Bonjour et bonne reprise à ceux qui reprennent
Je suis extrêmement désolée pour le retard… J'ai complètement zappé sans qu'il y ait d'autres raisons. En ce moment, je fais tout à la traine. C'est un peu horrible.
Je dois dire aussi que certains (beaucoup ?) s'attendaient à Prusse et ça se comprend parfaitement ! Mais Prusse a un autre rôle à jouer…
Ah et aussi. Si vous avez l'impression que les noms et prénoms pour République Tchèque et Slovaquie vous disent quelque chose, c'est normal. Il y a double référence.
Norvège : Lukas Bondevik
Danemark : Mathias Khøler
Islande : Emil Steilsson
République Tchèque : Anna Trnka
Slovaquie : Johan Trnka
Bonne lecture !
Disclaimer :Hetalia, son univers et ses personnages © Himaruya Hidekaz
Affaire 20 : La demande d'investigation
Quand il rentra ce soir-là, Lukas s'attendait à retrouver Mathias et Emil de nouveau en pleine dispute autour de la voiture. Il était convaincu qu'une journée ou deux seraient largement suffisantes pour leur prouver qu'il leur fallait trouver une autre solution. Tout ce qu'il demandait, c'était qu'on le laisse tranquille. La journée avait été certes beaucoup moins dense, mais il n'avait qu'une seule envie et elle rimait avec oreiller.
Ne voulant pas se faire avoir comme la dernière fois, il avait déjà en main son trousseau de clés. Sauf que la porte d'entrée, ce soir-là, était bien déverrouillée. Lukas soupira. Il n'aimait pas ce genre de situation où, un coup il vous manquait quelque chose, et la fois d'après, quand vous aviez ce qu'il fallait, vous n'en aviez plus l'utilité. Très frustrant.
Lorsqu'il pénétra dans la maison, il fut accueillit par le macareux d'Emil qui battit joyeusement des ailes dans une cacophonie qui n'arrangea pas la légère migraine naissante de Lukas. Ce dernier aperçut Mathias sortir en trombe de la cuisine, chargé d'un plateau de bières. Il haussa un sourcil surpris.
Mathias freina des quatre fers en constatant que Lukas était là.
- Ah parfait ! Figure-toi que tu as des clients.
- Allons bon. Comment se sont-ils présentés ?
Ils gravirent ensemble les marches.
- C'est ton frère qui nous les a amenés. Ils cherchent un éditeur apparemment.
Lukas jeta un coup d'œil perplexe à Mathias, lequel haussa les épaules en toute ignorance.
Arrivé sur le palier, Mathias laissa le privilège au détective de faire son entrée en premier. Dès qu'il franchit le pas de la porte, les deux jeunes gens se levèrent et le saluèrent en anglais.
Des étrangers donc, conclut aussitôt Lukas. Les mains dans les poches, il s'avança de quelques pas et les détailla de la tête au pied, sans se gêner. Aussitôt la jeune femme croisa les bras, l'air pincé. Elle avait assurément un fort caractère. Son compagnon avait la jambe agité nerveusement, mais affichait un grand sourire poli. Impatient. Ils devaient avoir peu ou prou l'âge d'Emil. Quand bien même ils n'avaient pas la même carrure ni les mêmes cheveux, la coiffure n'aidant pas forcément à s'en rendre compte, Lukas repéra des traits identiques chez l'un et l'autre : le nez, la bouche, les fossettes, la courbe de la mâchoire, la largeur du front, les oreilles et la forme des yeux. Tant de points identiques ne pouvaient signifier qu'une seule chose.
- Pourquoi un frère et une sœur étrangers cherchent-ils un éditeur ici-même, à Oslo ?
Alors que Mathias servait les bières, il releva la tête. Il prit un léger recul et constata lui aussi qu'en effet, il y avait de la ressemblance. Les joues de la jeune femme rosirent.
- Arrêtez de nous scruter comme ça ! C'est très perturbant.
- Pardon, pardon ! Tenez, votre bière. Voici donc le détective que vous attendiez, Lukas Bondevik.
- Enchantée, je suis Anna Trnka et il s'agit en effet de mon frère, Johan.
- Jumeau !
- Nous venons de République Tchèque.
- Et de Slovaquie.
Anna Trnka coula un regard ennuyé vers son jumeau.
- On vit à Prague en ce moment.
- Oui, mais, on vit aussi une bonne partie de l'année à Bratislava.
- Bref.
Johan leva les mains pour rendre les armes.
- Nous sommes venus à Oslo suite à la découverte d'un livre dont nous recherchons l'origine.
- Surtout l'auteur en fait, murmura Johan
Lukas demeura muet encore quelques secondes, avant de s'installer dans son fauteuil.
- Montrez-moi ce livre.
Anna plongea une main dans le sac à dos qu'ils avaient emmené, puis tendit l'ouvrage au détective.
Il s'agissait d'un album pour enfant. Les dessins étaient réalisés à l'aquarelle et étaient d'une grande qualité. La couverture présentait une marionnette, ses ficelles sous le coude, debout sur une plage faisant face au fjord et à Oslo dans le lointain. Le texte était en norvégien à l'exception de la dédicace en tchèque ou slovaque. Lukas ne savait pas faire la différence entre ces deux langues extrêmement proches.
- Liten Regnbue, lut Lukas, ça ne me dit rien. Ce n'est pas une grande maison d'édition.
- Elle n'existe plus. C'est ce que nous a appris votre frère, crut bon de préciser Johan
Lukas pinça les lèvres. Emil aurait dû lui transmettre toutes les informations. Il se sentait stupide en cet instant. Il se racla légèrement la gorge et se redressa dans le fauteuil.
- Que vous a dit d'autre Emil ?
- C'était une maison d'édition dans les années 80, qui n'a existé que cinq ans, et qu'elle s'occupait du secteur jeunesse. Il n'y avait pas franchement d'autres informations apparemment sur internet.
Lui-même était né en 1986, il était possible qu'il ait déjà croisé en foyer de l'enfance des albums de cet éditeur. Il était déjà grand lecteur, à défaut de faire autre choses en dehors des échecs. Il se souvenait également de son père qui l'avait comblé de cadeaux à son arrivée ici. Cela remontait à 1992, il y avait donc moyen qu'il ait pu avoir entre les mains ce genre de livres. Néanmoins, ceux-ci avaient été donné à des foyers, bibliothèques et autres centres lorsque Lukas avait atteint l'âge symbolique de dix ans. Il ferma les yeux et chercha à se remémorer chacun des ouvrages qu'il avait pu avoir entre les mains. Des maisons d'édition norvégiennes spécialisées ou non dans le livre jeunesse, il en connaissait plein. Mais Liten Regnbue ne lui disait rien. Les mots ne sonnaient que comme des noms communs lambdas, pas comme un nom propre. Voilà qui était… interpellant.
Une maison d'édition obscure était d'autant plus interpellant lorsque deux tchécoslovaques, bien trop jeunes pour avoir connu les années 80, avaient un ouvrage en leur possession. Ajouté à cela, la dédicace qui n'était pas en norvégien l'intriguait. L'auteur portait un nom et un prénom norvégien tout ce qu'il y avait de plus banal, sans que cela ne lui rappelle quoi que ce soit.
- D'où tenez-vous ce livre ?
Anna et Johan se jetèrent un regard. Johan prit la main de sa sœur quand bien même celle-ci ne paraissait pas à l'aise. Mais elle se préoccupait plus de cacher son affliction. Lukas comprit rapidement que ce livre était lié à un évènement tragique.
- C'était celui de notre mère, articula Anna, les yeux brillants
- Oh…
Lukas tourna la tête vers Mathias. Il n'avait même pas réalisé qu'il était toujours là.
- Pourquoi l'avait-elle en sa possession ? reprit le détective
- Vous voyez le nom de l'illustratrice ? Petra Hegerlíková : c'était le nom d'artiste de Viera Trnka, notre mère.
Anna avait beau leur présenter un visage dur et fier, sa voix était sur le point de se briser. Elle ouvrit la bouche mais préféra finalement la refermer et baissa la tête. Son frère prit une grande inspiration et prit à son tour la parole.
- Maman était illustratrice et ce n'est certainement pas le seul album pour enfant qu'elle ait réalisé, mais… Quand on a rassemblé ses affaires, c'était le seul…
Sa voix s'étrangla d'elle-même avant de s'éteindre comme un murmure profondément peiné. Il s'excusa aussitôt. Il inspira et poursuivit :
- C'était le seul en norvégien. C'était même le seul album étranger. On n'avait aucune idée de ce qu'il faisait là-dedans. Et pourtant, c'était bien les dessins de maman. C'était bien elle.
- On comprenait d'autant moins que maman nous avait toujours lu et montré son travail, les albums des auteurs avec lesquels elle avait collaborés. Mais celui-ci… ni moi, ni Johan n'en avions aucun souvenir. Personne dans la famille non plus.
- Et nous n'aurions pas été si intrigués s'il n'y avait pas eu cette dédicace. « Ce livre est l'héritage le plus précieux de mes enfants. » C'est ce qu'elle a marqué au début.
- Personne ne se souvient quand elle aurait pu être allée en Norvège, ou quand est-ce qu'elle aurait pu rencontrer un Norvégien. Un livre qu'elle a juste signé de ses illustrations, dont l'histoire n'est même pas dans notre langue, comment, pourquoi l'a-t-elle décrit comme notre héritage le plus précieux ?
- Ça n'a aucun sens. Nous sommes… perdus. Complètement perdus.
Un silence mortuaire tomba dans la pièce. Mathias se leva brusquement et alla chercher des mouchoirs.
- Je suis désolé pour votre mère.
Les jumeaux hochèrent vaguement la tête. Anna se moucha bruyamment avant de conclure :
- Du coup, on s'est mis en tête qu'on allait retrouver l'auteur du livre pour qu'il nous donne une petite explication. Et on s'est dit qu'en passant par l'éditeur, on devrait bien retrouver sa trace. Mais avec une maison fermée depuis les années 90, qu'est-ce que vous voulez faire ?
- Oh, il y a plein de choses que je peux tenter pour retrouver un auteur.
Anna et Johan levèrent vers le détective des yeux brillants d'espoir.
- J'ai accès à bon nombre de références qui peuvent me permettre de retrouver quelqu'un. Sans compter que je dispose de mon propre réseau de contacts capable de m'éclairer sur la question. Un auteur norvégien, qui plus est osloïte, peut se retrouver. Pour autant qu'on sache où chercher.
Un nouveau silence perdura tant les jumeaux demeuraient cois. Mathias ne put empêcher un large sourire de s'épanouir. L'effet SOS Lukas. Il était tenté de nommer ainsi ce phénomène. Cela lui faisait toujours chaud au cœur de voir l'espoir renaître sur le visage d'inconnus. Deux ans et demi qu'il était là et c'était une des choses qu'il affectionnait le plus dans sa nouvelle vie.
- Vraiment ? balbutia Johan, vous allez vraiment retrouver l'auteur qui a travaillé avec maman ?
- Vous n'essayez pas de nous arnaquer au moins ?
Mathias pouffa de rire.
- Lukas ? C'est un théâtral avec des airs de je-m'en-foutiste, mais alors un arnaqueur, ça non. Je peux vous le garantir !
Anna plissa les yeux et détailla le détective qui soutint son regard sans broncher.
- Bien. Nous allons vous laisser nos coordonnées. Vous avez intérêt à nous joindre dès que vous avez ne serait-ce qu'une information.
- Cela va sans dire, approuva Lukas, par ailleurs, je souhaiterais garder le livre.
- Ah non ! objecta aussitôt farouchement Anna, vous avez le nom de l'auteur et de la maison d'édition. Vous pouvez bien déjà chercher avec ça.
Lukas pinça les lèvres et se rembrunit, peu enclin à se voir contraint. Mais la jeune femme avait décidément son caractère et elle lui opposa le même regard sans sourciller. Johan et Mathias partageaient une gêne commune.
- Et bien… euh… en fonction de ce que le détective aura trouvé, on pourra lui laisser le livre la prochaine fois, proposa Johan, si ça pouvait nous aider à retrouver cet auteur.
- Mouais… partons là-dessus.
Dès qu'Anna eut accepté, Lukas sauta sur ses jambes.
- Très bien. Je vais me mettre au travail de ce pas. Je vous recontacte très prochainement.
Alors que les jumeaux Trnka avaient quitté la maison, Mathias et Lukas les observaient depuis la fenêtre en baie. Mathias soupira.
- Pauvres gosses… Ils ont dû perdre leur mère brutalement. Tu crois qu'elle a pu être…
Il laissa sa phrase en suspens.
- Assassiner ? Non. Ils étaient complètement anéantis et encore en plein deuil. Mais il n'y avait en eux que de la peine, pas de haine. Ils ne sont pas motivés par la vengeance.
- Ils cherchent juste à recoller les morceaux du passé de leur mère. C'est leur forme de deuil, hein…
Lukas observa Mathias du coin de l'œil. Ce dernier avait le regard non pas sombre mais gris, comme un ciel chargé de nuage de pluie et annonciateur d'orages. Il connaissait bien ce regard. Il l'avait vu dans le miroir tous les matins en se levant après la disparition de son père.
Alors que Lukas tendait la main vers l'épaule de Mathias, sans que celui-ci ne le réalise, le téléphone sonna, manquer de les faire sursauter. Le macareux prit aussitôt à cœur la mission de prévenir d'un appel. Lukas ramena sa main dans ses cheveux en s'autorisant un soupir fatigué. Lorsqu'il décrocha, la voix de son grand-père le salua d'un ton grave et terne qui alerta aussitôt Lukas.
- Mon petit… ta grand-mère est à l'hôpital.
Affaire à suivre…
