqu'un.

- Je vous promets de vous le rendre, assura-t-il

- En vérité, expliqua le jeune homme, nous aimerions garder le livre avec nous. Il… Il est très important pour nous.

- Ah euh… et bien je peux déjà chercher sur internet si je trouve l'éditeur en question, proposa soudain Emil. J'imagine que la langue norvégienne a pu poser un frein à vos recherches.

La chose venait de lui traverser l'esprit. Il ne savait pas d'où venaient ces deux jeunes gens mais il était certain qu'ils étaient étrangers. S'il s'agissait d'un vieil éditeur norvégien, il y avait en effet peu de chances qu'ils puissent mener à bien leurs recherches sans se confronter à la langue.

La cliente le scruta un peu plus.

- Bien. Il s'agit de Liten Regnbue.

Elle dut le lui épeler, sa prononciation du norvégien étant trop hasardeuse. Emil tomba rapidement sur une liste de maisons d'édition jeunesse qui faisait mention de ce nom. Des livres pour enfant, se dit Emil, cela correspondait bien à un nom tel que « petit arc-en-ciel ».

- D'après ce que je lis, c'était un éditeur des années 80 qui n'aura vécu que cinq ans. La maison a fermé au début des années 90. On parle d'albums jeunesses. Mais je n'ai pas d'autres informations. Désolé.

- Oh… Bon. Et bien, ce n'est pas grave. C'est déjà bien gentil à vous.

La jeune femme soupira. Elle était prête à embarquer son compagnon avec elle, mais celui-ci s'exclama soudain :

- Donnez-nous des libraires, des universitaires, des passionnés, des bibliothécaires, des antiquaires, des auteurs, des illustrateurs de cette époque ! Peu m'importe, mais donnez-nous des noms !

- Johan, laisse tomber… On ne va pas écumer la ville à la recherche d'un éditeur disparu. C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Il fit volte-face vers elle, affichant une expression toute à la fois bouleversée et paniquée.

- Non ! Nous devons retrouver cet éditeur ! Ou autre chose. Mais on ne peut pas baisser les bras maintenant.

- Je n'ai jamais dit qu'on devait baisser les bras, rétorqua-t-elle, mais on n'a ni le temps ni les moyens de courir à travers une ville inconnue pour aller à la rencontre de mille et une personnes avec qui on ne pourra peut-être même pas converser sans obstacle. Réfléchis un peu Johan !

- C'est notre héritage le plus précieux ! répliqua-t-il à son tour en agrippant les épaules de la jeune femme. N'oublie pas ces mots, Anna. C'est notre héritage le plus précieux.

Elle se tut. Les yeux brillants, elle se dégagea brusquement et se retourna, bras croisés.

Pour sa part, Emil se sentit totalement dépassé par les évènements. Il tentait de venir en aide, de façon très professionnel, à ces deux jeunes gens mais il avait l'impression d'avoir loupé quelque chose. Les quelques conseils qu'il venait de leur fournir était bien loin des soins thermaux ou même de tourisme à Oslo. Que devait-il faire ? Rappeler Erzsébet ? Après tout, il s'agissait de ses clients techniquement. Mais comment lui expliquer que ces deux là se retrouvent dans un tel état pour une histoire d'éditeur des années 80 ? Et puis, il avait l'impression de s'y prendre comme un pied. Quand il pensait aux méthodes de son frère aîné… C'était comme si Lukas savait en un tour de main orienter ses recherches. Emil en venait à la conclusion que le mieux qu'il pouvait faire était peut-être de les mettre en relation avec lui. Il n'aimait pas jouer les intermédiaires pour un frère officieusement détective, qui avait une fâcheuse tendance à se réjouir des ennuis des autres, mais c'est ce qui lui apparaissait comme le plus satisfaisant pour tout le monde.

- Euh… excusez-moi ?

Les deux jeunes gens se tournèrent subitement vers lui, comme s'ils le découvraient là, derrière son comptoir.

- Quand je vous parlais de mon frère aîné, et bien… il se trouve qu'il est détective et, si vous souhaitez vraiment retrouvez l'éditeur de votre livre, je pense qu'il sera tout disposé à vous venir en aide.

Ils le dévisagèrent les yeux ronds. Emil sentit ses joues rosirent, comme s'il avait fait une bêtise.

- Un détective ? balbutia la jeune femme, vous parlez sérieusement ?

- Bien sûr, oui.

- Où ? Quand ? Comment le rencontre-t-on ? s'écria le jeune homme, vous avez dit qu'il travaille aujourd'hui, où se trouve son cabinet ? Dites-nous tout !

- Ah euh… et bien, c'est qu'il officie à domicile pour ce qui est des investigations, mais en dehors de cela, il est violoniste. Je pense qu'il ne sera pas libre avant ce soir en vérité.

Ragaillardie, la cliente frappa le comptoir d'une main ferme.

- Pas grave ! Donnez-nous l'adresse et nous viendrons ce soir même ! En attendant, vous avez bien mérité qu'on vous prenne votre meilleure formule bas de gamme, pour deux, la journée. Allez, hop !

Emil n'eut pas le temps de protester et ne chercha pas non plus à le faire. Les deux clients étaient satisfaits et Erzsébet le serait d'autant plus avec ce double achat. Sans parler de son frère, qui ne cracherait pas sur son divertissement favori... Il préféra donc se montrer conciliant.

En les observant partir pour les bains, la jeune femme n'ayant pas perdu sa langue en matière de critique néanmoins, Emil se fit la réflexion qu'il les avait peut-être trouvé quelconque de prime abord, mais qu'ils se révélaient être deux personnages haut en couleur.

Erzsébet passa la tête par la porte, faisant sursauter Emil.

- Ils sont partis ? Pas trop tôt. Toi aussi ils t'ont donné du fil à retordre ?

- Ils ont pris une double formule complète de luxe…

La patronne écarquilla les yeux, à moitié enchantée à l'idée de savoir la cliente critique actuellement dans ses bains.


Affaire à suivre…